vignette|Maurice Ravel sur le balcon de sa maison à Montfort-l'Amaury (vers 1930).

Don Quichotte à Dulcinée est un recueil de trois mélodies pour baryton et accompagnement composées par Maurice Ravel en 1932 sur des poèmes de Paul Morand. Il s'agit de la dernière œuvre achevée par Ravel, dont il existe deux versions : l'une pour voix soliste et orchestre, l'autre arrangée pour une voix seule et piano. L'œuvre porte la référence M.84, dans le catalogue des œuvres du compositeur établi par le musicologue Marcel Marnat.

Musique En , Ravel se voit commander trois chansons espagnoles pour les besoins du film Don Quichotte du réalisateur autrichien Georg Wilhelm Pabst avec le chanteur et acteur Fédor Chaliapine dans le rôle-titre. Le délai de composition est fixé au . Le , Ravel fait savoir de Saint-Jean-de-Luz que le délai, si court, étant impossible à tenir, il renonce à la commande. Les sociétés produisant le film insistent auprès de Ravel pour remettre au moins une mélodie le . Ravel accepte de livrer la guajira à cette nouvelle date butoir et les deux autres mélodies fin . Mais, le , la société productrice du film rompt le contrat avec Ravel et l’informe qu’un autre compositeur a été sollicité, Jacques Ibert. Selon Darius Milhaud, d’autres compositeurs ont aussi été sollicités avant que le choix définitif ne porte sur Jacques Ibert :

Parmi les autres compositeurs sollicités, non cités par Milhaud, figure Marcel Delannoy.

Le , à la suite de la rupture de son contrat, Ravel assigne la société productrice du film devant le Tribunal de Commerce de Paris et réclame 75.000 francs de dommages et intérêts.

Ces trois mélodies sont un hommage original au héros de Cervantes. Si elles reflètent pour la dernière fois l'imaginaire espagnol de Ravel, elles marquent dans leur forme un retour à une esthétique bien plus traditionnelle que celles des derniers grands chefs-d'œuvre du musicien. Mais peut-être cette apparente simplicité participe-t-elle à la popularité du triptyque.

Chanson romanesque [guajira], dédiée à Robert Couzinou Chanson épique [zortzico basque], dédiée à Martial Singher Chanson à boire [jota aragonesa], dédiée à Roger Bourdin

La première chanson était d'abord intitulée Chanson romantique, d'après le contrat du entre Maurice Ravel et les éditions Durand, d'après la première édition de la partition aux éditions Durand en , d'après la première gravure sur disques 78 tours chez Gramophone fin 1934, et d'après les programmes de concert du à fin 1937.

Dans ses souvenirs, Manuel Rosenthal affirme avoir réalisé l'orchestration devant Maurice Ravel et selon les intentions de ce dernier, « pas sous sa dictée, mais sous son regard ».

Les trois mélodies durent environ sept minutes. Don Quichotte à Dulcinée, dans sa version pour voix et orchestre, fut créé le par Martial Singher et l'Orchestre Colonne sous la direction de Paul Paray.

Paroles Chanson romanesque Si vous me disiez que la Terre A tant tourner vous offensa, Je lui dépêcherais Pança : Vous la verriez fixe et se taire. Si vous me disiez que l'ennui Vous vient du ciel trop fleuri d'astres, Déchirant les divins cadastres, Je faucherais d'un coup la nuit. Si vous me disiez que l'espace Ainsi vidé ne vous plaît point, Chevalier Dieu, la lance au poing, J'étoilerais le vent qui passe. Mais si vous disiez que mon sang Est plus à moi qu'à vous ma Dame, Je blêmirais dessous le blâme Et je mourrais vous bénissant. Ô Dulcinée...

Chanson épique Bon Saint Michel qui me donnez loisir De voir ma Dame et de l’entendre, Bon Saint Michel qui me daignez choisir Pour lui complaire et la défendre, Bon Saint Michel veuillez descendre Avec Saint Georges sur l’autel De la Madone au bleu mantel. D’un rayon du ciel bénissez ma lame Et son égale en pureté Et son égale en piété Comme en pudeur et chasteté: Ma Dame. Ô grands Saint Georges et Saint Michel, L’ange qui veille sur ma veille, Ma douce Dame si pareille A Vous, Madone au bleu mantel ! Amen.

Chanson à boire

Foin du bâtard, illustre Dame, Qui pour me perdre à vos doux yeux Dit que l'amour et le vin vieux Mettent en deuil mon cœur, mon âme ! Je bois à la joie ! La joie est le seul but Où je vais droit... Lorsque j'ai bu ! A la joie, à la joie ! Je bois à la joie ! Foin du jaloux, brune maîtresse, Qui geint, qui pleure et fait serment D'être toujours ce pâle amant Qui met de l’eau dans son ivresse ! Je bois à la joie ! La joie est le seul but Où je vais droit... Lorsque j'ai bu ! A la joie! À la joie ! Je bois à la joie !

Notes et références

Bibliographie (ordre chronologique) Articles

Marie-Claire Beltrando-Patier, « Maurice Ravel. Don Quichotte à Dulcinée », in Guide de la mélodie et du lied, Brigitte François-Sappey et Gilles Cantagrel (dir.), Paris, Fayard, 1994, p. 534.

Monographies sur Maurice Ravel

Écrits de Maurice Ravel

Liens externes Notice Don Quichotte à Dulcinée (voix et orchestre) dans la base de données Dezède Notice Don Quichotte à Dulcinée (voix et piano) dans la base de données Dezède

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