Gertrude Stein, née le à Allegheny West en Pennsylvanie, et morte le à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine près de Paris, est une poétesse, écrivaine, dramaturge et féministe américaine. Elle a passé la majeure partie de sa vie en France et fut un catalyseur dans le développement de la littérature et de l'art moderne. Par sa collection personnelle et par ses ouvrages, elle a contribué à la diffusion du cubisme et plus particulièrement de l'œuvre de Picasso, de Matisse et de Cézanne.

Biographie alt=portrait de profil.|gauche|vignette|180x180px|G. Stein à 3 ans.

Les années de formation Gertrude Stein, fille d'Amelia et David Stein, naît en Pennsylvanie dans une famille juive aisée émigrée d'Allemagne où l'on parle anglais et allemandGiroud, Vincent. Miller, Eric. Picasso and Gertrude Stein(there here). New York: MET, 2005.. Son père a fait fortune dans l'immobilier et les tramways. Benjamine d'une fratrie de cinq enfantsPatrick Liegibel, « Gertrude Stein, une américaine à Paris », émission Au fil de l'histoire sur France Inter, 19 septembre 2012., elle vit jusqu'à l'âge de quatre ans à Vienne et à Paris., avant de partir vivre à Oakland (Californie), avec ses parents.

Radcliffe College Elle étudie au Radcliffe College, alors une annexe de Harvard, de 1893 à 1897 et commence des études en psychologie sous la direction de William James, le frère du romancier Henry James. Elle s'intéresse à l'hystérie féminine et se penche sur les cas d'écriture pathologique.

Gertrude Stein et Leon Mendez Solomon, un autre étudiant en psychologie, s'intéressent à l'automatisme normal de la motilité, un phénomène qui prend théoriquement place chez une personne dont l'attention est divisée entre deux activités intelligentes comme parler et écrire. Ces expériences produisent des échantillons d'écritures censés représenter le « flux de conscience », une théorie psychologique attribuée à William James, notion qu'il présente dans son ouvrage The Principles of Psychology (1890). En littérature, le courant de conscience est une technique narrative utilisée notamment par Virginia Woolf et James Joyce. En 1934, le psychologue Burrhus Frederic Skinner interprète le livre de poèmes de Gertrude Stein . comme un exemple d'automatisme normal de la motilité. Dans le courant des années 1930, Stein écrit dans une lettre qu'elle n'a jamais accepté l'idée de l'écriture automatique. « Il peut y avoir des mouvements automatiques mais pas d'écriture automatique. Écrire pour une personne normale est une activité trop compliquée pour pouvoir être exécutée automatiquement. ».

Pour approfondir cette première expérience académique, elle décide d'étudier la médecine à l'université Johns-Hopkins.. En 1892, elle part donc vivre chez sa tante à Baltimore. Elle y rencontre qui devient un modèle pour elle, l'encourageant à poursuivre dans la recherche.. Elle publie, à nouveau avec Léon M. Solomons, en 1896 un article dans la Psychological review intitulé L'automatisme normal de la motilité..

Bien qu'ayant publié un article sur l'écriture automatique, la question de l'inconscient et l'intuition, sujets pourtant abordés par William James, ne l'intéressent pas..

Étudiante à Radcliffe, elle commence une longue amitié avec Mabel Foote Weeks. Leur correspondance retrace en grande partie les évolutions de la vie de Stein. En 1897, Stein passe l'été à Woods Hole, dans le Massachusetts, étudiant l'embryologie au Marine Biological Laboratory. Elle obtient son bachelor magna cum laude de Radcliffe en 1898.

La vie parisienne alt=portrait en pied : Gertrude Stein habillée en noir est au milieu de ses deux frères, tous les trois regardent l'objectif. l|vignette|Gertrude Stein avec ses frères Léo et Michael vers 1906. Gertrude Stein arrive à Paris en 1904, y rejoignant son frère Leo, arrivé en 1903. Elle a et vient de renoncer à mener une carrière scientifique. Elle sort d'une histoire amoureuse difficile. Ils sont attirés par l'effervescence artistique du quartier du Montparnasse du début du . Michael, l'aîné de la fratrie, et sa femme Sarah emménagent à Paris à leur tourL'Express n.3149 du 9 au 15 novembre 2011 « Stein, accrochages en famille » ..

Gertrude et Leo sont collectionneurs : Gertrude défend l'art moderne, notamment les cubistes et Picasso (qui peint, avant son invention du cubisme avec Braque, Portrait de Gertrude Stein en 1906), alors que son frère reste plus traditionnel. Elle devient l'une des grandes collectionneuses de la jeune génération de l'École de Paris. L'achat de Femme au chapeau de Matisse par Leo en 1905 est considéré comme l'acte fondateur de la collection Stein. Il récidive en achetant Le Bonheur de vivre du même Matisse en 1906. Entre 1905 et 1920, près de vont passer entre leurs mains. Pendant ces années, Gertrude côtoie notamment Henri-Pierre Roché, marchand d'art, et Francis Picabia. Elle ne fréquente pas particulièrement les dadaïstes, mais considère Tristan Tzara comme un cousin.

vignette|Plaque commémorative au 27, rue de Fleurus, où Gertrude Stein vécut et tint salon entre 1903 et 1938.

L'appartement du 27, rue de Fleurus qu'elle partage avec Leo devient un lieu de rencontre pour l'avant-garde du monde entier.. Michael et Sarah reçoivent tous les samedis dans la tradition des salons du à , tandis que Gertrude et Leo reçoivent à . Le Tout-Paris artistique s'y presse, tout comme les étrangers de passage, et surtout les Américains.

En 1907, elle rencontre Alice B. Toklas, la secrétaire de Leo, avec qui elle partagera sa vie de 1909 jusqu'à sa mort. Cette relation amoureuse, ainsi que son soutien au mouvement cubiste, la brouille définitivement avec Leo.

Les années difficiles thumb|Gertrude Stein et Jack Hemingway à la Closerie des Lilas, en 1924. Entre 1906 et 1908, elle écrit les mille pages de The Making of the Americans, qu'elle considère comme sa grande œuvre, objet d'un différend avec son frère Leo, qui n'approuve pas cette écriture.

Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, Gertrude Stein et Alice Toklas, par fidélité à la France, leur patrie d'adoption, participent à l'approvisionnement des hôpitaux de campagne et au transport des blessés avec leur propre voiture. Elles seront récompensées par le gouvernement pour cet engagement.

Après la guerre, le salon de la rue de Fleurus a moins de succès. Elle a le plaisir de voir paraître The Making of Americans en 1925 aux éditions Contact. Elle poursuit sa collection ; ses moyens ne lui permettant plus de s'offrir des Picasso, elle jette son dévolu sur Juan Gris et sur Masson puis sur Balthus et sur Picabia.

Les premiers succès vignette|gauche|Gertrude Stein photographiée par Carl Van Vechten le 12 juin 1934. Le succès vient avec Autobiographie d'Alice Toklas en 1933, son œuvre la plus connue et la plus facile d'accès, qui lui vaudra une tournée de conférences aux États-Unis. L'œuvre raconte l'aventure de la collection, en éliminant Léo et en s'attribuant le premier rôle. Le public découvre Gertrude Stein, que ses œuvres antérieures avaient cantonnée dans le champ plus étroit de l'avant-garde.

En 1938, Alice et Gertrude quittent la rue de Fleurus pour s'installer au 5, rue Christine.

C'est elle qui qualifie les jeunes auteurs, parmi lesquels Ernest Hemingway et Francis Scott Fitzgerald, de lost generation (« Vous autres, jeunes gens qui avez fait la guerre, vous êtes tous une génération perdue », rapporte Hemingway dans Paris est une fête).

La Seconde Guerre mondiale Américaines juives et lesbiennes, Gertrude et son Alice se réfugièrent en zone libre dans la maison qu'elles louaient depuis plusieurs années dans le village de Bilignin à Belley (Ain).

Sur ce point, dans sa récente biographie de Stein, Philippe Blanchon indique qu'en dépit de la recommandation de l'ambassade américaine à ses ressortissants de quitter la France dès le printemps 1940, les deux femmes, se sentant probablement en sécurité du fait de leur amitié avec le royaliste puis pétainiste Bernard Faÿ, s'y prirent trop tard pour solliciter des visas de sortie du territoire, ce qui les obligea à rester dans la maison de Belley. Soudainement mises en demeure de la quitter en 1942, elles purent alors, grâce à la baronne Pierlot, proche de Paul Claudel, se reloger dans la demeure nommée « Le Colombier » à Culoz (Ain). Le maire Justin Rey les protège et elles ne furent pas inquiétées.

Stein évoque cette période dans ses ouvrages Paris France (1941) et Les Guerres que j'ai vues (1947), édités par Edmond Charlot, par ailleurs éditeur de Camus et considéré par le régime de Vichy comme sympathisant communiste..

Charlot sera emprisonné en 1942 à la suite d'une phrase malheureuse prononcée par Gertrude Stein, fière d'être publiée par « un éditeur dynamique et résistant. ».

Elle eut également une attitude très équivoque, traduisant les discours de Pétain et recevant chez elle Bernard Faÿ, collaborateur zélé, qui supposément la protégeait...

Dans son article sur la langue française, publié (probablement grâce à Faÿ) dans le périodique pétainiste La Patrie, Stein est présentée comme « une Américaine établie à Long Island », pour des raisons de sécurité.

Portraits Son portrait par PicassoGertrude Stein, Pablo Picasso, notice de l'œuvre au Metropolitan Museum of Art, New York (1905-1906) se fit avec beaucoup de difficultés. Près d'une centaine de séances de poses furent nécessaires à Picasso pour saisir la personnalité de Stein. Il trouva la solution en utilisant cette espèce de masque inexpressif, issu de ses travaux proches de l'art ibérique ancien et l'art africain, qui préfigure à la même époque un autre travail majeur : Les Demoiselles d'Avignon (1907). Personne n'a apprécié ce portrait à l'époque, sauf le peintre et son modèle. À ceux qui s'inquiétaient de la fidélité au modèle de son portrait de Gertrude Stein, Picasso répondait : « Vous verrez, elle finira par lui ressembler »« Portrait de Gertrude Stein par Pablo Picasso | «Les yeux d'ArgusPicasso, Portrait of Gertrude Stein (article) | Khan Academy.

Le photographe Cecil Beaton en fait plusieurs portraits, dont certains avec Alice B. Toklas, son amantePortrait de Gertrude Stein par Cecil Beateon au National Portrait Gallery, Londres. Le photographe Man Ray les photographia aussi ensemble dans le salon de la rue de Fleurus en 1922Photographie publiée dans : Paris dans les pas des grands hommes L'Express théma, octobre, novembre, décembre 2015, , Salon de Gertrude Stein | L'art dans le Paris des années folles.

Son portrait a également été peint par Félix Vallotton en 1907Portrait de Gertrude Stein par Félix Vallotton, Baltimore Museum of Art; The Cone Collection, Baltimore, Maryland, BMA 1950.300, Francis Picabia en 1933Francis Picabia, Gertrude Stein, 1933, Yale Collection of American Literature et 1937(Francis Picabia, Gertrude Stein, collection privée, Pierre Tal Coat en 1934-1935, enfin Francisco Riba Rovira en 1945 ; c'est le dernier peintre pour lequel elle a posé de son vivant. Pour la première fois depuis 1949 il est exposé au public en 2011 puis 2012 lors de l'exposition The Stein's Collect ; Cezanne, Matisse, Picasso and the Parisian Avant-Garde au Metropolitan Museum of Art of New York.

À cela s'ajoute son portrait par Francis Rose en 1949. En 1980, Andy Warhol inclut Gertrude Stein dans les Dix portraits de juifs du .