Par orthographe du français, on entend l'écriture en français. Il s'agit formellement de la transcription graphique, scripturale, d'éléments langagiers si non oraux, issus par leur histoire de l'oral (mots). En français, comme dans de nombreuses langues à écriture phonémique, l'écrit code des sons, lesquels assemblés forment des mots (à la différence des écritures logographiques ou idéographiques dans lesquelles l'écrit encode directement des mots, des concepts).

L'écriture du français est phonémique par essence. Toutefois, par son histoire, elle présente par rapport à d'autres langues. une grande complexité (marques inaudibles, transcriptions multiples d'un même son, écritures de sons par deux lettres (digrammes) encodant d'autres sons par ailleurs…) Histoire

La fixation de l'orthographe française fut la conséquence de la promotion du français au statut de langue officielle sous le règne de François , même s'il est probable qu'il y ait eu déjà auparavant des réflexions sur les normes qu'il fallait adopter. Au , en créant l'Académie française, chargée de rédiger le dictionnaire de référence, la monarchie centralisatrice a cherché à créer une sorte d'« orthographe d'État ». Au , l'école publique et laïque a fait de l'orthographe strictement normalisée, sinon sa principale règle, du moins l'une des premières.

L'orthographe du français s'est fixée à partir du . Dès cette époque on constate en effet une cohérence dans les manuscrits en langue d'oïlNina Catach, L'orthographe, PUF, Paris, 1988, .. Cette orthographe a les caractéristiques suivantes : Les consonnes finales se prononcent ; /ɲ/ est noté ( « gagner ») ; /s/ intervocalique est parfois noté (au lieu de ) ; /k/ est parfois noté (au lieu de ou ) ; us final est abrégé en x (voir Abréviation médiévale#X (-us)) ; Il y a peu de lettres muettes et de lettres doubles ; /e/ est noté ou ; /ɛ/ est noté ou suivi d'une consonne doubleNina Catach, , ..

À partir du , l'orthographe française connaît des bouleversements importants, la langue évoluant de l'ancien français au moyen françaisNina Catach, , .. Elle s'éloigne alors du phonétisme et devient plus « idéographique ». C'est à cette époque qu'apparaissent le s long, le point sur le i, le j.

Au début du , l'orthographe commence à avoir un effet sur la prononciation. Des consonnes initialement muettes, introduites en suivant l'étymologie, commencent à être prononcées (le b de subtil par exemple). Sous l'impulsion d'imprimeurs et d'écrivains (notamment Ronsard), apparaît une orthographe réformée, plus proche de la prononciation : introduction des accents, suppression des « lettres grecques » (, , , ), du notant , du notant , du final muet, remplacement de prononcé par . Mais le Dictionnaire francoislatin (1549) de Robert Estienne marque le retour à une orthographe ancienne ( notant , notant ou , rétablissement des lettres grecques, suppression de la plupart des accents)Nina Catach, , ..

En , François édicte l'ordonnance de Villers-Cotterêts qui remplace le latin par le français comme langue officielle des documents juridiques et administratifs. Ce texte est d'ailleurs lui-même rédigé en français sous le titre « Ordonnance du Roy sur le faid de justice ». Cette décision favorisera l'homogénéisation de l'orthographe sur la base de l'étymologie latine. François , qui fut surnommé le Père des Lettres, contribuera encore à l'établissement de la langue écrite par la création de l'Imprimerie nationale, du dépôt légal, du Collège royal (le futur Collège de France).

La deuxième moitié du sera cependant marquée par une certaine renaissance de l'orthographe « moderniste » suivant le principe que l’usage détermine la règle. En 1635, le cardinal de Richelieu crée l’Académie française dans le but de normaliser et de perfectionner la langue française. Dès lors, l’Académie sera le lieu où s'édicteront les règles de la langue écrite officielle mais aussi savante. La rédaction d'un Dictionnaire de l'Académie française sera l'occasion de définir une orthographe lexicale qui tienne compte à la fois de l'usage, de l'étymologie et des contraintes phonétiques. L'Académie française choisit d'utiliser dans la première édition de son Dictionnaire (1694) l'orthographe des greffes royaux, c'est-à-dire une orthographe archaïsante, proche de celle préconisée au siècle précédent par Robert Estienne.

En 1718, avec sa seconde édition, le Dictionnaire introduit de façon systématique les lettres j et v en remplacement des lettres muettes qui permettaient jusqu'alors de distinguer les mots homonymes écrits respectivement avec les lettres i et u (ainsi « apuril » devient « avril »). Par ailleurs, certaines lettres étymologiques sont supprimées, de même que certains « s » muets internes. Dans le même temps, d'autres lettres muettes font leur apparition, souvent pour rappeler l'étymologie latine (le g de doigt en référence à digitus) des mots, parfois pour d'autres raisons (le h introduit dans huile ou le l ajouté à ennuyeulx n'ont rien d'étymologiqueNina Catach, , .). En 1740, avec la troisième édition, un tiers des mots change d’orthographe et les accents apparaissent (par exemple, « throne, escrire, fiebvre » deviennent « trône, écrire, fièvre, etc. »). En 1836, dans la sixième édition du Dictionnaire, l'Académie impose que les terminaisons en « ois » qui se prononcent « è » s’écrivent désormais avec « ais » (« français », « j’étais »…).

Au début du , l'orthographe se fixe et, contrairement aux autres pays romans, c'est le courant étymologiste qui prévaut et non pas phonétique.

L'orthographe a ainsi évolué au fil des décisions de l'Académie mais aussi sous l'influence des linguistes, lexicographes, grammairiens et autres savants qui produisent nombre de dictionnaires et encyclopédies (Diderot et d'Alembert, Pierre Larousse). Les imprimeurs forment une autre source d'influence sur l'orthographe. Et parallèlement, l'institution scolaire jouera un grand rôle dans les évolutions de l'orthographe tant dans l'émergence de nouvelles pratiques que dans la résistance à certaines réformes (celle de 1990, par exemple).

Réformes (appliquées et diffusées par l'administration), et tentatives

Propositions de 1562 : Pierre de La Ramée propose la distinction du U et du V, du I et J, ainsi que les trois E : e, é, è. Réforme de 1718 : plusieurs simplifications sont adoptées, par exemple le es est écrit ê selon la prononciation du Dictionnaire de l’Académie françaiseÉmile Faguet, 1905. Simplification simple de l’orthographe.. Réforme de 1740 et 1762 : un tiers des mots voient leur orthographe modifiée et du Dictionnaire de l’Académie françaiseService de la langue française, Orthographe, Communauté française de Belgique. [consulté en ligne le 3 septembre 2008]. Réforme de 1798 : continuation des simplifications et ajout de termes révolutionnaires du Dictionnaire de l’Académie française. Réforme de 1835 : un quart des mots voient leur orthographe modifiée ; le t est désormais rétabli au pluriel dans les mots du type enfans ; les terminaisons verbales en oi passent à ai (étoit devient était) du Dictionnaire de l’Académie française. Réforme de 1878 : simplifications et introduction de quelques tolérances du Dictionnaire de l’Académie française. Proposition d’Émile Faguet, adoptée par l’Académie française mais inutilisée dans son dictionnaire en 1935Renée Honvault-Ducrocq, 2006. L'orthographe en questions Publication Université de Rouen, Havre. . Réforme de 1935 : suppression de doubles graphies introduites en 1878 du Dictionnaire de l’Académie française. Propositions de Joseph Hanse (1972) sur la base du projet de normalisation de René Thimonnier (dont quelques-unes acceptées en 1976 par l'Académie française... qui ne les applique qu'en 1986 avant d'y renoncer totalement un an plus tard)Luce Petitjean, Maurice Tournier. Repères pour une histoire des réformes orthographiques. Dans Mots, septembre 1991, 28. Orthographe et société. . https://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mots_0243-6450_1991_num_28_1_2040. Réforme de 1990 du Conseil supérieur de la langue française, approuvée à l'unanimité par l'Académie française.

Réactions du monde enseignant francophone à l'égard de l'orthographe du français Les différentes réformes de l’orthographe du français et leurs rectifications instantanées ont suscité de multiples débats dans la francophonie, particulièrement dans le domaine de l’enseignement. Tant les enseignants que les élèves réagissent de diverses manières aux rectifications orthographiques du français, notamment celles de 1990. Dans le domaine professionnel on distingue ces deux catégories d’enseignantsMout Tiphaine & Vernet Samuel, réforme de l’orthographe du français : qu’en pense le monde enseignant ? Enquête dans six pays francophones,laboratoire LIDILEM, université de Grenoble,Congrès Mondial de Linguistique Française – CMLF 2012 SHS Web of Conferences :

Les partisans d’une réforme sont majoritairement les enseignants en fonction et futurs enseignants de primaire. En effet, les enseignants déjà en poste à l’école primaire sont les plus favorables à une nouvelle réforme, et cela s’explique par les difficultés que ces derniers rencontrent sur le terrain pédagogique. Les antiréformistes quant à eux sont pour partie les enseignants du collège. Les différentes positions qui sont prises par les enseignants francophones s’expliquent aussi par leur identité d’origine. Les justifications de deux pays francophones que sont l’Algérie et le Maroc, se fixent essentiellement sur la complexité du système orthographique du français, à l’écrit comme à l’oral, et à la difficulté à maîtriser ce système. En ce qui concerne la France, la Suisse, la Belgique et le Québec, ces pays éprouvent une réticence pour une nouvelle réforme orthographique. L’une des plus grandes raisons qui justifie cette hésitation est que le français est la langue maternelle de ces pays et qui, de surcroît, il fait partie de leur patrimoine immatérielMout Tiphaine & Vernet Samuel, réforme de l’orthographe du français : qu’en pense le monde enseignant ? Enquête dans six pays francophones,laboratoire LIDILEM, université de Grenoble, p.2212-2213, Congrès Mondial de Linguistique Française – CMLF 2012 SHS Web of Conference