vignette| Constantin le Grand, une sculpture de Philip Jackson à York. La politique de Constantin le Grand en matière de religion a été qualifiée par des experts, dont Scott Bradbury et l'archéologue français André Piganiol de « capricieuse, d'ambiguë et de sans suite ». Toutefois, il semblerait que cette affirmation nécessite d'être modérée et il est probable qu'elle soit une grossière généralisation basée sur une caractérisation de l'empereur. Né en 273 lors de la crise du , Constantin avait trente ans au moment de la Grande Persécution dioclétienne. Il a vu son père, Constance, devenir Auguste d’Occident puis le voir mourir de causes naturelles, le 25 juillet 306 à Eboracum (York). Constantin a passé sa vie dans l’armée et en guerre avec une grande partie de sa famille élargie. Ses actions permettent de réunir sous son unique autorité un empire affaibli et divisé. Selon Eusèbe de Césarée, il s’est converti au christianisme vers l’âge de 40 ans après une révélation du Christ. «une croix de lumière dans le ciel à midi et un écrit indiquant qu’il vaincrait par ce signe. Constantin implora la protection de ce Dieu, Le pria de Se faire connaître à lui et de l’assister dans l’état où se trouvaient ses affaires. Pendant qu’il faisait cette prière, il eut une merveilleuse vision et qui paraîtrait peut être incroyable, si elle était rapportée par un autre.» Sa politique religieuse, formée à partir de ses expériences, était celle d’un homme prudent en quête de vérité d’une part et de pouvoir d’autre part. Une quête spirituelle personnelle, et celle de la religion susceptible d’asseoir au mieux son pouvoir. « Mais ce fut surtout le souci de l’unité, qu’il rechercha opiniâtrement dès 314 ». Cette politique se traduit plus concrètement en une tolérance croissante du christianisme, des réglementations limitées contre le polythéisme romain, une participation à la résolution des conflits religieux tels que le schisme avec les donatistes et la convocation de conciles, dont le Concile de Nicée concernant l’arianisme Peter Brown, The Rise of Christendom 2nd edition (Oxford, Blackwell Publishing, 2003). John Kaye caractérise la conversion de Constantin et le Concile de Nicée que Constantin a convoqué comme deux des événements les plus importants qui ne soient jamais arrivés à l’Église catholiqueKAYE, John. Some account of the Council of Nicæa in connexion with the life of Athanasius. United Kingdom, n.p, 1853..

Contexte historique

Politique et persécution des chrétiens dans l'enfance de Constantin

Politique La crise du troisième siècle (235-284 apr. J.-C.) fut une grande période de troubles pour l’Empire romain qui connut une grave crise appelée, par la tradition, d'anarchie militaire. Premièrement, l’Empire était fractionné et divisé en différentes parties contrôlées par des empereurs rivaux à Rome. L’orient est contrôlé par l’Empire palmyrénien et l’occident par l’Empire des Gaules. Secondement, à la division interne de l’empire s’ajoute une période de fortes invasions barbares et de migrations vers le territoire romain. Selon l'historien irlandais Peter Brown, le gouvernement de la Rome impériale était un système facile à vivre qui gouvernait indirectement par l’intermédiaire des élites régionales et locales. Ce qui fait que l’administration n’était pas construite pour survivre à la pression des invasions continues et des guerres civiles. Durant cette période de crise, la vie dans une « superpuissance assiégée » a été marquée par des faillites, une fragmentation politique, une dévaluation importante de la monnaie, une crise économique, des empereurs successifs, désignés par des armées, assassinés ou mourant au combat, ainsi que de nombreuses pertes militaires graves. Constantin est né pendant cette période en 273 apr. J.-C. et a été élevé dans la religion polythéiste par des parents polythéistes Jonathan Bardill, Research Fellow in Byzantine Archaeology; Bardill, Jonathan. "Constantine, Divine Emperor of the Christian Golden Age". United Kingdom, Cambridge University Press, 2012. . droite|vignette| Empereur romain Dioclétien - panorama. La crise du troisième siècle débuta par l’assassinat de l’empereur Sévère Alexandre par ses propres troupes en 235, ce qui a conduit à une crise politique. Pendant plus de 50 ans, au moins, 26 et au plus 64 prétendants et usurpateurs se battent pour accéder au titre d’empereur. En 268, l’empire était divisé en trois États concurrents. Bien que des empereurs aient tenté de rétablir l’unité de l’empire tel que l’empereur Aurélien, la crise n’a réellement pris fin que lorsque Dioclétien a pris les rênes et mis en œuvre de grandes réformes en 284. Cette nouvelle période d'unité de l'Empire romain est très différente des autres périodes de l'Empire, car il entre dans une période historique appelé le «Bas-Empire» ou «antiquité tardive». L'Empire romain passe du système pseudo impérial appelé «principat» à un système qui cherche à créer une succession plus stable et qui s'apparente plus à une monarchie ou «dominat» Ce qui assure cette transition ce sont les réformes de Dioclétien. Il restructura le gouvernement romain en établissant une tétrarchie (de tétra qui signifie quatre), un système avec quatre hommes régnant conjointement sur un empire divisé en deux parties, l’Est et l’Ouest. Chaque partie était dirigée par un Auguste qui avait un subordonné nommé César. Dioclétien a régné comme auguste principal en orient de 284 à 305 apr. J.-C., alors que Maximien a régné comme Auguste inférieur en occident de 286 à 305 apr. J.-C.. En outre, Dioclétien établit des capitales administratives situées plus près des frontières de l’empire pour chacun des quatre tétrarques. Ces changements contribuèrent à restaurer le pouvoir impérial à la fin du IIIe siècle.

Bien que la tétrarchie ne fut pas une réussite du point de vue politique, Jonathan Bardill affirme toutefois qu’elle a apporté des changements permanents à l’empire. La tétrarchie a permis au gouvernement de se centraliser autour de la cour impériale et de la personne de l’empereur qui représente maintenant plus que jamais le pouvoir. Dorénavant, l’empereur est la seule source sûre de pouvoir et d’influence, et, à cause de cela, les élites ont perdu une partie de leur richesse et de leur statut. De plus, des capitales ont émergé dans chaque région tandis que d’autres villes ont diminué. Ce qui fait que, malgré la centralisation des pouvoirs, les provinces peuvent être mieux gérées par une élite locale. Or, les villes n’étaient plus aussi uniques et différentes qu’elles l’étaient. L’empire ne pouvait plus être considéré comme « une communauté de villes ». Au lieu de cela, le point commun que toutes les villes partageaient entre elles était la romanité ainsi que la loyauté partagée envers l’empereur et ses partisans.

Peter Brown affirme que l’empire, l’administration et l’empereur sont devenus plus intrusifs dans la vie privée de ses sujets au fur et à mesure qu’il s’est également davantage engagé dans une position idéologique.

Persécution des chrétiens Ces conditions de troubles et d’instabilités ont conduit à une suppression, à l’échelle de l’empire, du christianisme beaucoup plus sévèrement que jamais auparavant. Le IVe siècle est un siècle charnière, important et décisif pour l'Église. L'Église chrétienne deviendra la religion d'état, mais avant, elle doit subir les persécutions de Dioclétien. On ne sait pas exactement pourquoi Dioclétien décide de commencer à persécuter les chrétiens après 19 ans de règne. Toutefois, une théorie plausible serait que Dioclétien aurait voulu conserver les vieilles valeurs qui ont fait la grandeur de Rome : « Il s’agit, une fois de plus, de cette politique d’attachement aux traditions religieuses du passé qui ont fait la grandeur de l’Empire. Dans cette période difficile, Dioclétien tentera de revivifier l’Empire, menacé à l’intérieur et à l’extérieur, en rénovant la tradition religieuse ancienne et en donnant à l’empereur une position quasi divine, somme toute en instaurant une sorte de totalitarisme politico-religieux. Il était dès lors naturel que de telles tendances, jointes à un conservatisme déclaré, aient comme conséquences plus ou moins rapides des prises de positions antichrétiennes.».

C'est pourquoi, le 24 février 303 après Jésus-Christ, Dioclétien a publié le premier d’une série d’édits qui abrogeaient les droits légaux des chrétiens et exigeaient le respect des pratiques religieuses polythéistes et traditionnelles de l'Empire. Les demandes de Dioclétiens peuvent être compréhensibles dans la mesure où historiquement on considère que, depuis Auguste, les empereurs sont considérés comme des êtres supérieurs (sans être des dieux vivants) vers lesquels la population romaine rendait un culte de la personnalité. De plus, Dioclétien voulait très certainement asseoir son pouvoir plus fermement en tendant vers l’unité religieuse dans l’empire. La persécution des chrétiens permet aussi à Dioclétien de tourner l’attention publique sur le christianisme pour mieux faire passer sa propre ligne d’action politique. Toutefois, le christianisme existait depuis plus de 250 ans et l’Église et l’Empire avaient beaucoup changé entre ces époques. L’Église n’était plus composée de petits groupuscules dispersés et sans influence. Selon Peter Brown, elle était devenue une « Église universelle » qui fonctionnait comme une « ville dans la ville » À l’époque de Dioclétien, contrairement à l’époque de Néron et des premiers chrétiens, il y avait une « noblesse chrétienne » établie en Asie Mineure et une hiérarchie développée au sein de l’Église, composée de dirigeants qui jouaient un rôle important dans le monde romain de leur époque.

La persécution des chrétiens a donc commencé par cet édit qui obligeait les évêques chrétiens à participer à des célébrations païennes et à faire des sacrifices à des dieux romains ou bien à mourir Selon Norman H. Baynes, au cours de la deuxième année de la persécution, après l’arrivée d’Urbanus en tant que proconsul (gouverneur) de la Palestine, l’édit impérial étendant l’ordre du sacrifice au grand public fut alors également publié.

Pour les chrétiens, cette période est connue sous le nom de « Grande Persécution » et a mis fin à ce que l'Église appelait la «petite paix». Baynes dit qu’elle s’est déroulée en deux phases. La première phase a commencé par la publication du Premier Édit en 303. La seconde phase a commencé avec la publication du quatrième édit, dont la date et la paternité sont toujours source de débat. David M. Potter avance la thèse que ces édits étaient davantage appliqués à l’Est qu’à l’Ouest. Cela est probablement dû au fait que l'Orient est, depuis le début du christianisme, beaucoup plus évangélisé et christianisé que l'Occident.