vignette|246x246px|Affiche des Chansons de Botrel, (1897, Musée de Bretagne, Rennes.) L'iconographie de la "Grande Pêche" et des Terre-neuvas englobe toutes les expressions artistiques et culturelles associées à cette activité maritime. Le romantisme qui entoure la figure des marins a pu susciter les vocations de nombreux pêcheurs, comme en témoigne Joseph Lecoeur dans ses mémoires.
À partir des années 1890, de nombreux chants, poèmes, entrent en résonance avec les images plus ou moins réalistes des cartes postales, et construisent l’image stéréotypée du pêcheur « aux grands bancs » avec son « ciré », son suroît et ses sabots-bottes.
Parmi les chants se distinguent notamment les fameuses chansons de Théodore Botrel, dont la plus connue, La Paimpolaise. Les affiches qui accompagnent la diffusion des chant dressent également le portrait d'un homme breton, ici en costume traditionnel de Pont-l'Abbé, qui regarde la mer devant lui tandis qu'un médaillon en forme de bouée encadre une femme en buste portant la coiffe de Paimpol..
La vie des marins partagée avec ceux qui restent à terre, les familles, leurs épouses, leurs enfants est un sujet repris dans de nombreux médiums artistiques encore aujourd'hui, et qui témoigne de l'intérêt porté à la mémoire de ces pêcheurs.
Littérature La littérature sur les Terre-Neuvas évolue au cours du temps, du romantisme aux récits réalistes davantage nourris par les témoignages des marins.
Du romantisme au témoignage Le roman de Pierre Loti, Pêcheur d’Islande, édité en 1886 par Calmann-Lévy, semble être un des premiers du genre, consacré à une réalité encore méconnue, la grande pêche, alors que la Bretagne était encore peu fréquentée par les vacanciers. Largement diffusé à travers son édition de 1893, le roman forge l’imaginaire du lecteur avec 128 illustration d’Edmond Rudaux (1849-1908), inspirées de photographies de sa traversée de la région de Paimpol. Il est remanié pour des éditions destinées à la jeunesse.
Alfred Giron écrit par la suite un roman destiné aux jeunes lecteurs, De Cancale à Terre-Neuve, l’odyssée d’un petit mousse, publié par Eugène Ardent en 1887. Le mousse des Terre-Neuvas de M. D’Agon de la Contrie paraît ensuite en 1902, illustré de 84 gravures du prolifique illustrateur Alfred Paris. Il exalte les vertus des gens de mer et raconte l’histoire d’un orphelin misérable du Cotentin qui part à quatorze ans en campagne à Terre-Neuve et épouse à son retour une jeune voisine infirme dont il est épris.
Ces récits romantiques et exemplaires tranchent avec d’autres, nourris d'expérience vécue comme Sur les bancs de Terre-Neuve, écrit en 1893 par Knut Hamsun (1859-1952), et paru dans la Revue Blanche. L’auteur norvégien porte un témoignage frappant sur sa propre expérience, décrivant le lent écoulement du temps : Par la suite, Anatole Le Braz relate, dans une nouvelle intitulée Pâques d’Islande (1897), l’histoire d’un marin de La Roche Jaune pour qui les fêtes de Pâques sont assombries par la mort tragique de son frère, sur les bancs à bord de la goélette Miséricorde.
Par la suite, un roman remporte un succès comparable à celui de Pêcheur d’Islande : Capitaines courageux, une histoire des bancs de Terre-Neuve, écrite par Rudyard Kipling. Publié en feuilleton dans le Pearsons Magazine en 1896-1897, son succès lui permet d’être diffusé en français en 1897, pour finalement paraître dans une version illustrée par Gorguet.
Romans engagés vignette|Gravure extraite du livre Nos pêcheurs de haute mer écrit en 1908 par Alexandre Acloque : "Le navire, épuisé, devient la victime d'une lutte inégale, et c'est alors la perte assurée de tous ceux qui le montent". Au-delà du témoignage, quelques romans témoignent de l’engagement social de leurs auteurs. Celui de Léon Berthaut paru en 1904, Fantôme de Terre-Neuve, a pour héros un marin-pêcheur des bords de Rance amoureux de sa cousine. L’ouvrage est illustré de 14 dessins de Mathurin Méheut. Léon Berthaut, Havrais installé à Rennes, fonde le groupe de la Ligue maritime française et tente d’améliorer la condition des pêcheurs. Ici, la fiction prolonge le témoignage et s’inscrit dans une perspective militante : l’auteur s’est réellement rendu à Terre-Neuve et Saint-Pierre-et-Miquelon. On glisse ici vers une forme de roman engagé, qui décrit la vie et le courage d’hommes vivant dans des conditions difficiles.
Pour rendre leur propos plus crédible, ces livres engagés s’appuient ensuite à la fois sur la gravure et sur la reproduction de photographies en phototypie.
Ainsi Pierre Giquello écrit Le Navire-église-hôpital consacré à sa première campagne (Mame, 1901) qui prolonge l’action des Œuvres de Mer. Alexandre Acloque dans Nos pêcheurs de haute mer (même éditeur, 1903) développe quant à lui les conditions matérielles des pêcheurs, évoquant aussi l’alcoolisme. Charles Le Goffic publie Deux tableaux de la Vie Terre-Neuvienne dans La Revue des Deux Mondes en 1903 : La Louée de la mer et Une traite d’enfants au siècle. Ces textes évoquent respectivement le recrutement des marins et le traitement des graviers. gauche|vignette|Carte postale: Saint-Malo, pêcheur de Terre-Neuve, datée du 8 août 1908, représentant un mousse. À ces travaux font écho les ouvrages au ton dénonciateur du Père Yvon (Jean-Marie Le Quéau, 1888-1955) qui publie Les Pêcheurs de Terre-Neuve et du Groenland en 1935 et Avec les bagnards de la mer, après la Seconde Guerre Mondiale.
Dans En dérive (1931) dédié au capitaine Fernando dont le témoignage nourrit son livre, Roger Vercel (1894-1957) évoque la disparition de deux dorissiers manquants au retour de campagne. Il publie ensuite Au large de l’Eden (1932), Jean Villemeur (1939), La clandestine (1941), Rafales (1946).
En 1977, le témoignage Le Grand métier publié dans la collection Terre Humaine, ouvre la voie à d’autres récits d’anciens marins.
Joseph Lecoeur qui a commencé sa carrière de mousse au début du siècle et la termine en tant que capitaine publie également ses mémoires intitulés Carnets de Terre-Neuve.
De nouvelles formes de récit Aujourd’hui, la bande dessinée consacre également des albums à la vie des Terre-Neuvas.
Plusieurs albums de la série Entre terre et mer de Pascal Bresson, illustrés par Erwan Le Saëc et colorisés par Axel Gonzalbo sont parus aux éditions soleil en 2015 : Le Jeune saisonnier, Le Vieux Terre-Neuvas, La Belle lavandière.
Chants et témoignages oraux alt=illustration de Dillon Henri-Patrice|gauche|vignette|241x241px|Page de couverture de la partition "Cruelle Berceuse" de Théodore Botrel. La littérature sur les Terre-Neuvas a inspiré et nourri d’autres champs culturels. La chanson La Paimpolaise est notamment inspirée par le roman Pêcheur d’Islande : Théodore Botrel (1868-1925) l’écrit en 1895.. Elle devient éminemment fameuse et crée l’imaginaire de ce qu’on appelle alors le « grand métier ».
Ces chants recouvrent parfois une portée sociale : grâce à La Paimpolaise, l’opinion nationale s’émeut du sort tragique des familles des Islandais disparus en mer.
La première page de l'in-folio de la chanson Cruelle Berceuse représente un marin noyé reposant sur une vague, et évoque le deuil d'une femme de marin.
D’autres chansons succèdent à celles de Botrel et s'inspirent également d’œuvres littéraires: c'est le cas des Gâs de Saint-Malo ainsi que du Gabier de Terre-Neuve, adaptés des Petits Graviers.
Certains chansonniers portent leur attention sur les conditions de vie des marins. Les chansons de Yann Nibor le Malouin, Les Quatre Frères et l’Ella ou Le petit Jean-François ainsi que Sur les bancs de Terre-Neuve apparaissent.. Gaston Coûté écrit une complainte sur l’air des Marins de Groix qui dénonce les conditions de vie, et le salaire des Terre-Neuvas.
Peinture Les Terre-Neuvas sont également représentés dans la peinture, et ce jusque dans les salons de peinture parisiens. vignette|Emma Herland, Gaud Mevel, Huile sur toile, 1887, Musée de Laval. Emma Herland (1855-1947), femme peintre d’origine normande établie dans le Finistère, a régulièrement exposé des toiles d’inspiration bretonne dans les salons parisiens et régionaux. À cette période, le sujet de la femme de marin attendant patiemment le retour de son époux en regardant la mer revient assez régulièrement dans les peintures d’inspiration bretonne et le traitement d’Emma Herland en est très académique.
Son tableau Gaud Mevel, achevé en 1887, est lui aussi inspiré d’un passage de Pêcheur d’Islande.. En 1912, répondant à une commande de son frère, alors maire de Paimpol, elle réalise trois panneaux décoratifs, dont l’un représente une paimpolaise, main sur le front, regardant la mer en attendant son époux, image éponyme de la femme de marin. La portée de ce roman a donc été considérable pour la constitution des imaginaires entourant les Terre-Neuvas, jusque dans la peinture. vignette|La Veuve d'Evariste-Vital Luminais, vers 1865, huile sur toile, , Musée d’Orsay, Paris.|gauche Ces sujets romantiques et dramatiques permettent de peindre la Bretagne et les bretons: les marins sont aussi dépeints à travers le point de vue des familles restées à terre, des jeunes femmes endeuillées.
Évariste Luminais, choisit aussi de représenter le thème de l’absence, plus de vingt ans avant les peintures d'Emma Herland. L'aspect dramatique de ses sujets est encore plus affirmé. Dans La Veuve (vers 1865, musée d’Orsay, Paris), le peintre représente le moment où l’épouse devient veuve, et s’en revient de la côte si affligée par la nouvelle qu’elle ne peut marcher sans soutien.
La représentation de la grande pêche au cinéma Dès le début du siècle, le cinéma s'intéressa à la thématique de la grande pêche, notamment à travers l’adaptation du roman Pêcheur d'Islande de Pierre Loti, publié en 1886.
Les adaptations de Pêcheur d'Islande
Au début du siècle, de nombreux réalisateurs comme Henri Pouctal, Victor Fleming, Pierre Guerlais et Pierre Schoendoerffer vont chercher à adapter la tragique histoire d’amour entre Yann, un pêcheur de Paimpol, et une jeune fille nommée Gaud. Malgré leurs différences sociales, le jeune couple décide de se marier, avant qu'Yann ne reprenne la mer. Cependant, le naufrage de son navire entraîne sa mort, laissant Gaud errer chaque jour sur la côte, espérant un miracle. gauche|vignette|Affiche du film Pêcheur d'Islande (1924) Le roman est adapté une première fois en 1915 par Henri Pouctal. En 1924, une nouvelle adaptation est par Jacques de Baroncelli, dans lequel Charles Vanel et Sandra Milovanoff incarnent respectivement les rôles principaux de Yann et de Gaud Mével. Filmé en , le long métrage mélange des scènes tournées en studio avec des prises de vue réalisées dans la ville de Paimpol, où de nombreux habitants ont servi de figurants. L'un des armateurs locaux, François Dauphin, met à disposition ses goélettes pour les besoins du tournage, répétant cette collaboration pour l'adaptation de 1933 dirigée par Pierre Guerlais.. De nombreux lieux autour de Ploubazlanec sont utilisés pour les besoins du film comme chapelles de Perros Hamon et de La Sainte-Trinité, le hameau de Pors-Even, ainsi que la Tour de Kerroc’h, où Gaud scrute le départ de Yann.