Philippe Ganier-Raymond est un journaliste et auteur français de romans et d'essais sur la Seconde Guerre mondiale, né le à Joinville-le-Pont et mort le à ParisRelevé des fichiers de l'Insee. D'abord romancier dans les années 1960, il a proposé à partir du milieu des années 1970 des interviews de personnalités pour plusieurs magazines hebdomadaires, comme Paris-Match, Le Nouvel Observateur et L'Express, dont plusieurs ont déclenché des « affaires », sous forme de polémiques Il a fait partie des « écrivains, journalistes, chroniqueurs obsédés par l'Occupation »"Le Syndrome de Vichy (1944-198...)", par Henry Rousso aux Editions du Seuil en 2014 , par « idéologie, par motivations familiales et parfois par goût de la provocation »
Philippe Ganier-Raymond publie ensuite plusieurs livres avec d'autres auteurs à la fin des années 1980.
Biographie Famille Philippe Ganier-Raymond est le fils de Lucien Ganier-Raymond, réalisateur français de deux longs métrages au sortir de la Seconde Guerre mondiale, qui fut l'assistant des réalisateurs Raymond Bernard, Jean de Limur ou Jean ChouxClaude Beylie et Philippe d'Hugues, Les Oubliés du cinéma français, préface de Jean-Charles Tacchella, Éditions du Cerf, 1999, ..
Premiers romans Philippe Ganier-Raymond est l'auteur de plusieurs romans, dont un sur l'espionnage allemand, Le Réseau étranglé (1966) puis Rien que la guerre (1973) et Les Chanteurs de corde (1974), avec pour arrière-fond la déportation des juifs. Articles de presse ll est l'auteur en du grand reportage que Paris-Match a consacré au couronnement du roi d'Espagne Juan Carlos à la suite de la mort du général FrancoArticle de Philippe Ganier-Raymond dans Paris-Match, republié le 2 juin 2014 ., où il raconte comment dans « le soleil froid de l'hiver madrilène », les fans de Franco, « peut-être » attendent « après souvent 18 heures de queue » pour se recueillir devant la dépouille du Caudillo. Avec d'autres journalistes de Paris-Match, il a analysé en détail le discours de Juan Carlos pour observer que, « sauf dans l'homélie qui sert d'introduction au discours, on ne trouve pas une seule référence à Franco ni à son œuvre », ni non plus au , fête nationale et jour de gloire du franquisme"Le nouveau royaume", article dans Le Monde du 3 décembre 1975.
Livre sur le général De Gaulle Philippe Ganier-Raymond est l'auteur, en 1971, sous le nom de Frédéric Barreyre, présenté comme un journaliste à L'Actualité, du livre Derniers mots du Général Charles De GaulleDerniers mots du Général, par Frédéric Barreyre, en 1971 chez Grasset, publié peu après sa disparition, qui analyse ses citations et en a recueilli auprès des "barons" et des "princes" du gaullisme, et identifie celles qui lui ont été abusivement attribuées"Les Petites Malices du Général" par Jean-Michel Royer, en 1990 aux Éditions Balland . Cet ouvrage se veut une suite aux Mots du Général, publiés en 1962 par Constantin Melnik.
Conflit avec la veuve de Louis-Ferdinand Céline en 1975
Son essai de 1975, Une certaine France, l'antisémitisme en France 1940-1944 a été coupé d'une quinzaine de pages, à la demande de la veuve de Louis-Ferdinand Céline qui réclamait même la saisie du livre mais ne l'a pas obtenue, observe la presse en "Une certaine France " ne sera pas saisie, Le Monde du 22 mai 1975 . La veuve déplorait que deux lettres de son mari, adressées sous l'occupation à Costantini et à Jacques Doriot, mais aussi un extrait entier de son livre Beaux Draps aient été reproduits sans son accord. Dans ce long extrait, l'auteur du Voyage au bout de la nuit « ne faisait pas mystère de ses opinions sur les juifs ». Le livre de Philippe Ganier-Raymond, selon Le Monde, donne « encore un bon aperçu, à l'usage des jeunes générations, de ce que fut l'antisémitisme français avant la fin de la seconde guerre mondiale ».
Livre L'Affiche rouge sur les résistants FTP MOI fusillés en 1944
À partir de 1975 aussi, il s'intéresse à lAffiche rouge de Léo Ferré, via une enquête retraçant la « vie exemplaire de chacun des jeunes fusillés »Article de Bertrand Poirot-Delpech le 16 mai 1975 dans Le Monde . du Groupe Manouchian-Boczov-Rayman. Son livre éponyme est publié par Fayard le et obtient un succès de librairie., quelques mois avant la sortie du célèbre film, éponyme lui aussi, préparé, lui, de longue date par Franck Cassenti, en reprenant un projet défendu dès 1966 par Armand Gatti mais qui n'avait pas trouvé de financement.
Le livre se base sur des recherches dans toute l'Europe. Il apporte un éclairage sur la façon dont les combattants FTP-MOI ont utilisé leurs compétences professionnelles spécifiques, liées à leur secteurs d'emploi. Les espagnols qui travaillent dans les poudrières ont volé des explosifs « remis aux artificiers hongrois ». Les tailleurs et fourreurs juifs qui ont dû fournir des sous-vêtements » à l'armée allemande, les ont fait baigner leur laine dans la poudre de verre pour provoquer des blessures et complications aux soldats.
Le livre observe en quelques lignes qu' "à partir de juin" 1943, les "instructions venues d'en haut sont devenues très rares", et que "le matériel fait défaut", en provenance de la direction clandestine de la Résistance intérieure française, alors que les FTP, français et étrangers, savaient parfaitement que, depuis la fin de 1942, les groupes gaullistes de Seine et de Seine-et-Oise avaient reçu des quantités considérables d'armes automatiques et de plastic", les responsables communistes demandant, « conformément aux décisions du CNR », à obtenir leur part d'un stock, qu'ils estimaient sous-évaluéNote de lecture, par Martine Benoit dans Le Peuple français, revue d'histoire populaire, numéro du trimestre 1977 .
Philippe Ganier-Raymond y consacre un chapitre entier à l'action du jeune Hongrois Thomas Elek"The Holocaust, the French, and the Jews" par Susan Zuccotti chez Plunkett Lake Press· en 2019, 15 ans, qui le dépose un explosif caché dans un exemplaire du Capital, dans une librairie ne vendant que des livres d'écrivains nazis.Il raconte aussi comment ses camarades de combat aidèrent Manouchian « à surmonter ses réticences » avant de lancer une grenade. Le récit comporte une erreur factuelle, en page 129, sur le footballeur Rino Della Negra, selon les historiens Jean Vigreux et Dimitri Manessis"Rino Della Negra, footballeur et partisan", par Jean Vigreux et Dimitri Manessis en 2022, qui ont aussi observé que livre mentionne que des sacoches ont été récupérées lors d'un attentat, « bourrées de dollars » et que cet argent avait « pu servir aux FTP-MOI »"Rino Della Negra, footballeur et partisan. Vie et mort d’un jeune footballeur des FTP-MOI du « groupe Manouchian » (1923-1944)" par Jean VIGREUX, Dimitri MANESSIS, 2022, allant dans le sens de la thèse de l'auteur selon laquelle ces résistants avaient été privés de directives et de soutien financier. Le livre comporte une autre erreur, répandue dans les années 1960, considérant que l'attentat contre deux officiers nazis du perpétré par Marcel Rajman avait réussiPARIS SOUS L’OCCUPATION NAZIE, le 17 février 2018.
Trente ans après, dans son livre L'Affiche rouge, Benoît Rayski, fils d'Adam Rayski, un des survivants de cette époque, observe que l'ouvrage de 1975 mélange allègrement des descriptions purement imaginées aux faits historiques"L'affiche rouge" par Benoît Rayski Éditeur Archipoche en 2004. Philippe Ganier-Raymond estime dans ce livre que la direction du PCF a voulu, l'heure de la Libération approchant, « se débarrasser de combattants aux noms imprononçables », allusion à l'expression employée par Louis Aragon dans son poème de 1955 Strophes pour se souvenir. Il estime qu'elle l'a fait pour en tirer un double bénéfice, celui de leurs actions et celui de leur élimination . Son raisonnement s'appuie sur le sort fait aux dirigeants de la M.O.I. dans les démocraties populaires après la guerre, pour ceux qui étaient devenus de hauts personnages. La période de 1948-1952 pourrait expliquer celle de juin à , selon l'historienne Annette Wieviorka, qui met en garde contre cette méthode d'explication a posteriori contraire à la démarche des historiens"Ils étaient juifs, résistants, communistes" par Annette Wieviorka, chez Denoël en 1986 .
Le conflit de 1977 avec Georges Marchais
En décembre 1976, une négociation entre l'URSS et le Chili a permis l'échange du secrétaire général du Parti communiste chilien, Luis Corvalán, détenu par la dictature du général Augusto Pinochet au Chili, et du dissident soviétique Vladimir Boukovski Mitrokhin Archive, volume II : The KGB and the World par l'historien Christopher Andrew et l'ex-agent du KGB, Vasili Mitrokhin ; Extraits publiés sans l'article « How 'weak' Allende was left out in the cold by the KGB », The Times, 19 septembre 2005.. L'absence de Luis Corvalán aux cérémonies du Kremlin en son honneur peu après sa libération suscite cependant nombre de rumeurs impossibles à vérifier, et qui pourraient venir de sa colère d'avoir été libéré en échange d'un dissident soviétique, et contre une manifestation d'« enthousiasme internationaliste » célébrant cet échange, rapporte Le Monde« La discrétion de M. Corvalan depuis sa libération suscite l'étonnement à Moscou », Le Monde, 21 décembre 1977 ..
Le numéro un du Parti communiste français Georges Marchais qualifie l'échange de Boukovski contre Corvalán de « lamentable »Le Nouvel Observateur, 27 décembre 1976.. À la suite d'une interview accordée par Luis Corvalan, à Philippe Ganier-Raymond et publiée le dans Le Nouvel Observateur, où il exprima un point de vue très différent, ce dernier vint au secours du PCF en déclarant qu'il n'avait jamais prononcé les propos rapportés. Georges Marchais déclara le lendemain sur Antenne 2 espérer que le journal de la semaine suivante publie le démenti que Luis Corvalan a rendu public à Moscou à « des propos erronés ».
Le Nouvel Observateur apporta la preuve du contraire, le journaliste répondant qu'il « dispose des bandes magnétiques de l'enregistrement » et que ces propos lui ont été « répétés plusieurs lois et avec précision », au cours de l'entretien, concernant « les allégations qui peuvent paraître aujourd'hui litigieuses » et qui concernent Vladimir Boukovski et Georges Marchais« Polémique entre Marchais et Le Nouvel Observateur à propos d'une interview de Corvalan », L'Humanité rouge, 25 février 1977 .
La polémique est traitée côté communiste par quelques lignes publiées dans L'Humanité dès le "La nouvelle censure, exemple de mise en place d'une mentalité totalitaire" par Jean-François Revel en 1977 chez Robert Laffont, lendemain de l'émission. Luis Corvalan a ensuite accordé une interview au correspondant en Italie du quotidien Le Monde, après une visite d'une dizaine de jours en Italie, où il a reconnu que d'autres partis communistes « peuvent avoir une vision différente » du sien, sans vouloir les jugerArticle de Robert Solé dans Le Monde le 5 mars 1977 à une question sur la manière dont sa libération a été obtenue, que Georges Marchais avait qualifiée de « marchandage lamentable »"Célébrer la dissidence" par Michael Scott Christofferson, dans Les intellectuels contre la gauche en 2014. « Il ne me paraît nullement convenable de commenter l'opinion du camarade Marchais, avec lequel j'ai le désir et l'intention de m'entretenir prochainement », répond-il alors au Monde.
L'affaire Darquier de Pellepoix en 1978