El País Valenciano (titre original en castillan ; titre de la traduction en catalan El País Valencià ; littéralement « Le Pays valencien ») est un guide de voyage du Pays valencien écrit par Joan Fuster et publié par Ediciones Destino à Barcelone en 1962.

La publication d’El País Valenciano eut des répercussions significatives, à court et à moyen termes sur le panorama idéologique de la région. Si d'une part le livre permit à Fuster d'apparaître comme « un écrivain brillant, incisif et provocateur », il fut d'autre part reçu comme un coup de pied dans la fourmillière par les milieux conservateurs et collaborateurs valenciens du franquisme, en particulier ceux de la ville de Valence, qui les irrita et provoqua de vives réactions. Le livre suscita une campagne de presse hostile dirigée par ces derniers, qui finit par déboucher sur une rupture au sein du mouvement valencianiste, annonciatrice du conflit identitaire qui éclata durant la transition démocratique.

Généralités El País Valenciano fait partie de la prestigieuse collection Guías de España (« Guides d'Espagne ») de la maison d'édition Destino, rassemblant des guides de voyage de chacune des grandes régions d'Espagne, comportant de nombreuses illustrations, cartes et photos, et confiés à des écrivains locaux prestigieux. Cette collection créée dans la seconde moitié du répond à un contexte économique d'essor du tourisme et a pour particularité de laisser à chaque collaborateur une grande liberté pour promouvoir les aspects qu'il juge opportuns.

Au départ, sa rédaction devait être confiée au rédacteur en chef du journal Levante , José Ombuena, mais finalement Destino opte pour Fuster.

Publié en 1962, la même année que deux des ouvrages les plus politiques de Fuster, Qüestió de noms et Nostaltres, els valencians, cet ouvrage diffère de ceux-ci du fait qu'il était écrit en espagnol, ce qui lui permit d'avoir une répercussion que la littérature en valencien n'avait pas à cette époque, et par sa très faible teneur politique. Ces trois livres sont parfois baptisés par les spécialistes de Fuster la , car ils furent reçus comme scandaleux dans les milieux conservateurs valenciens..

Dans El País Valenciano, livre « informatif, effusif, mais en rien aseptique », Fuster dresse un portrait de l'identité valencienne dans lequel la psychologie collective est la base permettant d'expliquer l'identité valencienne contemporaine, rejoignant en cela Nosaltres, els valencians.

Structure et contenu

Le lecteur suit le regard de l'auteur à travers la région. Le livre en donne une vision sérieuse, réaliste et élogieuse, bien que non exempte de critiques et loin de l'idéalisme folklorique promu par le régime, en n'hésitant pas à pointer les forces comme les faiblesses du peuple valencien.

L'ouvrage se compose de deux parties, une « introduction générale », présentant la région dans sa globalité et ses contrastes (zones côtières fertiles et zones intérieures plus arides), et lui donnant un fort caractère, suivie d'une synthèse de l'histoire de la région, dans laquelle il insiste notamment sur l'héritage de l'époque musulmane et la conquête chrétienne du territoire au , qui confèrent au territoire une personnalité singulière. Il caractérise ensuite les habitants du pays, qu'il décrit comme méditerranéens, méridionaux, hâbleurs, travailleurs mais hédonistes et inconstants. Il développe notamment l'idée que la terre était à la base hostile, et que c'est par un dur labeur que ses habitants sont parvenus à rendre d'importantes parcelles fertiles. Il évoque également le folklore régional, la cuisine traditionnelle, les fêtes « pyrotechniques » , les groupes de musique traditionnelle et les fêtes taurines.

La deuxième partie se compose de huit itinéraires qui parcourent toute la région, implicitement « centrés » autour de la capitale : « Valence et son Horta », « De Sagonte à Castelló », « Le Maestrat et Morella », « Llíria, Los Serranos et une excursion en Castille, « Xàtiva, Gandia, l'Albufera », « De La Ribera à La Marina » et « Villena, Elche et Orihuela ».

Paratexte

La jaquette présente une reproduction d'une aquarelle avec une nette dominance des tons froids du ciel et de l'eau. Dans la moitié inférieure du premier plan, les tons chauds de la terre et du toit des habitations représentées dominent. Le désir explicite de Joan Fuster est de dépasser les clichés entourant le Pays valencien. Dans le texte de la jaquette, une note des éditeurs affirme :

thumb| valencienne traditionnelle. Toujours sur la couverture, on voit deux huttes (des typiques « baraques » valenciennes) construites sur les rives de l'Albufera, à travers les eaux calmes desquelles navigue une barque avec une voile latine déployée. Devant les huttes, on voit un oranger et un palmier . Figure également une charrette avec une bête attachée à elle. Les différents éléments constituent une image allégorique du Pays Valencien : celle de la luxuriance associée à la huerta valencienne et à l'Albufera, que dans son livre Joan Fuster tente précisément d'éviter comme une image globale du pays, car jugée partielle et insuffisante. Néanmoins, cette image met en évidence le caractère agraire et rural du Pays valencien, sur lequel l'auteur insiste à diverses reprises. Les illustrations photographiques, œuvres de , qui accompagnent le livre soulignent aussi son caractère rural. Par exemple, les deux premières photographies du guide figurent la huerta de Valence : un champ rempli de plants d'arachides et une hutte avec un plant de tabac au premier plan. L'image de la est répétée plusieurs fois tout au long du livre. D'autres photographies sont consacrées aux principales cultures .

Introduction L'introduction est divisé en cinq sections, la première, intitulée «» (« La terre »), traite des clichés traditionnellement utilisés dans la description du territoire valencien. Fuster traite de l'identification de la géographie valencienne avec la fertilité absolue, cette géographie dont toutes les manifestations élogieuses sont condensées dans l'expression (« Valence, jardin de fleurs »).

À aucun moment il n'écrit qu'il s'agit d'une perception erronée de Valence, il considère plutôt que ce qui est gênant est d'appliquer l'expression à l'ensemble du territoire valencien, une image de Valence internationalisée à travers le pasodoble «Valencia», de José Padilla (Almería, 1889 – Madrid, 1960), et qui, interprété par de nombreux chanteurs, de Carlos Gardel à Bing Crosby en passant par la chanteuse française Mistinguett ou, même, les Chœurs de l'Armée Rouge, met surtout en avant le cliché floral, qui annule d'autres liens communautaires comme le dur labeur des habitants ou la sociabilité, présents dans l'hymne régional de Maximilià Thous (,« Déjà dans l'atelier et dans le champ ils murmurent, / des cantiques d'amour, des hymnes de paix »).

La description du territoire faite dans la section « La tierra » souligne que le Pays valencien est fondamentalement marqué par la dualité de la côte et de la montagne, de la huerta (irriguée) et du secano (qui utilise peu d'eau). Le livre met l'accent sur le paysage humanisé. Lorsque Fuster décrit un paysage, il ne le fait pas par intérêt pour le spectacle mais plutôt en raison d’un fait social qui s'y interpose. À aucun moment ce n'est le territoire, vu dans son ensemble ou individualisé selon différents points de référence, qui définit le peuple, en lui conférant une identité propre, mais plutôt la langue. Dans la conception de Fuster, la langue, fil conducteur de la transmission héréditaire, est équivalente au lignage. Une géographie humaine diverse, une configuration physique inégale et hétérogène mais qui a une unité, une personnalité, marquée par la frontière maritime, la Méditerranée et l'ascendance catalane, élément substantiel et vertébrateur :

La géographie est analysée sur la base de la présence ou de l'absence d'eau, et sur la manière dont les Valenciens l'ont gérée. La mer, en revanche, la côte, et en contraste clair avec les directives touristiques, n'intéresse guère Fuster :

Après avoir terminé la section «» (« L'Histoire »), où il souligne les efforts civiques restant à refaire et la catalanité comme axe de l'identité valencienne, suit le chapitre «» (« Les gens »), où Fuster expose la capacité limitée des Valenciens à s'identifier comme peuple. Dans cette partie domine le sentiment d'un peuple vaincu, subalterne, et pour cette raison se reconnaissant difficilement comme « peuple parmi les peuples ». Dans le lexique muni d'une connotation identitaire, Fuster utilise rarement les termes « nation » et « patrie », il parle presque toujours de « pays » pour identifier le territoire et de « peuple » pour désigner ses habitants. Le corps central de la section est consacré à l'ensemble de thèmes définitoires du Valencien : le «» (« pensé et fait »), illustrés par « un bâtiment, une falla, un hangar commémoratif, une révolution de cultures, un négoce ». Sans grande justification, il expose ensuite un ensemble de traits culturels discursifs correspondant aux Valenciens : la mordacité, la grossièreté, la satire, les fanfares traditionnelles, le baroque des manifestations humaines. Il insiste aussi sur un ruralisme majoritaire, dans un Pays Valencien où dominent alors encore les zones dépendant économiquement presque exclusivement de l'agriculture, et qui parvient même à ateindre les centres de population les plus urbanisés, la capitale Valence en tête.

Sur le plan historiographique, cette description peut être rapprochée, et a peut-être influencé le spectacle (1977), mis en scène par , avec des collages de textes (d', Lluís V. Aracil, M. Sanchis Guarner, Juli Leal et d'autres auteurs), sur la Valence de la Restauration dans le dernier tiers du , qui suit les formes populaires d'expression (sainete, fallas, etc.) et insiste sur les faits sociaux importants du moment, comme les révoltes paysannes et l'abandon de la langue autochtone par les classes dominantes, avec des parallèles fréquents et naturels avec la situation contemporaine.

Itinéraire dans Valence et son arrière-pays Comme un cliché parmi les clichés, le guide fait commencer la visite de la ville au sommet du clocher de la cathédrale de Valence, le Micalet. Depuis ses cinquante et un mètres, et après avoir gravi les deux cent sept marches de pierre, le visiteur verra la frange bleue de la mer, les montagnes lointaines, la huerta et les villages disséminés, qui commencent déjà à être absorbés par une ville en pleine et rapide expansion, et les nombreux clochers qui parsèment la ville, avec leurs dômes et églises respectifs :

Malgré les clichés, un guide touristique complètement différent de celui de Fuster, Guía secreta de Valencia (« Guide secret de Valence », 1972), d', décrit le Micalet ainsi :

Il offre un panorama depuis le Micalet assez proche de celui de Fuster :