Ernest Raymond Oberlé (né le à Strasbourg, mort le à Pfastatt) est un historien, enseignant et archiviste. C'est un spécialiste de l'histoire de la ville de Mulhouse, en particulier du .

Originaire du Val de Villé, Raymond Oberlé fait des études pour devenir instituteur puis après la Seconde Guerre mondiale, il soutient sa thèse sur La République de Mulhouse pendant la guerre de Trente ans et devient universitaire, après une première carrière dans l'enseignement secondaire (1945-1968). Détaché de la faculté des lettres de Strasbourg à Mulhouse, il enseigne au collège littéraire universitaire (CLU) puis à la faculté des lettres et sciences humaines (FLSH), une composante du centre universitaire du Haut-Rhin (CUHR), préfiguration de l'université de Haute-Alsace (UHA). Ensuite il occupe la chaire d'histoire moderne dans cette université nouvellement crée jusqu'à son départ à la retraite en 1982. Il consacre sa carrière à étudier l'histoire de la ville de Mulhouse en particulier à l'époque moderne dont il est un spécialiste.

Par ailleurs, Raymond Oberlé est archiviste-adjoint (1950-1961) puis archiviste en chef (1961-1987) de Mulhouse où il va notamment classer les archives modernes de la ville, aménager de nouveaux locaux et amorcer une professionnalisation du service.

Il est également à l'origine d'une formation novatrice dans le domaine des archives, dans la mesure où il crée la première formation archivistique de France à l'université ; jusque là, seule l'École nationale des chartes formait des archivistes.

Il est également le cocréateur du centre rhénan d’archives et de recherches économiques (CERARE), dont l'objectif est de conserver les archives d'entreprises qui sont alors en cours de disparition.

Carrière Vie privée Il est le fils d'Ernest Oberlé, photographe, et d'Emma Kollowrath.. Il s'est marié le à Wittenheim avec Marthe Roos. Il a deux enfants.

Incorporé de force dans la Wehrmacht sur dénonciation d'un voisin., peu après le ., Raymond Oberlé part sur le front russe alors que les Allemands reculent face aux soviétiques et participe au combat de rue à Breslau en 1945. Il y est blessé et y perd l'usage de sa main droite.. Il est fait prisonnier des soviétiques puis rapatrié de Breslau via Prague grâce à la Croix-Rouge et démobilisé le .

Carrière dans l'enseignement secondaire et à l'université Professeur dans le secondaire Après l'école normale d'instituteurs de Colmar (1930-1933), Raymond Oberlé enseigne à Wittenheim entre 1933 et 1938, d'abord en tant qu'instituteur stagiaire (1933-1934) puis en tant que titulaire. En 1939, il entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud, cependant la guerre interrompt ses études. Le conflit terminé, il enseigne au collège Lambert de Mulhouse entre 1945 et 1961 puis au Lycée d'État de garçons de la même ville entre 1961 et 1968.

Carrière universitaire Inscrit sur la liste d'aptitude aux fonctions de maître-assistant en 1961 (LAFMA), il est nommé assistant à la faculté des lettres de Strasbourg en 1968 où il enseigne au collège littéraire universitaire (CLU) de Mulhouse, dans la section « Histoire », l'économie, la pensée économique et la société française au , avant de devenir maître-assistant en 1969. Oberlé est inscrit en 1969 sur la liste d'aptitude à l'enseignement supérieur (LAES) puis en 1971 sur la liste d'aptitude de maître de conférences (LAMC). En 1971, il est chargé d'enseignement au sein de la faculté des lettres et sciences humaines (FLSH), une unité d'enseignement et de recherche (UER) du Centre universitaire du Haut-Rhin (CUHR) où il donne des cours de civilisation allemande (« Économie et impérialisme économique allemand entre 1871-1914 » et « Le libéralisme en Allemagne, 1815-1870 »). En 1973, il devient professeur d'histoire au sein de la FLSH, dont il est le directeur entre 1974 et 1975. Entre 1977 et 1982, il est le premier vice-président de l'université de Haute-Alsace (UHA) nouvellement créé et dont il est par ailleurs, à l'origine du nom. Cette dernière devant initialement s'appeler université du Haut-Rhin (UHR).

Il est aussi à l'origine de la création du Bulletin de la faculté des lettres de Mulhouse (1970) paru initialement sous le titre de Publications du collège littéraire universitaire de Mulhouse (1968).

De plus, il est à l'origine de la création, en 1972, du Centre de recherches et d'études rhénanes (CRER). Le Centre interdisciplinaire a pour vocation de promouvoir la recherche et la connaissance de l'espace rhénan.. Il est divisé en quatre sections : le domaine de l'histoire générale de l'espace rhénan ; la géographie et environnement ; la vie économique, sociale, politique et juridique ; les langues et littératures. Il dirige le CRER jusqu'à son départ à la retraite en 1982. Il est alors remplacé par la latiniste Andrée Thill.

Recherches historiques Mulhouse à l'époque de la guerre de Trente Ans et de Louis XIV Après la fin de la guerre et après avoir obtenu une licence d'allemand, Raymond Oberlé obtient en 1947, un diplôme d'études supérieures sur le thème de Mulhouse et la révocation de l'édit de Nantes..

thumb|upright=1.2|La république de Mulhouse en 1642 selon le plan établit par Matthäus Merian. En 1958, il soutient sa thèse sur La République de Mulhouse pendant la guerre de Trente Ans, sous la direction de Philippe Dollinger, professeur à la faculté des lettres de Strasbourg et directeur de l'Institut des Hautes études alsaciennes. Alors que l'Alsace est particulièrement touchée par le conflit et perd une grande partie de sa population, Raymond Oberlé démontre que Mulhouse connaît une herrlicher Wohlstand (une « prospérité merveilleuse » selon l'expression du greffier syndic de la ville Jacob Henric-Petri"C'est une bénédiction céleste, un véritable miracle, qu'entourés d'un pays dépeuplé et ruiné, nous jouissons d'une prospérité merveilleuse (herrliche Wohlstand). Nos réserves [...] sont immenses [...] les capitaux affluent, nous en sommes comblés, même saturés.", cité par Bernard Jacqué, "Mulhouse aux lendemains de la Guerre de Trente ans", Annuaire historique de Mulhouse, tome 30, 2019, p. 120) dans la mesure où la ville, alliée des cantons suisses, voit affluer de nombreux capitaux et réfugiés notamment en raison de son rôle de centre d'approvisionnement. Dans sa thèse, Raymond Oberlé dresse un bilan de l'évolution de la ville entre le début et la fin du conflit. Mulhouse connaissait une tension politique, une haine confessionnelle, un effondrement des finances publiques et un dépérissement de la fortune privée. À l'issue du conflit, Mulhouse voit le rétablissement de sa situation financière, la constitution d'une fortune privée, la consolidation de l'autorité publique, la tolérance religieuse et la sécurité politique.. La période correspond à la fin de la phase artisanale et agricole dans l'histoire économique de la ville et marque le début de la phase commerciale. Il y voit une étape vers l'industrialisation et la création de la première manufacture d'indiennes en 1746 par Samuel Koechlin, Jean Jacques Schmaltzer et Jean-Henri Dollfus. Avec le conflit, l'esprit de risque et donc d'entreprise naît. Selon lui, le Mulhouse médiéval laisse place au Mulhouse moderne. Il y décrit ainsi une « guerre heureuse » pour Mulhouse.

Sa thèse sera prolongée par des études sur l'histoire de Mulhouse à l'époque de Louis XIV publiées dans le Bulletin du musée historique de Mulhouse pour la partie politique...., la Revue d'Alsace pour la partie démographique.. et l'Annuaire historique de Mulhouse, successeur du Bulletin du musée historique de Mulhouse, pour la partie économique.... En 2006, il publie un dernier article sur le commerce..

L'enseignement à Mulhouse En 1960, Oberlé publie un article dans les Annales. Économies, Sociétés, Civilisations portant sur l'histoire de l'éducation comme contribution à l'histoire sociale... Il explique que les travaux sur les sources éducatives sont souvent réduites à l'étude de la pédagogie et que ces sources peuvent contribuer à la connaissance des réalités sociales. Ce « manifeste de Mulhouse » (Georges Livet) indique les sources utilisables : à l'échelle locale : les procès-verbaux des séances du conseil municipal pour étudier le budget, la construction, le recrutement et la rémunération du personnel, la réaction face aux lois ; les archives paroissiales avec les procès-verbaux des conseils presbytéraux et consistoriaux ; les archives des chambres de commerce pour mesurer les répercussions de l'activité économique sur l'éducation ; la presse locale pour les prises de position et les controverses ; les discours lors des réceptions de prix pour étudier les conceptions pédagogiques du personnel ; les règlements intérieurs des établissements, les procès-verbaux des conseils d'administration et la correspondance ; à l'échelle départementale : les procès-verbaux des conseils généraux, les rapports des préfets, les rapports des inspecteurs ; à l'échelle nationale : les rapports des inspecteurs généraux et des recteurs, les dossiers du personnel. Oberlé souligne également que l'éducation est l'expression d'une pensée philosophique en s'appuyant sur Clément Falcucci qui explique que « derrière l'idée qu'on se fait des études, il y a toujours l'idée qu'on se fait de l'homme ». L'histoire de l'éducation est aussi une expression de l'évolution des conceptions sociales. Enfin, il étudie les rapports éducation-économie. Par ailleurs, Raymond Oberlé fait sa thèse complémentaire sur la thématique Structure et évolution de l'enseignement à Mulhouse de 1798 à 1870. Contribution à l'histoire sociale, sous la direction de Félix Ponteil.

Le financement de l'industrialisation Jusqu'aux travaux de Raymond Oberlé sur le financement de l'industrialisation, on pense que les capitaux bâlois ont été déterminant dans l'organisation de la manufacture mulhousienne, or Raymond Oberlé montre que s'est constitué un capitalisme commercial précédant le capitalisme industriel. Aussi, les premières manufactures s'appuient sur les disponibilités accumulées.

Les origines de la réunion de Mulhouse à la France En 1912, l'archiviste Charles Schmidt publie un ouvrage sur les origines de la réunion de Mulhouse à la France de 1798, intitulé Une Conquête douanière. Mulhouse. Documents des Archives nationales relatifs à la préparation de la réunion de Mulhouse à la France, 1785-1798. S'appuyant sur les documents uniquement conservés à Paris, plus précisément aux Archives nationales, Charles Schmidt montre que Mulhouse a été conquise par la République française en raison de la mise en place d'un blocus autour de la ville. Ce blocus asphyxiant l'économie mulhousienne, les élites votent la réunion. Ainsi, la réunion s'expliquerait par des facteurs économiques et douaniers.

Raymond Oberlé nuance cette idée en soulignant qu'il y a eu également une conquête de l'esprit. Les idées nouvelles se diffusent dans la ville et les élites y sont sensibles. Ainsi, la réunion s'expliquerait aussi par des facteurs philosophiques et culturels.

Histoire de Mulhouse des origines à nos jours