vignette|400px|Régions du monde où le paludisme est endémique en 2006.

Dans les années 1990, le paludisme était annuellement la cause de 400 à 900 millions de cas de fièvres, et entre et 2,7 millions de morts J. Breman, « The ears of the hippopotamus: manifestations, determinants, and estimates of the malaria burden », dans Am J Trop Med Hyg, 64, , , 2001 , soit en moyenne un mort toutes les 30 secondesL'estimation est difficile du fait du manque de fiabilité des statistiques dans les pays concernés ; en 2005, des chercheurs estimaient dans la revue Nature à 515 millions le nombre de malades en 2002 (dans une fourchette allant de 300 à 660 millions), alors que l'estimation de l'OMS en 1999 dans son rapport sur la santé dans le monde était de 273 millions. L'OMS a déclaré avoir révisé ce chiffre dès l'année suivante et travailler depuis avec une fourchette allant de 300 à 500 millions. Cf. la dépêche de John Bonner du 10 mars 2005 (15:18), « Row erupts over WHO's malaria 'miscalculation' », sur le site du New Scientist . En 2012, entre et sont mortes du paludisme.. La grande majorité des victimes sont des enfants de moins de 5 ans Greenwood BM, Bojang K, Whitty CJ, Targett GA, « Malaria », dans The Lancet, 365, 1487-1498, 2005., les femmes enceintes étant aussi particulièrement vulnérables car le placenta constitue une cible où les parasites (Plasmodium falciparum) peuvent s'accumuler. Malgré les efforts entrepris pour réduire la transmission de la maladie et améliorer son traitement, il y a eu peu d'évolution depuis le début des années 1990 Hay S, Guerra C, Tatem A, Noor A, Snow R, « The global distribution and population at risk of malaria: past, present, and future », dans Lancet Infect Dis, 4, , pp. 327-36, 2004.. La mortalité semble décroître depuis la fin des années 2000 et est estimée à 1,2 million de personnes en 2010Murray CJL, Rosenfeld LC, Lim SS et al. Global malaria mortality between 1980 and 2010: a systematic analysis, Lancet, 2012;379:413-431.

La co-infection avec le VIH n'accroît pas la mortalité, et pose moins de problème que la co-infection paludisme / tuberculose, les deux maladies s'attaquant habituellement à des tranches d'âge différentes : le paludisme est plus fréquent chez les jeunes tandis que la tuberculose atteint davantage les personnes âgées Korenromp E, Williams B, de Vlas S, Gouws E, Gilks C, Ghys P, Nahlen B, « Malaria attributable to the HIV-1 epidemic, sub-Saharan Africa », dans Emerg Infect Dis, 11, , pp. 1410-1419, 2005 . Cependant, le paludisme et le VIH contribuent à leur propagation mutuelle : le paludisme accroît la charge virale et l'infection du VIH augmente la probabilité d'une infection de paludisme Abu-Raddad L, Patnaik P, Kublin J, « Dual infection with HIV and malaria fuels the spread of both diseases in sub-Saharan Africa », dans Science, 314, , pp. 1603-1606, 2006..

Le paludisme est endémique dans les zones intertropicales dans les Amériques, dans de nombreux endroits d'Asie, et dans la plupart de l'Afrique. C'est toutefois dans l'Afrique sub-saharienne que l'on trouve 85 à 90 % des morts du paludisme Layne SP, Principles of Infectious Disease Epidemiology, EPI 220, UCLA Department of Epidemiology . La distribution géographique de la maladie au sein de grandes régions est complexe, et l'on trouve ainsi des zones paludiques et non paludiques proches l'une de l'autreGreenwood B, Mutabingwa T, « Malaria in 2002 », dans Nature, 415, , 2002.. Dans les régions sèches, les périodes de paludisme peuvent être prédites sans trop d'erreurs en utilisant les cartes de précipitation Grover-Kopec E, Kawano M, Klaver R, Blumenthal B, Ceccato P, Connor S, « An online operational rainfall-monitoring resource for epidemic malaria early warning systems in Africa » Malar J. 2005, 4, 6. . À l'opposé de la dengue, le paludisme est davantage présent dans les campagnes que dans les villes Van Benthem B, Vanwambeke S, Khantikul N, Burghoorn-Maas C, Panart K, Oskam L, Lambin E, Somboon P, « Spatial patterns of and risk factors for seropositivity for dengue infection » Am J Trop Med Hyg. 2005, 72, , 201-8. . Par exemple, les villes du Viêt Nam, du Laos et du Cambodge sont pratiquement exemptes de paludisme, mais celui-ci reste présent dans les campagnes Trung H, Van Bortel W, Sochantha T, Keokenchanh K, Quang N, Cong L, Coosemans M, « Malaria transmission and major malaria vectors in different geographical areas of Southeast Asia » Trop Med Int Health 2004, 9, , p. 230-7, 2004.. En 2016, d'après l'Organisation mondiale de la santé, aucun cas de paludisme n'a été recensé au Sri Lanka durant trois années consécutives ; c'est donc le deuxième pays du Sud-Est asiatique, après les Maldives, à avoir éradiqué le paludisme. La Chine est devenue le le quarantième territoire ayant éradiqué cette maladie.. En Afrique en revanche, le paludisme est présent aussi bien dans les zones rurales qu'urbaines, même si le risque est diminué dans les grandes villes Keiser J, Utzinger J, Caldas de Castro M, Smith T, Tanner M, Singer B, « Urbanization in sub-saharan Africa and implication for malaria control », dans Am J Trop Med Hyg, 71, , p. 118-27, 2004 . Les niveaux endémiques mondiaux de la maladie n'ont pas été cartographiés depuis les années 1960. Cependant, le Wellcome Trust britannique finance le Malaria Atlas Project Hay SI, Snow RW, « The Malaria Atlas Project: Developing Global Maps of Malaria Risk », dans PLoS Medicine, 3, , p. e473, 2006 afin de rectifier ceci et d'évaluer le poids de cette maladie à l'avenir.

Finalement, le paludisme est la maladie parasitaire la plus répandue dans le monde. Elle est au des priorités de l'OMS tant par ses ravages directs que par ses conséquences socio-économiques dont : une improductivité aboutissant à la sous-alimentation et au sous-développement.

Europe Jusqu'au , des épidémies de paludisme pouvaient se produire jusque dans le Nord de l'Europe. La régression du paludisme en Europe est principalement due à l'assèchement des marais et au drainage des zones humidesCallot J. : « Un problème complexe : la régression du paludisme en France ». In : Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, , , 1947, p. 330-332.. La disparition du paludisme en France a étonné les chercheurs à tel point qu'on a pu parler à ce propos de disparition spontanée, voire de disparition mystérieuse. Il semblerait que cette disparition ait eu de multiples causes. Dans des régions comme la Sologne par exemple, diverses innovations agronomiques portant notamment sur les pratiques culturales ont pu à cet égard jouer un rôle appréciable en cumulant chacune leur effet. La maladie a commencé à régresser, comme ailleurs en Europe, avant l'utilisation de la quinine, qui fut d'ailleurs employée au début de façon inappropriée, trop tardivement ou en doses trop faibles. L'adoption de la quinine a servi toutefois à accélérer la disparition de la maladie dans les régions où elle était en régression.

En Grèce En 2016, le centre grec de contrôle et de prévention des maladies a interdit le don du sang dans 12 communes du pays pour cause de paludisme, après que l'infection eut été considérée comme disparue durant quarante ans.

En France En France métropolitaine, la malaria n'a disparu que relativement récemment. La maladie était encore commune au . Elle était encore présente en 1931 dans le marais poitevin, la Brenne, la plaine d'AlsaceF. Trensz, « Le paludisme en Alsace », Archives de l’Institut Pasteur, XV, 1937, p. 440., les Flandres, les Landes, en Sologne, en Puisaye, dans le golfe du Morbihan, en Camargue… Durant tout le Moyen Âge et jusqu’aux , le paludisme affectait surtout les campagnes ; ce même lorsque bon nombre de cités étaient établies le long des fleuves pour les commodités de transport, et malgré les crues périodiques de ces fleuves dans bien des endroits. La Renaissance vit une recrudescence des fièvres, les guerres de Religion forçant les citadins à s’enfermer dans des murailles entourées de fossés aux eaux croupies. De même à Paris à la fin du , lors des grands travaux de Haussmann, qui ont occasionné des creusements importants et de longue durée. Les flaques, mares et autres points d'eau croupie perduraient longtemps, engendrant une pullulation d'anophèles au milieu d'une grande concentration d'humains. De plus, un grand nombre d'ouvriers venaient de régions infectées et étaient porteurs du plasmodium.

En 1802, l'épidémie de Pithiviers a motivé par sa gravité l'envoi d’une commission de la Faculté de médecine. Elle était due à une très grosse crue, d'ampleur inhabituelle, qui avait couvert d'eau les prairies avoisinantes pendant plusieurs semaines.

Cette maladie a été éradiquée de Corse en 1973. Inconnu du temps de la présence romaine, le paludisme y fut introduit lors des raids vandales. La Corse connaît sa dernière épidémie de cas non importés à Plasmodium vivax de 1970 à 1973. Fait notable, en 2006 est survenu un cas autochtone de Plasmodium vivax sur l'île. Depuis, la quasi-totalité des cas observés en France sont des paludismes d'importation. Des troupes venant des colonies furent à l'origine des dernières épidémies mentionnées.

Disparition du paludisme autochtone Les facteurs critiques affectant la propagation ou l'éradication de la maladie ont été les changements de comportements humains (méthodes d'agriculture avant tout, déplacements de population, etc.), le niveau de vie (la pauvreté était et reste la principale cause de mortalité) et la densité de la population (plus la densité humaine est grande et plus la densité de moustiques sera grande).

L’usage du quinquina et de la quinine devient courant en seconde moitié du . P. malariae, qui y est plus sensible, a disparu avant P. vivax. Mais les doses employées sont insuffisantes pour empêcher le développement des hématozoaires chez l'humain.

Autre facteur déterminant : les méthodes d'élevage changent. La stabulation permanente augmente, qui permet de récupérer les fumiers. En 1893, autour de Strasbourg, seules trois ou quatre communes ont encore plus de 12 % de leur superficie utilisable réservée aux pâtures. Les surfaces en prairies naturelles (humides) diminuent au profit des terres labourées (assainies) – ce d'abord dans les régions d'agriculture riche. Le nombre de bêtes augmente, ce qui diminue d'autant les attaques des moustiques sur l'humain.

Un troisième facteur entre en jeu : l'aménagement du territoire, qui comporte plusieurs aspects. Une loi est adoptée en 1821 pour le dessèchement des étangs insalubres. Cette loi a été dans l'ensemble peu suivie ; cependant l'idée était lancée, et les étangs les plus proches des maisons furent les plus nombreux à être comblés (car plus faciles d'accès). Or les moustiques adultes ne se déplacent pas à plus de de leur point d'origine. Cet assèchement a donc certainement été une cause importante de la régression de la maladie.

Autre aspect de l'aménagement du territoire : l'accroissement du nombre de fossés et leur meilleur entretien, qui permet de mieux drainer les terres.

Dans les Landes et en Sologne la reforestation est un facteur également, les arbres drainant l'eau plus efficacement qu'un couvert végétal moindre.

Le type de charrue change : la brabant double, qui permet un labour à plat, donne des sillons moins hauts (donc moins d'eau stagnante dans le creux des sillons en périodes humides) et permet par ailleurs un labour plus profond (donc un meilleur ressuyage des terres lourdes), commence à se répandre à partir de 1850 en Brie, remplaçant la charrue non réversible et ses dérivées qui donnaient des labours en billons. La pratique du chaulage se répand également, qui allège les sols lourds et en facilite donc le ressuyage. Le marnage contribue à la résorption des eaux superficielles.

Toutes ces dispositions agronomiques contribuent fortement à réduire les épidémies de paludisme et autres fièvres. Au moment de la Première Guerre mondiale, il ne restait plus que quelques foyers très localisés.