Iaroslav Oleksandrovytch Halan ou Galan (en ), surnommé camarade Yaga, né le à Dynów et mort assassiné le à Lviv, est un écrivain, dramaturge et publiciste antifasciste ukrainien soviétique, membre du Parti communiste d'Ukraine occidentale à partir de 1924.
Écrivain aux multiples casquettes, il est l'auteur de nombreux articles et pièces de théâtre engagés, soutenant le communisme et attaquant notamment l'Église catholique et les nationalistes ukrainiens. Halan est assassiné par deux membres de l'armée insurrectionnelle ukrainienne en 1949.
Biographie
Jeunesse Iaroslav Halan naît le à Dynów (alors en Autriche-Hongrie) dans la famille d'Oleksandr Halan, un fonctionnaire des postes. Enfant, il vit et étudie à Przemyśl. Il bénéficie d'une grande collection de livres rassemblée par son père et est grandement influencé par la créativité de l'écrivain socialiste ukrainien Ivan Franko. À l'école, les pensées critiques de Iaroslav le font entrer en conflit avec les prêtres qui enseignent la théologie.
Au début de la Première Guerre mondiale, son père, ainsi que d'autres éléments jugés car sympathisants des Russes, est emprisonné dans le par les autorités austro-hongroises. La Galicie est finalement prise par les Russes.
Lors de l'offensive autrichienne de Gorlice-Tarnów qui s'ensuit, afin d'éviter les répressions, sa mère évacue la famille en suivant la retraite de l'armée russe, s'installant à Rostov-sur-le-Don, où Iaroslav poursuit ses études et se produit au théâtre. Vivant là-bas, Halan est témoin des événements de la révolution d'Octobre. Il se familiarise avec les idées et le mouvement de Lénine. Plus tard, ces événements constituent la base de son histoire Unforgettable Days.
À Rostov-sur-le-Don, il découvre les œuvres d'écrivains russes tels que Léon Tolstoï, Maxime Gorki, Vissarion Belinski et Anton Tchekhov. Halan se rend souvent au théâtre. C'est ainsi que naît sa passion pour cet art, qui détermine à l'avenir sa décision de devenir dramaturge.
Années étudiantes et premiers engagements Après la guerre, Halan retourne en Galicie (alors annexée par la Pologne), où il obtient en 1922 son diplôme du Peremyshl Ukrainian Gymnasium. Il étudie ensuite à l'École supérieure de commerce de Trieste en Italie et, en 1922, s'inscrit à l'université de Vienne. En 1926, il rejoint l'université Jagellonne de Cracovie, dont il sort diplômé en 1928 (selon certaines sources, il ne réussit pas les examens finaux). Halan commence ensuite commencé à travailler comme professeur de langue et littérature polonaises dans un établissement privé de Loutsk. Cependant, dix mois plus tard, il est interdit d'enseigner pour des raisons politiques.
Au cours de ses années d'études, il s'engage politiquement à gauche. À l'université de Vienne, il devient membre de la communauté ouvrière Einheit (Unité), supervisée par le Parti communiste d'Autriche. À partir de 1924, il participe activement au mouvement clandestin de libération nationale qui, sur les terres ukrainiennes de la Deuxième République polonaise (à l'exception de la Galicie, sous l'influence de l'OUN), est dirigé par le Parti communiste d'Ukraine occidentale (CPWU). Il rejoint le parti alors qu'il est en vacances à Przemyśl. Plus tard, alors qu'il étudie à Cracovie, il est élu vice-président de l'organisation Życie (Vie), réunissant des étudiants en droit et dirigée par le Parti communiste de Pologne.
Premières œuvres et engagement communiste vignette|260x260px|Iaroslav Halan avec sa première épouse Anna Henyk et ses proches dans le village de Bereziv, 1929 C'est dans les années 1920 que l'activité créatrice de Halan commence. En 1927, il termine sa première pièce importante, Don Quichotte d'Ettenheim. Il révèle ensuite ce qu'il considère comme de la vénalité parmi les partis nationalistes et chauvins dans sa pièce 99 % (1930). Le thème de la lutte des classes et la condamnation de la ségrégation sont des thèmes présents dans les pièces Cargo (1930) et Cell (1932), appelant à l'unité d'action et à la solidarité de classe des prolétaires ukrainiens, juifs et polonais.
La pièce de Halan, 99 %, est mise en scène par le Théâtre ouvrier de Lviv, qui s'organise à la limite de la légalité. À la veille de la première représentation, les autorités polonaises lancent une campagne d'arrestations massives contre les communistes ukrainiens occidentaux, les emprisonnant dans la prison de Loutsk. Le directeur du théâtre et l'un des principaux acteurs étant arrêtés, la première est menacée d'annulation. Malgré les risques d'arrestation, les ouvriers continuent à répéter, de sorte que la pièce est présentée avec un jour de retard seulement. Environ assistent à la première ; pour eux, il s’agit d’une forme de mobilisation de protestation contre la répression et le nationalisme.
Halan est l'un des fondateurs d'un groupe d'écrivains ukrainiens engagé à gauche, Horno. De 1927 à 1932, avec d'autres écrivains communistes et membres du Parti communiste, il travaille pour le magazine ukrainien Vikna, basé à Lviv., comme membre de son comité de rédaction, jusqu'à ce que celui-ci soit fermé par la censure du gouvernement..
Vivant dans la ville de Lviv, sous contrôle polonais, Halan gagne sa vie en traduisant des romans depuis l'allemand vers le polonais. En 1932, il s'installe à Nijniy Bereviz, le village natal de sa femme, situé dans les Carpates ukrainiennes, près de Kolomya, et continue à travailler sur ses propres pièces, histoires et articles. Dans le village, il répand les idées communistes parmi les paysans, créant des cellules du Secours rouge international et du Comité de secours contre la famine. Sans possibilité de trouver du travail, il vit à la campagne jusqu'en , date à laquelle il est mandaté par le Parti communiste pour retourner à Lviv.
Halan demande la citoyenneté soviétique en 1935, mais elle lui est refusée.
En 1935, Halan voyage dans les Carpates ukrainiennes, prononçant des discours devant les paysans. Il devient un militant communiste expérimenté. S'adressant aux ouvriers de la ville, Halan leur explique les principaux points de la théorie marxiste. Il donne notamment des conférences sur Socialisme utopique et socialisme scientifique de Friedrich Engels et Travail salarié et Capital de Karl Marx. Avec le jeune écrivain communiste Oleksandr Havryliouk, Halan met en place des refuges pour les sans-abri, rédige des tracts et des manifestes et les publie à Lviv.
Tout au long de sa carrière politique, l'écrivain est persécuté et emprisonné à deux reprises (la première fois en 1934). Il est l'un des organisateurs du Congrès antifasciste des travailleurs culturels de Lviv en . Halan participe également à une grande manifestation le à Lviv, au cours de laquelle la foule est visée par la police polonaise. Au total, trente ouvriers sont tués et deux cents blessés. Halan consacre son texte Golden Arch à la mémoire de ses camarades communistes morts ce jour-là.
Sa participation au Congrès antifasciste l'oblige à fuir Lviv pour Varsovie, où il trouve finalement du travail dans le journal, Dziennik Popularny, marqué à gauche et dirigé par Wanda Wasilewska. En 1937, le journal est fermé par les autorités et, le , Halan est accusé de militantisme communiste illégal et envoyé en prison à Varsovie. Il est plus tard transféré à Lviv. Libéré en , Halan vit à Lviv sous la stricte surveillance de la police et reste au chômage jusqu'en 1939.
En 1937, son frère aîné, membre du Parti communiste d'Ukraine occidentale, meurt à Lviv. Le Parti communiste de Pologne et le Parti communiste d'Ukraine occidentale, en tant qu'organisation autonome, sont dissous par le Komintern sur la base d'accusations, montées de toutes pièces, d'espionnage au profit de la Pologne en 1938. La première épouse de Halan, Anna Henyk (également membre du PCWU), qui étudie à l'Institut médical de Kharkiv, est alors arrêtée par le NKVD et exécutée lors des Grandes Purges.
Déménagement à Lviv, sous domination soviétique Après l' et par l'URSS en , Iaroslav Halan travaille pour le journal Vilna Ukraina, dirige le théâtre Maria Zankovetska et écrit plus de et articles sur les changements en cours dans les terres réunifiées de l'Ukraine occidentale. Selon , Halan fait partie des écrivains considérant . Il soutient donc la politique communiste et est par conséquent emprisonné en Pologne.
En , Halan se rend à Kharkiv pour tenter de retrouver son épouse disparue Anna Henyk. Avec l'écrivain Iouri Smolytch, il visite le dortoir de l'Institut médical et demande au concierge des informations sur son sort. Le portier lui remet seulement une valise contenant les affaires d'Anna et lui déclare qu'elle a été arrêtée par le NKVD, ce qui fait fondre Halan en larmes.
En , alors qu'il est journaliste au journal Vilna Ukraina, il prend ses premières vacances en Crimée, mais n'y reste pas longtemps ; le , l'Allemagne nazie envahit l'Union soviétique, il s'engage dans l'Armée rouge.
Durant la guerre Lorsque la guerre sur le front de l'Est commence, Halan se rend à Kharkiv et se présente au commissariat militaire, souhaitant devenir volontaire de l'Armée rouge et d'aller au front, mais il est refusé.
Il est évacué vers Oufa. En , Alexandre Fadeïev le convoque à Moscou pour travailler au magazine de langue polonaise Nowe Horyzonty. Au moment de la bataille de Moscou, le , il déménage à nouveau, cette fois vers Kazan.
Plus tard, l'écrivain arrive à Saratov, où il devient animateur à la station de radio Taras Chevtchenko. Il est ensuite envoyé spécial en première ligne du journal Sovietskaya Ukraina, puis de Radianska Ukraina. En 1943, à Moscou, il rencontre sa future seconde épouse, Maria Krotkova, qui est artiste.
En , la maison d'édition Moscovskiy Bolshevik publie le recueil de quinze histoires de guerre rapportées par Halan, intitulé Front on Air. À la fin de l'année, celui-ci déménage à Kharkiv, récemment libérée, et y travaille à la station de radio Dnipro, qui relaie les nouvelles du front.
Pendant et après la guerre, il critique sévèrement les nationalistes ukrainiens, en particulier les banderivtsi de l'Organisation des nationalistes ukrainiens, les melnykivtsi de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne et les bulbivtsi de la Sitch de Polésie, qu'il considère comme complices des occupants nazis.
Après la guerre gauche|vignette|Iaroslav Halan dans son bureau, en 1947. En 1946, Iaroslav Halan, en tant que correspondant du journal Radianska Ukraina, est chargé de représenter l'URSS au procès de Nuremberg, jugeant les criminels militaires nazis.
Iaroslav Halan écrit beaucoup sur les nationalistes ukrainiens. Dans son histoire What Has No Name, il décrit en détail les crimes de l'OUN, et prétend notamment relater l'assassinat d'un couple dont les corps sont découpés et donnés à manger à leur propre fille. Il se concentre sur la lutte contre la propagande nationaliste, se plaignant dans une lettre à son ami Iouri Smolytch d'être le seul à publier sur le sujet : . vignette|Images d'une représentation de Under the Golden Eagle, en 1982. Dans sa tragédie Under the Golden Eagle (1947), l'écrivain critique sévèrement l'administration d'occupation américaine en Allemagne de l'Ouest pour ses tentatives d'empêcher les soldats soviétiques internés dans des camps spéciaux de retourner dans leur pays d'origine. Dans sa pièce Love at Dawn (1949, publiée en 1951), il décrit le triomphe du socialisme dans les zones rurales de l'ouest de l'Ukraine.
Dans ses derniers pamphlets satiriques (Leur visage en 1948, Au service de Satan la même année, En face des faits en 1949, Le Père des Ténèbres et ses acolytes en 1949, Les idoles du Vatican ont soif de sang, toujours en 1949, en polonais, Le Crépuscule des dieux extraterrestres en 1948, Ce qu'il ne faut pas oublier en 1947, Le Vatican sans Masque en 1949), Iaroslav Halan critique l'idéologie supposément nationaliste des institutions religieuses (en particulier celle de l'Église grecque-catholique) et la doctrine anticommuniste du Saint-Siège.