est un genre fossile d'ichthyosaures ayant vécu durant l'étage Anisien du Trias moyen dans qui est actuellement la Suisse. L'unique espèce connue est , premièrement décrite en 1998 à partir d'un crâne incomplet découvert dans le site fossilifère local du Monte San Giorgio, situé à la frontière suisse-italienne. Le taxon se caractérise notamment par la présence de dents sur son palais, bien que leur implantation sur le palatin ou le ptérygoïde soit contestée. L'animal possède également de très grandes orbites et des jugaux dont les deux branches mandibulaires sont de longueur comparable. Les différentes analyses phylogénétiques proposent des positions variées pour ce taxon, le plaçant tantôt comme un proche parent des Mixosauridae, tantôt au sein des Merriamosauria. Une famille monotypique, , a même été érigée. Sa validité est toutefois remise en question, plusieurs auteurs ayant suggéré qu'il pourrait être synonyme d'autres genres d'ichthyosaures. L'unique spécimen connu de Wimanius provient de la formation de Besano. Durant l'Anisien, cette région correspondait à une lagune marine abritant une faune particulièrement diversifiée, comprenant notamment plusieurs autres genres d'ichthyosaures.
Découverte et dénomination L'holotype et l'unique spécimen connu de Wimanius est reconnu pour la première fois comme appartenant à un nouveau genre en 1998 par les paléontologues allemands Michael Maisch et Andreas Matzke lors de l'examen de spécimens de Mixosaurus préservés dans la collection paléontologique de l'université de Tübingen. Ce fossile, aujourd'hui catalogué GPIT-PV-76272 (anciennement GPIT 1797), consiste en un crâne partiel écrasé, comprenant une mandibule bien préservée et la partie antérieure du museau, ainsi que divers éléments de la région temporale, du neurocrâne, du palais, de la région orbitaire et du toit crânien, cette dernière étant très incomplète.. Le spécimen est originaire du versant suisse du Monte San Giorgio, ayant été découvert dans la formation de Besano, également connu sous le nom de Grenzbitumenzone dans le pays. Il est issu de la partie médiane de cette unité stratigraphique, datée de la fin de l'Anisien, à proximité de la limite entre les étages Anisien et Ladinien du Trias moyen... Les dolomies et schistes bitumineux du Trias moyen du Monte San Giorgio, à cheval entre l'Italie et la Suisse, constituent un gisement fossilifère exceptionnel ayant livré une abondante faune de reptiles marins, parmi lesquels les ichthyosaures Besanosaurus, Cymbospondylus et le très commun Mixosaurus.... Le nom générique Wimanius honore le paléontologue suédois Carl Wiman, auteur de nombreux travaux consacrés aux ichthyosaures du Trias. L'épithète spécifique odontopalatus fait quant à lui référence à la présence de dents sur le palais, un trait inhabituel chez les ichthyosaures..
Description Les prémaxillaires, qui constituent la partie la plus antérieure du museau de Wimanius, sont longs et graciles. À proximité de la rangée des dents, chacun présente sur sa face interne une crête palatine. Contrairement à ce qui est observé chez de nombreux autres ichthyosaures, ils ne s'étendent pas jusqu'aux narines externes. Les maxillaires, situés immédiatement en arrière, ne portent que neuf dents chacun. La denture ne se prolonge pas sous les processus ascendants, légèrement recourbés, qui forment le bord postérieur des narines externes. La partie antérieure des maxillaires est courte et peu profonde, tandis que leur partie postérieure est aplatie, s'amincit progressivement et présente une crête correspondant à la zone d'articulation avec le jugal. Les nasaux sont généralement étroits, mais deviennent larges et aplatis vers leur extrémité postérieure, sans toutefois sembler s'étendre très loin sur le toit crânien Un os courbé mal conservé est provisoirement identifié comme un postfrontal par Maisch et Matzke en 1998, avant que cette interprétation ne soit abandonnée l'année suivante.
Le jugal est un os fin constitué de deux branches de longueur comparable, formant entre elles un angle d'environ . Si cette morphologie rappelle celle de certains , elle demeure inconnue chez les autres ichthyosaures du Trias. La branche inférieure porte une crête sur son bord supérieur et sa face externe est légèrement concave, tandis que la branche verticale est épaisse, carénée et s'élève presque à la verticale, le postorbitaire étant probablement situé immédiatement en avant. La partie postérieure de l'orbite était ainsi vraisemblablement délimitée par ce dernier, de forme en croissant. D'après leur reconstitution du crâne, Maisch et Matzke estiment que Wimanius possède des orbites exceptionnellement grandes, proportionnellement les plus développées connues chez les ichthyosaures du Trias, ce qui conférait à la région postérieure du crâne une hauteur importante. Les auteurs soulignent toutefois que cette particularité pourrait être liée au jeune âge de l'individu. À l'intérieur de chaque orbite se trouve un anneau sclérotique, constitué de plaques osseuses soutenant le globe oculaire. Bien que seules deux de ces plaques soient conservées chez l'holotype, les deux auteurs estiment qu'un anneau complet en compterait treize ou quatorze. Ces plaques étant particulièrement développées, l'ouverture centrale de l'anneau serait relativement réduite.
La région du crâne située en arrière des orbites est raccourcie, caractère qui pourrait lui aussi résulter du stade juvénile du spécimen holotype. Les sont des os triradiés dont deux processus participent au contour des fenêtres supratemporales : l'un, large et quadrangulaire, se dirige vers l'avant, tandis que l'autre, plus fin, s'étend vers la ligne médiane. Le troisième processus, orienté vers l'arrière, est fortement réduit. Un squamosal probable est également conservé, mais son état de préservation est médiocre. Les quadratojugaux sont des os aplatis, approximativement triangulaires, situés dans la région postorbitaire. Ils présentent des bords postérieur et ventral presque rectilignes, tandis que leur bord dorsal est légèrement convexe. Maisch et Matzke estiment que le jugal serait probablement en contact avec la partie antéroventrale du quadratojugal chez l'animal vivant. Un processus étroit et bien individualisé de ce dernier s'articulerait avec le carré, os participant à l'articulation de la mandibule mais qui n'est pas conservé chez l'holotype. D'après la morphologie du quadratojugal, les auteurs proposent également qu'une large ouverture devait être présente entre ces deux os dans leur reconstruction de 1999.
Wimanius possède des dents palatines, bien que l'os qui les porte demeure sujet à débat en raison du mauvais état de conservation des os du palais. Dans leur description originale, Maisch et Matzke interprètent le mince os en forme d'écaille supportant ces dents comme un palatin, en s'appuyant sur la présence de dents sur cet os chez Grippia. En 1999, Ryosuke Motani propose au contraire qu'il s'agisse d'un ptérygoïde, comme chez Utatsusaurus, soulignant que les prétendues dents palatines de Grippia correspondent en réalité à des rangées supplémentaires de dents maxillaires. Réparties sur une longueur d'environ , les dents palatines sont disposées en une ou deux rangées selon les régions. Elles sont orientées d'avant en arrière et la dent la mieux conservée ne mesure qu'environ de hauteur ; elle présente une couronne conique à surface lisse reposant sur une racine rugueuse.
L'os identifié comme un ptérygoïde par Maisch et Matzke possède un bord médial rectiligne, indiquant que les deux ptérygoïdes laissaient peu d'espace entre eux lorsqu'ils étaient articulés. Il présente un robuste processus latéral interprété comme une surface d'articulation avec le carré, ainsi qu'un important processus postéromédial sur son bord interne. Le supraoccipital, os impair du neurocrâne, est quadrangulaire et forme la partie supérieure du foramen magnum, dont l'ouverture est semi-circulaire chez ce taxon. Les capsules auditives s'articulent au supraoccipital par l'intermédiaire de facettes bien développées. Les auteurs identifient également, avec prudence, un petit os aplati et étroit comme un étrier. Fait inhabituel chez les ichthyosaures, cet os présente une extrémité fourchue, une morphologie davantage caractéristique des temnospondyles, bien qu'elle ait également été signalée chez Phalarodon.
Chez l'holotype, la mandibule mesure environ de longueur, ce qui indique que Wimanius serait probablement un ichthyosaure de petite taille. Les dentaires s'étendent vers l'arrière jusqu'au niveau des processus coronoïdes. Le taxon présente une faible éminence sur le surangulaire, immédiatement en avant de l'articulation mandibulaire. Les surangulaires, longs os renforçant la partie postérieure de la mandibule, sont recourbés vers le haut et reposent directement au-dessus des angulaires. Les dents de Wimanius sont toutes droites et coniques, chacune étant implantée dans une alvéole distincte. Les couronnes portent des stries longitudinales plus marquées à leur base qu'à leur extrémité, mais sont dépourvues de bords tranchants. Cette ornementation est moins prononcée sur les dents de la mandibule que sur celles du maxillaire. Dans les deux mâchoires, les dents augmentent progressivement de taille de l'avant vers l'arrière.
Classification et validité
Dans leur étude de 1998 décrivant Wimanius, Maisch et Matzke soulignent que le caractère fragmentaire de l'unique spécimen connu rend son classement phylogénétique particulièrement incertain. Ils estiment qu'il ne présente pas d'affinités étroites ni avec les Mixosauridae, ni avec les Shastasauridae, tout en considérant qu'il est probablement plus proche de ce dernier groupe et, par conséquent, des ichthyosaures datant du Jurassique et du Crétacé. L'année suivante, après un nouvel examen du crâne, les mêmes auteurs concluent toutefois que Wimanius partage davantage de caractères avec les mixosauridés et suggèrent qu'il pourrait être apparenté à ce groupe. Ils envisagent néanmoins qu'il puisse représenter une branche plus ancienne de l'évolution des ichthyosaures. Comparant également Wimanius à Mikadocephalus, un autre ichthyosaure du Monte San Giorgio, ils estiment que les deux taxons diffèrent nettement par de nombreux caractères anatomiques.
vignette|redresse=1.05|alt=|Crâne reconstruit de Besanosaurus, un genre dont Wimanius a été proposé comme synonyme.
En 1999, Motani classe Wimanius parmi les Ichthyosauria incertae sedis. Il remarque que, bien que Wimanius et Mikadocephalus diffèrent sur plusieurs points, ils présentent également des similitudes notables. Il estime ainsi que des études complémentaires sont nécessaires avant de pouvoir confirmer la validité de Wimanius comme genre distinct.. En 2000, exprime lui aussi des réserves quant à la validité du taxon et souligne que de nouvelles recherches sur les ichthyosaures du Monte San Giorgio sont indispensables pour clarifier cette question. Outre les ressemblances avec Mikadocephalus, il avance que ce dernier constitue probablement un synonyme plus récent de Besanosaurus. Sander classe Wimanius parmi les Shastasauridae et suggère qu'il pourrait représenter un individu juvénile de Besanosaurus.. La même année, Maisch et Matzke réaffirment toutefois la validité de Wimanius, qu'ils considèrent comme un taxon diagnostiquable. Leur analyse phylogénétique le place comme taxon frère des Mixosauridae.