Au Cinéma ce soir ou initialement intitulée Ce soir... Au cinéma est une émission de télévision conçue et produite par Armand Panigel et réalisée par Solange Peter, diffusée le jeudi en première partie de soirée, sur la première chaîne nationale publique en noir et blanc de l'ORTF entre le et le .
Cette émission est construite en trois parties. La première propose un panorama de l'actualité d'époque choisie par les producteurs ainsi que les principaux films à l'affiche cette année-là, accompagnée d'interviews d'acteurs et de réalisateurs, la deuxième projette un grand film de la même année, dont la notoriété ou la popularité est indiscutable puis un troisième volet est ajouté, permettant d'annoncer le sommaire de la prochaine émissionhttps://www.lemonde.fr/archives/article/1969/06/27/premiere-chaine-retrospective-au-cinema-ce-soir_3059181_1819218.html J.A. : « Première chaîne rétrospective : Au cinéma ce soir » publié le 27 juin 1969, Le Monde..
Contexte historique Depuis le début des années 1950, la première chaîne publique RTF 1 devenue ORTF 1 dans les années 1960, consacre la diffusion d'un « grand film » de cinéma principalement dans la case du dimanche soir, encore nommée Film du dimanche soirJacques Mousseau et Christian Brochand : « Histoire de la télévision française », page 48, éditions Fernand Nathan, 1982. Dès les débuts de la télévision publique française nationale en 1945, la diffusion de longs-métrages de cinéma permet de combler l'antenne avec des contenus de qualité et ne nécessitant pas de grands moyens humains et techniques, notamment grâce à l'utilisation du télécinéma https://books.openedition.org/psorbonne/58144 Marie-Françoise Lévy : « Jean d'arcy, penser la communication au . Marcel Bluwal : D’un seul coup, la France a découvert la télévision ». Éditions de la Sorbonne, 2014, pages 101 à 105..
À partir de 1949, une règle tacite visant à ne pas trop concurrencer l'industrie du cinéma limite la diffusion d'un grand film à la soirée du dimanche ou « Film du dimanche soir »https://books.openedition.org/psorbonne/58144 Marie-Françoise Lévy : « Jean d'arcy, penser la communication au . Marcel Bluwal : D’un seul coup, la France a découvert la télévision. 1949 : un grand film le dimanche soir ». Extrait : Une certaine catégorie de professionnels du cinéma, les producteurs et les distributeurs se sont rendu compte tout de suite, en prenant exemple sur l’Amérique, du danger que représentait la télévision pour les films de cinéma. Seule la diffusion d’un film du commerce était autorisée le dimanche soir. Éditions de la Sorbonne, 2014, pages 101 à 105., pour éviter les effets observés en Amérique du Nord à cette période sur la chute de fréquentation des salles de cinéma au profit du grand succès des films à la télévision, secteurs dont les relations sont parfois complexeshttps://www.erudit.org/fr/revues/cine/2007-v17-n2-3-cine1887/016751ar/ Gilles Delavaud (Université Paris 8) : « Penser la télévision avec le cinéma », publié le 16 novembre 2007, consulté le mai 2024.. Le dimanche connaît également une autre programmation cinéma l'après-midi sur la première chaîne, durant la période de la RTF puis de l'ORTFhttps://books.openedition.org/pressesmines/1820 Jérôme Bourdon : « Histoire de la télévision sous de Gaulle. Chapitre 7. Une autre télévision ? » pages 199 à 233, éditions Presses des Mines, 2014.. Ainsi à cette période, le cinéaste Marcel L’Herbier appelle l’État français à définir une certaine chronologie des médias permettant de préserver l’activité des deux secteurshttps://journals.openedition.org/rhsh/6502#text Azzouz Abdallah : « La télévision face au cinéma. Une contribution savante et prospective des critiques et des professionnels de l’audiovisuel (1945-1957) », Revue d’histoire des sciences humaines, publié le 05 novembre 2021, consulté le mai 2024. Par ailleurs, la diffusion d'un grand film le dimanche soir répond aussi pour les dirigeants de la télévision, d'un besoin de repos pour les équipes techniques fortement sollicitées le reste de la semainehttps://books.openedition.org/pressesmines/1819 Procès-verbaux du comité des programmes, Jérôme Bourdon : « Histoire de la télévision sous de Gaulle. Chapitre 6. Une autre télévision ? Jeux, variétés, feuilletons (1958-1967) ». Fonds ORTF, Archives nationales, janvier 1964. Extrait : Dimanche, « jour de repos pour la majorité des services techniques comme pour tout le monde, la diffusion d’un film dispense d’utiliser les studios, pages 175 à 198. Presses des Mines, 2014. 356 pages. . Durant les années 1950 à 2005, le film du dimanche soir sur la première chaîne reste un rendez-vous récurrenthttps://books.openedition.org/psorbonne/58154 Programme_TV_du_dimanche_31_decembre_1950_au_samedi_6_janvier_1951.html Marie-Françoise Lévy et François Jost : « Jean d'arcy, penser la communication au . La télévision pour rire en quête d’auteur » : Tableau 1 – Programmation d'une semaine ordinaire de rentrée, 1955. Éditions de la Sorbonne, 2014, pages 107 à 117.http://819lignes.free.fr/Programme_de_television_du_debut_des_annees_50.html Programme de télévision du début des années 1950. Dimanche 31 décembre 1950 : à 21h10 en . Publication du détail des programmes diffusés à la télévision en décembre 1950. Site 819lignes.free.fr, consulté le mai 2024.. À partir des années 1960, la télévision française adopte d'une grille horaire visant à fidéliser et habituer le téléspectateur à des rendez-vous réguliers parmi lesquels la case film du dimanche soir sur la première chaîneFrédéric Barbier et Catherine Bertho-Lavenir : « Histoire des médias. De Diderot à Internet ». 351 pages. Publié le 31 décembre 1998, page 127. . Le rendez-vous cinéma de la soirée dominicale sur la première chaîne se consolidehttps://www.cairn.info/revue-hypotheses-2004-1-page-171.htm Isabelle Gaillard : « Télévision et chronologies. 1963 à 20h45 : film du dimanche soir ». Hypothèses 2004/1 (7), 366 pages, Éditions de la Sorbonne, pages 171 à 180.https://thierrylafronde.fr/spip.php?article22 revue Télé 7 jours n°189, novembre 1963, grille de télévision. Site thierrylafronde.fr, consulté le mai 2024..
Au tout début des années 1970, les sondages de mesure d'audience et de satisfaction de l'ORTF placent le film du dimanche soir sur la première chaîne parmi les programmes préférés des français, obtenant de 15,6 à 18,2 millions de téléspectateurshttps://www.lemonde.fr/archives/article/1971/10/25/la-television-est-devenue-un-fait-national_2472801_1819218.html C. D. : « La télévision est devenue un fait national ». Le Monde. Publié le 25 octobre 1971, consulté le mai 2024. Malgré quelques tentatives alternativeshttps://www.lemonde.fr/archives/article/1971/05/28/l-o-r-t-f-va-tenter-avec-le-cinema-un-difficile-mariage-de-raison_2474912_1819218.html Patrick Séry : L'O.R.T.F. va tenter avec le cinéma un difficile mariage de raison (extrait : le remplacement du film du dimanche soir par une dramatique...), Le Monde, publié le 28 mai 1971, consulté le mai 2024., le film du dimanche soir reste plébiscité par le public. Même quelques mois après l'éclatement de l'ORTF en 1975, le film de la soirée dominicale domine l'audience télévisuelle et permet à TF1 conserver sa première placehttps://www.lemonde.fr/archives/article/1975/05/26/cinq-mois-apres-l-eclatement-de-l-o-r-t-f-le-responsable-le-telespectateur-et-le-sondagiste_3102414_1819218.html Jean-Marie Drot : « Cinq mois après l'éclatement de L'O.R.T.F. Le responsable, le téléspectateur et le "sondagiste" ». Le Monde. Publié le 26 mai 1975, consulté le mai 2024. En dehors de quelques retransmissions en direct exceptionnelles de sport, de soirées électorales, d'importants événements d'actualité ou lors des périodes de fêtes de fin d'année, le film du dimanche soir est maintenu sur la première chaîne de l'ORTF devenue TF1 en 1975. Jusqu'en 1975, les trois chaînes de télévision française ont une programmation complémentaire pilotée par leur tutelle commune, l'Office de radiodiffusion-télévision française. Après l'éclatement ORTF, une certaine concurrence s'intensifie entre les deux chaînes publiques principales TF1 et Antenne 2, dont les missions sont similaires. À partir du milieu des années 1960, la diffusion de plusieurs films est proposée sur les deux chaînes nationales.
Après les événements de et le départ du général de Gaulle président de la République, le , l'élection de Georges Pompidou et son nouveau gouvernement réformateur piloté par Jacques Chaban-Delmas, la programmation des deux chaînes nationales publiques de l'ORTF est sensiblement modifiéehttps://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2020-2-page-219.htm Myriam Tsikounas « Pierre Desgraupes et l’audiovisuel avant 1969 », Sociétés & Représentations 2020/2 (N° 50), pages 219 à 235. La programmation et la promotion des films est significativement revue car l'industrie du cinéma se plaint de la concurrence du petit écran affectant la fréquentation des salleshttps://www.cairn.info/le-cinema-exploite--9782020047852-page-86.htm René Bonnell « Le Cinéma exploité : Chapitre IV - Concurrence et contrariété » (1978), Hors collection, Editions du Seuil 1978, pages 86 à 127. Jusqu'à la rentrée scolaire de 1972, le jeudi est traditionnellement le jour où les enfants n'ont pas classehttps://www.education.gouv.fr/arrete-du-12-mai-1972-determine-l-interruption-des-classes-au-cours-de-la-semaine-scolaire-reportee-10514 « Arrêté du 12 mai 1972 détermine l'interruption des classes au cours de la semaine scolaire reportee du jeudi au mercredi ». Ministère de l'éducation nationale.; l'après midi et l'avant soirée à la télévision leur est consacrée. Pour les plus grands, la première chaîne propose depuis le milieu des années 1960, une case cinéma en soirée, certains jeudis ainsi que chaque dimanche, à 20h30.
Au début des années 1950, le journaliste François Chalais propose le rendez-vous télévisuel À vous de juger. Dans son premier volet, cette émission présente et commente quatre à cinq films venant de sortir au cinéma; le second volet traite un panorama complet de l'actualité du cinémaTélémagazine, n°19, semaine du 4 octobre 1956, page 9. En délivrant une certaine critique, l'émission propose toutefois au téléspectateur de faire son choix, en connaissance de cause et pour tous types de cinéma. L'émission est programmée le jeudi mais à cette époque, la télévision n'a pas encore fixé les critères pour fidéliser son public et la programmation de l'émission fluctue au fil des mois et des années soit le jeudi, soit le vendredi et elle peut être parfois déplacée en deuxième partie de soirée après 22h. En , l'émission prend le titre Plaisir du cinéma et François Chalais la coprésente provisoirement avec l'actrice Odette Joyeux pour une année. En , l'émission « Cinéma en liberté » d'une durée d'une heure est proposée chaque jeudi soir après le journal, jusqu'en . En , Chalais qui produit aussi le mensuel « Cinépanorama » également le jeudi soir entre et , cède sa place à Monique ChapelleTélérama, n°560, semaine du 9 octobre 1960, page 32 qui reprend l'animation d'À vous de juger jusqu'en 1968https://hal.univ-lorraine.fr/tel-01752471 Monique Dilly : « Les magazines de cinéma à la télévision française de 1952 à 2000 : histoire, dispositifs et contenus. Musique, musicologie et arts de la scène ». Université Paul Verlaine - Metz, 2006. NNT:2006METZ004L. tel-01752471.