L'amour de soi est un concept dans la philosophie de Jean-Jacques Rousseau qui réfère au genre d'amour-propre que les humains partagent avec des animaux bestiaux et précèdent l'apparence de la société.
En société, l'« amour-propre » tel que défini par Jean-Jacques Rousseau s'oppose à l'« amour de soi ». L'« amour-propre » est la volonté d'avoir auprès des autres une bonne image, et même d'être supérieurs aux autres : ce concept implique donc une compétition avec autrui. Par contre, l'« amour de soi » est l'amour de son propre corps, de la nature et de la vie ; cet amour de soi se dégage de la superficialité de l'image sociale et peut conduire à l'amour d'autrui.
Concept Rousseau soutenait dans Émile que l'amour de soi est la source de la passion humaine ainsi que l'origine et le principe de tous les autres désirs. Elle est associée à la notion d'« auto-préservation », comme sentiment naturel qui pousse chaque animal à veiller à sa propre survie. Le philosophe a déclaré que ce type d'amour est prédominant au stade où nos facultés ne sont pas développées, donc encore considéré comme celui d'une brute. Ce concept fait partie de l'argument de Rousseau selon lequel le fossé entre les humains et le reste de la création animale n'existe pas.
Les actes commis par amour de soi ont tendance à viser le bien-être individuel. Il est considéré comme « toujours bon et toujours conforme à l'ordre » car il n'est pas malveillant, car l'amour de soi comme amour de soi n'implique pas la poursuite de son intérêt personnel aux dépens des autres. On a le droit d'ignorer le bien-être des autres si son bien-être est matériellement menacé. Le sentiment ne se compare pas aux autres mais concerne uniquement le fait de se considérer comme une existence absolue et précieuse. Elle est liée à la conscience de son avenir et peut freiner l'impulsion présente. Rousseau l'oppose à l'amour-propre, ce type d'amour-propre, trouvé dans la philosophie de Thomas Hobbes, dans lequel l'opinion de soi dépend de ce que pensent les autres et qui ne surgit qu'avec la société.
Rousseau a suggéré que l'amour de soi s'est perdu lors de la transition de la condition pré-sociétale à la société, mais qu'il peut être restauré par l'utilisation de « bonnes » institutions créées avec Du contrat social. Ce nouveau passage de l'état de nature à l'état civilisé amènerait l'homme à privilégier la justice plutôt que l'instinctRobert Derathé, Jean-Jacques Rousseau et la science politique de son temps, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 1995, pp. 135-141..
L'amour de soi et la pitié forment les deux passions fondamentales de l'être humain à l'état de nature. On peut le rapprocher du conatus de Baruch Spinoza ou de l'instinct de conservation.
Références
Voir aussi
Articles connexes Amour-propre
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