Robert Naly, né le à Genève et mort le à Paris, est un peintre, décorateur, graveur, illustrateur, aquarelliste et cartonnier de tapisserie. Né suisse, il a obtenu la nationalité française le .
Peintre figuratif et autodidacte installé à Montmartre pendant plus de 50 ans, il a bénéficié de l’influence de l’École de Paris et profité des enseignements de Suzanne Valadon. Navigateur aguerri et amoureux de la mer, il n’a cessé de mettre le monde marin au centre de son œuvre.
Biographie Jeunesse et formation Second fils de François Marie Naly (1866-1954) et de Marie-Louise Pattay (1871-1941), Georges Robert Naly naît à Collonge-Bellerive, dans le canton de Genève, le . Il reçoit le prénom de son frère Georges, mort en 1899 à l'âge de deux ans. Il a une sœur, Marie-Louise Naly (1902-1981)Acte de naissance de l'état civil de Genève, vol. 1900, p. 84, n° 168..
Né dans la haute bourgeoisie genevoise originaire de Cologny. d’un père banquier et collectionneur d’antiquités, Naly montre très jeune une passion pour le dessin, l’aquarelle, la peinture et le théâtre..
Après des études au collège de Genève, il s’inscrit à la faculté de Droit et obtient sa licence en 1921. Il part à Londres en 1922 et travaille deux ans comme courtier au sein de la City. En 1924 il arrive à Paris et entre chez Fontanges, un agent de change, où il est liquidateur. Il consacre tout son temps libre aux visites des musées et des galeries ainsi qu’au dessin et à la peinture. À Montparnasse, il fréquente de nombreux artistes dont Simon Mondzain, Chaïm Soutine ou Moïse Kisling..
Montmartre (1927-1945) En 1927, un grand scandale financier envoie son père en prison et ruine la famille.. Naly change radicalement de vie et se consacre exclusivement à la peinture.. Il emménage à MontmartreEntretiens de Katia avec Robert Naly, 24 octobre 1982 ou 1983. Retranscription d'un enregistrement sur cassette audio. Archives de l'association Le Vieux Montmartre, Paris.. Il collabore à des journaux comme illustrateur et caricaturiste, s’associe à l’Italien Manfredo Borsi pour créer des objets de décoration et réalise, en 1928, pour le célèbre manager de boxe américain Jeff Dickson, les panneaux sportifs du « Silver Ring » à Paris. À la fin de cette association, il s’installe dans son propre atelier au 40, rue Lamarck, et illustre le poème de Georges Fourest La Négresse blonde..
Il part trois mois à Tréboul, en Bretagne, et ce voyage marquera le début d’un lien très fort avec la Bretagne. En 1933, la Ville de Paris achète un Pardon de Sainte-Anne-la-Palud, toile exposée au Salon d’Automne, et Ambroise Vollard achète l’Ile Tristan. À Montmartre, Naly se lie d’amitié avec de nombreux artistes, Pere Créixams, Jean Dufy, André Utter, Suzanne Valadon et Maurice Utrillo.
En 1934, il part pour un long voyage en Arabie Saoudite et en Abyssinie, dont il rapporte une collection de dessins et de peintures qui sont à l’honneur de sa première grande exposition à la galerie Else Clausen avec Henri de Montfreid et le sculpteur Serge Youriévitch. Dès lors, Naly ne cesse d’exposer à la galerie Vallotton à Lausanne pendant près de 20 ans, mais aussi à Paris, à Genève et, en 1942, à Biarritz et à Pau. En 1936, il partage l’atelier d’Utter avec Jean Dufy et, après le mariage de Maurice Utrillo avec Lucie Valore, il sert d'homme de compagnie à Suzanne Valadon, qui lui apprend à analyser la peinture.
À partir de 1937, il s’adonne à une nouvelle expression artistique, la gravure, dans l'atelier de Roger Lacourière. Avec lui, il apprend les différentes techniques de gravure et c’est là qu’il côtoie de nombreux artistes de l’époque, Miró, Dunoyer de Segonzac, Picasso, Chagall, Derain etc. En 1938, il passe un an à l’île d’Yeu et projette avec l’architecte parisien Charles Thomas de faire le tour du monde sur un thonier qu’ils transforment pour leurs besoins. Le départ est prévu pour septembre 1939, mais la guerre en Europe anéantit définitivement le projet de voyage..
Rentré à Paris, Naly se concentre sur l’illustration d’un recueil de 20 poèmes de Jean-Louis Vallas, Vingt Ponts de Paris pour lequel Vallas reçoit le prix de poésie populiste de l’Académie française en 1949. En 1940, il illustre une nouvelle, La Fosse aux péchés, écrite spécialement pour lui par son ami Marcel Aymé.
À cette époque, il passe une année entière à peindre au cirque Medrano, boulevard de Rochechouart. Il en résulte une série de toiles qui sont exposées à trois reprises à Paris : dans l’atelier du peintre en mars, au milieu des fauves du cirque Amar en septembre et dans un bistrot en décembre 1941.
Pendant ces années de guerre où il reste à Montmartre, Naly se lie d’amitié avec de nombreuses personnalités de la littérature dont Paul Éluardd, Georges Hugnet, Georges Duhamel et Paul Valéry, qu’il initie à la gravure..
Après 1945 Après la guerre, Naly partage sa vie entre Montmartre et les voyages. Il entame une période d’intense création et d’expositions qui s’étend jusque dans le milieu des années 60. Il expose régulièrement à Paris et à Lausanne dans la galerie Vallotton. Son art se diversifie: outre les huiles et les aquarelles, il crée des cartons de tapisseries pour les Ateliers de Rénovation de la Tapisserie (A.R.T.) et se consacre intensément à la gravure. En 1956, il illustre un recueil de poèmes de Maurice Sandoz Le Beau Voyage. En 1958, il illustre de 20 gravures à la manière noire Le Vieil Homme et la mer, puis en 1962, Regards sur la mer de Paul Valéry, de 19 gravures. Ces livres, édités à une centaine d’exemplaires, sont destinés à une clientèle de bibliophiles. Naly se fait une réputation de "maître-graveur" de la manière noire..
Toute sa vie, il continue à participer à des expositions, le plus souvent collectives et à partir des années 1960, il s’intéresse de près à la technique du gemmail. Il crée deux grandes œuvres monumentales en gemmail pour la société Shell-Berre en 1967 et pour la salle de conférences de l’abri atomique de Taverny en 1969.
Naly fait partie, dès leur création, des Rencontres de Lure initiées par Maximilien Vox qui réunissent chaque année des spécialistes de la chose écrite, typographes, graphistes, illustrateurs, auteurs, pour « y parler métier » (M. Vox).
Naly est jusqu'à la fin de sa vie membre de nombreuses associations montmartroises et du conseil d’administration de la société d’histoire et d’archéologie Le Vieux Montmartre..
Vie privée Naly épouse le , à la mairie du , la fille d’un antiquaire parisien, Madeleine Odette Horst, qui travaille à la Galerie 102, rue Lepic. Le divorce est prononcé le 26 septembre 1949Archives de la ville de Paris, mariages 1941, n° 986. Divorce : registre 659 n° 2511 du 26 septembre 1949..
Plus tard, Naly a pour compagne l’artiste d’origine libanaise Catherine Amiouny (1916-1994), de son nom d’artiste Katia Ka. Celle-ci avait été l’épouse de l’écrivain et graveur Georges Charaire (1914-2001). Elle avait dirigé pendant dix ans le Théâtre du Tertre. Katia Ka est enterrée de façon anonyme dans le caveau de Naly au cimetière Saint-Vincent de Montmartre..
Décès Le , en début d’après-midi, une violente déflagration a lieu au 16, rue Saint-Vincent, dans la maison rouge occupée par Naly. Des voisins courageux le sortent de la maison. Il est très gravement brûlé et sera transféré à l’hôpital Tarnier dans le 6e arrondissement de Paris. C’est là qu’il meurt des suites de ses brûlures le Archives du 6e arrondissement de la ville de Paris, n° 118, avril 1984...
Ses obsèques ont lieu le à l’église Saint-Pierre de Montmartre. Elles sont célébrées par le père Huerre, ancien curé de Saint-Pierre. Plus de 250 personnes y assistent : de nombreux Montmartrois, mais aussi des grands noms de l’aristocratie française et du monde des arts et des lettres.
Salons et expositions Robert Naly commence à exposer dès 1930 et poursuit ses expositions jusqu’en 1983. Il expose en premier lieu à Paris dans les galeries Else Clausen, L'Arc-en-ciel puis à la Galerie d’Orsay et chez Jeanne Castel. En Suisse, il expose régulièrement chez Paul Vallotton à Lausanne pendant environ vingt ans.
La période faste de sa création se situe entre 1940 et 1962. Après cette date, il participe avant tout à des expositions collectives.
1933 : Salon d'Automne, Paris, 1er novembre – 30 novembre 1935 : Galerie Else Clausen, Paris, 31 octobre – 14 novembre 1941 : Cirque Amar, Paris, 12 septembre – 19 septembre 1941-1942 : Galerie L'Arc-en-Ciel, Paris, 19 décembre –1er janvier 1945 - 1964 : Galerie Vallotton, Lausanne, expositions personnelles puis expositions de groupe. 1945 : La Chaux-de-Fonds, Suisse, mai 1951 : Guilde de la Gravure, Genève, 16 octobre – 31 octobre 1954 : Guilde de la Gravure, Genève, octobre 1958 : Galerie Jeanne Castel, Paris, novembre-décembre 1959 : Galerie Vallotton, Lausanne, 30 avril – 16 mai 1959 : Exposition internationale, Francfort, octobre 1962 : Galerie Jeanne Castel, Paris, avril 1967 : Galerie de la Lumière, Paris, 24 mai – 18 juin 1979 : Hôtel de Malestroit, Bry-sur-Marne, 9 juin – 1er juillet 1983 : La Résidence, Vincennes, 20 avril – 20 juinExpositions Robert Naly entre 1930 et 1983, liste complète élaborée par Etienne Dormand, 2026
Gravure Grâce à Jean Dufy, Naly fait la connaissance de Roger Lacourière et s’intéresse dès les années 30 à toutes les formes de gravure. « Sauf erreur, c’est d’abord dans la gravure que Robert Naly s’est fait un nom ».. Naly pratique l’eau-forte, la taille-douce, le burin, l’aquatinte, la pointe sèche, mais c’est dans la manière noire qu’il devient un maître reconnu.
Son ami Paul Valéry dit, dans un discours prononcé le 29 novembre 1933 au dîner de la Société des peintres-graveurs français : « Ne suffit-il pas de quelques traits, de quelques tailles pour qu’un visage, une campagne nous soient non seulement donnés dans leur ressemblance, mais suggérés au point que la couleur absente et même la plus riche lumière n’y fasse point défaut. ? »
Tapisseries Sur les conseils de Guillaume Janneau, ex-directeur du Mobilier national et des manufactures de Sèvres et des Gobelins, Naly exécute, à partir de 1942, des cartons de tapisseries. Ces tapisseries sont tissées dans les ateliers du mécène Antoine Béhna, les ateliers A.R.T. (Ateliers de Rénovation de la Tapisserie), à partir de 1945...
Les Origines du Billard () Le Traité des Beaux-Arts () La Pêche miraculeuse () Le Bois de Boulogne () Régates () Abysses () La Belle de Mogador () Invitation au Voyage () Genèse/Évolution ()
Œuvres illustrées La plupart des ouvrages illustrés par Naly sont des éditions à tirage limité destinées aux bibliophiles. Les illustrations sont en in-texte ou hors-texte..
1930 : La Négresse blonde, poème de Georges Fourest (non édité) 1934 : Le Livre d’Or du tourisme aérien. Edilux (participation à l’illustration) 1935 : Bistrots de Jean Vertex, édition Louis Quérelle (participation à l’illustration) 1940 : La Fosse aux péchés, conte fantastique de Marcel Aymé 1941 : Écrit au bord des routes 1939-1940, recueil de poèmes de Pierre Louis-Picard, une illustration à la pointe-sèche 1942 : Vingt Préceptes, recueil de poèmes d'André Beaunant (le livre ne sera édité qu’en 1944) 1943 : Vingt Ponts de Paris, recueil de poèmes de Jean-Louis Vallas (Prix de poésie populiste de l'Académie Française en 1949, 20 gravures) 1944 : Keepsake, recueil de poèmes de Pierre Lestringuez, 25 lithographies en couleur 1950 : DaphnéGeorges Charaire, Daphné (Variations sur un thème), Montmartre, Château des Brouillards, 1950. Lithographies de Valentine Hugo, Galanis, Creixams, Grau Sala, Catty, Revol. de Georges Charaire, variations sur un thème, une lithographie 1952 : Genèse de Georges Charaire, livre plié, une lithographie 1956 : Le Beau Voyage, recueil de poèmes de Maurice Sandoz, neuf gravures 1957 : En avoir ou pas, roman d’Ernest Hemingway, six planches en couleur pour l’édition enfants chez Gallimard