La croisade lituanienne est une série de campagnes menées par l’ordre Teutonique et l’ordre de Livonie pendant presque afin de christianiser de force le grand-duché de Lituanie. Parmi d'autres épidodes importants de cette croisade, figure notamment le , la colonisation germanique de l'Europe orientale.

Conventionnellement, les historiens estiment que le conflit débute à l'hiver 1283 après de nombreuses attaques croisées contre les autochtones non catholiques. Pendant la première partie du , la Lituanie est attaquée par une coalition de l'ordre Teutonique et ses alliés d'Europe occidentale. Pendant la deuxième partie, la Lituanie est dans une période marquée par de nombreuses et . Toutefois, cette période est aussi bien connue pour les rapprochements polono-lituaniens et la conversion au catholicisme du grand-duché. Le est lui caractérisé par le déclin des chevaliers teutoniques lors des soulèvements samogitiens et de la grande guerre teutonique. La croisade se termine en 1422 par la paix du lac de Melno.

Contexte

Au , prêchant la seconde croisade au Levant, l'abbé Bernard de Clairvaux écrit que le meurtre des païens est justifié et qu'il accorderait des indulgences à tous les participants de la croisade.. Il écrit une lettre qui préconise de soumettre le groupe de Slaves occidentaux appelé Wendes afin qu’ils ne soient pas un obstacle à la deuxième croisade. C'est ainsi qu'en 1147 commence la seconde croisade nordique, la croisade des Wendes.. La Lituanie accepte diverses religions sous les règnes de Mindaugas et Ghédimin. Les premières rencontres entre les missionnaires chrétiens et les Lituaniens ont lieu en 1185, lorsque le prêtre Meinhard de Segeberg est attaqué par les Lituaniens.. Le premier raid contre les Lituaniens et les Samogitiens a lieu en 1208. L’Ordre Teutonique reçoit des terres près de Toruń dans les années 1220 par , rapprochant les croisés des terres lituaniennes.. Au moment de l’arrivée des premiers chevaliers teutoniques en 1230 dirigés par Hermann Balk, la religion traditionnelle de la Lettonie et de l’Estonie modernes cède déjà la place au catholicisme, en partie à cause de la présence de colons et de missionnaires..

Des affrontements militaires entre les chrétiens croisés et les Lituaniens ont lieu près des frontières nord de ce qui fait alors partie de la Livonie. Les chevaliers Porte-Glaive, fondés en 1202, commencent des campagnes pour s’étendre dans la région. Grâce à la croisade de Livonie, ils conquièrent la Terra Mariana qui borde la Samogitie lituanienne, ce qui augmente les conflits.. Le conflit connait une augmentation exponentielle des combats, qui atteint son apogée en 1236 lors de la bataille de Saule dans laquelle les chevaliers porte-glaive subissent une défaite désastreuse contre une armée conjointe des Samogitiens lituaniens et des Sémigaliens lettons.. Il semble que seulement 10 % de l’armée croisée ait survécu et que soient morts.. De ce fait, Hermann von Salza, grand maître de l'ordre Teutonique, négocie avec le pape le rattachement à son ordre des chevaliers Porte-Glaive qui aboutit à la création de l'ordre de Livonie. lors de l'union de Viterbe..

En 1250, les troupes du maître de Livonie Andreas von Felben et Tautvilas, le neveu de Mindaugas, converti au christianisme, envahissent Nalšia et dévastent cette terre. En 1250 ou 1251, Mindaugas accepte de recevoir le baptême et de renoncer au contrôle de certaines terres de l’ouest de la Lituanie, en échange d’une reconnaissance par le pape en tant que roi. En , le pape signe deux bulles. L’une ordonne à l’évêque de Chełmno de couronner Mindaugas comme roi de Lituanie, de nommer un évêque pour la Lituanie et de construire une cathédrale.. L’autre bulle précise que le nouvel évêque doit être directement subordonné au Saint-Siège, plutôt qu’à l’archevêque de Riga.. Mindaugas est ainsi baptisé en 1253.. En 1254, le prêtre chrétien Vitas, membre de l’ordre de Livonie, est nommé évêque et reconnu par le roi Mindaugas avec l’octroi de terres en Samogitie. La même année, Vitas écriv au pape au sujet des conditions déplorables des chrétiens en Lituanie et demanda un transfert. Le , le pape accède à la requête de Vitas..

En 1257, Burchard Hornhauzen, commandeur de Königsberg, affronte le duc samogitien Alminas à Caloypede. Hornhauzen, blessé, se retire du champ de bataille.. Un envoyé samogitien à Riga demande une trêve de deux ans. À l’expiration de la trêve, les Samogitiens ne cherchent pas à obtenir une prolongation et organisent à nouveau un raid en Courlande.. Ce raid est peut-être provoqué par Mindaugas, qui accorde la Samogitie dans son intégralité à l’Ordre le .

Alors que les Samogitiens pillent Courlande, les chevaliers de Kuldīga demandent des renforts à Caloypede.. Les Chevaliers poursuivent les Samogitiens en retraite, qui ramènent leur butin chez eux et la bataille décisive gagnée par les Samogitens a lieu près de Skuodas. La Chronique rimée de Livonie attribue la défaite aux lâches Coures, qui ne résistèrent pas à la pression samogitienne et se retirèrent du champ de bataille, laissant les chevaliers exposés. Mindaugas cherche des alliés contre la Horde d’Or qui pille les terres lituaniennes à l’hiver 1259..

Le , les chevaliers obtiennent une bulle du pape Alexandre IV, bénissant la croisade, et concluent un traité de paix avec .. Les Samogitiens reviennent et écrasent les Teutoniques et les Danois à la bataille de Durbe en 1260.. Immédiatement après la bataille de Durbe, les Prussiens se révoltent.. Le roi converti de Lituanie Mindaugas aurait abandonné le christianisme après la bataille en voyant que cela n'arrêtait pas les incursions des Croisés.. Lorsqu' il est assassiné en 1263, la région entre dans une ère d’instabilité.

Les Lituaniens décident de soutenir les Prussiens et organisent des raids avec l'aide des Sudoviens. Treniota assiège le château de Vėluva en Sambie. Après de troubles dans le grand-duché, Traidenis prend le pouvoir et gagne à Karuse en 1270 contre Otto von Lutterberg. et à Aizkraukle en 1279 contre Ernst de Ratzebourg. À la fin du , l’ordre Teutonique réussit à réprimer les révoltes prussiennes, ce qui se traduit par une plus grande stabilité interne et la possibilité de reprendre le conflit à l’est avec les Lituaniens, qui se déroule alternativement depuis des décennies. Ce n’est qu’à l'hiver 1283, après la reconquête des territoires Prussiens, que l’ordre Teutonique concentre ses campagnes sur le fragile et nouveau grand duché de Lituanie..

Début du conflit vignette|Épées lituaniennes du .|gauche|alt=Épées lituaniennes du . Au début, les combats sont pour la plupart limités, car les conditions qui ont permis les victoires rapides des groupes de cavalerie actifs en Livonie au début du siècle n’étaient pas réunies. Le fait que les croisés d’Allemagne et de Pologne n'arrivent pas durant des années force le peuple teutonique à s’habituer à la condition d’un petit nombre d’hommes disponibles. Alors que le grand-duché de Lituanie venait de sortir d’une période de vide politique, l’Ordre décide d’agir rapidement contre les Lituaniens.

La première cible de l'ordre Teutonique est la forteresse de Bisenė, à la frontière occidentale de la Lituanie avec l'actuel oblast de Kaliningrad. Des soldats teutoniques commandés par le maître prussien Konrad von Thierberg traversent le Niémen gelé et attaquent la forteresse lituanienne dans la matinée. La forteresse tombe et elle est brulée. L'Ordre se dirige ensuite vers les régions méridionales de l’État adverse, attaquant en 1284 puis en 1296 Hrodna et ses environs, qui servent à l’époque d’important carrefour stratégique et économique sur le cours supérieur du Niémen. En 1285, le château teutonique nouvellement construit de Heiligenberg est assiégé en vain par les Sémigaliens et les Samogitiens. À l'automne 1289, et ravagent la Sambie.. En 1290, l'armée du commandeur de Kuldiga attaque Dobele, incendie la ville, mais n’occupe pas le château, va plus loin jusqu’à Kurzeme. Une deuxième armée avec des soldats des châteaux de Mythava, Heiligenberg et Jelgava le long des rivières Platone et Sidrabe, s’est rendue au château de Sidabrene, où ils attaquent le monticule, détruisent la ville et tuent environ de la ville..

Règne de Vytenis (1295-1316)

En 1296, une guerre civile éclate en Terra Mariana entre les citoyens les plus riches de Riga, qui possèdent une sorte de statut spécial, et l’ordre de Livonie. Le grand-duc lituanien Vytenis décide alors de profiter de la situation difficile en Livonie. En 1298, le dirigeant lituanien Vytenis attaque les croisés de Livonie en Courlande, une partie de l’archidiocèse de Riga. Après les succès initiaux des croisés, les deux camps s’affrontent lors de la bataille de Turaida le après que Vytenis a forgé une alliance avec les citoyens de Riga en mars., une ville ostensiblement sous le contrôle de l’ordre Livonien.. La bataille est gagnée par l'alliance lituano-rigoise.... Le l’Ordre reçoit des renforts des chevaliers teutoniques et défait finalement les habitants de Riga et les Lituaniens près de Neuermühlen.. vignette|alt=Évolution territoriale de la Lituanie du |redresse|Évolution territoriale de la Lituanie du .

Les escarmouches reprennent en 1303 menées par Vytenis après son couronnement, sous la forme d’attaques isolées, mais non moins fréquentes, orchestrées par les troupes lituaniennes une fois de plus aux portes de la Prusse et, surtout, en direction des places fortes fondamentales de Dorpat et d’Ösel dans l'actuelle Estonie. Il envoie une armée de à ses frontières, tandis que des troupes lituaniennes isolées attaquent la Prusse. La situation étant devenue plus stable après la répression des révoltes prussiennes de 1283, l’Ordre Teutonique envoie des unités militaires en Sémigalie et en Scalovie, alors sous contrôle lituanien. En 1304, des sources contemporaines rapportent que des nobles d’autres parties de l’Europe sont venus en aide aux croisés pour participer à une « nouvelle » guerre contre la Lituanie. L’Ordre fait tout son possible pour trouver une stratégie qui permettrait d’entraver les incursions ennemies. La Livonie et la Prusse sont alors reliées par une seule route terrestre, la frontière entre Caloypede et Courlande, qui traverse cependant une zone exposée à l’agression samogite. Pour éviter le risque, il est décidé d’essayer de s’installer en Basse-Lituanie, où il serait possible de construire des forteresses à partir desquelles poursuivre les conquêtes. Jusqu'en 1308, aucune incursion n'est faite. Vytenis préfère adopter une stratégie défensive et assurer son pouvoir interne. vignette|L'Europe centrale au début du .|alt=Carte de l'Europe centrale au début du .