François de Bruc de La Rablière (Nantes, 1623 - Lille, 1704), dit le marquis de la Rablière, était un militaire du règne de Louis XIV, lieutenant du Roi commandant à Lille (deuxième personnage de la ville après le Gouverneur), gouverneur de Bouchain, Grand Prieur pour la Flandre de l'ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare en 1681, et reçu grand'croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le . Il était "honorable, riche, de l’esprit et sans enfants" d'après Saint-Simon. Il peut être considéré comme la plus grande illustration militaire de la famille de Bruc..
Biographie
Le dernier fils de Jean de Bruc de La Grée, riche seigneur de Nantes Il a été baptisé le à Nantes (paroisse Notre-Dame). Il est le descendant de la famille de Bruc, de noblesse bretonne.
Il est le fils de Jean de Bruc de La Grée (1576 - 1651 ?), conseiller d'État, procureur général et syndic des États de Bretagne, intendant du duc de Retz, avocat au conseil du roi, et de Marie Venier, dame de La Guerche (1580-1637), cette dernière étant d'origine italienne.
Ses grands-parents paternels sont : François de Bruc, Seigneur de Guilliers (ca 1545-1589) et Madeleine Boulliau (ca 1550-1618).
Ses grands-parents maternels sont Francisque Venier, mort en 1594 (Francisco Veniero, lui-même fils du Doge de Venise Sébastiano Veniero, ca 1496-1578), Gouverneur de Machecoul et de Belle-Isle, intendant du duc de Retz, et Jeanne de La Tousche-Limouzinière, dame de la Guerche, décédée vers 1618.
Fratrie vignette|Généalogie et descendance de la marquise du Plessis-Bellière, sœur du marquis de La Rablière Il avait de nombreux frères et sœurs, savoir :
François de Bruc, seigneur de Montplaisir et de la Guerche, conseiller d'État, intendant de Charles de France, né le à Rennes, épouse vers 1625 Marie Chrétien, petite fille de Florent Chrétien, chancelier de Navarre. Sans postérité.
Pierre de Bruc de Montplaisir, seigneur de l'Estang-Jouan, officier, né le à Rennes, mort au combat dans les Cévennes. SA.
vignette|L'abbaye Notre-Dame de Bellefontaine, dirigée par Henri, le frère de La Rablière
Henri de Bruc de Montplaisir, seigneur de la Gournerie (Saint-Herblain, Loire-Atlantique), de la Verrerie, conseiller d'État, abbé commendataire de Notre-Dame de Bellefontaine (Maine-et-Loire), de Saint-Gildas de Rhuys (Mayenne, ou bien Saint-Gildas-des-Bois, Loire-Atlantique ?), assiste aux États de 1632, et devient abbé d'Orbais-en-Champagne, né vers 1608 à Paris, décédé le au château de la Gournerie. Il est du cercle du Surintendant Fouquet.
René de Bruc de Montplaisir (1610-1684), son frère, militaire et poète.
Jeanne (Ludovicienne) de Bruc de Montplaisir, née le à Nantes, décédée le à Campénéac, épouse 1° le en la chapelle de Brior à Nantes (paroisse Saint-Vincent) Raoul (ou Paul), vicomte de Trécesson, chevalier de l'Ordre du Roi, né vers 1600, décédé le à Campénéac, fils de Pierre de Trécesson, chevalier, et de Françoise du Plessis-Mauron. Elle épouse 2° le marquis de Rancher.
Sa fille, de Trécesson, Jeanne-Marie de Carné-Trécesson, née en 1634 de son premier mariage, sera la maîtresse de Charles-Emmanuel II, duc de Savoie. Elle mourra en 1677.
Catherine de Bruc de Montplaisir, née en 1610 à Paris, morte en 1681, épouse en 1650 César Auffray Blanchard., chevalier, seigneur puis marquis du Bois de la Muse, conseiller du roi, Premier Président en la Chambre des Comptes de Bretagne, né le 10 (ou 14) à Nantes (paroisse Notre-Dame), décédé en 1671, fils de Jean Blanchard, seigneur de Lessongère (ou l'Essongère), baron du Bois de la Musse, premier président de la chambre des Comptes de Bretagne, et de Jeanne Rioteau de la Pilardière.
Marie de Bruc de Montplaisir, religieuse ursuline, baptisée le à Nantes (paroisse Notre-Dame).
Antoinette de Bruc de Montplaisir, religieuse ursuline, supérieure du Couvent des Ursulines de la Davrays (Ancenis), baptisée le à Nantes (paroisse Notre-Dame).
Suzanne de Bruc de Montplaisir, la célèbre marquise du Plessis-Bellière, née a l'automne 1617, qui deviendra la meilleure amie de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances.
François de Bruc de Montplaisir, objet de la présente étude, est le dernier enfant de la famille, né en 1623.
Les titres et propriétés de son père Jean de Bruc, riche seigneur de Nantes et environs vignette|Le château de la Gournerie en Saint-Herblain, situé juste à côté de Nantes, édifié par le père du marquis de La Rablière Jean de Bruc était écuyer, seigneur de La Grée (Mésanger, 44), de Montplaisir (Sainte Marie de Pornic, 44), de La Verrerie (Saint Père en Retz, 44), de La Gournerie en 1602 (Saint Herblain, 44), et de La Guerche (Saint Brévin, 44). Il fut conseiller d’État, procureur général et syndic des états de Bretagne, secrétaire et intendant du duc de Retz, et avocat au conseil du roi.
Jean de Bruc, d'abord appelé de la Grée, acquiert en 1602 la terre de la Gournerie en Saint-Herblain, à côté de Nantes, et y construisit le château de La Gournerie, achevé en 1623.
il achète la terre de Montplaisir, en Pornic, à Madeleine Le Maréchal, marquise de Chateauregnaud, le (archives de la famille de Bruc). Le château de Montplaisir s'élevait à l'emplacement actuel de l'hôpital et comportait 4 tourelles. Il achète encore la seigneurie de La Verrerie en Saint Père en Retz, acquise le 20 juin 1628 (id), proche de la seigneurie de la Guerche qui vient de sa femme. Leur fils René, devenu marquis de la Guerche, y fera construire un château dominant l'estuaire de la Loire.
Une carrière militaire exemplaire, et sa bravoure célébrée
François de Bruc était chevalier, seigneur de la Rablière, puis (vers 1675) appelé le marquis de la Rablière. Toutefois ce titre semble attaché à sa qualité de maréchal de camp, puis de lieutenant général.
Il est lieutenant, puis capitaine au régiment de Poitou-infanterie, dès 1645.
1652 : le siège de Saintes, où la Rablière est blessé
Le , Plessis-Bellière et Montausier quittent Pons pour assaillir Saintes. Les premières troupes prennent position autour de la ville.
Le sieur Rablière, "capitaine au régime de Poitou", est blessé le au siège de Saintes.. Le , Taillebourg capitule, après le siège de Montausier et Jacques de Rougé du Plessis-Bellière, beau-frère de La Rablière.
La Rablière, "capitaine et major au régime de cavalerie du Plessis-Bellière", sert avec honneur au siège de Castillon, mi-.
Il est fait sergent de bataille le .
1654 : l'aventureuse expédition de Naples et la mort du marquis du Plessis-Bellière thumb|Pietro Fabris, The Bay of Naples from Posillipo Il suit en Italie son beau-frère, Jacques de Rougé du Plessis-Bellière, dans l'aventureuse expédition de conquête du trône de Naples pour Henri II de Guise. Mazarin offrit en effet une flotte à Guise. Partie de Toulon, l'armée aborde à Castellamare, au pied du Vésuve, et s'empare de cette ville. Mais c'est un succès illusoire et de brève durée, puisque Guise sera chassé rapidement du territoire napolitain. Malheureusement, le marquis du Plessis-Bellière, beau-frère de François de Bruc, mourut à Castellamare, le , des suites d'une blessure reçue le dans une charge de cavalerie à Torre d'Anunziata, juste à côté de Pompéï : "La Rablière se précipite, l'épée à la main, et criant à l'aide. Il n'est plus qu'à vingt pas des combattants. Les Espagnols se débandent : mais l'un d'eux en se retirant porte un dernier coup de sabre que Plessis-Bellière, épuisé, ne peut parer : il chancelle et va tomber à dix pas de là. Il se relève aussitôt et acceptant le cheval de La Rablière, dont on le supplie de ce servir, "il remet le pied à l'étrier avant autant de facilité que s'il n'eut pas été blessé, bien qu'il eût la cuirasse sur le dos" ".. Cette mort est d'autant plus terrible que François était présent à côté de son beau-frère, et surtout que sa sœur, la marquise du Plessis-Bellière, devient veuve avec quatre enfants à charge.
Le régiment de cavalerie La Rablière thumb|Gains territoriaux (en rouge) du Royaume de France à la suite du traité des Pyrénées de 1659. Il est major du régiment de cavalerie de Montplaisir (depuis Beauvilliers) en .
En fin d'année 1655 (vers le ), les deux frères de Bruc, Montplaisir et La Rablière, montrent beaucoup de bravoure dans plusieurs escarmouches avec les espagnols, au passage des troupes du Roi, dans le Modènois. La Rablière y est blessé.
Le , le régiment de cavalerie La Rablière arrive à Gap, avec les régiments de Bissi, Foucault et Lestrade, où des débordements sont constatés..
La Rablière est maître de camp du régiment de Beauvilliers en , après que son frère Montplaisir lui laisse la gestion de ce régiment.
Le , François de La Rablière, alors colonel de cavalerie, est donné en otage par le duc de Noailles au comte de Fuensaldana jusqu'à l'exécution concrète sur le terrain de la paix des Pyrénées.
La famille de Bruc, du premier cercle du Surintendant Fouquet thumb|Portrait gravé de Nicolas Fouquet Dans ces années, ses frères et sœurs, l'abbé Henri, son autre frère Montplaisir et sa sœur la marquise du Plessis-Bellière se rapprochent du surintendant des finances Nicolas Fouquet, dont ils sont du premier cercle. C'est une sorte d'apothéose pour la famille de Bruc. Ils servent de prête-noms pour les affaires du surintendant, brassant de grandes sommes pour soutenir le coût de la guerre pour la monarchie française.
Après 1661 : faire carrière après la chute du clan Fouquet
Mais l'arrestation brutale de Fouquet le marque un coup dur pour l'ensemble du clan. Sa sœur Suzanne est emprisonnée à Montbrison jusqu'en 1665. Son frère Henri l'abbé de Bruc l'accompagne durant sa captivité.
Le , les compagnies de Cavalerie dite de "100 maîtres" furent partagées en deux, et donnèrent 66 escadrons de 2 compagnies de 50 maîtres chacune.. L'escadron de La Rablière était l'un de ces 66 escadrons de cavalerie légère.
En 1672, la Rablière, maréchal de camp, est envoyé par le maréchal de Créquy, son neveu par alliance, pour attaquer le les défilés ennemis aux environs de Minden, gardés par 2.000 chevaux et 400 dragons, qui sont obligés de se retirer et dont 200 sont faits prisonniers. Il se bat sous la direction de Turenne qui combat l'électeur de Cologne.
En 1673, sous la direction du maréchal de Bellefonds, dans le cadre de la campagne de Flandre, la Rablière se poste entre Sittard et Maëstricht, pour empêcher les plénipotentiaires de Hollande d'introduire dans cette dernière place la charge de 45 chariots qui les suivent. Le , il donne la chasse à un parti de 200 hommes, en tue quelques-uns et fait des prisonniers, quoiqu'ils se retirent sous le canon de la place.
1674-1675 : campagne du Roussillon avec le maréchal de Schömberg, La Rablière prisonnier des espagnols durant une année thumb|Portrait gravé de Frédéric-Armand de Schomberg, maréchal de France, qui libère de prison La Rablière par la prise du fort de Bellegarde thumb|gauche|Fort de Bellegarde La Rablière est commandant de cavalerie en , dans l'armée de Catalogne, son beau-frère Jacques de Rougé du Plessis-Bellière ayant été le commandant en chef de cette armée vingt ans plus tôt lors du siège de Roses.
Durant la guerre de Hollande, Bellegarde est prise par les Espagnols le . Les français vont se battre pour récupérer Bellegarde. Une mention indique que le , dans une campagne du Roussillon, avec l'armée de Catalogne, près de Collioure, d'Eprié et de la rivière du Thec, sous la direction du maréchal de Schömberg, le sieur de La Rablière fut fait prisonnier, plutôt vers le , avec d'autres, alors qu'il "commandoit la Cavalerie et qui eut son cheval tué sous luy, en faisant des merveilles".et "des prodiges de valeur"Il reste en prison sous la houlette des espagnols durant une année entière, de à . Le comte Frédéric-Armand de Schomberg reprend le fort de Bellegarde, après dix jours de siège, le . Le la Rablière est ainsi remis en liberté après la prise du fort de Bellegarde.
La Rablière est brigadier, visiteur de cavalerie en .