Zéline Reclus, née le à La Roche-Chalais et morte le à Saint-Philippe-du-Seignal, est une institutrice et pédagogue française, directrice pendant plus de cinquante ans d'une école privée à Orthez. Elle est la mère des .
Née Marguerite Trigant au sein d'une famille bourgeoise de Dordogne, elle épouse à le pasteur réformé Jacques Reclus. Lorsque son époux démissionne de ses fonctions en pour prendre la tête d'une communauté protestante libre, elle se retrouve dans l'obligation de subvenir aux besoins de sa famille désormais privée de revenus. Pour cela, elle obtient le brevet d'institutrice et ouvre en à Orthez, à son domicile, une école privée pour jeunes filles protestantes.
Dans cette école qui évolue en pensionnat en , elle déploie une pédagogie d'inspiration rousseauiste dont la qualité est saluée par l'institution scolaire. Elle accueille une grande partie des filles de la bourgeoisie protestante locale.
Extrêmement dévouée, Zéline Reclus est perçue comme une bienfaitrice par la population d'Orthez. Mère de quatorze enfants dont Élie, Élisée, Onésime, Armand et Paul qui font la renommée de cette famille, elle occupe en son sein une place discrète mais centrale. En plus d'assurer sa subsistance, elle en maintient la cohésion par une importante correspondance, alors que les naissances de ses enfants s'étalent sur plus de vingt ans et qu'ils voyagent beaucoup.
Élevée au grade d'officier de l'Instruction publique en 1886 à l'occasion de son départ en retraite, elle meurt le à Saint-Philippe-du-Seignal.
Biographie Épouse de pasteur Marguerite Trigant, dite Zéline La famille Trigant se faisait par ailleurs appeler Trigant-Marquey., naît le à La Roche-Chalais en Dordogne, dans une famille bourgeoise partagée entre les fois catholique et protestante. Son père, Pierre Pascal Trigant de la Faniouse (1775-1840), nommé simplement Trigant après 1789, y est percepteur des contributions directes, et sa mère, Rosalie Gast (1784-1871), est la fille d'un médecin de cette ville. Mariés le , ils ont une autre fille, Louise-Marguerite (1812-1897). Du côté de son père, on prétend descendre des Plantagenêts.. Selon les versions circulant dans la famille, un aïeul, Edward Tyrgan dit Trigan, serait un fils illégitime d' ou de son fils le Prince noir.
Le , elle épouse à le pasteur protestant Jacques Reclus, qui lui a donné des cours de latin, de neuf ans son aîné et d'origine rurale.. Michel Decazes, père du duc Élie Decazes son cousin, fait partie de ses témoins. La famille s'installe à Sainte-Foy-la-Grande, dans une maison à colombages située dans une rue qui sera par la suite appelée . Leur premier enfant, Suzanne, naît le de la même année.alt=Photographie prise en 2022 de la maison à colombages de Jacques et Zéline Reclus à Sainte-Foy-la-Grande, où naissent leurs trois premiers enfants.|gauche|vignette|redresse|Maison où s'installent Jacques et Zéline Reclus à Sainte-Foy-la-Grande, et où naissent leurs trois premiers enfants (photographie de 2022).
Pasteur concordataire, Jacques Reclus démissionne de ses fonctions le et prend la tête en d'une communauté protestante indépendante dans le Béarn à Castétarbe (commune devenue depuis un quartier d'Orthez), où Zéline, enceinte d'un quatrième enfant et pas forcément en accord avec cette décision qui bouleverse leur existence, le suit en .. Dès lors, les difficultés financières de la famille Reclus sont importantes : Jacques Reclus n'est plus rétribué que par les dons des membres de la petite communauté qu'il guide. Zéline Reclus confie Élisée qui vient de naître à ses grands-parents maternels dès l'automne 1831 et ce jusqu'en .
Directrice d'école À peine installée à Castétarbe, Zéline Reclus commence à donner des leçons à des fillettes protestantes de la région. À la suite du vote en 1833 de la loi Guizot sur l'instruction primaire, elle passe à Bordeaux le brevet d'institutrice et ouvre dans sa maison une petite école qui lui permet de . L'école se tient dans la cuisine et n'excède pas huit élèves, tandis que Jacques Reclus se réserve la plus grande pièce de la maison pour ses méditations : il y passe des heures à genoux à prier.
Parmi les femmes directrices d'écoles privées en France au , sa situation est relativement exceptionnelle, en ce qu'elle renverse l'ordre traditionnel qui veut que ce soit l'époux qui finance l'école tenue par l'épouse.. Ouverte en , cette petite école devient un pensionnat pour jeunes filles en , toujours implanté à son domicile après que les Reclus ont déménagé à Orthez dans une maison plus grande, et que Zéline a passé un nouveau diplôme qui lui permet cette évolution. Orthez est alors où .
L'école compte quarante-deux élèves en 1854, dont un tiers en internat, mais certaines années sont moins bonnes. Les difficultés financières de la famille demeurent importantes. Noémi, une des filles de Zéline Reclus, alors âgée de seize ans, écrit ainsi dans une lettre envoyée en à son amie Zoé Tuyès, future épouse de Jules Steeg : Pour Lucien Carrive, qui publie la correspondance entre les filles Reclus et Zoé Tuyès, les enfants Reclus en veulent à leur père de faire vivre cette vie à son épouse, mais sont conscients qu'il s'impose à lui-même autant de sacrifices.
alt=Photographie (portrait) de Zéline Reclus assise à une table.|vignette|redresse|Zéline Reclus, âgée de (1866).
Hélène Sarrazin, autrice de biographies de ses fils Élie et Élisée, relève que Zéline Reclus s'occupe en outre des nécessiteux de la ville. En , son engagement auprès de la population d'Orthez est souligné à l'occasion d'une épidémie de choléra. Selon Emmanuel Berl., cité par Jean-Louis Claverie en , .
En raison des difficultés financières récurrentes de la famille Reclus, le conseil municipal d'Orthez accorde à l'unanimité, en , une bourse à l'un des fils, Armand, pour qu'il puisse poursuivre ses études et devenir ingénieur naval.
L'activité de Zéline Reclus est telle que son fils Élisée écrit à son propos :
En , elle et son époux sont pressentis pour diriger une école pour jeunes filles espagnoles qui doit ouvrir à Pau, mais Jacques Reclus renonce finalement à abandonner la communauté protestante qu'il dirige à Orthez.
Pédagogue reconnue L'éducation de Zéline Reclus se déroule dans le cadre familial. Avant son mariage avec Jacques Reclus, elle fréquente la bibliothèque de son cousin le duc Decazes. Elle y lit les philosophes des Lumières, en particulier Jean-Jacques Rousseau : elle s'inspire de son Émile ou De l'éducation pour son enseignement.
Sa nièce Pauline Kergomard, qui est au cœur de la création des écoles maternelles en France et pensionnaire au début des années chez sa tante, en dit en effet : Elle précise encore que sa tante improvisait des leçons à partir de rien, ce qui l'aurait marquée dans sa propre pédagogie, puisqu'elle conseille elle-même : alt=Photographie de classe montrant Zéline Reclus assise parmi ses élèves.|vignette|Photographie de Zéline Reclus avec l'une de ses classes (date inconnue).|gauche
Dans son école, Zéline Reclus assure l'initiation au latin et à l'anglais, et, dans un souci d'éducation de ses pensionnaires, leur donne également des cours de couture et broderie et les accompagne dans leur foi. Quatre de ses filles l'assistent à différents moments comme sous-maîtresses chargées de la grammaire, la géographie, l’histoire, l’anglais, la musique, tandis qu'un autre maître enseigne l’écriture, l’arithmétique, le dessin linéaire et la littérature.
Ses supérieurs hiérarchiques notent la qualité de l'enseignement et de la pédagogie de Zéline Reclus, tout comme les inspecteurs se rendant dans son pensionnat. L'un deux écrit en : En , son pensionnat est encore le sujet d'un rapport d'inspection élogieux.
La bonne réputation de l'enseignement de Zéline Reclus fait que son pensionnat est fréquenté par la plupart des filles de la bourgeoisie protestante de la ville, en dépit de la mauvaise image de Jacques Reclus dans ce milieu en raison de son extrême piété, ainsi que par celles des Britanniques installés à Orthez..
Pour son départ en retraite, ses élèves lui offrent une copie en bronze réalisée par la fonderie Barbedienne d'une sculpture d'Eugène Delaplanche, L'Éducation maternelle, qui fait partie des collections du musée du protestantisme d'Orthez.
alt=Photographie de la sculpture, exposée dans le square Samuel-Rousseau à Paris.|vignette|redresse|Original de la sculpture d'Eugène Delaplanche L'Éducation maternelle (1875).
Elle est à l'occasion élevée au grade d'officier de l'Instruction publique, étant déjà titulaire des Palmes académiques.
Pilier de la famille Reclus
Elle est la mère de quatorze enfants dont onze atteignent l'âge adulte : Suzanne (1824-1844), Élie, Élise (1829), Élisée, Loïs (1832-1917), Marie (1834-1918), Zéline (1836-1911), Onésime, Louise (1839-1917), Noémi (1841-1915), Armand, Anna (1844-1851), Ioana (1845-1937), Paul.
Selon Suzanne Tucoo-Chala, elle aurait eu quinze enfants, une confusion existant entre la première fille appelée Suzie et une autre fille Suzanne, morte en bas âge comme Élise et Anna. Zéline Reclus donne également naissance à trois enfants mort-nés, ou subit autant de fausses-couches, à des dates inconnuesL'imprécision quant au nombre de ses enfants (14 ou 15 selon les sources) peut s'expliquer par ces trois grossesses mal identifiées.. Assurant la subsistance de la famille, elle en constitue aussi le pilier en contribuant à sa cohésion au travers de lettres, alors que ses enfants se sont rapidement dispersés et que leurs naissances s'étalent sur plus de vingt ans. Le dernier-né, Paul, part du domicile de ses parents en , année des quarante ans de son frère aîné Élie.
Les fils de Zéline Reclus quittent le domicile familial pour leurs études à un âge jeune. Selon Hélène Sarrazin, elle aurait laissé sa dot à son beau-frère, le notaire Chaucherie installé à Sainte-Foy-la-Grande, si bien que ce dernier prend en charge les garçons lors de leur scolarisation au collège de Sainte-Foy qui ne propose pas de pensionnat. Surtout, ils sont, tout comme l'aînée Suzanne, envoyés par leur père en Allemagne au sein de la communauté des Frères moraves pour y parfaire leur éducation Jacques et Zéline Reclus accordaient une égale importance à l'éducation de leurs fils et de leurs filles..
alt=Photographie montrant Zéline Reclus âgée au sein de sa famille, à l'occasion d'une rare réunion de famille à laquelle participent tous ses enfants.|vignette|Photographie de la famille Reclus prise à Orthez en 1881, à l'occasion d'une exceptionnelle réunion de familleCette réunion de famille est organisée à l'occasion d'un passage en France d'Armand, auréolé de gloire par le début des travaux du canal de Panama.. Zéline Reclus est assise au centre à côté de son époux, entourée de ses onze enfants et de membres de leurs familles.|gauche
N'ayant pas d'enfant, M. Chaucherie élève par ailleurs Zéline et Anna, laquelle meurt à sept ans à son domicile. Les autres filles quittent aussi le foyer familial à un jeune âge, partant à l'étranger pour y enseigner ou suivre des cours. D'autres facteurs peuvent également éloigner Zéline Reclus de ses enfants : elle se plaint en de n'avoir vu que six fois en six ans sa fille Louise, qui est très occupée auprès d'Alfred Dumesnil par l'éducation de ses enfants dont elle est la préceptrice, et par la publication posthume des œuvres d'Alphonse de Lamartine pour laquelle elle l'assiste. De même, Zéline Reclus ne voit pas son fils Élisée pendant douze ans à cause de sa condamnation au bannissement de France pour son implication dans la Commune de Paris.