vignette|De Impura Natione (1986) est le livre qui a lancé la dénommée « troisième voie valencienne. » La troisième voie valencienne ou, plus rarement, valencianisme de conciliation (en catalan : , ) est un courant du valencianisme apparu au milieu des années 1980 à la suite d'une série de réflexions visant à faire converger ou réconcilier le fustéranisme et le blavérisme . Partant d'une profonde révision de la conception nationale de Joan Fuster, la « troisième voie » envisage le projet national valencien séparément de l'idée de pays catalans tout en rejetant le sécessionnisme linguistique.
Le projet a pu être qualifié « néo-blavérisme » par ses détracteurs.
L'expression « quatrième voie » a également été utilisée pour désigner des réflexions coïncidant pour l'essentiel avec les propositions de ou celles de Rafael Company , c'est-à-dire un cadre national exclusivement valencien (avec des liens plus ou moins étroits avec le reste des territoires catalanophones) mais plus proches des formules de gauche.
En raison des différents projets et programmes apparus au cours de cette période, on a pu parler de « troisièmes voies », au pluriel.
Histoire
De Impura Natione Le point de départ de ces réflexions est la publication de l'essai De Impura Natione, lauréat du prix d'essai Joan Fuster en 1986. L'ouvrage, en plus de contester certaines approches politiques du fustéranisme, revendique la nécessité de créer un nationalisme valencien assumant naturellement les deux composantes culturelles du Pays valencien , et qui soit politiquement interclassiste, urbain, et capable de s'allier avec Madrid comme avec Barcelone pour atteindre ses objectifs.
Ce livre jette les bases théoriques de certaines réflexions sur la « personnalité valencienne », qui se poursuivent dans une série de réunions hebdomadaires tenues à l'hôtel Anglés de Valence entre 1987 et 1996. Parmi les premiers participants à ces discussions figurent des secteurs de l'ancien PNPV, du PRD et des personnalités indépendantes revendiquant un cadre national strictement valencien sans s'identifier aux thèses linguistiques ou culturelles du blavérisme. En outre, des personnes extérieures à la tertulia sont invitées à participer, aussi bien fustériens que blaveros, supposant la première initiative publique de réconciliation entre les deux camps de la bataille de Valence. Pour ses promoteurs, la cristallisation politique de ce valencianisme réconcilié n'est pas réalisable à court terme mais ils s'efforcent de travailler à la rendre possible dans le futur. Les tertulias ont pour résultat la parution du livre , avec un contenu politique beaucoup plus concret que De Impura Natione, les deux ouvrages établissant la base de la troisième voie conciliatrice.
Réponses Initialement, les propositions de la troisième voie ne reçoivent pas un bon accueil dans l'ensemble du valencianisme et en particulier du fustérianisme. Une controverse a lieu dans la presse entre les auteurs des livres et le linguiste Toni Mollà ; les critiques les plus accusées proviennent du livre La Pesta Blava de Vicent Bello qui, après avoir analysé le blavérisme comme mouvement d'extrême droite , consacre un chapitre aux thèses de la troisième voie, qu'il qualifie de néo-blavérisme et considère comme simplement comme une nouvelle variante de discours blavériste.
Au cours des vingt-cinq années suivantes, notamment au sein d'UPV et du BNV, une série de transformations idéologiques se produisent à la suite de la remise en question du cadre des pays catalans, entraînant un dialogue, rarement apaisé, entre différentes visions du valencianisme, sous forme d'articles d'opinion dans la presse et de publications culturelles et académiques.
En 1989, Alfons Cucó publie la deuxième partie de sa trilogie sur le valencianisme, País i estat, où il propose un mouvement prenant Joan Fuster comme référence, mais interprété de manière pragmatique. Il revendique l'âme de l'ancien PSPV, que certains comme lui ou Vicent Soler représentent au sein du PSPV-PSOE.
En 1991, Francesc de Paula Burguera publie És més senzill encara, digueu-li Espanya, livre partiellement autobiographique. Burguera, référence centriste et libérale du nationalisme valencien pendant la transition, y critique les propositions de Document 88, alors que ses auteurs s'attendaient à son adhésion, et rejette également la proposition de De Impura Natione, qu'il considère régionaliste. Il critique aussi ceux qui, comme Alfons Cucó ou Vicent Soler, issus du valencianisme, ont occupé des postes au sein du PSPV-PSOE. Comme l'indique le titre du livre, Burguera considère que le sentiment majoritaire des Valenciens est espagnol, et rejette donc la thèse selon laquelle un nationalisme non catalaniste aurait rencontré plus de soutien que celui reçu par UPV à cette époque. Il rejette également une entente avec des secteurs issus du blavérisme, car il considère qu'ils ne recevront jamais cette proposition avec favorablement, puisque les partisans de la troisième voie sont également considérés comme catalanistes. Il soutient que la proposition de troisième voie n'a fait que désunir les acquis du nationalisme valencien et fragmenter son discours. Toutefois, Burguera est resté ouvert au dialogue et participe tout au long de cette période à plusieurs initiatives lancées par divers partisans de la révision des postulats fustériens ou d'autres auxquels ils contribuent.
Quatrième voie vignette| L'influence de Sobre la Nació dels Valencians fut considérable. À partir du milieu des années 1990, de nouveaux travaux apparaissent, marqués davantage à gauche et revendiquant le Pays valencien en tant que « nation politique », tout en défendant l'espace culturel catalan comme cadre le plus approprié pour le maintien de l'identité valencienne et même comme horizon d'une future articulation politique. Ces réflexions, révisant également les postulats premiers du fustérianisme, sont appelées « quatrième voie », mais se situent à mi-chemin entre la troisième voie originelle et (pan)catalanisme. Cependant, la coïncidence sur l'adoption du Pays valencien comme seul référent territorial fait que la quatrième voie sera considérée comme une relecture progressiste de la troisième voie. Au moment de l'apparition des premières propositions révisionnistes, la bataille de Valence étant terminée depuis quelques années, l'idée d'un nationalisme valencien interclassiste était difficilement assumable par la base sociale du valencianisme en général, et celle d'UPV en particulier. Cependant, au cours des années 90, différents essais explorant ces nouvelles pistes paraissent, à partir de positions plus à gauche et parfois même éloignées du concept de nationalisme lui-même.
En 1992, le sociolinguiste Rafael Ninyoles publie El País Valencià a l'eix mediterrani (« Le Pays valencien sur l'axe méditerranéen »), premier ouvrage dans lequel sont analysées les confluences des structures sociales catalanes et valenciennes et proposant l'Europe et l'arc méditerranéen comme axe de développement permettant l'entente nécessaire entre les deux territoires. Cette thèse est développée au niveau théorique par le géographe Josep Vicent Boira au début des années 2000. Le livre de Ninyoles inspire également deux autres ouvrages qui, manifestant une insatisfaction face aux apports à la question valencienne faits dans les années 1980, tentent de mettre en adéquation le valencianisme et le nouveau cadre marqué par la mondialisation, l'ère de l'information et la modernité.
Toni Mollà considère que l'œuvre de Fuster est un héritage fondamental, mais il l'aborde non en tant qu'héritage idéologique mais comme matière de réflexion. Malgré les divergences avec les auteurs de la troisième voie, Mollà se montre d'accord avec certaines de leurs critiques, comme l'opinion de Vicent Franch selon laquelle les fustériens ont été les pires défenseurs de l'œuvre de Fuster. Mollà se distingue du révisionnisme des années 1980 qu'il pense trop préoccupé par la définition de la nation et le concept de nationalisme, ce qu'il considère comme une perte de temps, car si le paradigme national espagnol doit être remplacé par un valencien, ce seront les valencianistes eux-mêmes qui se redéfiniront dans ces termes. Dans la années 2010, Mollà approfondit ses réflexions en développant l'idée d'un valencianisme laïque qui remplace la conception historiciste de la nation par une autre civique, reprenant l'idée d'axe méditerranéen de Ninyoles.
Pour sa part, le journaliste Adolf Beltran considère que la construction d'un projet national valencien doit aller de pair avec celui de la modernisation, un projet qui aurait été assumé par le PSPV-PSOE dans les années 1980 et au début des années 1990, en s'éloignant de l'idée d'une récupération identitaire. Beltran propose l'articulation du valencianisme comme un mouvement citoyen unitaire des forces progressistes, incluant un PSPV-PSOE qui devrait récupérer le discours valencianiste.
Cependant, l'œuvre qui a l'impact le plus décisif sur l'articulation du valencianisme au début du est Sobre la nació dels valencians (« Sur la nation des Valenciens ») du sociologue Joan Francesc Mira, qui représentera l'incarnation pratique des réflexions théoriques figurant dans son essai Crítica de la nació pura (« Critique de la nation pure ») publié en 1984. Pour Mira, le fustérianisme est un héritage ayant permis, pour la première fois, à une génération de Valenciens de proposer une redéfinition du Pays valencien en des termes propres, non nécessairement espagnols. Pendant la transition politique, le fusteranisme avait réactivé et modernisé le valencianisme, mettant ses problématiques au cœur de la politique locale. Cependant, au cours des années 1990, le pancatalanisme valencien avait perdu cette fonction modernisatrice. Pour Mira, la catalanité n'a jamais été une claire affirmation du nationalisme valencien, mais une référence, étant donné que dans la pratique le cadre valencien était fonctionnel.
Constatant qu'après la bataille de Valence, un cadre autonomiste est instauré, dans lequel l'espagnolisme et le (pan)catalanisme se trouvent politiquement marginalisés, Mira propose d'en prendre acte comme contexte politique et de gouvernance de référence pour le valencianisme politique. Il pronostique que les perceptions ambiguës concernant la nationalité des Valenciens finiraient par prévaloir, provoquant le recul du blavérisme et le surgissement d'un nouveau valencianisme moins influencé par catalanisme. L'approche décontractée de la problématique des symboles du Pays Valencien, la revendication d'un cadre national valencien, la combinaison d'éléments catalanistes (rationalité) avec d'autres blaveristes (émotivité) et la considération du (pan)catalanisme comme inadapté au moment politique de la fin des années 1990 rapproche Mira des réflexions de la troisième voie, tandis que la reconnaissance de l'héritage du fustérianisme et l'importance accordée aux liens avec la Catalogne le rapprochent de celles de la « quatrième voie ». Cependant, l'utilisation d'un langage partant des mêmes prémisses que le paradigme fustérien (rigueur historique, rationalisme, scientisme) implique que le travail de Mira est mieux accueilli par les nationalistes valenciens que les précédents, car Sobre la nación dels Valencians utilise un langage qui leur est familier et, contrairement aux travaux des années 1980, il ne rend pas les fustériens responsables de la défaite subie lors de la bataille de Valence et du manque de force de politique qui lui a fait suite. Quant aux auteurs de la troisième voie des années 80, ils considéreront que Mira ne fait qu'exprimer la même chose qu'eux, depuis une posture située plus à gauche.
Lorsqu'en 1998 le Bloc nationaliste valencien apparaît comme une fédération de partis, ses deux partis fondateurs, l'Unité Populaire Valencienne et le (PVN), affirment que leur base politique et identitaire est entièrement redevable aux travaux de Mira.
Concrétisation politique