La chefferie Colla, Qolla ou Qulla, également appelée Llaqta Colla et curacazgo Colla, est l'entité socio-territoriale et politique gouvernée par le peuple Kolla, composée des nations dans le nord-ouest du bassin du Lac Titicaca. C'est une société segmentaire, divisée en une multitude de sous-entités et de lignages.

Le domaine est l'un des royaumes aymaras occupant l'altiplano andin à la suite de la chute de la cité impériale de Tiwanaku. Au milieu du , les Kollas possèdent un vaste territoire, constituant l'un des plus grands royaumes Aymaras, qui est à cette époque conquit par le Sapa Inca IX Pachakutiy Yupanqui, l'Intipchurin (« fils du soleil »), avec d'autres entités politiques de la région. La chefferie colla est souvent considérée comme une entité puissante unifiée, principal rival des incas. Cependant, contrairement aux documents ethno-historiques, les études archéologiques montrent un territoire politiquement plus fragmenté, couvert de fortifications locales défensives, appelées pukaras.

Le pouvoir Colla est l'une des premières puissances de l'altiplano, son territoire couvrant plus de 20.000 kilomètres carrés, et se réclame de l'héritage culturel de l'ancienne civilisation de TiwanakuM Pärssinen - Boletín de Arqueología PUCP, 2012. En ezproxybib.pucp.edu.pe. Linguistiquement, la nation Qolla adopte le Puquina, qui exerce une grande influence sur les hauts plateaux, qualifié de « quatrième langue générale du Pérou ».

Sous l'empire inca, la région du Qulla Suyu est nommée en référence à la chefferie Kolla, mais désigne une région plus vaste, comprenant l’ensemble des royaumes Aymaras, à cause du fait que les Incas appellent l'entièreté de la population Aymara « Colla ».

Organisation Le souverain Colla reçoit le titre de Colla Capac ou Chuchi Capac. Le titre de Zapana est également porté par le souverain, tandis que le chef d'Azangaro reçoit le titre de Humalla. Le titre Colla Capac est probablement porté par plusieurs individus au cours de l'histoire, et ne correspond pas à un nom personnel .

Capac est un terme utilisé par les Incas pour désigner un statut héréditaire lié au surnaturel (à Cuzco, le terme désigne les Incas royaux, dits « oreillards »), et peut désigner des adversaires étrangers puissants, égaux aux souverains incas. Le fait d'adopter le titre de Capac peut être perçu comme une provocation. Ce terme est probablement la manière des incas de désigner les structures et pratiques d'autres peuples.

Capitale La capitale pré-inca de la chefferie colla rapportée par les documents ethno-historiques de l'époque coloniale est Hatunqulla. Cependant des recherches archéologiques effectuées dans l'ancienne cité indiquerait, selon certains, qu'il s'agit d'un établissement d'époque inca.

Le site de Sillustani est peut-être un centre d'unité ethnique des collas.

Séparation en Uma et Urco Le domaine est organisé en deux régions dotées d'un souverain, selon une ligne de démarcation : Urcosuyu ( Urco : mâle, feu) et Umasuyu ( Uma : femelle, eau)’. La capitale, le centre politique principal dominant est Hatunqulla, c'est-à-dire « Colla, la Grande » située 34 km au nord de PunoDel turismo rural y vivencial de Hatun Kolla (Pueblo Grande) en la región Puno - Perú in ,. La capitale et entité socio-territoriale gouvernante d'Umasuyu est Azangaro, subordonnée à Hatunqulla. Cette forme de gouvernement diarchique fondée sur la dualité est caractéristique des sociétés andines pré-hispaniques centrales, dans lesquelles deux moitiés complémentaires du territoire existent, mais dont l'une règne toujours sur l'autre.

D'après Thérèse Bouysse-Cassagne, la moitié orientale Uma est un centre linguistique du puquina, tandis que la moitié Urco contient moins de puquinophones. Cependant la division linguistique n'est pas importante à l'époque inca et coloniale.

Unité socio-politique Selon l'ethno-historienne María Rostworowski, la multitude de titres, rapportés notamment par le chroniqueur Pedro Cieza de León, indique que le territoire est partagé par plusieurs kurakas (chefs) distincts. Suivant des recherches archéologiques dans la région de la côte nord du lac Titicaca, et en se fondant sur les chroniqueurs coloniaux, l'anthropologue Elizabeth Arkush estime que la chefferie colla est fragmentée politiquement en plusieurs ensembles constitués de constructions défensives, appelées pukaras. Les ensembles de pukaras sont unies à cause de leur proximité, ce qui leur permet de se lancer des signaux d'alertes. Selon elle, « les preuves archéologiques en ce moment indiquent qu'il n'existe pas de seigneurie colla stable et unifiée au moment de la rencontre avec les Incas, sinon une série de groupes ou de confédérations sous-régionaux ». D'après Charles Stanish, la période intermédiaire tardive, qui dure de 1000 aux environs de 1450, est marquée par des sociétés segmentaires, politiquement fragmentées, qui s'associent des identités ethniques régionales liées à des liens de parenté supposés, créant des complexes socio-territoriaux de grande taille.

L'établissement de pukaras, constructions à caractère défensif situés dans de hautes altitudes et coupés des sources d'eau, indique que les conflits armées dans le territoire de la chefferie colla sont fréquents. En s'associant à des pukaras principaux, les petites pukaras peuvent assurer leur sécurité. D'autres centres de pouvoir, semi-autonomes, que Hatunqulla existent, notamment Azangaro, Callavaya, Moho, Chuquicache, Oruro et Asillo, situés principalement dans la moitié Uma.

Les groupes régionaux de l'État Qolla sont quarante-et-unes. Ces petites entités socio-territoriales, des « petites chefferies » ou « nations », sont réparties selon les deux régions du territoire, et sont composées d'ayllus (groupes de lignages), appelés hatas dans cette région, sous la domination de l'un d'entre eux.

La moitié Urco contient les « nations » ou « provinces » de Hatunqulla, l'état dominant et conquérant, Caracoto, Juliaca, Nicasio, Lampa, Cabana, Cabanilla, Mañaso, Vilacache, Puno, Paucarcolla, Capachica, Vilque Grande, Cupi, Ñuñoa, Huancoayllu, Sangarara, Pucará, Macarí et Omacharí.

Umasuyu est composé des « nations » d'Asillo, Arapa, Ayaviri, Saman, Taraco, Azangaro, qui est la nation chargée du gouvernement de la partie orientale, Quequesana, Chupa, Achaya, Caminaca, Carabuco, Cancara, Moho, Conima, Ancorraimes, Huaycho, HuancasiCapoche 1959: 136, Vilque Chico, Huancané, et Pusi.

Histoire

Arrivée dans l'altiplano andin et origine vignette|Les zones d'influence des civilisations de Huari et Tiwanaku. Aux environs de l'an 1000, la civilisation de l'ancienne cité de Tiwanaku s'effondre, peut-être à cause de phénomènes écologiques, et une partie de la population entreprend des migrations entre 1050 à 1150, partant du bassin du lac Titicaca et se répandant dans tous l'altiplano andin et la côte de l'océan pacifique. L'époque suivant l'effondrement de Tiwanaku, appelée « période intermédiaire tardive », voit une instabilité politique relativement élevée. La langue parlée par les Collas est le puquina, décrit comme « quatrième langue générale du Pérou », à côté de l'aymara, du quechua et du quingnam. Selon certains ethno-historiens, le puquina est l'ancienne langue de Tiwanaku, héritée par les Collas.

Selon les chroniqueurs coloniaux, la chefferie Hatunqulla étend son domaine, et la confédération d'entités socio-territoriales sous sa domination forme progressivement l'État Qulla. Les chefferies de l'altiplano sont parfois qualifiées de « royaumes » par les écrits coloniaux, en raison du haut niveau d'organisation qu'on leur attribue. Cependant, d'après l'anthropologue Elizabeth Arkush, les recherches archéologiques effectuées aux alentours du lac Titicaca contredisent l'idée d'un processus de consolidation d'un état colla. Abandonnant le système de champ élevé adopté par Tiwanaku, les Qollas construisent, dans le cadre de conflits régionaux, des fortifications défensives, appelées Pukaras, sur les sommets des montagnes. De 1000 à 1275, les Qollas abandonnent les résidences isolés des montagnes, marquant l'époque par des complexes agro-pastoraux et défensives, et, tandis qu'une élite locale commence à s'établir, se concentrant sur les travaux communautaires. Les premières pukaras, des fortifications, sont établies en petite quantité à partir de l'an 1000. Les pukaras sont alors de taille modeste, de sont pas très fortifiées, et n'hébergent que de petites populations, de manière non-permanente. La chefferie colla est organisée à cette époque de manière segmentaire, c'est-à-dire dans un système hiérarchique d'ensembles de lignages et d'entités locales semi-autonomes, attachés à des centres politiques. Le chroniqueur colonial Pedro Sarmiento de Gamboa rapporte que les collas contrôlent à une époque un territoire similaire en étendu à celui de Tiwanaku, qui s'est progressivement fragmenté.

Conflits régionaux du À partir de 1300, les pukaras deviennent courantes et sont établies en grande quantité dans toute la région, dotées d'une fonction résidentielle. Des coalitions d'alliance de pukaras de taille modeste, qui servent à protéger les populations locales, se forment alors autour de grandes pukaras, devenues des centres de pouvoir politique. De 1300 à 1450, les conflits régionaux ravagent la région, forçant la population à se retirer dans les pukaras pour éviter les attaques, car les peuples de l'époque n'ont pas les capacités d'entreprendre un siège de longue durée. Les Andes entières sont touchées par ces conflits, une « véritable balkanisation » se développant, car « aucune forme de structure politique à grande échelle existe alors ».

Les causes des conflits du , qui éclatent dans toute la cordillère des Andes, sont incertaines. D'après le linguiste et anthropologue Alfredo Torrerro, c'est une invasion des peuples de langue aymara contre ceux de langue uru et puquina qui est à l'origine du conflit. Cependant, César Itier et Paul Hegarty pensent que les Incas ont diffusé la langue aymara, et l'archéologue Juan Albarracín-Jordán pense que les aymaras sont déjà dans l'altiplano depuis Tiwanaku. En revanche, l'anthropologue Elizabeth Arkush estime qu'il s'agit d'une multitude de facteurs, dont notamment des sécheresses et d'autres causes environnementales, et l'arrivée de groupes aymara dans la région. Selon elle, les sinchis, ou chefs de guerre, collas conservent l'état de conflit permanent, afin d'acquérir une position importante dans la hiérarchie régionale, en redistribuant le butin de guerre à leur communauté. D'autres causes potentielles sont l'efficacité des pukaras collas — car les sociétés collas ne sont pas en capacité d'entreprendre des sièges ou des attaques surprises —, et l'organisation segmentaire de la chefferie, qui encourage les rivalités entre groupes locaux semi-autonomes.

À l'échelle des grandes chefferies, les collas entretiennent des rivalités avec les lupacas, au sud, et les canas, au nord, peut-être liées à des différences linguistiques et culturelles. vignette|Édifices funéraires, appelées chullpas, à Sillustani.

Colonies côtières La chefferie colla et la chefferie lupaqa possèdent des colonies dans les régions méridionales de la côte du pacifique, appelées Colesuyu. Ces enclaves sont utilisées afin d'avoir accès aux ressources de différentes écorégions andines.

Les causes de la soumission des chefferies côtières sont incertaines. Il est possible que le pouvoir Qolla conquit les vallées de la côte pacifique.

Potosí et les îles du lac Titicaca Les chefs collas possèdent les îles sacrées du lac Titicaca, et les mines de Potosí et de Carabaya, associées à des croyances religieuses particulières liées aux métaux précieux. Les chefferies collas de Coata et de Capachica possèdent plusieurs îles du Titicaca, notamment l'Isla del Sol, Taquile et Amantani.

Visite de Cuzco