Huberte Germeau, dite Fanny Germeau, est une artiste peintre, résistante et féministe liégeoise, née le à Herstal et morte le à Liège.
Biographie Jeunesse et formation Fanny Germeau naît à Herstal en Belgique, son père est instituteur. Elle voue une profonde admiration à sa mère depuis son enfance. Pour Fanny, sa mère est une femme affirmée et libre d’esprit, un de ses premiers modèles de liberté et d’indépendance.
Elle s'inscrit à l'âge de à l'Académie des Beaux-arts de Liège où elle est l'élève d'Auguste Mambour et Jacques Ochs, et continue à peindre jusqu'à l'âge de .
Ses études à l'Académie des Beaux-arts lui permettent de rencontrer un monde plus ouvert et moins conformiste que d'autres types d'enseignement. Ces études lui donnent du métier et le dessin d'après nature lui permet d'approcher des réalités sociales encore inconnues d'elle. Elle converse avec des modèles féminins des problèmes auxquels se heurtent les femmes qui vivent librement leur sexualité dans un régime encore très traditionnel. Sa sensibilité à ces problématiques la pousse, très jeune, à présenter des portraits de femmes pensives et sérieuses comme La femme à la fourrure peinte en 1932. Elle achève ses études en 1932.
À , Fanny Germeau se marie, mais divorce un an plus tard, la vie maritale n'étant pas ce à quoi elle aspirait. Elle déclare dans une interview réalisée à l'occasion de son centième anniversaire que cette période fut l'une des plus compliquées de sa vie, car elle a dû prendre des décisions importantes pour son avenir alors qu'elle était seule et encore très jeune. Cependant, provenant d'une famille avant-gardiste et évoluant dans un milieu artistique où les parcours de vie sont multiples et variés, elle ne considère pas cet épisode comme une honte ou un frein à son avenir.
Atelier des Minimes Fréquenter l'atelier des Minimes, fondé par Marcel Defize et installé dans la chapelle éponyme à Liège, nourrit ses réflexions et oriente sa vie vers la peinture, reléguant ses autres passions comme la poésie et la musique au second plan. Elle y découvre les courants plus modernes ainsi que l'importance significative de ceux-ci dans la société. Sa technique se nourrit de ces réflexions et s'inspire des évènements politiques de l'époque sans tomber pour autant dans le . Elle considère que .
L'Atelier des Minimes ferme en 1940. Fanny Germeau raconte qu'.
Parmi les membres de l'Atelier figurent Émilie Delbrouck, Julien Hock, Fanny Germeau, Georges et Alix Pauly, Jean Dols, Joseph Koenig, Guillaume Detilleux, François Zolet, Xavier Allard, Gustave Paredis, Ernest Stroobants, Paul Cocagne, Marcel Defize et Edgar Scauflaire.
Seconde Guerre mondiale Durant la Seconde guerre mondiale, elle s'engage dans la Résistance. Elle héberge ainsi clandestinement le sculpteur Ernest Stroobants, responsable communiste pour le secteur de Liège. Dénoncée, la Gestapo, se présente le lendemain au domicile de Fanny Germeau, rue du Pâquier, le , tandis que Stroobants s'enfuit par les toits. Fanny Germeau est emprisonnée pendant à l'ancienne prison Saint-Léonard. Lors de cette captivité, elle est confrontée pour la première fois à la misère et aux pires sévices infligés aux femmes. Cette période lui inspire La prisonnière et d'autres tableaux - principalement des huiles, et quelques pastels - visibles à Liège. À partir de là, elle n'a de cesse de vouloir défendre les femmes et combattre l'oppression dont elles sont victimes.
Les Mardis Après la guerre, l'atelier des Minimes ne se reforme pas tel quel, mais devient un cercle de réflexion autour du lien entre l'esthétique et l'éthique politique. Ces réunions, appelées familièrement , sont composées de Fanny Germeau, quelques amis et Marcel Defize et ont lieu au domicile de Germeau dans la Cour des Minimes. Marcel Defize y conserve un rôle de mentor et d'animateur philosophique, animé par un engagement absolu à la ligne stalinienne. Au début de la guerre froide, ils prirent position à l'occasion des évènements politiques mondiaux. Fanny Germeau s'oppose progressivement aux affirmations de Marcel Defize, tout en gardant une estime réciproque.
Enseignement, art, militantisme Elle est une des premières femmes à enseigner à l’Académie des Beaux-Arts de Liège. Elle y enseigne le dessin et la peinture de 1950 à 1976. À partir des années 1960, elle devient professeure de peinture.
Elle expose ses œuvres de 1937 à 1991. À , elle réalise sa première exposition individuelle à Bruxelles, ville où elle est encore méconnue. Plusieurs musées et institutions de Belgique ont acquis ses œuvres. Lorsque sa vue baisse, elle écrit des poèmes et s'engage dans le mouvement Attac.
Elle continue de militer après-guerre, notamment pour le droit à l'avortement. Dans les années 1970, elle fonde le centre de planning familial Louise Michel. Les Liégeois la surnomment d'ailleurs leur .
Style Durant sa carrière, elle reçoit plusieurs prix. En 1931, elle est récipiendaire du prix Marie, en 1932 le premier prix de dessin et en 1933, le premier prix de peinture de chevalet et grande médaille en argent du gouvernement. Son œuvre compte une multitude de peintures et de dessins au fusain dont la caractéristique et l’originalité tiennent à la verticalité, et même la sévérité des personnages. Aucune courbe ni détail de volupté mais plutôt le choix affirmé de figures carrées et de couleurs grisées tendant vers une peinture sculpturale. Le but est de se démarquer et de désexualiser la femme pour la représenter noblement comme un être humain dans sa forme la plus honnête. Les attitudes des personnages et les ambiances des peintures ont fait la renommée des œuvres de Fanny. Grande amoureuse de la littérature, elle affectionne particulièrement les écrits de Paul Eluard. Elle illustre d’ailleurs plusieurs recueils dédiés au poète.
Références
Liens externes
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