vignette|220px|Les armoiries de la ville de Nouméa se blasonnent ainsi : D'azur au vaisseau d'or habillé d'argent accompagné au canton droit du chef d'un soleil non figuré d'or; à la filière d'argent.Cimier : un cagou éployé d'argentOiseau symbole de la Nouvelle-Calédonie..Supports : deux hippocampes de corail relevant le bandeau d'or frappé du nom de NouméaCes armoiries ont été adoptées en 1976..
Lhistoire de Nouméa, chef-lieu de la Nouvelle-Calédonie commence à la Préhistoire, au cours du premier millénaire mais c'est l'arrivée des Français au milieu du et la colonisation de l'île qui marque les débuts de la ville. Agglomération portuaire modeste jusqu'au milieu du , Nouméa a vu depuis sa population croître et ses activités économiques, sociales et culturelles se développer.
Après 1946, Nouméa, devenue la capitale d'un Territoire d'outre-mer puis d'une collectivité territoriale sui generis française a vu son rôle politique et administratif être renforcé.
Avant l'arrivée des Français
La Préhistoire de Nouméa reste encore peu connue, transmise par quelques découvertes archéologiques, les récits faits par les premiers Européens ayant pris contact avec les populations locales et une tradition orale construite autour de conflits coutumiers et politiques qui divisent les clans kanaks de l'aire Djubéa-Kaponé.
Les connaissances apportées par l'archéologie
Plusieurs campagnes de fouilles archéologiques ont été entreprises dans la presqu'île de Nouméa, révélant un peuplement avant l'installation des Européens. La présentation des différents sites archéologiques calédoniens, et donc nouméens, ont fait l'objet d'une description exhaustive dans la thèse de l'archéologue néo-calédonien, ancien directeur du département d'Archéologie du Territoire, Christophe Sand : La Préhistoire de la Nouvelle-Calédonie ; contribution à l'étude des modalités d'adaptation et d'évolution des sociétés océaniennes dans un archipel du sud de la Mélanésie. La première série de fouilles fut réalisée en 1955 par les Américains Edward W. Gifford et Richard Shutler Jr. de l’université de Californie à Berkeley, terminant ainsi la première campagne archéologique menée en Nouvelle-Calédonie et entamée par les deux hommes en 1952. Les fouilles, réalisées dans le sud de la presqu'île (Anse Vata, site de l'hippodrome, Ouen Toro, Baie de l'Orphelinat), révélèrent la présence de plusieurs sites d'habitats ainsi que des vestiges de différentes natures (four sur le site 19 du Ouen Toro, couche de pierres brûlées, charbon et sol noir attestant de la présence de feux, restes humains correspondant peut-être à des sépultures)SAND Christophe, La Préhistoire de la Nouvelle-Calédonie; contribution à l'étude des modalités d'adaptation et d'évolution des sociétés océaniennes dans un archipel du sud de la Mélanésie, Thèse de Préhistoire, ethnologie et anthropologie de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, . De tels vestiges ont également été retrouvés à Nouville, mais aucun n'a été daté avec précision. Une fouille de sauvetage menée en 1993 à la Pointe Magnin (extrémité sud de la péninsule) lors du chantier de construction de l'hôtel Méridien permit aux archéologues François et Anne-Marie Sémah et Hubert Forestier de faire ressortir des trous de poteaux, des déchets de cuisine, des couches de cendre et plusieurs tessons de poterie. Ces dernières ont été datées du , aux alentours de l'an 700ibid, . Des tessons de céramique, des morceaux de coquillages ou de pierres taillées ont été retrouvés de manière plus disparate à divers endroits de la presqu'île (Tina sur mer, Ouen Toro, parc forestier où se trouvent les traces d'un village avec des vestiges de tertres de cases). L'analyse de la plupart des poteries, notamment celles du parc forestier ou de poteries dites à « pustules » témoignent d'une période plus récente, peut-être même d'une période contemporaine à l'arrivée des Européens.
Les récits et contacts des premiers Européens
vignette|gauche|300px|Établissement de l'Anglais Paddon sur l'île Nou, durant les années 1850. Les premiers contacts d'Européens dans la région de l'actuelle Nouméa ne remontent pas avant les années 1840, surtout du fait de l'installation à une date incertaine à la fin de cette décennie ou au début de la suivante d'un négociant et santalier anglais, James Paddon. En effet, avec la découverte par les navigateurs européens du canal Woodin en 1847 et du passage de la Havannah à la pointe sud-est de la Grande Terre, la baie de Boulari prend de l'importance. Elle devient le débouché d'une voie de navigation pour aller à Sydney, sur la côte Est, et aux Nouvelles-Hébrides. Pour profiter de cette nouvelle route commerciale, Paddon s'intéresse alors à une île à l'ouest de la presqu'île fermant la baie de Boulari, l'île Nou. Il l'achète donc au chef du clan des Kambwa, Kuindo, contre des barils de tabac en figue et des étoffes. L'installation, épisodique en 1851, sur le côté Nord-Ouest de l'île (anse Paddon) était à l'abri des vents dominants, près d'une source. Les populations des alentours prirent l'habitude de venir y faire du troc (du santal, de la nacre, du coprah, des bêches de mer, ou des écailles de tortue contre des haches, des clous, du tissu, et surtout du tabac). Petit à petit, l'établissement prit forme et devient un véritable village. En 1855, on y trouve : , plusieurs magasins en construction dont un pour Paddon et sa famille, un hangar (avec ) et un four à chaux. Quatre vingt européens et deux cents indigènes y travaillent pour Paddon. Ils sont tous logés, pour les , pour les Mélanésiens . Des jardiniers chinois entretiennent un jardin de légumes pour subvenir au besoin de toute cette petite communauté. En outre, Paddon s'attache à entretenir de bonnes relations avec les populations mélanésiennes, encourageant ses subordonnés européens à épouser des femmes des tribus. Cette entente va faciliter l'installation française. .
C'est en découvrant le comptoir de Paddon sur l'île Nou que les militaires français vont décider d'implanter la capitale de leur nouvelle colonie sur la presqu'île lui faisant face, ce qui va devenir Port-de-France. Le capitaine anglais comprend vite, de son côté, tout le parti qu'il peut tirer d'une telle situation. Il fait donc venir cinquante têtes de bétail d'Australie et fait profiter de sa source aux navires de la marine impériale française. Son expérience lui permet d'organiser un service postal avec Sydney, de recruter de la main d’œuvre indigène pour les travaux dans Port-de-France, d'améliorer les relations avec les chefs mélanésiens, et de révéler l'emplacement de gisements de charbon à Boulari. En remerciement de ces services rendus, le , Paddon obtient une concession de cinq ans à dater du , pour la partie de l'île Nou qu'il occupe déjà, et détient, de fait, un monopole sur le commerce néo-calédonien. Cependant il n'a pas le droit d'exploiter le bois (). Mais très vite, un sentiment anglophobe se développe parmi la population de Port-de-France, Sydney étant ouvertement hostile à la présence française. Sentant le vent tourner et sachant que les autorités françaises cherchent un site pour installer un bagne, il leur vend l'île Nou contre en liquide en 1857. Le , il obtient à la place, à condition de mise en valeur accélérée avec la venue de vingt deux colons dans les cinq ans, de terres à culture dans les bassins réunis des deux rivières Kari-Kouyé et Katiramona avec une bande étroite de terrain allant jusqu'à la baie de Dumbéa, ce qui va contribuer à fonder le village de Païta.
Quoi qu'il en soit, la plupart des sources des négociants britanniques ou des militaires français témoignent que la presqu'île même était inhabitée (ou quasi inhabitée) lors de la fondation de Port de France. C'est même l'une des raisons qui ont poussé Tardy de Montravel à choisir ce site, espérant alors avoir peu de problèmes liés aux populations localesTardy de Montravel note ainsi dans son journal que « du Port Laguerre à la baie de Morare, le territoire qui s'étend de la mer au pied des montagnes est habité par une seule tribu que nous avons, jusqu'à présent, appelée à tort du nom de la baie de Nou-Méa, et que les indigènes désignent sous celui de Gamba. Le centre principal de cette population, dont le chiffre ne dépasse pas 400 âmes, à mon estimation, est dans le nord-ouest de la baie, où une douzaine de cases forment le village de Cash, habité en majeure partie par le chef de la tribu et les siens. Le reste de la tribu est disséminé sur les autres parties de la baie, sur les deux presqu'îles et sur les bords des rivières, sans habitation fixe, vivant tantôt ici, tantôt là, tantôt sur les îles, tantôt sur la grande terre, de racines, du produit de la pêche, ou, depuis que nous y sommes établis, des générosités de nos matelots » (Archives territoriales, AAN 127.1, ). Ainsi, s'il est établi que la presqu'île a été habitée avant l'arrivée des Européens (et même peu de temps avant), il est fort improbable que les colons aient cherché à minimiser la présence mélanésienne dans la presqu'île au moment de leur installation. D'autant que d'autres sources militaires européennes des premiers temps de la colonisation reconnaissent des installations antérieures : le chirurgien de la Marine Lucien Pénard, membre de l'État-major du chef de bataillon Testard, dit en 1857 du Jardin de la Troupe « qu'il donnait bien, car il se trouvait sur l'emplacement d'un ancien habitat canaque »L. GOBLOT, « Le Temps et l'espace kanaks : le livre d'un géographe (1) », Peuples noirs, peuples africains, , 1986, . Par conséquent, soit les peuplements pré-européens n'étaient pas de manière durable, soit la presqu'île fut dépeuplée (en raison des épidémies apportées par les premiers contacts avec les Européens, missionnaires ou santaliers, ou bien plus anciennement en raison de guerres claniques).
Des traditions orales divergentes vignette|droite|300px|Le « Roi Jacques et sa Reine » (King Jacques and his Queen), peut-être Kwindo ou un de ses descendants, grand-chef des Kambwa qui revendiquent l'autorité coutumière sur le territoire de Nouméa, photographiés par le météorologue anglo-australien Clement Lindley Wragge, au village mélanésien près de Saint-Vincent à Païta, à la fin du .
D'un autre côté, si la presqu'île en elle-même n'était pas ou peu peuplée par les Mélanésiens au moment de la création de Port-de-France, les traditions orales des différents clans de l'aire Djubéa-Kaponé rapportent qu'il s'agissait d'une dépendance des tribus alentour (à Païta, à Dumbéa ou au Mont-Dore) peuplée ou bien sporadiquement pour des activités « saisonnières » (pêche…), ou bien de manière permanente dans deux endroits (sur l'île Nou, revendiquée encore aujourd'hui par le clan Betoe, amené à disparaître car réduit à un seul membre ; et à l'Anse Vata et la pointe Magnin, avec un clan de pêcheurs aujourd'hui dénommé « Vata » et « disparu bien avant l'arrivée des Européens »). Une rivalité existe encore aujourd'hui entre deux (grandes) chefferies antagonistes pour déterminer l'autorité coutumière sur le territoire de Nouméa : les Kambwa (ou Houassio ou Manangoes) de Païta et les Morari (ou Boulari ou Nen'Garas) du Mont-Dore. Cette opposition a été incarnée depuis les années 1980 par deux grands-chefs, Rock Wamytan pour le clan Kambwa Ouétcho et Robert Moyatéa pour les Morari, par ailleurs adversaires politiques (le premier étant une figure indépendantiste du FLNKS et le second un ancien ténor anti-indépendantiste du RPCR).
Ce conflit coutumier se retrouve dans les significations différentes, et souvent revendicatrices, données au nom de NouméaDorothée Dussy, « Les squats de Nouméa. Des occupations océaniennes spontanées à la conquête symbolique de la ville en Nouvelle-Calédonie », Journal de la Société des océanistes, , 1996, :