Marie Degrandi dite , née Élisabeth Marie Degrandi le à Marseille et morte le à Moret-sur-Loing, est une chanteuse lyrique soprano, pensionnaire de l'Opéra-Comique.
Issue d'une famille modeste d'origine italienne, Marie Degrandi est formée au chant lyrique au conservatoire de Marseille. Elle y est repérée par Louis Cantin, directeur du théâtre des Bouffes-Parisiens où elle est pensionnaire de 1882 à 1884, date à laquelle elle rejoint la troupe de l'Opéra-Comique.
Son second mariage en 1894 avec le célèbre photographe Paul Nadar, auquel elle servira ponctuellement de modèle, marque la fin de sa carrière lyrique.
Biographie
Origines Carlo Clemente Bonaventura (Charles Clément Bonaventure) Degrandi est né à Doccio en Italie le . Consolata Marie Catherine Bergamasco est née à Pergola en Italie le ..
Élisabeth Marie Degrandi naît le à Marseille au 15, rue de la Reynarde. Son père Charles Degrandi, 36 ans, est menuisier. Sa mère Marie Bergamasco, 28 ans, est ménagère...
Carlo Clemente Bonaventura et Consolata Marie Catherine Bergamasco se marient à Marseille le , légitimant ainsi leur fille née hors mariage.
Charles Clément Bonaventure Degrandi meurt le en son domicile du 51, rue d'Anjou dans le 8 arrondissement de Paris. Sans profession, il est âgé de 71 ans. Le décès est déclaré par Paul Nadar, son gendre photographe âgé de 38 ans chez qui il vit.. Consolata Marie Catherine Bergamasco meurt le à la même adresse à l'âge de 85 ans..
Mariages et vie de famille
Premier mariage et violences conjugales Élisabeth Marie Degrandi rencontre George Casamajor-Salenave au conservatoire de Marseille : il est alors employé de la régie du petit théâtre d'élèves où elle se forme.
Le , Élisabeth Marie Degrandi épouse à Marseille George Casamajor-Salenave. Né le à Saint-Tropez, il est employé et domicilié avec ses parents à Marseille. Son père Armand Pierre Marie est receveur particulier des douanes, sa mère Émilie Françoise Dautez est sans profession. Élisabeth Marie Degrandi, sans profession, est domiciliée chez ses parents au 21, rue Mérentié. Son père est toujours menuisier..
La fille d'Elisabeth Marie Degrandi et George Casamajor-Salenave, Eugénie Claire Casamajor-Salenave, naît le dans le 2e arrondissement de Paris. Georges Casamajor-Salenave est alors employé et Eugénie Marie Degrandi est dite sans profession..
D'après Panserose (pseudonyme de Louis Besson)., Georges Casamajor-Salenave tente en de se suicider par empoisonnement Il fait état de violences conjugales que Georges Casamajor-Salenave aurait justifiées par les soupçons d'infidélité portant sur Marie Degrandi : Le , Élisabeth Marie Degrandi est menacée de mort par son mari, comme en témoigne Le Figaro le :
Élisabeth Marie Degrandi et Georges Casamajor-Salenave sont divorcés par jugement rendu par le tribunal civil de la Seine le . En 1904, Georges Casamajor-Salenave est de nouveau inculpé, cette fois-ci pour l'affaire dite des : il est soupçonné d'avoir fait courir sous de faux noms des chevaux ayant déjà remporté des prix importants.
Second mariage et modèle de l'atelier Nadar Paul Tournachon dit Nadar, fils de Félix Nadar et d'Ernestine Constance Lefèvre, est photographe dans l'atelier familial. Son goût personnel le porte vers les milieux du chant et du théâtre, dans lesquels il rencontre Marie Degrandi, encore mariée à Georges Casamajor-Salenave. D'après l'Encyclopédie internationale des photographes de 1839 à nos jours, la rencontre a lieu en 1882, un an avant que Paul Nadar et Marie Degrandi ne deviennent amants. Le lien entre Marie Degrandi et Paul Nadar aurait accentué les tensions entre Paul Nadar et ses parents, ces derniers ne considérant pas Marie Degrandi un assez bon parti : Nadar aurait dit d'elle qu'elle lui faisait l'effet des tripes à la mode de Caen.
En 1887, Paul Nadar photographie les ruines du théâtre national de l'Opéra-Comique (la « salle Favart ») détruit par un incendie le 25 mai. C'est parce qu'elle sait que son fils s'y rend régulièrement qu'Ernestine Nadar craint de le voir figurer parmi les victimes..
En 1887, La Vie moderne propose une nouvelle organisation militaire satirique exclusivement composée de femmes, parmi lesquelles Marie Degrandi, visiblement déjà compagne officielle de Paul Nadar :
Le , Élisabeth Marie Degrandi épouse dans le 8 arrondissement de Paris Paul Tournachon dit Nadar. Il est alors dit industriel et habite au 51, rue d'Anjou. Elle habite au 22, rue Lavoisier. Ses parents sont dits sans profession et vivant à Sannois. Alfred Périn, secrétaire général de la Société Générale de Crédit mobilier espagnol, ami de Paul Nadar, est témoin du mariage.. Le , le Journal annonce avoir reçu le faire-part de mariage de Paul Nadar et .
Marie Degrandi est photographiée à plusieurs reprises par l'atelier Nadar :
Paul Nadar photographie son épouse avec un appareil Kodak vers 1888-1890.. Elle est photographiée seule. ou accompagnée de sa fille Claire. vers 1890.
Marie Degrandi est une amie de Geneviève Mallarmé épouse Bonniot, fille de Stéphane Mallarmé. Une de ses lettres datée du est conservée par la bibliothèque Jacques Doucet..
Paul Nadar a une fille illégitime lors de son mariage avec Marie Degrandi, Marthe Ernestine Anne, qui naît le au 11, rue Clapeyron. Ses parents ne sont pas nommés sur le premier état de son acte de naissance.. Élisabeth Marie Degrandi et Paul Nadar divorcent le , ce qui permet à Paul Nadar et à Marie Anne Parquet de reconnaître l'enfant le . Elle est légitimée par le mariage de ses parents le 21 du même mois. Artiste-peintre et photographe., elle meurt le dans le 8 arrondissement de Paris, à l'âge de .
Carrière
Formation au conservatoire de Marseille En 1879, Marie Degrandi est l'élève d'Adèle Revello, professeur au conservatoire de Marseille. Elle fait alors partie du théâtre d'élèves de la rue Montaux, sur le modèle du théâtre d'essai de la rue Bergère à Paris. Charles Clément Bonaventure Degrandi, menuisier, s'occupe de la boiserie du théâtre.
Le Sémaphore de Marseille écrit au sujet de Marie Degrandi le :En 1879, Marie Degrandi participe à un concert de charité au Grand-Théâtre, au cours duquel elle interprète un air de La Flûte enchantée (l'air de la Reine de la nuit) et le trio du Matrimonio segreto. La même année, elle chante le Duo Aragonais de Lorenzo Pagens. La Jeune République souligne : .
Le , La Gazette nationale ou le Moniteur universel annonce le départ prochain de Marie Degrandi pour Paris : . À l'heure de son départ pour Paris, Marie Degrandi est en procès contre son ancienne professeure Adèle Revello qui lui réclame un dédit.
Passage par Monaco dans la troupe de M. Plunkett À la fin de l'année 1881, Marie Degrandi interprète Les Surprises de l'amour de Charles Monselet et Poise au sein de la troupe d'opérette engagée par M. Plunkett, ancien directeur du Palais-Royal, pour la nouvelle saison théâtrale de Monte-Carlo. Marie Degrandi interprète la comtesse. L'Ordre de Paris et Le Figaro notent : .
Débuts au théâtre des Bouffes-Parisiens
Coquelicot Marie Degrandi débute au théâtre des Bouffes-Parisiens le avec l'opérette Coquelicot de Louis Varney dans le rôle de Térésita.
Henri Heugel (sous le pseudonyme H. Moreno). pour Le Ménestrel la décrit ainsi :Maurice Ordonneau pour Le Gaulois écrit :Achille Denis pour Vert-vert estime qu'.
François Oswald pour Le Clairon écrit : .
Oscar Comettant pour Le Siècle écrit :
Julien Sermet pour La Justice écrit : .
Toujours en 1882, Marie Degrandi est citée dans un article de La Justice parmi les . L'article la rajeunit de deux ans.
La Mascotte En 1880, Marie Degrandi est la doublure de dans La Mascotte d'Edmond Audran. Elle manque le premier rôle en raison du stade avancé de sa grossesse. Un écrit dans Le Figaro en 1882 :
Durant la saison d'été de 1882, Marie Degrandi reprend finalement le rôle qui lui était destiné dans La Mascotte au théâtre des Folies-Dramatiques : . Elle interprète Bettina. Eugène Hubert pour Gil Blas écrit :
Scènes et concerts de charité En , Marie Degrandi participe à une grande scène au Trocadéro au cours de laquelle elle interprète une romance inédite. Elle chante Au clair de la lune.
En , Marie Degrandi participe au concert qui précède le bal costumé inaugurant l'atelier du peintre Robert Mols, rue des Martyrs.
Le , Marie Degrandi remplace Junic lors d'un concert donné au Trocadéro au profit de la société des ateliers d'aveugles : .
Carrière à l'Opéra-Comique En 1884, Marie Degrandi interprète Stéphano dans Roméo et Juliette de Charles Gounod avec un livret de Jules Barbier et Michel Carré : . Le Petit Quotidien est moins convaincu : .
En 1885 et 1886, elle interprète Mirza dans Lalla Roukh de Félicien David et chante Le Mari d'un jour d'Adolpe Dennery et Armand Silvestre. En 1886, Marie Degrandi chante Richard Cœur de Lion d'André Grétry : . Le , Ély Edmond Grimard pour Les Annales politiques et littéraires regrette que Marie Degrandi n'interprète pas miss Olivia dans Le Songe d'une nuit d'été. En fin d'année, elle interprète Madeleine dans Le Postillon de Lonjumeau d'Adolphe Adam sur un livret d'Adolphe de Leuven et Léon-Lévy Brunswick.vignette|Adrien Marie, « Le Fishing et le Yachting ( Degrandi et Cerny), Le théâtre illustré - Le Cœur de Paris », Le Monde illustré, 1887. Source BnF / Gallica. En 1887, Marie Degrandi chante Le Caïd d'Ambroise Thomas. 1887 est également l'année de la réouverture de Roméo et Juliette de Charles Gounod. Ély Edmond Grimard note pour Les Annales politiques et littéraires : . La même année, elle chante Le Cœur de Paris de Philippe de Massa pour la Société philanthropique. Les personnages, dont celui de Marie Degrandi, sont dessinés par Adrien Marie pour Le Monde illustré..
En 1888, Marie Degrandi chante L'Escadron volant de la reine d'Henry Litolff. vignette|305x305px|Adrien Marie, « L'escadron volant de la reine, scène finale », Le Monde illustré, 1888. La muette ( Degrandi). Source BnF / Gallica..
Joanni Perronnet compose l’opéra-comique la Cigale madrilène spécialement pour elle, qui interprète le rôle principal de Carmélina. Le , L'Intransigeant note : . Le Triboulet publie : Alphonse Duvernoy pour La République française estime que . Diavolo pour L'Estafette est moins convaincu : . Vert-vert est dithyrambique : .
En 1891, lors de la centième de Lakmé d'Edmond Gondinet et Philippe Gille sur une musique de Léo Delibes, d'après Fernand Bourgeat pour Vert-vert.
Le , le New York herald annonce que Paul Nadar et , pensionnaire à l'Opéra-Comique, sont fiancés. À la même date, Le Figaro publie : . Le mariage est également annoncé dans Le Pays rubrique , dans Paris rubrique et dans Le Voltaire rubrique . Son mariage semble marquer la fin de sa carrière.
Dernières années Marie Degrandi ne fait plus parler d'elle après son divorce d'avec Paul Nadar en 1919.
Comme elle, sa fille Eugénie Claire Casamajor-Salenave dite Claire Salenave est cantatrice. En 1923, Le Gaulois rappelle sa filiation : .
Domiciliée 13, rue Saint-Louis à Fontainebleau, Marie Degrandi meurt le à Moret-sur-LoingTables des successions et absences, , -, bureau de Fontainebleau, Archives départementales de Seine-et-Marne (vue 58/193).
Eugénie Claire Casamajor-Salenave meurt le à Fontainebleau.
Description par ses contemporains Selon Oscar Comettant : Selon Maurice Ordonneau :Selon Henri Heugel, Marie Degrandi est une :Selon Achille Denis, Marie Degrandi est : Selon François Oswald : Selon Edmond Grimard :
Selon Louis Besson :
Répertoire
1879 : Le Duo Aragonais de Lorenzo Pagens (au théâtre d'élèves de la rue Montaux à Marseille). 1879-1880 : Galathée de Jules Barbier et Michel Carré (au théâtre d'élèves de la rue Montaux à Marseille). 1879-1880 : Les Noces de Jeannette de Victor Massé sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré (au théâtre d'élèves de la rue Montaux à Marseille). 1879-1880 : Le Docteur Crispin de Luigi et Federico Ricci (au théâtre d'élèves de la rue Montaux à Marseille).