La place de la Monnaie (en néerlandais : Muntplein) est une place de Bruxelles, capitale de la Belgique.

Situation et accès Cette voie de la région de Bruxelles-Capitale située sur le territoire du Pentagone de la ville de Bruxelles située près de la place de Brouckère, est le point de rencontre des rues des Fripiers, de l'Évêque, du Fossé aux Loups, Neuve, des Princes et de la Reine Bruxelles Pentagone - Place de la Monnaie.

La place de la Monnaie est un des espaces publics les plus centraux de Bruxelles, située sur l'un des axes piétonniers les plus fréquentés d'Europe. Le côté ouest de celle-ci s'aligne sur la rue des Fripiers et la rue Neuve, et le côté est est dominé par le théâtre royal de la Monnaie, cerné sur trois côtés par la rue des Princes au nord, la rue Léopold à l'est, et la rue de la Reine au sud. Elle est facilement accessible en métro :

Origine du nom La place tient son nom de l'ancien atelier monétaire, également appelé « Monnayerie », érigé à l'intérieur de l'hôtel Ostrevant qui, au , occupait la majeure partie de la place de la Monnaie actuelle.

Historique Le bombardement de 1695 vignette|Place de la Monnaie, fin du

Le est une période fortement marquée par de multiples guerres sur le territoire européen. En Europe centrale, Louis XIV, roi de France, engage de nombreuses guerres aux pays alentour afin d'étendre son royaume. C'est dans ce contexte qu'éclate la guerre de la Ligue d'Augsbourg en 1688. Elle opposa la France sous le contrôle de Louis XIV à la Ligue d'Augsbourg constituée de l'Espagne, les Provinces-Unies, la Suède, l'Angleterre et certaines principautés allemandes. Ces derniers avaient formé ladite coalition dans le but d'empêcher Louis XIV de conquérir de nouveaux territoires.

Les Pays-Bas espagnols, limitrophes avec la France, voient leur territoire chaque jour un peu plus envahi. En , Louis XIV parvient à s'emparer de Namur, une des villes les plus puissantes des Pays-Bas espagnols en raison de son contact direct avec la Sambre et la Meuse. Durant les années qui suivent, Guillaume d'Orange, stadhouder des Provinces-Unies et leader de la coalition, va user de tous les moyens pour reprendre la ville de Namur au roi de France. Trois ans plus tard, la Ligue d'Augsbourg bat les troupes françaises à Namur et la ville est sous les commandes du prince Guillaume d'Orange.

Agacé face aux tentatives de la Ligue d'Augsbourg pour freiner ses conquêtes, Louis XIV ordonna, en , au maréchal François de Neufville de Villeroy de faire marcher les troupes françaises vers Bruxelles, auparavant capitale des Pays-Bas espagnols. Le but de la manœuvre était de faire diversion, dans l'espoir de faire lever le siège à Namur.

Cependant, ni l'armée de Guillaume d'Orange, ni celle de Maximilien Emmanuel de Bavière, gouverneur des Pays-Bas espagnols et prince électeur de Bavière ne se déplaça à Bruxelles. Les armées restèrent à Namur et aucune bataille n'eut lieu. Les armées de la Ligue d'Augsbourg refusèrent de se déplacer pour mener une guerre inégale. En effet, Bruxelles était munie de moyens très limités pour riposter face à l'ennemi.

Ainsi, les 13, 14 et de l'année 1695, Villeroy bombarda Bruxelles à coup de canons et de mortiers. L'intérieur du pentagone fut réduit en cendres en moins de 3 jours.

Les semaines suivantes furent éprouvantes autant pour les troupes françaises que pour l'armée de la coalition. Ainsi, un compromis fut établi sous le nom de « traité de Ryswick » en 1697 et marqua, par conséquent, la fin de la guerre.

La reconstruction Le bombardement de Bruxelles de 1695 causa un désastre essentiellement économique et culturel. La capitale était devenue un ramassis de décombres. Maximilien-Emmanuel de Bavière, gouverneur des Pays-Bas espagnols, dût rapidement mettre en place un Conseil responsable pour établir les mesures nécessaires à la reconstruction de la ville.

Premières mesures Afin d'assurer la remise sur pied de la ville, les autorités se hâtèrent de prendre différentes mesures d'urgence. Tout d'abord, il fut convenu que tous les locaux disponibles devaient être mis à disposition des citoyens ayant perdu leur logement dans l'incendie. Ensuite, les propriétaires ne pouvaient augmenter les loyers, sous peine d'être sanctionnés. Aussi, les citoyens furent priés d'utiliser leurs chevaux et leurs chariots pour déblayer les décombres.

Enfin, le Conseil adopta des dispositions permettant aux ouvriers étrangers de venir travailler à Bruxelles, afin de reconstruire la ville.    

Gio-Poalo Bombarda Dans ce contexte, l'architecte italien et trésorier de Maximilien-Emmanuel de Bavière, Gio-Paolo Bombarda, fut chargé d'établir un grand théâtre où l'on jouerait des pièces d'opéras. L'architecte choisit d'établir celui-ci à l'emplacement de l'ancien hôtel Ostrevant où l'on frappait la monnaie, afin de profiter du grand espace vide laissé par le bombardement. Il fut décidé d'aménager une grande place tout autour du théâtre afin de mettre en lumière celui-ci. Ce fut l'embryon de la place de la Monnaie.    

Le théâtre de la Monnaie vignette|Représentation du théâtre de la Monnaie datant de 1700 Au cours de l'année 1700, le théâtre fut inauguré. Pour en assurer la gestion, Bombarda sollicita la direction du théâtre. Satisfait du travail accompli par son trésorier, Maximilien Emmanuel de Bavière le lui octroya le , sous réserve de conditions : l'octroi ne vaudrait que pour les 30 ans à venir et chaque année, Bombarda serait prié de verser 50 florins en guise de reconnaissance. Il donna, par la suite, la dénomination de « Grand Opéra » à son théâtre. La première pièce qui y fut jouée fut « Atys », une tragédie en musique créée par le compositeur Jean-Baptiste Lully sur un livret de Philippe Quinault. Le théâtre fit la renommée de Bruxelles, et, durant les premières années qui suivirent sa création, les bruxellois en étaient fiers. Maximilien Emmanuel de Bavière, grand amateur de théâtre, reconnut au théâtre de Bombarda le titre d'« Académie de Musique», lui accordant ainsi plus de prestige et permettant au théâtre de rivaliser avec le théâtre de Paris, qui, depuis sa création, portait le titre d'« Académie royale de musique ».

Au milieu du , la situation politique fut instable. La Belgique connut en cette période plusieurs guerres et révolutions. On compte parmi celles-ci : la guerre de Succession d'Autriche, la Révolution brabançonne et la Révolution française. Cette période eut de lourdes conséquences pour le théâtre qui, régulièrement, dût fermer ses portes. Bombarda, endetté, ne pût apporter l'entretien nécessaire au théâtre et celui-ci commença à sérieusement se détériorer. Le délabrement fut tel, que le , la ville fut contrainte d'en construire un nouveau. L'architecte Damesme sera, en 1817, chargé du projet. La nouvelle salle de théâtre fut construite juste derrière la première qui, détruite, permit de dégager l'espace afin de permettre à la place d'avoir son étendue actuelle. La bâtisse fut inaugurée en 1819. Les représentations dans la seconde salle n'eurent lieu que jusqu'en 1855, car le de cette même année, alors que les ouvriers disposaient les décors du Prophète de Meyerbeer, un incendie éclata et ravagea la salle. Il ne fut pas nécessaire de reconstruire entièrement le théâtre car les murs extérieurs avaient subsisté. On confiera la reconstruction d'une troisième salle à l'architecte Joseph Poelaert. Il s'agit de cette salle qu'on peut admirer actuellement au sein du théâtre.

La Muette de Portici La Muette de Portici est un opéra en cinq actes composé par le français Daniel Auber (1782-1871) sur un livret d'Eugène Scribe et de Germain Delavigne. Cette pièce est caractérisée de lyrique, dramatique, révolutionnaire et à ton nationaliste. La première représentation eut lieu le à Paris, l'engouement du public fut sans précédent. Cependant, ce fut un an plus tard, au théâtre de la Monnaie à Bruxelles que la pièce remporta son succès le plus fervent. En effet, cet opéra met en scène une insurrection contre le pouvoir établi : Tommaso Aniello (dit "Masaniello") est un homme né pêcheur qui mena la révolution du peuple napolitain contre la Couronne espagnole en 1647. C'est précisément à travers cette connotation révolutionnaire que cette pièce marqua l'Histoire belge : les spectateurs y voyaient une similitude avec la situation du peuple belge. Elle fut l'élément déclencheur de la révolution qui les conduisit à l'indépendance. De juillet à , la population se sentant opprimée par le gouvernement hollandais, se rassemblait dans les rues ou sur les places, taguait les murs d'injures. Les journaux, quant à eux, tenaient des propos hostiles à l'égard du gouvernement hollandais. Ce dernier ne prit aucune mesure pour calmer les tensions car il avait pour mot d'ordre de "s'abstenir de toute provocation et d'empêcher tout bruit inutile" dans le but de ne pas susciter le déchainement total de la population belge. Le , il interdit toutefois la représentation de La Muette de Portici après qu'elle eut donné lieu à de multiples incidents.

Cependant, le , jour du anniversaire du roi des Pays-Bas, Guillaume , une nouvelle représentation de la pièce fut autorisée à être jouée au théâtre de la Monnaie. La police s'attendait à quelques protestations et avait mis en place des mesures de sécurité qui s'avérèrent pourtant insuffisantes face à l'ampleur des émeutes. En effet, ce soir-là, vers 22 heures, la salle du théâtre de la Monnaie était bondée, le public était principalement bourgeois. À l'extérieur, les spectateurs n'ayant pu rentrer se rassemblaient sur la place et la foule s'amassait. L'agitation était palpable. Dans le théâtre, le public était déchaîné : les cris et applaudissements se suivaient à tour de rôle. Au deuxième acte, le duo "Amour sacré de la patrie", interprété par Lafeuillade et Cassel, fut accueilli avec beaucoup d'enthousiasme et bissé. Le troisième acte fut le coup de grâce, quand Masaniello cria "Aux armes !"; la salle tout entière se leva et l'acclama frénétiquement pour ensuite se ruer dehors où la foule qui attendait se mit aussitôt en branle : c'est le point de départ des "journées sanglantes et libératrices". Durant toute la nuit, la ville fut pillée, incendiée, saccagée : elle fut "au pouvoir de l'émeute" jusqu'au petit matin. Les jours suivants furent tout aussi troublés, le théâtre dut fermer ses portes pour quelque temps et ne rouvrit que le , jour où la Brabançonne (création de Jenneval et Van Campenhout) résonna pour la première fois au théâtre de la Monnaie. La Révolution gronda encore pendant un mois jusqu'au jour de gloire, le , où les Belges signèrent leur déclaration d'indépendance. Tout cela avec un opéra comme point de départ.

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire