Judith Cauchois-Lemaire, née Judith Decosse le à Paris et morte le à Arnouville-lès-Gonesse, est une nouvelliste, dame patronnesse de salles d'asile et inspectrice générale de l'Instruction publique.

Épouse du publiciste et journaliste libéral Louis Augustin François Cauchois-Lemaire, elle le suit en exil en Belgique à la chute de Napoléon I et est soupçonnée de complot contre le duc de Wellington. Elle publie des nouvelles sous forme de feuilletons dans la presse littéraire et est membre de la Société des gens de lettres.

Biographie

Naissance Marie Madeleine Judith Decosse naît le (9 ventôse an V) dans l'ancien 6e arrondissement de Paris..

Mariage Le , Marie Madeleine Judith Decosse épouse Louis Augustin François Cauchois dit Lemaire dans l'ancien 12 arrondissement de Paris, à l'âge de 16 ans.

Louis Augustin François Cauchois-Lemaire, né à Paris le ., suit d'abord une carrière dans l'enseignement public à laquelle il renonce pour fonder en 1814 un cabinet de lecture qui rassemble de nombreux opposants au régime de la Restauration.

Membre des cercles libéraux

L'exil forcé sous la Restauration Le , l'imprimeur Jules Louis Melchior Porthmann devant le notaire Alexandre Toussaint Delacourt vend à Louis Augustin François et Judith Cauchois-Lemaire, mineure émancipée, la propriété et l'exploitation de l'entreprise littéraire Journal des Arts et de littérature, avec le service d'abonnements, les collections, volumes, etc. du 1 au 18 volume.. Louis Augustin François Cauchois-Lemaire rebaptiste le journal Le Nain jaune.

À la chute de Napoléon en 1815, Louis Augustin François et Judith Cauchois-Lemaire fuient en Belgique à cause du mandat d'arrêt lancé contre le rédacteur en chef du Nain jaune pour les opinions politiques libérales qu'il y prône. En Belgique, Louis Augustin François Cauchois-Lemaire fait paraître Le Nain jaune réfugié et Le Libéral. Dirigé par le gouvernement belge sur la frontière prussienne afin d'y être emprisonné, Louis Augustin François Cauchois-Lemaire parvient à s'échapper et à s'installer à La Haye aux Pays-Bas.

En 1817, les journalistes Louis Augustin François Cauchois-Lemaire et Antoine Marcellin Isidore Guyet, qui tiennent des salons libéraux à Bruxelles, envoient une pétition d'Allemagne aux États généraux, demandant à la Chambre des pairs de reconnaître le caractère inconstitutionnel de leur exil et déportation et de poursuivre les ministres qui les avaient bannisDélibérations du Cabinet du 3 décembre 1817, NL-HaNA, 2.02.01, inv. no. 6051..

L'accusation de complot contre le duc de Wellington Le ministre de la police Élie Decazes accuse ce « parti de Bonaparte », ces « écrivains, correspondants, hors-la-loi et réfugiés » qui, avec les représentants libéraux aux Pays-Bas et en Belgique, s'opposent au gouvernement français. Élie Decazes et le président du Conseil des ministres Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu chargent le diplomate Frédéric-Séraphin de La Tour du Pin Gouvernet de lancer des enquêtes aux Pays-BasDecazes à La Tour du Pin, 13 février 1818, Archives nationales de France, F7.6673..

En 1818, Charles de Thiennes de Lombise, le ministre d'État chargé de superviser la police et la sécurité dans le sud des Pays-Bas, présente au roi des Pays-Bas Guillaume I un compte rendu détaillé au sujet des réfugiés français à Bruxelles : selon lui, Louis Augustin François Cauchois-Lemaire, Antoine Marcellin Isidore Guyet et leurs épouses - les - comploteraient pour se débarrasser du duc de Wellington, pour l'effrayer afin qu'il rentre en Grande-Bretagne, ou pour qu'il permette aux familles Guyet et Cauchois-Lemaire de retourner en France. Selon la police néerlandaise, le cible du complot est la présence alliée à ParisRapport de Van Maanen à Guillaume Ier, 5 septembre 1818, NL-HaNA, 2.02.01, inv. no 6534..

L'arrestation Le préfet de Lille écrit que Judith Cauchois-Lemaire et Félicité Guyet sont sans aucun doute impliquées dans le complot. Félicité Guyet est arrêtée à Anvers et interrogée. Le , Judith Cauchois-Lemaire part pour la France où elle cherche notamment à vendre sa maison pour rétablir sa situation financière. A son arrivée à Paris, elle est arrêtée et envoyée au couvent des Madelonnettes pour y être interrogée. Félicité Guyet parvient à convaincre la police belge de son innocence. Elle dit ne savoir que ce qui s'est lu dans les journaux et n'avoir consacré son temps d'exil qu'à écrire des livres avec Judith Cauchois-Lemaire pour survivre, dans l'espoir qu'elles puissent toutes deux retrouver un jour leurs familles en FranceInterrogation de Guyet à Bruxelles, 30-31 mars 1818, Archives nationales de France, F7.6673.. Elle ajoute que le couple Cauchois-Lemaire pourrait être impliquéRapport de Van Maanen à Guillaume Ier, 5 septembre 1818 et annexe du 26 mars 1818, NL-HaNA, 2.02.01, inv. no. 6534..

Judith Cauchois-Lemaire, âgée de 21 ans, est emprisonnée pendant plusieurs semaines et interrogée longuement. D'après les rapports, elle garde son calme et se contente de réponses courtes. Le , les propriétaires et employés de la librairie-imprimerie Foulon - ses amis qui l'avaient accueillie - envoient une pétition à Élie Decazes pour obtenir sa libération immédiate : elle est présentée comme une jeune femme malheureuse, connue de tous ses amis pour l'amabilité de son caractère, pour la pureté de son âme et pour sa haute moralité ; son innocence étant incontestable, elle ne représenterait aucun danger. Judith Cauchois-Lemaire est libérée début avrilInterrogation de Cauchois-Lemaire, 4-16-31 mars 1818.

Interrogation de Guyet, Anvers, Bruxelles, 30-31 mars 1818.

Lettre de Foulon « et employés » à Decazes, 6 mars 1818.

Archives nationales de France, F7.6673..

Les condamnations et le soutien à Louis Philippe I de Cauchois-Lemaire En 1820, Louis Augustin François Cauchois-Lemaire est traduit en cour d'assises et acquitté par le jury pour la brochure Sur le gouvernement occulte. En 1821, traduit de nouveau en cour d'assises pour ses Opuscules, un recueil d'articles déjà publiés, il est condamné à un an de prison et à la saisie du cautionnement de 20 000 francs. Le cautionnement lui est restitué en cassation. Il est condamné à 15 mois d'emprisonnement pour la brochure Sur la crise actuelle, lettre à S. A. R. le duc d'Orléans.

En 1830, Louis Augustin François Cauchois-Lemaire s'oppose aux ordonnances de Saint-Cloud signées par Charles X. Lors des Trois Glorieuses, il soutient l'arrivée au pouvoir de Louis Philippe I qui le décore de la croix de Juillet. Louis Augustin François Cauchois-Lemaire refuse cependant la pension de 6 000 francs proposée par le roi des Français ainsi que des offres d'emploi.

En 1832, Louis Augustin François Cauchois-Lemaire quitte après plus de dix ans de collaboration Le Constitutionnel et devient rédacteur en chef du journal démocratique Le Bon sens. Il se bat en duel avec François-Vincent Raspail, rédacteur du Réformateur, et reçoit une blessure légère. En 1835, il est acquitté en cour d'assises. Il participe à la fondation du Siècle.

En 1839, Louis Augustin François Cauchois-Lemaire quitte le journalisme pour se consacrer à ses travaux historiques. En 1840, il demande et obtient la place de chef de section aux Archives du royaume qu'il occupe jusqu'à sa mort.

Les amitiés libérales Sarah Horowitz place Judith Cauchois-Lemaire dans la liste des réseaux sociaux et affiliations politiques entre 1825 et 1829.

En 1833, Judith Cauchois-Lemaire est trésorière de la commission de secours pour les détenus politiques patriotes.

Judith Cauchois-Lemaire correspond avec Béranger, chansonnier républicain. En 1834, celui-ci se confie à elle sur sa mélancolie et sa solitude : il lui écrit qu'elle sait qu'il a toujours eu le plaisir de lui confier ses pensées, car il est sûr de pouvoir compter sur son entière discrétion ainsi que sur son amitié.

Autrice de feuilletons Judith Cauchois-Lemaire écrit quelques textes dans les deux premiers tomes du Journal littéraire composé de romans, nouvelles, anecdotes historiques... par une société de gens de lettres, Paris, chez l'éditeur, cour des petites écuries, 1841-1863, 6 vol. Il s'agit surtout de nouvelles :

En 1839, est publié dans Le Commerce. En 1841, est publiée dans La Revue des feuilletons. En 1842, est publié dans le Journal des journaux. est publié dans L'Écho français : journal universel, politique, littéraire, du commerce, des arts, sciences, théâtres, modes, etc. est publié dans le Journal de la ville de Saint-Quentin et de l'arrondissement. fait partie du 2 volume du Magasin littéraire illustré proposé pour les étrennes littéraires de 1843. La nouvelle est publiée dans Les Modes parisiennes et dans Les Dahlias. En 1846, sont publiés dans le Journal de la Côte-d'Or : feuille politique, littéraire, commerciale et industrielle, dans L'Union des arts : album mensuel : littérature, théâtres, musique, dessin, modes et dans le Bulletin de la Société des gens de lettres. En 1848, est publié dans Le Sémaphore de Marseille.

En 1841, Edmond Texier écrit à son sujet : .

En 1858, Julien Louis Geoffroy écrit à son sujet : .

Pierre Larousse dans le III volume du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle présente Judith Cauchois-Lemaire comme l'autrice de plusieurs nouvelles publiées dans les recueils littéraires de Paris et comme appartenant à la Société des gens de lettres.

Action en faveur de l'éducation

Dame patronnesse de salles d'asile À partir de 1834, Judith Cauchois-Lemaire s'occupe bénévolement de l’œuvre des salles d'asile à Paris. Comme d'autres inspectrices, Judith Cauchois-Lemaire est dame patronnesse de salle d'asile avant d'entamer une carrière dans l'inspection.

Le , dans une lettre à Picard, conseiller référendaire à la Cour des comptes, Louis Augustin François Cauchois-Lemaire écrit : .

Inspectrice générale de l'Instruction publique Judith Cauchois-Lemaire suit le cours pratique (ou cours normal) et obtient son brevet de capacité à la direction des salles d'asile en 1849. Elle est obligée de travailler car son mari a sacrifié sa fortune à cause de ses opinions politiques.

Judith Cauchois-Lemaire est déléguée spéciale pour les salles d'asile de l'Aisne et du Pas-de-Calais en 1852 à 46 ans, puis de Paris en 1853. La même année, nommée déléguée spéciale permanente, elle doit faire une tournée d'inspection dans les cinq départements de l'académie de Douai, chacune de ces tournées durant plus de 7 mois. Le , Judith Cauchois-Lemaire est chargée de suppléer Cailliard dans ses fonctions de déléguée générale.

En 1856, Judith Cauchois-Lemaire, comme inspectrice des salles d'asile, est placée parmi les des hommes (et femmes) de lettres : .

En 1858, Judith Cauchois-Lemaire, 52 ans, ajoute à la fin d'un rapport qui annonce une : .

Les archives professionnelles de Judith Cauchois-Lemaire attestent : AN F17 22781..

Elle est citée à plusieurs reprises dans le Journal d'Hippolyte Fortoul, ministre de l'instruction publique et des cultes.

Autrice de livres d'éducation En 1857, Judith Cauchois-Lemaire est citée dans La lorgnette littéraire : dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon temps de Charles Monselet : .

Dernières années En 1847, Louis Augustin François Cauchois-Lemaire est nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Le , Louis Augustin Cauchois-Lemaire meurt à son domicile du 22, rue Geoffroy-l'Asnier dans le 4 arrondissement de Paris à l'âge de 72 ans. Il est décrit chef de section aux archives de l'Empire. Judith Cauchois-Lemaire a 64 ans.

En 1869, Judith Cauchois-Lemaire est mise en congé d'inactivité pour raisons de santé. Le , Julienne Dantier est nommée déléguée titulaire en remplacement.

Le , âgée de 74 ans, Judith Cauchois-Lemaire ne peut obtenir de pension Le , elle obtient un nouveau congé d'inactivité avec un traitement de 100 francs.