Art préroman ou, plus souvent, architecture préromane sont des expressions employées pour désigner les œuvres construites durant la période qui s'étend entre la fin de l'art paléochrétien (fin que l'on fait correspondre à la chute de l'Empire romain d'Occident en 476) et les premiers arts romans vers l'an mille. La chute de l'Empire en Occident met fin à une certaine homogénéité architecturale, tandis que dans l'Empire romain d'Orient, autour de Constantinople, se développe l'art byzantin avec Justinien Ier.

Les conquêtes germaniques, l'expansion de l'islam et du christianisme engendrent des espaces artistiques avec les caractéristiques spécifiques aux arts des migrations (300-900), mérovingien (460-750), lombard (568-774), slaves, wisigoth ( au début du ), mozarabe, asturien (fin du , début du ), anglo-saxon (-1066), puis aux grandes périodes de renaissance de l'Empire carolingien et du Saint-Empire romain germanique avec les arts carolingien (750-950) et ottonien (950-1020).

Après une période de recherches et de développement parfois tortueux, les grandes composantes classiques méditerranéennes et paléochrétiennes se sont définitivement unies avec les apports germaniques dans l'art roman, le premier grand style universel que l'Europe occidentale ait créé depuis le déclin de la civilisation gréco-romaine.

L'art européen avant l'art roman

En 476, le chef germain Odoacre dépose le dernier empereur romain d'Occident Romulus Augustule. Des royaumes indépendants naissent, l'Occident est morcelé mais ne se désintègre pas grâce à l'Église qui a préservé l'idée de l'unité du monde chrétien autour de la Rome de Pierre et de ses successeurs. Les élites occidentales resteront attachées à cette ville comme centre spirituel de la chrétienté.

L'installation définitive des envahisseurs avec les bagages religieux, littéraires et artistiques d’ethnies et de civilisations les plus diverses Rome et l'exarchat de Ravenne, l'Italie des Lombards, le royaume franc et les terres germaniques limitrophes, l'Espagne wisigothique, l'Irlande et les royaumes anglo-saxons avec plus tard la Scandinavie, les slaves occidentaux et une partie des slaves méridionaux imposent une nouvelle conception de cet ensemble européen. Dans chacune des régions où ils se sont installés, les circonstances de leur adhésion à la Romanité chrétienne est différente.

Dans un premier temps les barbares commencent à vivre à côté des peuples romanisés et il y a juxtaposition de deux mondes qui s'ignorent. L'évangélisation permet la fusion des peuples vénérant le même Dieu, adoptant les mêmes lois pour former des États. On assiste à la naissance d'une Espagne wisigothique, d'une Gaule franque, d'une Italie lombarde et d'une Angleterre saxonne et celte. À cette époque succède des carolingiens qui sur l'éclatement et la diversité vont recréer une unité, un empire avec le soutien de la papauté. L'unité politique se double d'une unité religieuse. Ils vont régner, légiférer, construire des centaines d'églises, des collégiales, des abbayes et des palais. Autour de l'empereur, les Francs, Wisigoths, Anglo-Saxons et Lombards veulent avoir leur capitale qui sera Aix-la-Chapelle.

L'invasion des Vikings et les attaques musulmanes au sud achèvent le fractionnement de l'Europe dans un empire carolingien affaibli. Le centre qui donnait l'impulsion est remplacé par les périphéries mais les Saxons vont établir l'empire ottonien à l'est de la Gaule.

À la fin du , un phénomène nouveau marque la fin des mondes périphérique, la féodalité avec des seigneurs capables de se défendre contre les envahisseurs. On voit apparaître des châteaux avec des collégiales et des monastères enracinés dans les territoires. Cluny avec plus de mille monastères va faire rayonner l'art roman en Europe et cristallisera dans ce style l'expression la plus pure du christianisme organisé.

L'art des migrations

L'art des tribus guerrières qui précipitent le déclin de la puissance romaine est un art d'armuriers, de fondeurs, de joailliers, de graveurs d'amulettes. Ils répugnent à représenter la figure humaine mais placent des animaux stylisés dans les entrelacs contrairement à l'art romain qui dresse des effigies aux dieux, empereurs et nobles. L'Église dans l'évangélisation détruit les statues qui incarnent le paganisme et l'esthétique du signe abstrait des envahisseurs s'impose dans le décor des sépultures et des cérémonies religieuses.

Les Francs en Gaule, les Wisigoths dans la Péninsule Ibérique, les Ostrogoths en Italie apprécient l'architecture qu'ils trouvent dans les pays romanisés et produisent des œuvres d'art originales limitées presque exclusivement à l'orfèvrerie et à l'art du métal. Leurs nécropoles s'ornent d'un mobilier funéraire de souche nettement germanique tandis que leurs villas sont de tradition romaine. Cette symbiose entre les différentes cultures contient en germe les bases de la nouvelle civilisation médiévale.

Le contenu de la tombe de Sutton Hoo de la première époque anglo-saxonne découverte en Angleterre permet l'étude d'objets de la Méditerranée orientale, de la Gaule mérovingienne de la Suède et de la région rhénane. Les formes géométriques et la décoration figurée s'enchevêtrent dans des courbes qui sont souvent des entrelacs. Ces motifs se répandent dans tout l'Occident.

Les Vikings thumb|right|upright=0.7|L'expansion territoriale scandinave En 793, commencent les invasions vikings par le pillage et le massacre des moines du monastère de Lindisfarne au Nord-Ouest de l'Angleterre et pendant deux siècles des raids dévastent toutes les côtes d'Europe jusqu'à la Péninsule Ibérique. Ces expéditions aboutissent à des occupations virtuelles et à des conquêtes territoriales importantes au Nord-Est de l'Angleterre, les royaumes de Dublin et de l'île de Man, l'occupation des régions côtières du Nord de la France, le duché de Normandie, et finalement la conquête normande de l'Angleterre par le duc de Normandie en 1066.

Dans leur production artistique qui se limite à la décoration et l'ornement apparaissent au le style animal qui évolue vers le linéarisme puis l'abstraction et à la fin du , la folle exubérance d'animaux traités abstraitement et l'opulence baroque de leur relief sont imitées par les Francs, les Alamans, les Lombards et autres tribus germaniques du Sud. Puis ces envahisseurs subissent les influences anglo-saxonne et chrétiennes et dans le passage du paganisme au christianisme, le dragon ancestral vient couronner les pinacles des églises et le thème de Gunnar dans la fosse aux serpents remplace celui de Daniel dans la fosse aux lions. L'art viking culmine avec la barque et les objets d'Oseberg.

Rome, Ravenne et les lombards thumb|upright=0.7|Basilique Sainte-Praxède de Rome. Rome est épargnée par les invasions et vit au milieu d'un héritage chrétien légué par l'Antiquité tardive et les facteurs de continuité culturelle sont prépondérants. Le patronage du pape remplace celui des empereurs et son prestige attire des Grecs et des Orientaux qui fuient les persécutions iconoclastes et musulmanes. En architecture, la basilique reste le type fondamental de l'édifice de culte. On tente de créer un espace centralisé en élargissant la nef et en interposant des colonnes entre celle-ci et le narthex pour se rapprocher des églises byzantines. Le transept est de plus en plus large, les premières cryptes annulaires permettant d'exposer aux pèlerins les reliques du saint patron apparaissent probablement à Rome puis se répandent dans l'exarchat de Ravenne.

La Romagne offre des exemples de transformation de basiliques paléochrétiennes en basiliques médiévales. Le chœur ravennate tripartite cède la place au chevet simple à abside unique circulaire à l'intérieur et polygonale à l'extérieur. Les murs extérieurs sont animés par des arcatures aveugles de lésènes montant jusqu'à des arcs et exprimant la structure interne du bâtiment. Le palais de Théodoric la seule construction importante de Ravenne à cette époque porte en gestation les types de façades occidentales structurées pour mettre en valeur l'entrée. Les parties latérales ornées d'arcatures subordonnées à un corps central en saillie et percé de grandes ouvertures sont à la sources de la façade préromane et romane italienne.

L'Italie lombarde thumb|upright=0.7|Église Santa Maria foris portas. La conquête lombarde, longue et difficile provoque la fuite de cadres romains civils et religieux vers les régions contrôlées par Byzance. Les Lombards installent leur capitale à Pavie et comme dans les autres royaumes barbares passent par la conversion au christianisme pour accéder à l'art, qu'ils utilisent pour exalter leur pouvoir. Leurs constructions sont souvent urbaines et ils édifient de nombreuses églises à Pavie.

Dans leurs territoires, l'Église résiste mais la complexité des structures étatiques engendrent des types d'édifices diversifiés adaptés aux divers besoins sociaux et religieux. Les rois lombards et les ducs de Bénévent sont les principaux commanditaires et l'organisation des chantiers incombe à des entrepreneurs responsables d'une commande qui recrutent pour l'exécution des artisans spécialisés. Cette organisation qui remplace les corporations artisanales romaines résistera jusqu'aux corporations urbaines accompagnant le renouveau des villes à partir du . L'originalité de l'architecture lombarde repose sur l'animation des murs, la composition des fenêtres et l'organisation de la partie orientale. L'adoption du chevet à trois absides donne naissance à la crypte à couloir transversal. Ce type repris dans l'architecture carolingienne autorise la multiplication des autels, en particulier dans les monastères où les prêtres sont de plus en plus nombreux. La crypte-halle constituée d'une longue salle sous le chœur et l'abside apparaît et se répandra dans toute l'Italie du nord à l'époque préromane et romane. Le sud de l'Italie lombarde qui était restée en partie sous la suzeraineté de l'empereur d'Orient subit une forte influence de Byzance avec des coupoles sur trompes et des plans en croix grecques.

Le décor architectural thumb|upright=0.7|Sainte-Sophie de Bénévent. Les églises dont l'extérieur est assez simple offrent une grande richesse de décor à l'intérieur. La sculpture, la peinture monumentale et les mosaïques structurent l'espace. La sculpture joue un rôle considérable avec les chapiteaux, intrados, modillons et fûts de colonnes qui s'enracinent dans les traditions antiques puis s'en éloignent comme dans les chapiteaux à impostes ou trapézoïdaux. Le mobilier, chancels, ciborium, fonts baptismaux qui offrent des surfaces plates aux sculpteurs avec ses contraintes expliquent l'évolution du langage plastique pendant les premiers siècles. Le vocabulaire comporte des motifs architecturaux, géométriques et symboliques. À partir du on ne pratique plus que des successions de plans de faible épaisseur où les détails sont gravés. Le rinceau végétal et l'entrelacs sont les motifs les plus fréquents dans lesquels on insère les vieux thèmes paléochrétiens.

La mosaïque et la peinture monumentale restent profondément dans la tradition antique méditerranéenne avec une renaissance hellénistique et une représentation de l'homme au naturel. Au naît un langage pictural plus apte à transcrire les aspirations spirituelles qu'à rendre les formes de tradition antique et à la fin de l'Antiquité les peintures murales des églises réunissent déjà tous les éléments constitutifs des futurs décorations médiévales.

Gaule mérovingienne, Francs et Germains à l'est du Rhin thumb|upright=0.7|Plan du Baptistère Saint-Jean de Poitiers.