Le musée départemental Arles antique, dit « le Musée bleu », est un musée construit à Arles en 1995, dans un bâtiment moderne conçu par l'architecte Henri Ciriani, sur la presqu'île où se trouvait l'ancien cirque romain. Il abrite les collections archéologiques de la ville et dépend du conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Il bénéficie d'une extension depuis 2012.

Historique Dès le les autorités locales ont sensibilisé les Arlésiens à la préservation de leur patrimoine. En 1614, dans la « Maison commune », a eu lieu la première présentation d'une collection publique d'antiquités. Un arrêté décide dès lors que le produit de toute découverte archéologique sur le territoire de la commune devra être déposé dans les collections de la ville.

Au , le hall d'entrée du nouvel hôtel de ville offre un espace d'exposition privilégié pour ces collections, permettant la préservation d'œuvres majeures aujourd'hui présentées au musée, comme le torse de Mithra (acquis en 1723), l’autel de la Bonne Déesse (1758) ou la statue de Médée. À cette même époque, des « jardins d'Antiquité », petits musées en plein air, présentent au public des pièces issues de trouvailles faites lors de travaux d'aménagement de la ville. En 1784, le père Étienne Dumont aménage un petit musée sur le site des Alyscamps.

Au , l'enrichissement important des collections au gré des découvertes et travaux de réhabilitation nécessite le transfert de l’ensemble des antiquités dans un espace plus vaste. C'est l’église Sainte-Anne qui est choisie et aménagée en 1826 en musée archéologique dit « Musée lapidaire ».

Au , le manque d'espace conduit à l'annexion, en 1936, de la chapelle des Jésuites, obligeant à dissocier arbitrairement les collections païennes et chrétiennes, qui seront à nouveau réunies dans le nouveau musée de l'Arles et de la Provence antiques, en 1995.

Conception du musée En 1968, le conservateur des musées d'Arles, l'historien Jean-Maurice Rouquette, élabore le projet d'un nouveau musée destiné à réunir l'ensemble des collections archéologiques arlésiennes en un seul lieu. La création d'un atelier de restauration de mosaïques est prévue, ainsi qu'un laboratoire d'archéologie. Le nouveau musée devait autoriser la conservation de l'ensemble des collections du patrimoine archéologique arlésien et leur présentation au public dans toute leur diversité.

Le choix pour l'implantation du nouveau musée s'est porté sur un site déjà retenu dans l'Antiquité pour l'édification du cirque, sur une presqu'île au bord du Rhône, à la périphérie sud-ouest de la ville. Ce lieu présentait en outre l'avantage de ne pas être trop éloigné du centre historique et de rester à proximité immédiate des vestiges des monuments antiques. Pour la construction du bâtiment, le projet de l'architecte Henri Ciriani est retenu en 1983. Adepte du mouvement moderne, il renouvelle la vision du musée en proposant le concept de « Cité muséale », dans un bâtiment triangulaire où le visiteur est invité à circuler comme dans une ville.

Sur la base d'un plan triangulaire, le bâtiment est organisé autour d'un patio séparant en trois ailes distinctes les trois activités essentielles du musée.

L’aile des collections permanentes dont le parcours de visite en sept sections chrono-thématiques aborde l'histoire d'Arelate avant l'arrivée des Romains, l'organisation des Romains à Arles, grand port fluvio-maritime, les activités artisanales et agricoles, la vie quotidienne, les rites funéraires du monde romain et le monde chrétien.

L’aile de la culture abrite la bibliothèque, la conservation, le service des publics et les structures d’accueil des visiteurs. Elle est symbolisée par le blanc, couleur de l’esprit.

L’aile scientifique, identifiée par la couleur rouge des murs, évoquant la force vive, rassemble les services photographique, archéologique, l’atelier de restauration et les réserves. Le vert, couleur du bronze vieilli, évoque la trace du temps.

Le bâtiment à la silhouette très contemporaine est construit en béton. Les façades du musée sont couvertes de plaques d'émalit, matériau de verre émaillé de bleu, couleur symbolisant l'azur du ciel intemporel d'Arles, qui lui vaut le surnom de « Musée bleu ». L'aménagement de la circulation dans le musée a été conçu pour mettre en valeur certaines pièces importantes, comme la statue colossale d'Auguste — point phare des collections —, ou les mosaïques — souvent des pavements de grande taille — visibles depuis une passerelle permettant d'avoir une vue d'ensemble.

Extension du musée

Sa thématique est le grand port fluviomaritime d'Arelate.

Pour abriter le chaland antique Arles-Rhône 3, long de , découvert dans le Rhône en 2004« L'opération Arles-Rhône 3 », National Geographic, octobre 2013, , , le bâtiment reçoit une aile rectangulaire de sur sa face nord-ouest, inaugurée en 2013.

La barge, dont les bois étaient gorgés d'eau, a fait l'objet d'un protocole de conservation-restauration à l'atelier ARC-Nucléart de Grenoble pour permettre son exposition. Le support du bateau a été dissimulé : le chaland est positionné au-dessus d’une fosse, donnant ainsi l’impression qu'il flotte. Une grande partie des objets prélevés lors de l’opération de fouilles de l’épave Arles-Rhône 3 est exposée autour de lui, ainsi que des vestiges archéologiques découverts dans le delta du Rhône. Par exemple, un exemplaire rare d'ancre en bois à jas de plomb, sur lequel figure le (ancre découverte aux Saintes-Maries-de-la-Mer, inv. FSM.91.00.1, dépôt DRASSM - MC).

Collections

thumb|upright|Buste présumé de Jules César, dit « César d'Arles ».

Une présentation de type chronologique a été appliquée essentiellement aux périodes pré et post-romaines, en début et fin de parcours. Entre les deux, différents thèmes sont développés dans des espaces individualisés.

Le musée conserve une copie dans son état initial de la Vénus d'Arles, dont l'original, restauré par François Girardon, est conservé au musée du Louvre. Cette statue est l'emblème du musée, et une copie de celle du Louvre ornait la façade avant l'extension : elle est désormais visible dans l'auditorium. Depuis que les fouilles subaquatiques du Rhône ont fait émerger, en 2007, une tête représentant supposément César, ce fragment de statue constitue l'un des fleurons du musée.

Les collections sont divisées en différentes périodes : la Préhistoire ; la Protohistoire : période comprise entre la fondation de Marseille par des marins grecs venus de Phocée en Asie mineure vers 600 av. J.-C. à celle d'Arles par Jules César ; le Haut et le Bas-Empire : de la fondation de la ville en 46 av. J.-C. à la chute de l'empire romain en 476 ; l'Antiquité tardive : période comprise entre le et le , avec une remarquable collection de sarcophages paléochrétiens.

Les spectacles et les jeux Théâtre antique

Le théâtre antique d'Arles, construit à la fin du au sommet de la colline de l'Hauture, pouvait accueillir dix mille spectateurs sur trente-trois rangées de gradins. Le mur de scène était richement décoré de colonnes et de niches dans lesquelles étaient placées diverses statues. Parmi les vestiges découverts sur ce site et exposés dans le musée, figurent : la Statue colossale d'Auguste en marbre de de hauteur : le torse a été découvert en 1750 tandis que la tête s'y rapportant parfaitement a été exhumée en 1834. Cette statue ornait le mur central de la scène ; lAutel d'Apollon en marbre de Carrare de la fin du . Il décorait la base de la scène (pulpitum) du théâtre. Le dieu, le coude appuyé sur une lyre, est assis sur un trône aux pieds ouvragés. Les avant-corps en forme de pilastre sont décorés d'oiseaux et de feuilles de laurier. Sur les faces latérales est figuré le martyre de Marsyas ; l’Autel des cygnes en marbre de Carrare, production probablement attique de la fin du : il est décoré de cygnes tenant dans leurs becs les bandelettes d’une couronne de laurier signifiant la domination d’Auguste. Ces éléments associent Auguste au culte d’Apollon : les cygnes sont un rappel du survol de l'île de Délos par ces oiseaux lors de la naissance du dieu ; la Vénus d'Arles : l'original en marbre, représentant Aphrodite, est exposé au musée du Louvre, tandis qu'une copie en plâtre datant du est présentée ici ; un buste en marbre d'un jeune prince ; un Buste d'Aphrodite, dit Tête d'Arles, en marbre représentant la déesse de l'amour, coiffée de tresses séparées par un bandeau et réunies en un chignon bas.

Amphithéâtre L'amphithéâtre romain, dit Arènes d'Arles, a été édifié sur le flanc nord de la colline de l'Hauture au cours de la dernière décennie du . Avec ses de long et de large, il occupe le vingtième rang parmi les amphithéâtres du monde romain. Il doit son relatif bon état de conservation au fait d'avoir été transformé durant le Haut Moyen Âge en poste militaire, avant d'être occupé par des habitations, détruites au . Une maquette au 1/100 montre l'ensemble de l'amphithéâtre avec notamment l'emplacement des mâts sur lesquels était tendue une bâche protégeant les spectateurs du soleil. Quelques objets illustrent les diverses activités de l'amphithéâtre : statuettes en bronze de gladiateurs, lampe à huile décorée de deux gladiateurs en train de combattre.

Les jeux du cirque Le cirque d'Arles était situé à proximité immédiate de l'actuel musée. Il mesurait environ de long sur de large et pouvait accueillir vingt mille spectateurs. La nature marécageuse du sol a nécessité pour sa stabilisation le fonçage d'environ vingt-cinq mille pieux en bois de pin ou de chêne. L'analyse dendrochronologique de ces pieux a permis de dater assez précisément la construction de cet ouvrage en 148 ou 149 de notre ère. Quelques pieux parfaitement conservés sont exposés. Le cirque servait essentiellement aux courses de chars, évoquées par l'exposition de trois bas-reliefs trouvés en remploi dans le rempart tardif de la ville.

Les héros et les dieux Arles, colonie romaine, adopte la religion de l'Empire. Curieusement, le culte des grands dieux du panthéon romain n'a laissé que peu de traces à Arles, car les destructions perpétrées à l'époque chrétienne ont été probablement nombreuses.

La diversité des cultes est représentée par divers vestiges : autels, stèles et sculptures de divinités diverses. un autel en marbre blanc dédié à la bonne déesse : cet autel est décoré d'une couronne de feuilles de chêne et de deux oreilles, symbole de la bienveillante attention de la déesse ; une tête en marbre de Minerve ; une statue de Médée en calcaire de de haut ; tirant son épée, Médée s’apprête à tuer les deux enfants qu'elle a eus de Jason ; le sarcophage des Muses : Apollon, reconnaissable à la lyre qu'il tient de la main droite, est figuré au centre entouré des Muses filles de Zeus et de Mnémosyne. Les seules Muses reconnaissables sont Melpomène tenant une massue et Thalie tenant un masque de théâtre ;

une tête de Niobide ; un faune en bronze ; une tête en calcaire de Mithra dont le culte, d'origine iranienne, a été importé du Proche-Orient par des soldats romains ; une statue en marbre du dieu Aiôn découverte en 1598 dans les fondations du moulin à eau du canal de Craponne.

Mosaïques Le musée expose un ensemble de mosaïques provenant en grande majorité du quartier de Trinquetaille, sur la rive droite du Rhône, où était implantées de riches villas romaines. Les mosaïques exposées ont été réalisées suivant deux techniques : l’opus tessalum : des tesselles — petits éléments colorés de forme cubique — sont assemblées au moyen de mortier sur une surface plane à couvrir en réalisant des dessins géométriques et des figures variées ; l'''opus sectile : pavement réalisé à l'aide de plaques de marbre ou de pierres dures diverses pour former des figures géométriques variées : carré, losange, hexagone, etc.

Parmi les mosaïques exposées :