Cowboy Carter (aussi appelé Act II: Cowboy Carter) est le huitième album studio de la chanteuse américaine Beyoncé, sorti le sous Parkwood Entertainment et Columbia Records. L'album est le deuxième volet du projet de trilogie de Beyoncé, après Renaissance (2022).

Cowboy Carter est principalement étiqueté comme un album de country, mélangeant divers genres musicaux tels que la pop, le hip-hop, le funk psychédélique, le blues, la soul, le rock 'n' roll, l'opéra, la danse irlandaise et la musique folklorique, entre autres. L'album est présenté comme une émission de radio diffusée par une station fictive appelée « KNTRY Radio Texas », les chanteurs de country Dolly Parton, Linda Martell et Willie Nelson jouant le rôle de disc-jockeys. Les chansons de l'album sont interprétées en collaboration avec des artistes tels que , , , , Shaboozey, , Post Malone et Miley Cyrus.

L'album a battu plusieurs records de streaming et s'est hissé à la première place dans plusieurs pays du monde. Deux singles, Texas Hold 'Em et 16 Carriages, ont été publiés pour soutenir l'album. Cowboy Carter a été salué par la critique dès sa sortie. Les critiques musicaux ont estimé que l'expérimentation des genres, la portée étendue et les références éclectiques de l'album ont contribué à une réimagination ambitieuse de l'Americana et de la country à travers le prisme de ses racines noires. L'album a également déclenché des discussions sur la place des musiciens noirs dans la musique country, augmenté le nombre d'auditeurs des artistes noirs de country et de la radio country en général, et accru la popularité des vêtements et de la culture western.

Histoire Cowboy Carter est le huitième album studio de Beyoncé, sorti le . Ce projet artistique marque une étape significative dans la carrière de Beyoncé. Il consiste en une exploration et une réappropriation du genre musical country, traditionnellement associé à la culture blanche américaine. Au-delà d'un simple album, cette œuvre est une réinterprétation culturelle et historique. Elle intègre l'identité personnelle, la mémoire collective et une recherche sur les racines afro-américaines de la musique country.

Les origines et influences personnelles (1990–2016) L’origine de Cowboy Carter remonte bien avant sa conception officielle. Pour Beyoncé, le genre country n’est pas un territoire étranger, mais un terrain intime, enraciné dans son enfance, son héritage familial et son identité texane. Née à Houston en 1981, elle grandit dans une ville marquée à la fois par la tradition country, le blues, le hip-hop et les sons afro-américains du Sud. Son père, Mathew Knowles, lui fait découvrir très tôt les musiques fondatrices de la culture noire américaine, mais aussi les classiques country du Texas, qui résonnaient à la radio locale pendant son enfance.

Dans une interview accordée en , Beyoncé raconte avoir été influencée par des figures emblématiques blanches comme Dolly Parton, Willie Nelson, Patsy Cline, Hank Williams, mais aussi par les pionniers noirs souvent oubliés du genre, comme Linda Martell et Charley Pride. Elle insiste aussi sur l’impact de la culture country visuelle : les vêtements western, les chevaux, les rodéos – autant d’éléments qui faisaient partie intégrante de son paysage quotidien au Texas.

Plus profondément encore, la tradition orale, le récit familial et la spiritualité du Sud ont façonné la sensibilité artistique de Beyoncé. Son grand-père, vétéran de guerre et ouvrier agricole, chantait des hymnes gospel dans les églises rurales et racontait des histoires transmises de génération en génération. Ces récits, imprégnés d’une conscience de la mémoire noire, l’ont influencée dans sa façon d’envisager la narration musicale.

Le lien entre Beyoncé et la country s’est d’abord exprimé en filigrane dans son travail. Dès la période Destiny’s Child, des morceaux comme Brown Eyes ou If portaient des inflexions country-soul. Mais c’est surtout en 2016 que cette relation devient explicite, avec la sortie de Daddy Lessons sur son album Lemonade. Le morceau, porté par une guitare acoustique, un harmonica et une esthétique country, raconte la relation conflictuelle avec son père à travers le prisme d’un récit typiquement sudiste. Bien que le morceau soit sincère et enraciné, il est violemment rejeté par l'industrie country traditionnelle.

Cette exclusion culmine lors des Country Music Association Awards 2016, où Beyoncé se produit avec The Chicks. La performance est vivement critiquée, jugée , , voire , et suscite des réactions racistes et sexistes sur les réseaux sociaux. Cet épisode marque un tournant pour la chanteuse, qui le décrira plus tard comme le moment où elle a pris conscience de l’invisibilisation systématique des artistes noirs dans ce genre musical. Elle confie avoir été par cette expérience et qu’elle a décidé à ce moment-là de .

Cette prise de conscience n’est pas seulement artistique, elle est politique. Elle pousse Beyoncé à explorer les racines afro-américaines de la country, à revendiquer leur héritage, et à affirmer que cette musique ne peut plus être racontée à travers un seul prisme blanc. En revisitant ses propres racines familiales et en replaçant les Noirs au centre du récit country, Beyoncé amorce, dès cette période, le projet de ce qui deviendra des années plus tard Cowboy Carter.

La recherche et la documentation (2017–2019)

La genèse intellectuelle et conceptuelle de Cowboy Carter remonte à la période post-Lemonade, lorsque Beyoncé, marquée par les réactions controversées à sa performance aux Country Music Association Awards de 2016, entreprend une vaste enquête historique, musicale et politique autour des origines afro-américaines de la musique country. Entre 2017 et 2019, elle entame un processus méthodique de recherche documentaire, collaborant avec des archivistes, musicologues, conservateurs de musées, DJ, journalistes et spécialistes de la culture sudiste noire.

Ce travail démarre dans un esprit de réparation symbolique. Selon plusieurs sources, Beyoncé aurait consulté des archives universitaires, des enregistrements radio des années 1920 à 1970, des fonds sonores de la Bibliothèque du Congrès, ainsi que des collections privées consacrées aux artistes afro-américains du Sud rural, notamment celles concernant DeFord Bailey, Charley Pride et Linda Martell.

Durant cette période, elle visite aussi plusieurs lieux emblématiques du patrimoine noir sudiste : Nashville, Clarksdale, Tuskegee, le National Museum of African American Music (NMAAM) et les terres agricoles de sa propre famille au Texas. Elle y recueille des témoignages, des récits oraux, des fragments de chants de travail, des histoires de résistance transmises de génération en génération. Ce matériel est ensuite distillé dans la structure narrative de l’album sous forme d’interludes, d’hommages, ou de réinterprétations stylistiques.

En parallèle, Beyoncé entame une relecture critique des récits dominants sur l’histoire de la country, notamment à travers des lectures d’ouvrages spécialisés tels que Hidden in the Mix: The African American Presence in Country Music de Diane Pecknold, ou les travaux du chercheur Rhiannon Giddens. Elle confronte les versions "blanchies" de l’histoire du genre à des contre-narrations issues des diasporas noires rurales, caribéennes et métissées du Sud des États-Unis.

La documentation ne se limite pas à la country. Elle inclut également une analyse croisée avec d'autres genres fondateurs, le blues, le folk, le gospel, le zydeco, pour cartographier les liens historiques entre les sonorités afro-américaines et l’esthétique américaine mainstream. Cette approche holistique permet à Beyoncé de créer un album qui ne se contente pas d’adopter un style musical, mais qui expose ses ramifications historiques et ses dynamiques d’effacement.

Pendant ces deux années de recherche, Beyoncé entame également une collaboration avec plusieurs figures contemporaines du genre country afro-américain, parfois de manière informelle : elle échange avec Mickey Guyton, Rissi Palmer, Allison Russell et Brittney Spencer sur leurs expériences de marginalisation, de racisme dans les circuits radio, ou de silenciation dans les festivals country. Ces discussions orientent non seulement les choix de production de l’album, mais aussi sa mission pédagogique : utiliser sa propre plateforme pour élargir les frontières du genre et offrir un espace de légitimité à une nouvelle génération d’artistes.

Enfin, cette phase préparatoire donne naissance à une vaste archive sonore, que Beyoncé conserve partiellement privée. Elle y aurait stocké des maquettes, des extraits de prêches, des fragments de dialogues, des improvisations instrumentales et des lectures d’archives, servant de base à la narration éclatée de Cowboy Carter. Plusieurs critiques musicaux estiment que cet album fonctionne comme une œuvre d’archéologie sonore contemporaine, mobilisant la mémoire collective pour la transformer en manifeste vivant.

Ainsi, loin d’un geste spontané, Cowboy Carter s’appuie sur une période de recherche minutieuse, patiente, et multidimensionnelle, inscrivant Beyoncé non seulement dans une démarche artistique, mais aussi dans un travail de vérité historique et de reconfiguration culturelle.

Création

Conception artistique et production (2019–2023)

Après une longue phase de documentation historique entamée dès 2017, Beyoncé entame entre fin 2019 et le début de la décennie 2020 la phase active de conception de Cowboy Carter. Plus qu’un simple album de genre, le projet est pensé comme une œuvre totale : un manifeste visuel, sonore et politique, qui déconstruit les codes traditionnels de la country tout en rendant hommage à ses racines afro-américaines. Le processus de création s’étale sur près de quatre ans, de façon intermittente mais intense, parallèlement à la finalisation d’Act I: Renaissance, dans une logique de trilogie musicale à entrées thématiques multiples.

Dès la phase de production initiale, Beyoncé adopte une approche artisanale et collaborative. Elle s’entoure d’un noyau créatif aux sensibilités multiples : des producteurs hip-hop et R&B (Hit-Boy, The-Dream, Raphael Saadiq), des ingénieurs de renom (Derek Dixie, Sounwave), mais aussi des instrumentistes issus du bluegrass, du folk et du gospel sudiste. Elle fait appel à Tyler Johnson (producteur de Chris Stapleton), Dave Hamelin, Nova Wav, Cadenza ou encore Shawn Everett pour injecter une diversité texturale rare dans l’univers pop contemporain.

Beyoncé tient personnellement à superviser chaque session d’enregistrement. Elle privilégie les studios analogiques pour certaines prises acoustiques (à Nashville, Marfa, Austin et Los Angeles) et insiste sur une captation vocale dépouillée. Son objectif est de retrouver la rugosité et l’organicité des enregistrements country des années 1960 tout en conservant la sophistication technique du son contemporain. Des instruments emblématiques comme le banjo, la pedal steel, le violon texan, ou encore l’harmonica sont utilisés en prise directe, souvent dans une logique de « live en studio ».

Le processus créatif repose également sur une écriture fragmentée et non linéaire. Beyoncé écrit les morceaux comme des vignettes ou des chapitres de récit, s’inspirant de traditions narratives orales et de structures héritées du gospel, du call-and-response ou du blues narratif. Chaque chanson s’inscrit dans un continuum historique et émotionnel : 16 Carriages et Daughter sont conçues comme des confessions générationnelles, tandis que Spaghettii et Ya Ya reprennent les codes du spoken word et de la satire pour questionner les normes culturelles.