La Grue à cou noir (Grus nigricollis) est une espèce d'oiseaux de la famille des Gruidae qui vit sur le plateau tibétain.
C'est un grand oiseau gris avec une tête noire, qui peut rappeler la Grue cendrée (Grus grus) et la Grue du Japon (Grus japonensis). Comme la plupart des Grues, elle émet des chants caractéristiques grâce à sa trachée enroulée dans son sternum.
C'est la seule Grue qui vit exclusivement à l'étage alpin, au minimum à d'altitude et jusqu'à plus de en période de reproduction. Elle niche dans des zones humides, principalement en Chine, et effectue de courtes migrations pour passer l'hiver dans le sud du Tibet, au Bhoutan et dans le nord de l'Inde.
Elle est omnivore et fréquente des habitats variés à la recherche de différentes sources de nourriture, notamment des restes de récoltes. L'hiver, c'est un oiseau grégaire qui se réunit en colonies. À l'inverse, durant la période de reproduction, les couples sont territoriaux. Ils effectuent des danses et des chants et construisent un nid légèrement surélevé au-dessus de l'eau, dans des zones calmes et inaccessibles. Après l'éclosion, les petits, appelés gruaux, commencent rapidement à se tenir debout et à chercher de la nourriture avec leurs parents.
L'espèce, anciennement classée comme vulnérable, a vu ses effectifs augmenter dans les années 2000. D'importants efforts de conservation sont menés pour la protéger, notamment en Chine où plusieurs aires protégées ont été créées, ainsi qu'au Bhoutan où elle est un fort symbole culturel. Elle reste menacée par la fonte des glaciers, la dégradation de son habitat, l'assèchement des zones humides et la modernisation de l'agriculture.
Description
Dimensions et plumage Chez la Grue à cou noir, la tête et le cou sont noirs. Elle possède une portion de peau rouge au sommet de la tête, partiellement couverte de plumes noires au niveau des lores. L'œil est jaune, avec une tache blanche ou gris pâle à l'arrière, qui s'étend parfois au-dessus de l'œil. Le bec est couleur corne tirant plus ou moins sur le vert ou le gris, avec la pointe jaunâtre. Le corps est globalement gris cendre, voire blanc en-dessous. La queue et les rémiges primaires et secondaires sont noires, et les plumes de couverture sont grises. Les pattes sont entièrement noires.
Elle mesure environ de haut, pour un poids autour de . Le culmen (la ligne supérieure du bec) mesure en moyenne , l'aile pliée , et le tarse .
Il n'y a pas de dimorphisme sexuel, le mâle et la femelle sont identiques. Dans son aire de répartition, la Grue à cou noir est impossible à confondre avec une autre espèce. Parmi les autres grues qu'on trouve en Asie, la Grue cendrée (Grus grus) est plus petite, avec une bande blanche bien visible qui s'étend tout le long du cou, et la Grue du Japon (Grus japonensis) est blanche, avec une zone blanche plus étendue derrière l'œil.
Voix
La Grue à cou noir a la trachée enroulée dans son bréchet, ce qui lui permet d'émettre des chants forts et trompettants, qui peuvent rappeler ceux de la Grue antigone (Antigone antigone). Elle émet plusieurs types d'appels, d'une ou deux syllabes, selon les situations : des cris de contact, de fuite, d'alarme, de garde, de rassemblement, et des chants pré-copulatoires émis par les femelles. Les cris des adultes ont une fréquence plus faible que ceux des jeunes, et les sonogrammes des mâles et des femelles sont différents, ce qui permet de les distinguer.
Comme chez toutes les espèces de Grues, les couples émettent des chants à l'unisson, notamment en période de reproduction. Les partenaires chantent ensemble, de façon synchronisée, avec le cou tendu vers le ciel et parfois les ailes déployées. Ces chants peuvent s'accompagner de pas lents..
Répartition et habitat vignette|alt=Carte de répartition de l'espèce.|Aire de répartition de la Grue à cou noir en 2019.
La Grue à cou noir vit sur le plateau tibétain, et migre à des altitudes plus basses en hiver. C'est la seule espèce de Grue exclusivement alpine : elle ne vit qu'à des altitudes supérieures à , et jusqu'à en période de reproduction. Les zones aux abords des lacs situés entre constituent son habitat favori. La qualité de l'habitat, le niveau de dérangement et l'accès à la nourriture conditionnent le choix de son habitat.
Ses migrations sont assez courtes par rapport aux autres espèces de Grues migratrices , si bien que certaines populations sont considérées comme quasiment sédentaires, notamment autour de Lhassa où des Grues sont présentes pendant la période de migration et en hiver. La migration vers la zone d'hivernage a lieu vers octobre, puis la migration printanière a lieu entre mars et avril.
Répartition et voies migratoires En période de reproduction, les Grues à cou noir se répartissent sur de vastes zones de plateaux. Puis elles peuvent emprunter trois voies migratoires différentes, qui correspondent à trois populations hivernantes. La population orientale se concentre au nord-est du Yunnan et au nord-ouest de la province de Guizhou, notamment sur le plateau Yunnan-Guizhou. La population centrale occupe le nord-ouest du Yunnan. Enfin, la population occidentale est répartie au sud et au centre du Tibet ainsi qu'au Bhoutan. Quelques oiseaux hivernent au nord-est de l'Inde, dans l'Arunachal Pradesh, et on en observait anciennement dans la plaine d'Hanoï, au Vietnam.
Aires de reproduction La Grue à cou noir se reproduit essentiellement au Tibet. Les marécages de Zoigê accueillent la principale population en période de reproduction. L'espèce est aussi répandue en nombre autour des lacs d'altitude du Changtang, notamment le lac Serling Tso, ainsi que le lac Qinghai. Des populations nicheuses ont été recensées dans le Xinjiang et dans quelques lieux à proximité des frontières avec le Tadjikistan, le Kazakhstan et la Mongolie. En Inde, l'espèce ne se reproduit que dans le Ladakh, avec une population en augmentation dans les années 2000 et 2010.
En période de reproduction, l'espèce vit dans des habitats d'altitude, à ou plus. Le climat y est froid et humide et le sol fertile, avec une importante végétation généralement constituée de Carex, de Phragmites et d'Eleocharis. Elle fréquente des zones humides peu profondes, généralement autour de , où la présence de prédateurs est faible. Il peut s'agir de rives de lacs, de berges de rivières ou de marais, avec une vie aquatique abondante. Elle niche généralement dans des marais ou sur des îlots lacustres inaccessibles. Les habitats qu'elle fréquente le plus évoluent avec l'âge et suivant le développement des gruaux.
Aires d'hivernage vignette|alt=Photographie d'un groupe de Grues à cou noir en train de chercher de la nourriture dans une prairie sèche.|Un groupe de Grues à cou noir au Bhoutan (janvier 2019).
En hiver, elle migre vers des altitudes plus basses. 96 % de la population hiverne en Chine, le reste principalement au Bhoutan. Le bassin du Yarlung Tsangpo, qui accueille plus de 80 % des Grues à cou noir en hiver, est la plus importante zone d'hivernage. Environ un millier de Grues à cou noir hivernent autour du lac Caohai., aussi fréquenté par la Grue cendrée (Grus grus).
Elle hiverne à proximité de terres agricoles, comme des champs d'orge et de blé, dans des vallées fluviales et dans des prairies de joncs. La présence d'exploitations agricoles à proximité lui est bénéfique, puisqu'elle trouve de quoi se nourrir dans les champs, mais elle évite les terrains profondément labourés. Son habitat principal évolue au cours de la saison : au début de l'hiver, elle fréquente plutôt les zones humides, où l'eau est encore suffisamment haute. Avec la baisse des températures et le gel, les zones agricoles deviennent l'habitat le plus fréquenté.
Une étude sur l'habitat hivernal de la Grue à cou noir a été menée dans la réserve naturelle nationale de Dashanbao, en Chine. Cinq habitats y ont été identifiés : terres agricoles, prairies, marais, points d'eau et forêts récemment plantéesCes différents habitats sont définis comme suit : les terres agricoles sont des champs, labourés ou non, de pommes de terres ou de céréales ; les prairies sont des zones de pré avec très peu d'eau ; les marais sont des zones humides, soit à proximité des lacs, soit dans des prairies avec de grands points d'eau ; les forêts récemment plantées sont des plantations artificielles de pins (Pinus armandii et Pinus densata). Les points d'eau fréquentés par les Grues n'excèdent généralement pas de profondeur.. Les terres agricoles sont l'habitat où les groupes de Grues sont le plus souvent observés, suivies par les prairies, les marais et les points d'eau, tandis qu'aucune Grue n'a été observée dans les plantations forestières. Ces plantations sont des habitats inadaptés pour les Grues à cou noir, qui ont besoin de grands espaces ouverts pour prendre leur envol. Les marais sont fréquentés pour la recherche de nourriture, mais également pour le toilettage et pour le repos, car le risque de prédation y est moindre. Dans la réserve, les Grues occupent plus fréquemment des zones légèrement pentues où elles sont protégées des forts vents du sud-ouest.
Écologie et comportement Comportement en hivernage vignette|gauche|alt=Photographie d'une Grue à cou noir entourée d'oies, dans une prairie.|Une Grue à cou noir avec des Oies à tête barrée près du lac Caohai (novembre 2008).
En période d'hivernage, la Grue à cou noir est un oiseau grégaire qui évolue en colonies parfois mêlées à d'autres espèces, notamment des Grues cendrées. Les deux espèces ont un comportement assez similaire. À l'aube, les premiers oiseaux éveillés chantent, entraînant toute la colonie dont les chants peuvent être entendus à plusieurs kilomètres. Le groupe s'envole, puis se pose dans une zone de recherche de nourriture. Cette activité occupe une partie de la matinée, suivie d'un temps de repos puis d'une nouvelle recherche de nourriture dans l'après-midi. La colonie retourne à la zone de repos en fin de journée et devient de plus en plus silencieuse au coucher du soleil, jusqu'à la nuit.
Des comportements agressifs conspécifiques sont régulièrement observés pendant la recherche de nourriture. La Grue à cou noir est cependant tolérante avec les autres espèces, voire peut profiter de leur présence. Le Tadorne casarca (Tadorna ferruginea), une espèce très attentive à son environnement, émet un cri à l'approche du moindre prédateur, que les Grues utilisent comme signal d'alerte. Dans le Xinghai, elles sont aussi associées à l'Oie à tête barrée (Anser indicus), la Sterne pierregarin (Sterna hirundo), le Chevalier gambette (Tringa totanus) et la Foulque macroule (Fulica atra), avec qui elles partagent leur habitat..
Alimentation vignette|alt=Photographie d'un groupe de Grues cherchant de la nourriture au sol, au bord d'un lac entouré de montagnes.|Des Grues cherchant leur nourriture (Yunnan, janvier 2017).
Les Grues à cou noir recherchent leur nourriture en groupe, de l'aube au soir. Les membres d'un couple restent souvent côte à côte. Tout au long de l'année, elles cherchent leur nourriture au sol ou dans l'eau, dans des zones humides peu profondes, dans des terrains agricoles et des prairies. À très haute altitude, où les terres agricoles sont rares, elles fréquentent principalement des zones humides et des pâturages.