Gine Victor, née Geneviève Fonteyne à Frameries le , est une auteure pour la jeunesse et journaliste belge. Elle est décédée en 2009.

Biographie

Jeunesse Ses parents, Michel Fonteyne et Marie Thérèse Bouvez, ont quatre enfants. Son père est ingénieur des mines. En 1920, il est directeur gérant pour la Société anonyme des Charbonnages du Nord de Flénu, à Ghlin. La famille déménage ensuite en France. Gine Victor grandit dans le Pas-de-Calais, à Billy-Montigny. Son père est alors ingénieur aux Houillères du Nord et du Pas-de-Calais. Après le baccalauréat, elle poursuit des études de philosophie et de lettres à l’université de Lille.

Elle épouse Victor Leclercq, lui aussi ingénieur des mines. Sa sœur aînée, Agnès, est mariée à Félix Leclercq, qui deviendra juge à Mons.

Séjour en Chine Victor Leclercq commence sa carrière professionnelle en travaillant un an, comme ingénieur, dans une mine à Flénu. Mais il comprend que cette industrie est condamnée dans le Borinage. Il choisit de s'expatrier en Chine pour y exercer son métier. A Pâques 1932, son épouse quitte la Belgique avec leur premier enfant, âgé de deux mois, pour le rejoindre. En 1932Archives "Jours de Guerre" (RTBF radio), Dactylographie des interviews des témoins, A238 "Gine Victor LECLERCQ-FONTEYNE - Captivité en Chine par les Japonais", Collection CegeSoma – Archives de l’État de Belgique (DO4)., leur famille est donc installée en Chine. Ils séjournent d'abord à trois cents kilomètres au sud de Pékin. Victor Leclercq travaille alors aux mines de Kaïping, durant près de cinq ans. Il est ensuite employé de la Compagnie de Tramways et Éclairage de Tientsin, sur la côte à l'est de la capitale. Ils y connaissent la deuxième guerre sino-japonaise, et l'invasion de la partie orientale du pays.

Après l'attaque de Pearl Harbor, les États-Unis, le Royaume-Uni et le gouvernement belge en exil à Londres déclarent la guerre au Japon. Les ressortissants de ces trois pays sont dès lors traités comme des prisonniers. Dès 1941, leur famille est soumise à de fortes restrictions de leurs libertés à Tientsin.

En 1944 et 1945, Gine Victor, son mari et leurs trois enfants sont internés au camp de concentration japonais de Longhua, à une cinquantaine de kilomètres de Shanghai. La déportation en train des prisonniers, sur plus de deux mille kilomètres, dure quatre jours et est largement exposée à la population chinoiseArchives "Jours de Guerre" (RTBF radio), Témoignages écrits reçus pour l'émission, AA 1593 / C28 "Témoignage de Gine Victor Leclercq-Fonteyne concernant les Belges en Chine", Collection CegeSoma – Archives de l’État de Belgique (DO4).. Ils sont retenus prisonniers, durant un an et demi, dans ce "Civil Assembly Centre" avec des Américains et des Anglais. Le camp est situé entre deux champs d'aviation japonais. Leurs conditions de détention y sont très pénibles. Leur fille, alors âgée de huit ans, développe une péritonite et est soignée à l'hôpital de concentration de Shanghai. Selon Gine Victor, elle survit grâce aux soins d'une sœur de la Charité françaiseArchives "Jours de Guerre" (RTBF radio), Témoignages écrits reçus pour l'émission, AA 1593 / C39 "Témoignage de Gine Victor Leclercq-Fonteyne concernant les Belges en Chine", Collection CegeSoma – Archives de l’État de Belgique (DO4)..

Ils ne sont libérés qu'après les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki et la capitulation japonaise. Grâce à l'intervention du Consul de Suède, toute la famille peut se rassembler. Elle est prise en charge à l'institut Sino-Belge du Radium, dirigé par le docteur Tang Yuhan. En , ils tentent un retour à Tientsin, aidés par l'aviation américaine. Mais le contexte de guerre civile en Chine rend leur situation intenable. Ils quittent le pays par bateau, en , avec des soldats anglais. Ils mettent près de deux mois à rejoindre Southampton. Ils atteignent finalement la Belgique en .

Retour en Belgique Ils reviennent vivre dans la région de Mons. Son mari devient directeur des cimenteries d’Obourg. Il accepte également la cogestion de l'Amicale des Prisonniers d’Extrême-Orient, constituée au début de l’été 1948. Gine Victor et lui ont alors quatre enfants. En 1950, Victor Leclercq décède des complications de santé engendrées par ses conditions d'incarcération en Chine.

Veuve, elle s'installe à Mons pour les études de ses enfants. Elle est occasionnellement correspondante du Ligueur, le journal des familles nombreuses. En 1953, elle rencontre le dessinateur Paul Cuvelier, par l'intermédiaire d'une amie commune. Elle lui propose le scénario de En ce temps-là, sur le thème de la Passion du Christ. Il en fait une courte bande dessinée de cinq pages pour le Journal Tintin. En contrepartie, elle envisage probablement que Cuvelier puisse l’introduire auprès de cet hebdomadaire jeunesse, pour y écrire des contes.

Le dessinateur connait, à cette époque, une période de doutes par rapport à ses choix artistiques et professionnels. Gine Victor lui fait savoir qu’à l'instar de leur collaboration pour la courte bande dessinée, elle est prête à échafauder une suite aux aventures de Corentin. De fin 1955 jusqu'en 1958, elle participe à ce qui deviendra Le Poignard magique. Mais son manque d'expérience de la bande dessinée et les tourments de Paul Cuvelier les conduisent vers une impasse. Le scénariste Greg reprend en main la construction de l'histoire et permet de mener à bien l'aventure des personnages de Corentin et Kim. Gine Victor se consacre alors à l'écriture de plusieurs romans pour les enfants.

En 1955, son premier livre (Chameau blanc) reçoit le prix du Ligueur. Ses histoires s'inscrivent généralement en Asie ou évoquent des régions de Belgique, parfois à proximité de la ville de Mons. Elles reflètent souvent ou laissent transparaître les convictions chrétiennes de leur auteure. Les romans de Gine Victor s'adressent à des jeunes lecteurs d'âges différents. Mais ils s'appuient tous sur une construction rigoureuse du récit. Le ton en est juste et l'écriture soignée.

En 1960, en France, Gine Victor est lauréate du Prix Jeunesse pour son quatrième roman (Va comme le vent). Celui-ci est décerné, depuis 1934, par un jury composé de bibliothécaires, d'enseignants et de personnalités connues du monde littéraire autour de l'éditeur Michel Bourrelier.

En 1972, l'un de ses manuscrits (Patte à ressort) est primé en Belgique. Il est sélectionné pour participer au concours de la Communauté radiophonique de langue française pour le Grand Prix de la littérature pour la jeunesse. Il s'y classe second. Ce texte ne sera publié qu'une vingtaine d'années plus tard, sous un titre transposé (Les Aventures de Pa-Ta-Tso).

En 1974, Gine Victor fait partie du mouvement Wallonie libre, et en particulier de la Commission culturelle du mouvement. Un extrait de l'un de ses textes (Le jardin de Pip et Pat) est publié dans leur premier annuaire, édité à l'initiative d'Armand Deltenre. Dans la même mouvance, elle est membre de l’Union wallonne des écrivains et des artistes (UWEA). À cette époque, elle habite Erbisœul, toujours en région montoise.

En 1978, elle réside avenue Bel-Air, à Bruxelles. Elle réduit ses activités d'écriture car elle perd progressivement la vue.

En 1989, à la suite de la répression des manifestations de la place Tian'anmen à Pékin, Gine Victor souhaite faire rééditer son troisième roman (Les Jumeaux de Pékin). Il s'agit pour elle de rendre hommage aux jeunes Chinois qui aspirent à la liberté. La maison d'édition Elor reprend ainsi plusieurs de ses ouvrages, dans la collection Les Jeux de l'aventure.

Elle décède en 2009. Elle est enterrée à Maisières, avec son mari Victor Leclercq.

Livres jeunesse

Chameau blanc (1955) Cette première histoire débute vers 1937. Elle se déroule en Chine. Le jeune Wang-Lin est le fils et petit-fils de chameliers. Enfant, il reçoit en héritage un chamelon albinos. L’une de ses cinq sœurs baptise l’animal Chameau-blanc. A l’âge de quinze ans, Wang-Lin commence à travailler avec son père (Wang-Hua). A deux, ils utilisent leurs huit chameaux pour transporter du charbon et effectuer la navette entre le charbonnage de Men-t'ou-kou et Pékin. L’adolescent visite et découvre la grande ville à chaque voyage. Il y fait des rencontres, notamment celle d’un missionnaire catholique blanc habitant l’enceinte du Pé-Tang.

Leur région, à l’ouest de la capitale, est en proie à des conflits entre deux Seigneurs de guerre L’armée du Général Liou, basée sur la montagne du Sixième Loup, essaie de renverser celle du Général Chen. Les femmes de la famille se réfugient au couvent du Pé-tang. L’école, pour les filles, y est dirigée par une religieuse (Sœur Agnès). Des soldats blessent Wang-Lin et lui volent et sa bête.

Une fois le calme revenu, le jeune chamelier ne parvient pas à accepter cette perte. Il quitte sa famille et part à la recherche de Chameau-blanc. Il s’associe à un jeune moine bouddhiste du Couvent de la Momie (Yu-Pin) et à un soldat blessé qu’ils ont aidé (Tchang). Ensemble, ils se font enrôler dans l’armée du Général Liou. Ils parviennent à s’enfuir de la caserne du Sixième Loup, rassemblés sur le dos du camélidé retrouvé.

Le manuscrit remporte le deuxième prix du concours Roitelet-Le Ligueur 1955 du meilleur roman d’aventures pour la jeunesse. Il est publié par les éditions Durendal, fondées par Edouard Ned, dans la collection Roitelet. Son auteur choisit d'abord pour nom de plume celui de G. V. Leclercq.

Le Petit Moine de Saint-Denis (1956) A l’époque de Louis XIV, un jeune gitan abandonné par les siens est recueilli et adopté par la communauté religieuse de l’abbaye de Saint-Denis-en-Broqueroie, à proximité de la ville de Mons. Il est baptisé du prénom de Gabriel et surnommé Le Petit-Moine par les enfants du village. L’adolescent, bossu, fait son apprentissage auprès des moines. Le père Anselme, notamment, l’initie à l’utilisation des plantes médicinales.

Mais Gabriel rêve d’aventures. En 1678, à la suite de la bataille de Saint-Denis, il accompagne les troupes françaises. Il parvient à convaincre le Maréchal de Luxembourg et se fait engager comme cuisinier militaire des Dragons du Dauphin. Lors du siège de Philisbourg, il se distingue et est promu soldat. Blessé et laissé pour mort au Palatinat, il est recueilli et soigné par un couple.

Rétabli, il choisit de partir vers le Sud. A Fréjus, il embarque sur un bateau marchand. Des pirates barbaresques capturent l’équipage du navire. Il est vendu comme esclave à un vieil homme, Siddi-Ammar, réputé en tant que Marabout à Touggourth. Il devient le disciple du guérisseur. Celui-ci a découvert les propriétés antibiotiques d’un champignon, ressemblant à du penicillium.

A la mort de son maître, Gabriel doit fuir. Il retourne à l’abbaye de Saint-Denis et y rentre dans les ordres lui-même.

Le roman est également édité chez Durendal. Il y est question de l'abbaye de Saint-Denis-en-Broqueroie. Le beau-frère de Gine Victor, Félix Leclercq, a contribué l'année précédente à la publication du journal de Dom Martin Gouffart, abbé du lieu jusqu'en 1669. Il en rédige l'introduction. Quelques années plus tard, en 1959, il est aussi l'auteur d'un article consacré aux dernières années d'existence de l'institution religieuse. En guise d’introduction à l'histoire écrite par Gine Victor, Jacques Biebuyck propose une courte mise en abîme intitulée Quand un père joue avec ses garçons. Jacques Biebuyck, est auteur chez Durendal, journaliste et rédacteur en chef du Ligueur, le journal de la Ligue des familles.

Les Jumeaux de Pékin (1957)