Bernard Amiot, dit Bernard Dillon ou Martin, né le à Tours et mort le à Boudou, est un résistant et syndicaliste français. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe au putsch du à Alger au cours de l'opération Torch et à l'affaiblissement des armées nazies dans le Sud-Ouest de la France par d'importants sabotages ferroviaires et industriels avec le Corps franc Pommiès, du à sa mort en opération.

Biographie

Jeunesse

Situation personnelle Né le à Tours (Indre-et-Loire), Bernard Amiot est le fils d'Armand Amiot, cheminot et chaudronnier de locomotive à vapeur, et de Berthe Marie Chauvet, sans profession. En primaire, il est scolarisé à Tours en compagnie de son cousin et ami d'enfance, Yves DechezellesLeurs pères respectifs sont cheminots à Saint Pierre des Corps, important nœud ferroviaire près de Tours et les liens familiaux remontent à la génération antérieure.. À l'issue de ses études, il obtient le brevet élémentaire supérieur. il s’entraîne à l'AGS, une association sportive de Tours. Appelé en 1930, il est engagé dans le 10e régiment d'artillerie coloniale et envoyé rapidement au bataillon de Joinville. À Paris, il remporte la finale du concours de l'athlète complet dans la compétition « Le soldat de demain ».

Mobilisation militaire et entrée en résistance Présent à Oran en , au moment de la déclaration de guerre, Bernard Amiot est rappelé et engagé en Syrie mandataire. À la signature de l'armistice, il démobilisé en et retourne en Algérie française, où il retrouve son cousin, l'avocat Yves Dechezelles.

Opposé à l'armistice et au régime de Vichy, il défait des officiers pétainistes au cours d'une rixe dans un café en 1941. Arrêté, il a le temps de prévenir Yves Dechezelles. Condamné à six mois fermes, il est incarcéré pour « offense au chef de l'État et propos de nature à nuire au moral des populations en temps de guerre » à Alger, à la prison de Barberousse, puis à celle de Maison Carrée.

Libéré en , il entre en dans le réseau « Combat, » dont Yves Dechezelles est le relais, et retrouve un groupe d'amis qui font partie des jeunes résistants français chargés de faciliter le débarquement des troupes alliées britanniques et américaines en Algérie.

Activités au sein du groupe D en Afrique du Nord

Participation au putsch 8 novembre 1942 à Alger Bernard Amiot participe au putsch du à Alger dans le groupe « D », très marqué politiquement à gauche, dont les membres sont regroupés autour de Paul Ruff, professeur de mathématiques syndicaliste exclu de l'Éducation nationale par la loi du 3 octobre 1940, et d'Yves Dechezelles, responsable départemental de la résistance. Il sert d'agent de liaison. Parmi les membres du groupe se trouvent les frères Michel et Léon Brudno, Myriam Dechezelles, Annie Ruff, le Dr Stanislas Cviklinski, Maurice Escoute, Hugues Fanfani, le Dr Becache et Laurent Preziosi. Les résistants armés, munis de vrais-faux ordres de mission signés du général Charles Mast ou du colonel Jousse et vêtus d'uniformes avec le brassard de volontaires de place, prennent le contrôle du Central téléphonique inter-régional Belcourt situé à Alger au Champ de manœuvre. Ils bloquent les communications interurbaines, empêchent l’installation d’une mitrailleuse sur la terrasse du Foyer du Service d'Ordre Légionnaire du fort de Kouba qu’ils renoncent à occuper. Ils renoncent également à libérer des détenus emprisonnés à Maison Carrée, des défections ayant réduit les effectifs prévus.

Le succès du putsch mené par les résistants à Alger en capturant les commandants en chef, le préfet, le gouverneur et les administrateurs civils et en coupant les communications téléphoniques, paralyse l'ensemble des pouvoirs militaires et civils en place et permet la prise du pouvoir par les Alliés avec l'arrêt des combats dans cette ville le jour même.

Le cessez-le-feu signé entre le commandement allié et les autorités vichystes met trois jours à s’étendre au Maroc. Des combats meurtriers ont lieu à Oran où l'action de la résistance est déjouée. À Casablanca, la 2e escadre légère française est entièrement coulée ou détruite en s'opposant lors d'une bataille navale au débarquement de la flotte alliée. À Port Lyautey, des combats aéronavals ont lieu lors de la prise de l'aérodrome militaire, d'une flotte aérienne française et de l'embouchure du Sebou.

Le succès de l'opération Torch est proclamé par Winston Churchill dans un discours prononcé le à Londres : « Que cela ne soit ni la fin, ni même le commencement de la fin, d'accord mais n'est-ce pas la fin du commencement ? ».. Selon le colonel Germain Jousse, auteur du plan du putsch d'Alger, cet évènement est amené à rester comme « La fin du commencement », le point de bascule de la victoire, le tournant ou « la bissectrice de la guerre ». Cependant, durant les mois suivant, les résistants sont pourchassés, emprisonnés, internés ou déportés dans des camps par l'administration du régime de Vichy laissée en place par les Américains pour gouverner.

Nous voulons de Gaulle Fin 1942, le groupe D s'oppose par des tracts collés sur les murs des principales artères d'Alger au choix des Alliés américains de confier la représentation des forces de Libération à l'amiral François Darlan, qu'il considère comme le « dauphin » de Philippe Pétain, en écrivant notamment : « L'Amiral à la Flotte ! Nous voulons de Gaulle » et « Vive Roosevelt ! ». Lors d'un défilé militaire, Bernard Amiot lance avec Hugues Fanfani certains de ces papillons depuis une terrasse au passage de François DarlanToussaint Griffi et Laurent Preziosi, Première mission en Corse occupée : avec le sous-marin Casabianca (décembre 1942-mars 1943), Éditions L'Harmattan, 1988 .. thumb|2 papillons contre l'amiral Darlan lancés dans la rue à Alger fin novembre 1942 Après la libération de l'Algérie et l'assassinat de François Darlan le , les résistants du groupe D poursuivent la lutte contre l' Occupation allemande avec des parcours différents. La situation des autorités françaises, à la tête desquelles se trouve le général Giraud, commandant en chef civil et militaire, prend plusieurs mois à se clarifier jusqu'en .

Campagne de Tunisie Début 1943, Bernard Amiot participe à la campagne de Tunisie au sein des Corps francs d'Afrique, corps de volontaires français membres des Forces françaises combattantes. La libération de la Tunisie, retardée par le débarquement de forces allemandes le , effectué avec la collaboration de l'amiral Esteva, s'achève au printemps 1943.

Entraînement dans un camp américain puis à Londres À son retour à Alger, Bernard Amiot retrouve les membres du groupe D qui projettent de continuer la résistance en France métropolitaine. Il rejoint de mars à avec Hugues Fanfani, Yves Dechezelles et Stanislas Cviklinski le camp américano-britannique I.S.S.U. 6, établi à l'ouest d'Alger (à La Trappe, à Club des Pins, à Staoueli ou à Zéralda). Les alliés y dispensent une première formation aux résistants afin de les entraîner au parachutisme et au maniement des explosifs en vue d’opérations en métropole. Envoyés séparément à Londres, Hugues Fanfani et Bernard Amiot contractent avec l' O.R.A. sous l’égide des Britanniques, en liaison avec le Secret Intelligence Service et l'état-major des Forces Françaises à Londres, pour poursuivre l'action armée en France occupée. À Londres, le stage de Bernard Amiot est complété par une formation d'instructeur pour le maniement d'explosifs nouveaux, le plastic notamment pour le sabotage, et une qualification aux moyens de transmission radio et de codage.

Il est affecté au Corps franc Pommiès par le Bureau central de renseignements et d'action. Le , il est parachuté avec un autre agent, porté disparu par la suite, à Lamothe, lieu-dit de la commune de Lectoure, dans le Gers .

Chef du groupe D du Corps franc Pommiès Il devient le chef du groupe D, la section de destructions à l'état-major du Corps franc Pommiès, et dirige plusieurs sabotages dans le Sud-Ouest de la France, orientés contre toutes les infrastructures ferroviaires, aéronautiques et d'énergie électrique investies par les Allemands dans la région après l'invasion de la zone libre. Il détruit dix-neuf locomotives le au dépôt de Montauban, neuf le à Cahors, et dix le , de nouveau à Montauban.

Il planifie plusieurs destructions d'industries utiles à l'armée allemande comme celle de l'usine de la compagnie des métaux de Castelsarrasin, le , d'une usine d'aviation fabriquant des voilures à Toulouse, le , d'une fonderie de cuivre et de zinc à Montbartier, le , de la compagnie de raffinage de Boussens, le , de la compagnie d'optique SFOM à Pau, les et , de l'usine d'aviation de Saint Éloi à Toulouse, le , et de l'usine de moteurs d'avions Dewoitine à Jurançon, le .

Mort À partir du , suivant l'ordre de mobilisation du Corps franc Pommiès, Bernard Amiot et les résistants Philippe Lauzier et Marcel Lardennois planifient le sabotage d'une ligne de chemin de fer qui doit être empruntée par un train de blindés de la division Das Reich en direction de la Normandie, au niveau du lieu-dit « le Petit Bézy », à quelques kilomètres de Moissac, choisi pour sa topographie favorable à une fuite à couvert. Le groupe prévoit, après avoir fait dérailler le train, de se replier en rejoignant depuis les voies ferrées une camionnette prête à démarrer, en traversant un champ et la route départementale 813. thumb| Cénotaphe de Bernard Amiot au Petit Bézy sur la D813 Peu de temps avant le déclenchement de l'opération, Bernard Amiot déclare à propos des Allemands, lors d'un repas pris à Toulouse avec André Pommiès et son épouse, qu'« ils ne l'auraient pas vivant » Avec Hugues Fanfani, ils étaient résolus à ne pas être pris vivants, et Fanfani portait sur lui en mission deux grenades, une pour ses ennemis, l'autre pour lui..

Le , Bernard Amiot et Philippe Lauzier placent quatre charges sur chacune des deux voies mais la présence imprévue de quatre cheminots le long des voies les pousse à ne pas s’éloigner pour s'assurer qu'ils ne donnent pas l'alarme.

En raison d'une décision de dernière minute de la Wehrmacht, le train transportant les blindés est cependant précédé d'un train de voyageurs et de soldats. À la suite de son déraillement, les Allemands se trouvant à l'intérieur sortent des wagons et ouvrent le feu. Bernard Amiot, Philippe Lauzier et Marcel Lardennois se replient mais sont confrontés au sortir du champ à l'arrivée d'une patrouille allemande en camion, venue d'Agen, et sont pris dans des tirs croisés.

Philippe Lauzier et Bernard Amiot ferment la course vers la route, mais voyant Marcel Lardennois ralenti par le poids du fusil mitrailleur, le second s'en charge en couvrant leur repli à travers les rafales. Il est touché mortellement à la tête. Philippe Lauzier, incapable de porter son corps, récupère son carnet personnel et son portefeuille, et réussit avec le reste de l’équipe à s'enfuir vers Boudou à bord d'une camionnette. Le corps de Bernard Amiot n'est jamais retrouvé.

Postérité Dans son testament, signé le et laissé en dépôt chez un de ses amis à Alger, où sont donnés le détail des dispositions et de la remise de l'indemnité en cas de mort au combat, Bernard Amiot écrit :