La synagogue de Bühl, inaugurée en 1824 sur la Synagenplatz (depuis 1898 Johannesplatz) à Bühl, a été incendiée par les nazis lors de la nuit de Cristal le , comme la majorité des synagogues et autres lieux de culte juifs en Allemagne et en Autriche.

Bühl est une ville du Sud-Ouest de l'Allemagne, près de la frontière française, située dans le Land de Bade-Wurtemberg, district de Karlsruhe, arrondissement de Rastatt. Elle compte actuellement un peu moins de .

Histoire de la communauté juive Les débuts de la communauté La présence de Juifs est mentionnée pour la première fois en 1579 dans la ville de Bühl, appartenant au margraviat de Bade.

Après la guerre de Trente Ans (1618-1648), le nombre de foyers juifs à Bühl passe à douze et cette situation, avec des écarts mineurs, va perdurer jusqu'à ce que le margraviat de Bade soit unifié avec celui de Bade-Durlach en 1771. Après 1700, il y a parfois une famille juive dans chacune des petites villes à proximité immédiate de Bühl, par exemple à Waldsteg (aujourd'hui Bühl-Neusatz), Unzhurst (Ottersweier-Unzhurst) et Müllhofen (Bühl-Eisental) : les chefs de famille concernés tentent, parfois avec succès, d'obtenir la même protection que les Juifs de Bühl.

Les familles juives vivent principalement dans la rue principale dans le "Hänferdorf" et plus tard sur la Johannesplatz, où une maison existe avec une salle de prière depuis 1723 ou avant. Ils vivent à proximité immédiate des résidents chrétiens (catholiques), parfois sous le même toit.

Peu avant 1700, des Juifs de Bühl acquiert le monopole du commerce du fer et des bougies, en concurrence avec les commerçants et artisans non juifs. La plupart des Juifs sont pauvres et vivent du commerce de produits hétéroclites ou du commerce d'eau-de-vie, de bétail de faible valeur, de peaux d'animaux, de suif, de vieux vêtements, de ferraille et parfois vendent leurs marchandises à crédit ou contre des produits agricoles comme le vin. Quelques-uns prêtent de petites sommes d'argent, d'autres également empruntent de l'argent à des institutions ecclésiastiques. Après 1700, deux ou trois chefs de famille ouvrent un magasin où ils vendent des tissus et des vêtements, et plus tard aussi des épices, ce qui provoque des conflits avec les commerçants non juifs. L'un des commerçants juifs vers 1700 s'appelle Joseph Jacob. Il est l'un des trois Schultheiß (écoutète) du margraviat de Bade et s'occupe au nom du margrave de collecter l'argent annuel de protection et représente en même temps les intérêts des Juifs protégés. Joseph Jacob achète des chevaux à Francfort ou dans l'Allgäu pour le gouvernement et pour plusieurs régiments et fournit du foin pour une valeur de plus de parfois avec des partenaires non juifs. Joseph Jacob entre à plusieurs reprises en conflit avec la communauté juive et avec le prêtre jésuite local en essayant d'acheter une maison située place du marché, près de l'église. Le prêtre et la communauté considèrent que l'achat de cette propriété est illégal. D'autres conflits éclatent concernant l'utilisation du pâturage communautaire, l'achats de plusieurs maisons ou l'obtention du statut de protégé à Bühl.

Le Juif protégé de Bühl Isaac Bodenheimer possède une maison avec une salle de prière, initialement avec le commerçant Schmaul (ou Samuel), puis seul. De 1730 à 1736, il est le Oberschultheiß (super-écoutète ou super-maire) des Juifs du margraviat de Bade. Il obéit aux ordres du gouvernement et, d’autre part, négocie avec succès avec le conseiller de la cour, par exemple, pour sauver de la potence un juif alsacien condamné à mort. Isaac Bodenheimer est également en contact direct avec le margrave Louis-Georges de Bade-Bade

Vers la fin du margraviat de Bade-Bade, les descendants du Schmaul reprennent le rôle de représentant de la communauté juive locale. Joseph Elias, le petit-fils de Schmaul, s'arrange en 1772 pour que son fils Samuel Joseph épouse Ella, une fille de Herz Netter de Buchsweiler (Bouxwiller) en Alsace, agent de la cour de Hesse-Hanau; son frère Löw Elias épouse la fille de Hayum Levi, qui appartient au cercle des Juifs de cour de Karlsruhe.

À cette époque, les juifs de Bühl possèdent en plus de leur salle de prière, une auberge juive et un hospice pour l'hébergement des juifs mendiants de passage. Avec un système de « plaque » ou de ticket, ils sont nourris par des familles individuelles pendant leur séjour. La communauté au jusqu'à l'arrivée du nazisme À partir du début du , la communauté juive dispose en termes d'équipements initialement d'une salle de prière, puis ultérieurement d'une synagogue, d'un mikvé (bain rituel) mentionné à partir de 1778 et d'une école confessionnelle de 1827 à 1876, puis école religieuse dans un bâtiment scolaire avec les appartements des professeurs, situé sur le mur du canal de la Johannesplatz. Les morts de la communauté sont d'abord enterrés dans le cimetière juif de Kuppenheim, ville située à environ 20 km de Bühl, puis à partir de 1833 dans un cimetière séparé sur le Honau au bout de l'actuelle Karl-Netter-Straße. En plus du rabbin, un enseignant est employé pour s'occuper des tâches religieuses de la communauté, enseignant la religion et conduisant les offices. Une autre personne est parfois engagée comme hazzan (chantre) et shohet (abatteur rituel).

Á partir de 1822-1823, Seligmann Schlenker, né en 1800 à Fürth, est engagé initialement comme enseignant privé, puis comme enseignant à l'école publique religieuse juive après son ouverture en 1827. En 1849 il devient rabbin à Ratisbonne où il décède en 1860. Á partir de 1830 Moses Sinzheimer (Sinsheimer) occupe le poste d'enseignant. En 1855, il fêtera ses 25 ans de service à ce poste.

Pendant la Première Guerre mondiale, la communauté juive de Bühl perd au front sept de ses membres. Leurs noms figurent sur les plaques commémoratives de l'hôtel de ville (Rathaus). Deux autres personnes, nées à Bühl, mais vivant avant la guerre dans une autre ville ont aussi été tuées.

En 1924, la communauté juive compte , soit 3,2% de la population totale de la ville d'environ . Ses dirigeants sont Albert Rosenfeld, Max Wertheimer et Moritz Leiber. Karl Bruchsaler est le hazzan (chantre). L'instruction religieuse des enfants juifs est donnée par le professeur principal Leo Hanauer. Les associations juives comprennent: la Wohltätigkeitsverein (Association caritative), dirigée en 1924 par Albert Rosenfeld avec ; la Männerkrankenverein (Association pour la santé des hommes) avec ; la Synagogenchorverein (Association de la chorale de la synagogue); et la Frauenverein (Association des femmes), dirigée en 1924 par la femme de Sigmund Bühler et en 1932 par la femme de Leo Wertheimer. Avec en 1932, elle a pour objet le soutien aux nécessiteux et aux malades.

En 1932, Moritz Lieber est le président de la communauté, Alfred Lion le premier vice-président et Julius Roos le second vice-président. Karl Bruchsaler est le hazzan. Au cours de l'année scolaire 1931-1932, neuf enfants de la communauté juive reçoivent une instruction religieuse.

Dès le , de nombreuses sociétés commerciales juives participent à la vie économique de la ville. Il s'agit notamment des établissements commerciaux suivants : magasin d'antiquités Bernheim; distillerie de brandy Darnbacher; distillerie de brandy Darnbacher-Ries; magasin de vêtements pour hommes Dreifuss, propriété de Flora, Isaak et Samuel Dreifuss; bonneterie Edesheimer; magasin de textile Gernsbacher; boulangerie juive Heimann; magasin d'articles ménagers et généraux Mina Lieber; tissage et filature Massenbach; boutique de sous-vêtements Recha Metzger; boucherie juive Rosenfeld; papeterie, articles d'écriture et imprimerie Hugo Odenheimer et Berthold Schweizer; mercerie Rosenfeld; magasin de bétail Sigmund Sinsheimer; quincaillerie et articles ménagers Alfred Weil; mercerie Weil; magasin de bétail Wertheimer-Beisinger; magasin de céréales Gustav Wertheimer; quincaillerie Heinrich et Leo Wertheimer et commerce de bétail Max Wertheimer.. Les Juifs d'Achern Les Juifs vivant à Achern, ville située à seulement 10 km de Bühl, sont rattachés à la communauté juive de Bühl. Quelques Juifs s'y sont installés après 1850 et leur nombre évolue comme suit: en 1864, en 1875, en 1880, en 1890, en 1900, en 1910, en 1925, en 1933. Ces chiffres incluent les patients juifs hébergés à l'hôpital psychiatrique Illenau. Le nom d'Herbert Kaufmann, né en 1888 à Lichtenau et tombé à Achern pendant la Première Guerre mondiale en 1918, ne figure pas sur le monument aux morts de la ville érigé en 1935 après la prise de pouvoir des nazis. La famille du dentiste Walter Gerber, qui émigrera en Australie et celle de Max Hammel, dont la fille Hannelore sera assassinée au Camp de concentration de Natzweiler-Struthof en 1941, habitent la ville. La fabrique de faux et faucilles de la Kirchstraße a longtemps appartenu à Sigmund Bühler, habitant de Bühl. Les patients juifs de l'établissement Illenau sont suivis par le rabbin d'Offenbourg. Parmi les Juifs nés à Achern se trouve Julius Hirsch, né en 1892 et assassiné à Auschwitz en 1942. Membre du club de football FKV de Karlsruhe depuis 1902, avec lequel il devient champion d'Allemagne en 1910 et vice-champion d'Allemagne en 1912, il est en 1912 titulaire dans l'équipe allemande aux Jeux olympiques de Stockholm. En 1933, il est exclu du FKV en tant que juif. La période nazie et la Shoah En 1933, à l'arrivée au pouvoir d'Hitler, il y a encore à Bühl. Dans les années qui suivent un certain nombre de membres de la communauté juive vont déménager ou émigrer en raison des conséquences du boycott économique, de la privation de leurs droits et des représailles. En 1938, les entreprises juives sont contraintes d'arrêter leur activité ou d'être « aryanisées » comme la société Netter & Jacobi en , qui est reprise par le groupe Mannesmann. La synagogue est détruite lors de la nuit de Cristal du 9 au . Le , les de Bühl qui n'ont pas pu ou voulu émigrer sont déportés vers le camp de concentration de Gurs en France. Seuls deux Juifs Mischehe (mariés avec une aryenne) sont restés à Bühl. L'un d'eux sera déporté en 1945 au ghetto de Theresienstadt.

Sur les identifiés lors du recensement du à Bühl, émigrent vers des pays européens et non européens en 1940 et quittent Bühl pour s'installer dans d'autres villes allemandes: Martin Bürkle: Die Stadt Bühl schätzt und erforscht den jüdischen Teil ihrer Geschichte; site: yadvashem.org. Le , jour de la fête de Souccot, les restés à Bühl, dont la plupart réside au Meierhof, sont conduits à travers la ville jusqu'à la prison, puis à la gare de marchandises, où les , huit hommes et un petit enfant de six ans sont poussés dans un train. Avec les déportés du Bade-Wurtemberg et du Rhénanie-Palatinat, répartis dans neuf trains, ils arrivent le au camp d'internement de Gurs, dans le sud de la France, après un voyage de trois jours. La communauté juive de Bühl, vieille de plus de a cessé d'exister.

Le mémorial de Yad Vashem: Base de données des victimes de la Shoah ; Mémorial de Yad Vashem. de Jérusalem et le Gedenkbuch - Opfer der Verfolgung der Juden unter der nationalsozialistischen Gewaltherrschaft in Deutschland 1933-1945: Recherche de noms de victimes dans le Gedenbuch; Archives fédérales allemandes. (Livre commémoratif – Victimes des persécutions des Juifs sous la dictature nazie en Allemagne 1933-1945) répertorient nés, ou ayant vécu longtemps à Bühl parmi les victimes juives du nazisme.

Population juive à Bühl Population juive à Bühl Date Nombre de Juifs Date Nombre de Juifs 1825 222 1890 256 1832 236 1895 229 1836 245 1900 226 1839 212 1905 208 1864 301 (max) 1910 192 1871 275 1924 122 1875 290 1933 72 1880 289 Octobre1940 26 1885 278 1941 0 thumb|250px|right|La synagogue et à côté la maison de l'enseignant

Histoire de la synagogue Les premières salles de prière Jusqu'au , le quartier résidentiel juif se situait dans le quartier de la Johannesplatz et des rues latérales adjacentes (Hänferdorf).