Les Afro-Américains (), également appelés Noirs américains () ou Africains-Américains (), constituent une catégorie du bureau du recensement des États-Unis désignant le groupe ethnique ayant une culture et une histoire communes, que sont censés former tous les citoyens des États-Unis d'ascendance, y compris partielle, africaine subsaharienne. La grande majorité des Afro-Américains sont des descendants des esclaves déportés en Amérique septentrionale entre 1526 et 1860.
Longtemps victimes de l'esclavage, de la ségrégation raciale et de la discrimination, leur déségrégation commence avec la promulgation du Treizième amendement de la Constitution des États-Unis du abolissant l'esclavage, du Quatorzième amendement de la Constitution des États-Unis de 1868, accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et interdisant toute restriction à ce droit, et du Quinzième amendement de la Constitution des États-Unis, de 1870, garantissant le droit de vote à tous les citoyens des États-Unis, amendements dont l'application fut entravée dans les États du Sud par les lois Jim Crow et le terrorisme exercé par le Ku Klux Klan. Grâce, notamment, au mouvement américain des droits civiques auquel s’agrègent diverses organisations comme la National Association for the Advancement of Colored People, la Conférence du leadership chrétien du Sud, la Student Nonviolent Coordinating Committee, etc., qui atteignent leur point culminant entre les années 1954 et 1968, seront enfin votées différentes lois fédérales comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968 mettant fin à la ségrégation raciale sur l'ensemble des États des États-Unis.
Dénomination Les premiers termes utilisés pour désigner les Afro-Américains font généralement référence à la couleur de peau : ( coloré), ( personne de couleur) ou encore (du mot espagnol signifiant « noir »). Ce dernier terme est sujet à controverse, en raison notamment de sa connotation péjorative et de l’histoire qui lui est associée. Le terme anglais « » adapté du français « nègre » est considéré comme un des termes les plus insultant de l'anglais, et il est fréquemment remplacé par l'expression « N-word » (mot en N).
Bien que l'usage du terme « Afro-Américains » ( ou ) remonte à 1782., et qu'il ait été utilisé par des abolitionnistes du comme James Forten ou Robert Purvis, il n'est néanmoins popularisé par que dans les années 1960, puis par Jesse Jackson avant de devenir une expression commune à la fin des années 1980. Son but était de définir les Américains de couleur de peau noire par un enracinement dans une histoire et une culture spécifique, et de façon ethnique au sens actuel du terme (approche socio-culturelle et socio-historique d'une communauté) comme le sont les citoyens qui ont une origine italienne ou irlandaise, et non plus par leur seule couleur de peau.
Selon le Bureau du recensement des États-Unis, les termes « Noir Américain » et « Afro-Américain » sont synonymes et désignent .
Depuis le recensement de 2000, cette catégorie est utilisée par le Bureau du recensement des États-Unis aux côtés des termes et (terme désuet signifiant ) pour élaborer les formulaires officiels destinés à préparer des statistiques ou à accompagner des politiques de discrimination positive. De plus, depuis 1960, il revient aux individus de choisir leurs catégories d'appartenance lors du recensement, selon le principe d'auto-identification, et non plus aux agents du Bureau du recensement des États-Unis..
Des études montrent que la majorité des Afro-Américains n'ont pas de préférence entre les termes et , bien qu'ils montrent une légère préférence pour dans les contextes informels et dans les contextes plus formels.
Histoire
Époque coloniale vignette|redresse|Benjamin Banneker (1731-1806), astronome et éditeur américain, fils d'esclave.
Les premiers esclaves africains débarquent au début du dans les Treize Colonies d'Amérique du Nord. Dès cette époque, on peut observer des métissages avec les Blancs. Pendant la guerre d'indépendance américaine, des soldats noirs, qu'ils soient esclaves ou libres, ont participé au conflit dans les deux camps, loyalistes et insurgés. On estime que ont combattu aux côtés des Blancs américains. et plusieurs d'entre eux furent affranchis.. En 1779, environ ont rejoint les rangs de l’armée britannique.
La révolution américaine plaça au cœur des débats politiques la place et le statut des Noirs dans la société. Les Noirs ont obtenu une émancipation relative dans les États du centre (Philadelphie) et en Nouvelle-Angleterre.. L'esclavage est aboli en 1777 dans le Vermont.., en 1780 en Pennsylvanie., en 1783 dans le Massachusetts..
Le Congrès continental discuta intensément de l'esclavage. Thomas Jefferson, dans la Déclaration d'indépendance américaine, préféra ignorer le sujet, afin de ne pas mécontenter les régions du Sud qui vivaient de l'économie de plantation. Si la Constitution américaine fondait les bases démocratiques de la nouvelle République, elle excluait les Noirs du droit de vote, de même que les femmes, les Amérindiens et les pauvres.
États-Unis esclavagistes
Abolition de l'esclavage
vignette|Égrenage du coton en 1869.
Dès 1770, les sociétés quakers de Nouvelle-Angleterre s'interdisent toutes pratiques esclavagistes. Seuls quelques États du Nord s'engagent rapidement dans la voie de l'abolition de l'esclavage : le Vermont l'interdit dès 1777.
En 1807, la traite des Noirs est officiellement abolie aux États-Unis. Dans les années 1820, la dénonce l'esclavage. En 1863 en pleine guerre de Sécession, le président Abraham Lincoln signe la Proclamation d'émancipation déclarant libre tout esclave résidant sur le territoire de la Confédération sudiste qui n'est pas sous contrôle de l'Union. En 1865 est promulgué le interdisant l'esclavage après cette guerre..
Après la guerre sont créées la plupart des « universités historiquement noires », afin d'accueillir les étudiants afro-américains refusés sur les campus blancs..
Il n'y eut aucune réquisition ou confiscation, aucune plantation n'est divisée ou morcelée. Au contraire, le président Andrew Johnson fait expulser les Noirs des parcelles de terrains que certains généraux nordistes leur avaient distribués. De manière générale, la structure économique du Sud, construite sur des caractéristiques racistes, est totalement conservée. Le système des métayers, forme d'exploitation souvent proche de l'esclavage, est créé pour les Noirs.
Ségrégation raciale
vignette|Affiche appelant les « hommes de couleur » à s'enrôler dans l'armée américaine après la Proclamation d'émancipation de 1863. Écrite par Frederick Douglass, elle est signée par 54 dirigeants de la communauté afro-américaine de Philadelphie (Pennsylvanie) où elle est publiée. Après 1865, un grand nombre d'anciens esclaves se retrouvent sans travail et de nombreux planteurs font faillite. Commence alors un exode massif des Afro-Américains vers les villes industrielles du nord du pays. La guerre de Sécession laissa des rancœurs dans les États du Sud : après la fin de l'occupation militaire est mise en place la ségrégation par peur du métissage et par la psychose du viol des femmes blanches par les hommes africains.. Les lois Jim Crow instaurent le développement séparé mais égal, c'est-à-dire la ségrégation dans les lieux publics.
Les États du Sud avaient profité également de la période pour voter des Codes noirs restreignant fortement les droits des Afro-Américains nouvellement affranchis. Ils adoptent une série de lois interdisant la possession d'armes par les Noirs, le droit de réunion après le crépuscule, et « l'oisiveté ». Au Mississippi, la loi leur interdit également de posséder de la terre. En Caroline du Sud, elle leur interdit l'exercice de toutes professions « artistiques, commerciales ou industrielles », leur permettant seulement de devenir domestiques ou valets de ferme. Plusieurs États (ainsi qu'au Nord, comme New York) leur interdisent le droit de vote sous divers prétextes (suffrage censitaire, interdiction de vote pour les analphabètes).
Les Noirs sont également victimes de violences, de lynchages et de la haine du Ku Klux Klan. La Louisiane tout entière est parcourue de bandes armées qui fouettent, battent ou tuent des Noirs impunément. Au début des années 1870, ces ligues atteignent . Selon le général Philip Sheridan, gouverneur militaire de la région, plus de sont massacrés dans les qui suivent la guerre..
Grande migration (1916-1930)
En , pour répondre aux émeutes raciales de Springfield et plus largement aux violences anti-Noirs, un groupe de réformateurs comprenant notamment W.E.B Du Bois et John Dewey se rassemble pour fonder la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP).
Durant la première moitié du , plusieurs millions d’Afro-Américains quittent le sud des États-Unis pour rejoindre le nord, le Midwest et l’ouest du pays, dans un mouvement connu sous le nom de Grande migration (1916-1930).. Ils espèrent échapper à la ségrégation et aux violences dont ils sont toujours victimes dans le Sud, accéder au droit de vote ainsi qu’à de meilleures conditions de vie. Le dynamisme industriel du Nord, les besoins en main-d’œuvre consécutifs à l’intensification de la production militaire durant la Première Guerre mondiale offrent les conditions de cette vague migratoire.
De 1910 à 1930, la population noire des seules villes de Chicago, New York et Philadelphie passe de .. La concentration des Noirs dans les grandes villes du Nord conduit à la formation de quartiers à forte majorité afro-américaine comme le South Side de Chicago ou Harlem et le Bronx à New York.
La Grande migration s’accompagne d’un important transfert culturel : des formes musicales spécifiques au sud du pays, comme le boogie-woogie ou le blues, se répandent dans le nord. Le centre de gravité de la musique jazz se déplace de La Nouvelle-Orléans à Chicago et New York. Le quartier de Harlem à New York est le berceau d’un mouvement culturel, connu sous le nom de Renaissance de Harlem, dont la renommée dépasse les frontières du pays. Les écrivains Zora Neale Hurston, Langston Hughes, Claude McKay, Richard Wright et les artistes Lois Mailou Jones, William H. Johnson, Romare Bearden et Jacob Lawrence en sont les principaux représentants.
Droits civiques et marche vers l'égalité Au niveau politique, les premiers membres noirs du Congrès des États-Unis ont été élus sous l'étiquette Républicaine en , soit trois ans après l'abolition de l'esclavage. Il a fallu attendre 1934 pour que le parti démocrate présente ses premiers candidats noirs.
De 1936 à 1966, au moins sont assassinés dans des lynchages. L’État de Caroline du Nord a instauré entre 1929 et 1974 un programme de stérilisation forcée visant les Noirs. Quelque , y compris des enfants, en ont été victimes« Aux États-Unis, un programme de stérilisation au XXᵉ siècle ciblait expressément les Noirs », AFP, 25 juillet 2020..
Pendant la Grande Dépression des années 1930, les Afro-Américains sont particulièrement touchés par le chômage et la pauvreté. Si le New Deal lancé par le président Franklin Delano Roosevelt ne prévoyait aucune disposition particulière à leur égard, les Noirs américains profitèrent des différents programmes et des aides fédérales. : ils bénéficièrent par exemple d'un tiers des aides au logement.. C'est à partir de cette époque qu'ils changent leur appartenance politique, se tournant davantage vers le parti de Roosevelt, le parti démocrate.