L'histoire économique de l'Amérique latine couvre le développement de l'économie latino-américaine de jusqu'au début du .

À l'époque précolombienne, l'Amérique latine n'a pas d'économie intégrée. Les peuples indigènes, en particulier l'Empire aztèque au centre du Mexique et l'Empire inca dans la région andine, ont des structures socio-économiques complexes. Cependant, leurs systèmes économiques et politiques sont plus isolés en raison de la difficulté des déplacements nord-sud. Du début du au début du , le Nouveau Monde est largement sous la domination de l'Empire espagnol et de l'Empire portugais. La prospérité repose sur la production et l'exportation de deux matières premières : l'argent et le sucre. Après l'indépendance, le Royaume-Uni exerce son influence par le biais du néocolonialisme et de l'investissement privé.

La Première Guerre mondiale (1914–1918) a un effet perturbateur sur les investissements britanniques et plus largement européens. L'Allemagne perd ses relations commerciales et le Royaume-Uni subit des pertes significatives du fait de l'émergence des États-Unis en tant que puissance économique dominante dans la région. L'impact négatif de la Grande Dépression des années 1930 est inversé par les achats des Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale. Les pays d'Amérique latine accumulent des réserves financières qui sont utilisées pour favoriser l'expansion industrielle par le biais de l'industrialisation par substitution aux importations. Dans les années 1970, la région s'est endettée pour alimenter la croissance économique et s'intégrer au marché mondial. La perspective de recettes d'exportation a conduit à d'importants prêts libellés en dollars américains pour accroître la capacité économique. Les capitaux étrangers ont afflué dans la région, créant des liens financiers entre les pays développés et les pays en développement, alors que les dangers de cet arrangement étaient négligés. Dans les années 1980 et 1990, la plupart des gouvernements ont mis en œuvre des réformes structurelles. Ces réformes comprenaient la libéralisation du commerce et des privatisations, souvent imposées comme conditions à l'obtention de prêts par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Les pays les plus touchés ont connu une émigration forte vers les États-Unis, et leurs envois de fonds vers leur pays d'origine sont devenus de plus en plus importants.

Époque précolombienne thumb|right|175px|L'agriculture du maïs chez les Aztèques telle qu'elle est représentée dans le Codex de Florence. thumb|right| utilisant une chakitaqlla (charrue à pied andine) thumb|right|Tribut d'une région de l'Empire aztèque tel qu'indiqué dans le Codex Mendoza thumb|left|Un quipu, dispositif andin de nœuds noués pour la tenue de registres. El primer nueva corónica. En bas à gauche, un yupana, un instrument de calcul inca. thumb|right|Un complexe de 27 entrepôts incas au-dessus de Ollantaytambo, Pérou

Il n'y a pas d'économie intégrée en Amérique latine avant l'arrivée des Européens et l'incorporation de la région aux empires espagnol et portugais. Les peuples de l'hémisphère occidental (appelés « Indiens ») présentaient différents niveaux de complexité socio-économique. Les plus complexes et les plus étendus au moment de l'arrivée européenne étaient l'Empire aztèque au centre du Mexique et l'Empire inca dans les Andes, qui se sont développés sans contact avec l'hémisphère oriental avant les voyages européens de la fin du . L'axe nord-sud de l'Amérique latine, avec la petite zone continentale est-ouest, connaissait des conditions de déplacement plus difficiles qu'en Eurasie, où l'on trouve des climats similaires aux mêmes latitudes. Cette situation a favorisé l'émergence de systèmes économiques et politiques plus isolés dans l'Amérique latine précolombienneJared Diamond, Guns, Germs, Steel. New York 1997.. Une grande partie de ce que l'on sait des économies de l'Amérique latine précolombienne se trouve dans les récits des Européens au moment du contact et dans les archives archéologiquesRebecca Storey et Randolph J. Widmer, « The Pre-Columbian Economy » in The Cambridge Economic History of Latin America, vol. 1, New York: Cambridge University Press 2006,74.. La taille des populations indigènes, la complexité de leur organisation et leur situation géographique, en particulier l'existence de ressources exploitables dans leurs environs, ont eu un impact majeur sur les lieux où les Européens, au moment du contact, ont choisi de s'installer à la fin du et au début du . « Les peuples indiens et les ressources de leurs terres ont été les principaux déterminants de la différenciation régionale »Lockhart et Schwartz, Early Latin America, New York: Cambridge University Press 1983, p. 59..

Cilivisations au Mexique et dans les Andes En Mésoamérique et dans les Andes, des civilisations indigènes complexes se sont développées à mesure que les excédents agricoles permettaient le développement de hiérarchies sociales et politiques. Dans le centre du Mexique et les Andes centrales, où vivaient d'importantes populations sédentaires hiérarchisées, de grands régimes tributaires (ou empires) sont apparus et des cycles de contrôle ethno-politique du territoire se sont succédé, qui ont cessé aux frontières des populations sédentaires. De petites unités fonctionnaient au sein de ces grands empires pendant la période précolombienne, et ont servi de base au contrôle européen à leur arrivée. Au centre du Mexique et dans les Andes centrales, les roturiers cultivaient des terres et versaient des tributs et des corvées aux autorités locales, qui transmettaient ensuite les marchandises aux autorités plus haut placées dans la hiérarchie. Dans la région du pourtour des Caraïbes, en Amazonie et aux périphéries de l'Amérique du Nord et du Sud, les peuples nomades semi-sédentaires et nomades étaient très intégrés sur le plan politique et économique et Stuart B. Schwartz, Early Latin America. New York: Cambridge University Press 1983, pp. 31–57.. L'empire aztèque, au centre du Mexique, et l'empire inca, dans les Andes, avaient tous deux régné pendant environ un siècle avant l'arrivée des Espagnols au début du .

Les civilisations mésoaméricaine et andine se sont développées en l'absence d'énergie animale et d'outils agricoles complexes. En Mésoamérique, le maïs était cultivé de manière extensive, à l'aide de bâtons à fouir tenus à la main, et la récolte des épis mûrs se faisait manuellement. Dans les Andes, où les collines sont abruptes et les terres plates relativement peu nombreuses, les populations construisaient des terrasses pour augmenter les surfaces cultivables. En général, il n'y a pas eu de modification générale de la topographie en Mésoamérique, mais dans la partie sud des eaux douces du système lacustre central, les indigènes ont construit des chinampas et des monticules de terre pour cultiver intensément. En Mésoamérique, avant l'arrivée des Espagnols, il n'y avait pas de grands animaux domestiqués pour faciliter le travail ou fournir de la viande, du fumier ou des peaux. Dans les Andes, les cultures de base étaient la pomme de terre, le quinoa et le maïs, cultivés par l'homme. Les camélidés du Nouveau Monde, tels que les lamas et les alpagas, ont été domestiqués par les populations et utilisés comme animaux de trait pour les charges légères et comme source de laine, de viande et de guanoLockhart et Schwartz, Early Latin America, p. 48.. Il n'y avait pas de véhicules à roues dans ces deux régions. La Mésoamérique et les Andes centrales cultivaient le coton, qui était tissé en longueurs de tissus et porté par les habitants ainsi que cédé en tribut.

Tribut et commerce Les empires mésoaméricain et inca sont tenus de verser des tributs en travail et en biens matériels. Toutefois, contrairement aux échanges et aux marchés en Mésoamérique, l'économie de l'empire inca fonctionnait sans marchés ni monnaie. L'économie a été décrite de manière contradictoire par les spécialistes : « féodale, esclavagiste, socialiste »Darrell E. La Lone, The Inca as a Nonmarket Economy: Supply on Command versus Supply and Demand, p. 292. https://www.academia.edu/885136/The_Inca_as_a_nonmarket_economy_Supply_on_command_versus_supply_and_demand, accessed August 10, 2017. Les souverains incas construisaient de grands entrepôts, ou Qollqa, pour stocker les denrées alimentaires destinées à l'armée, pour fournir des marchandises à la population lors des festins rituels et pour aider la population pendant les années de vaches maigres et de mauvaises récoltes.

Les Incas disposaient d'un système routier étendu, reliant les zones clés de l'empire à certaines parties qui subsistent à l'époque moderne. Les routes étaient utilisées par les militaires pour le transport des marchandises à l'aide de lamas et pour l'entreposage des fournitures dans des qollqas construits en pierre. Les tambos, ou haltes, étaient construits à environ une journée de voyage le long des routes, près des entrepôts. Les gorges étaient enjambées par des ponts de corde, qui ne permettaient pas l'utilisation d'animaux de trait. Le système routier inca représentait un investissement coûteux, qui n'avait pas d'équivalent dans l'empire aztèque. Il existait des voies de transport terrestre disposant de peu d'aménagements, à l'exception des chaussées reliant l'île où se trouvait la capitale aztèque de Tenochtitlan. Des sections du réseau routier pouvaient être supprimées pour empêcher les invasions. Autour du système lacustre du Mexique central, les canoës transportaient les personnes et les marchandises.

En Mésoamérique, des réseaux commerciaux et des marchés permanents ont été établis assez tôt (vers - . Le commerce diffère du tribut en ce sens que le tribut était à sens unique, du subordonné au pouvoir en place, alors que le commerce est un échange à double sensFrances F. Berdan, « Trade and Markets: Mesoamerica » in Encyclopedia of Mexico, p. 1418. Chicago: Fitzroy Dearborn Publishers, 1997.. De nombreuses colonies se sont spécialisées dans l'artisanat ou l'agriculture. Certaines places de marché fonctionnaient comme des marchés journaliers réguliers, tandis que d'autres, comme le grand marché de , était un vaste emporium fixe de marchandises acheminées vers la capitale de l'empire aztèque, Tenochtitlan. Ce marché a été décrit en détail par le conquistador espagnol Bernal Díaz del Castillo dans son récit de la conquête espagnole de l'empire aztèqueBernal Diaz del Castillo, True History of the Conquest of Mexico, éditions multiples..

Le mot nahuatl pour place de marché, tianquiztli, est devenu en espagnol mexicain le mot tianguis. De nombreuses villes mexicaines à forte population indigène continuent d'organiser régulièrement des jours de marché, fréquentés par les habitants pour l'achat d'articles ménagers, et par les routistes pour l'achat de produits artisanaux. PEndant la période aztèque, une élite de marchands au long cours, les pochteca, faisaient du commerce de biens de grande valeur et servaient d'éclaireurs pour identifier les zones potentielles de conquêtes futures pour la Triple Alliance aztèque. Les élites roturières devenaient ainsi des émissaires de l'État aztèque, ce qui permettait aux investisseurs de bénéficier de leurs expéditions et d'obtenir la protection de l'État pour leurs activitésBerdan, « Trade and Markets: Mesoamerica », p. 1419.. Les marchandises de grande valeur comprenaient le cacao, les plumes de quetzal et les peaux d'animaux exotiques, tels que les jaguars. Comme les marchandises devaient être transportées par des porteurs appelés tlameme en nahuatl, les produits en vrac tels que le maïs ne faisaient pas partie du commerce à longue distance. Les fèves de cacao ont servi de moyen d'échange pendant la période aztèque.

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