Les Séquanes, SéquanaisDictionnaire Gaffiot, page 1427. ou SéquaniensUtilisé par Alexis Pierron pour sa traduction des Vies Parallèles de Plutarque., en latin , , en grec ancien, sont un peuple gaulois établi en Séquanie (ou Séquanaise, actuelle Franche-Comté) à l'est de la Gaule, sur le versant ouest du massif du JuraCésar, De Bello Gallico : "…altera (natura Helvetiae) ex parte monte Jura altissimo, qui est inter Sequanos et Helvetios (…):, avec pour capitale l'oppidum de Vesontio (Besançon).

Ils sont particulièrement connus par les Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César, au moment de la conquête romaine. Après l'avoir soutenu pendant la guerre des Gaules, pour sa victoire sur le roi germain Arioviste, ils soutiennent le siège d'Alésia de Vercingétorix en -52. Après la soumission à la République romaine, le territoire des Séquanes est intégré à la province de Gaule belgique, puis à la Maxima Sequanorum (Grande Séquanaise) de 297 par la Tétrarchie, jusqu'à la fin de l'Empire romain en 476.

Histoire Ethnonymie et ethnogenèse thumb|gauche|Sequana, déesse gauloise de la Seine, du sanctuaire sacré des sources de la Seine de Source-Seine, à au nord-ouest deVesontio (Besançon). Leur nom viendrait de l'hydronyme Sequana, nom celtique de la Seine et de sa déesse gauloise SequanaArticle « sequana », Dictionnaire Gaffiot, , édition 2000. Le Gaffiot donne la Seine comme traduction.. Ce fleuve ne s'écoule pas en territoire séquane, mais prend sa source à Source-Seine dans la région voisine, à au nord-ouest de Besançon, à partir d'un sanctuaire sacré lingon dédié à la déesse Sequana, nymphe des sources du fleuve, où de nombreux ex-votos de guérison ont été retrouvés. La région où se situe ce sanctuaire était probablement habitée originellement par les Séquanes. Sequana pourrait également s'appliquer à la Saine, rivière du Jura et affluent de l'AinLouis Deroy & Marianne Mulon, Dictionnaire de noms de lieux, Paris: Le Robert, 1992, p. 440.. Le lexicographe William Smith suggère un lien entre deux divinités (tutela)William Smith, Dictionary of Greek and Roman Geography, article "Sequana, Sequani", Volume II, London : John Murray, ed. (1873)., avec Souconna (déesse honorée par une dédicace de statue romaine à Chalon-sur-Saône) qui donne son nom à la Saône, dont le cours est en partie contrôlé par les SéquanesAntoine Héron de Villefosse, Piédestal trouvé à Chalon-sur-Saône et portant une dédicace à la déesse Souconna, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , n°9, 1912. pp. 677-680..

Les fouilles archéologiques de Vesontio (Besançon) indiquent une occupation du site dès le bronze final et durant le Premier âge du fer (ou culture de Hallstatt, chronologie de Besançon). L'oppidum décrit par César apparaît, en tant que centre politique constitué, vers 120 av. J.-C.Inrap. Le peuple des Séquanes voit donc son ethnogenèse entre ces deux dates et est pleinement constitué au

Période celtique

Dans la première moitié du , les Séquanes contrôlent un vaste territoire, la Séquanie, correspondant approximativement à l'actuelle Franche-Comté, entre la Saône, la Bresse, la Suisse gauloise du massif du Jura, le massif des Vosges et le Sundgau, avec pour capitale Vesontio (Besançon), et quelques cités gauloises d'Epomanduodurum (Mandeure), Segobodium (Seveux), Luxovium (Luxeuil), Dole, Vesoul, Pontarlier, Poligny, Lons-le-Saunier...

Parmi les sources antiques, l'œuvre de l’historien grec Strabon fait référence aux mentions les plus anciennes des Séquanes. Il évoque ainsi des invasions séquanes en Italie, associés à des peuples germainsStrabon, Géographie, Livre IV, Chap. 3, 2. Ce passage est généralement considéré comme renvoyant aux raids gaulois en Italie du qui ont abouti au sac de Rome (390 av. J.-C.) par les Sénons du chef gaulois Brennus, ou aux migrations plus anciennes des Bituriges et de leurs chefs Bellovesos et Segovesos.

thumb|gauche|Taureau d'Avrigney (Ier siècle) représentant le dieu celto-romain (le ) du musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon.

C'est toutefois le philosophe gréco-romain Plutarque qui fait véritablement entrer ce peuple dans l'histoire. Dans ses Vies parallèles (Vies des hommes illustres) il indique que, lors de la guerre des Cimbres du , après leur défaite face au général romain Caius Marius, les chefs Teutons en fuite sont capturés par les Séquanes dans les Alpes et remis aux RomainsPlutarque, Vies Parallèles, Livre VII, Vie de Marius, 25)</ref>. Cette mention permet de supposer qu'au , les Séquanes sont déjà fixés sur le territoire qu'on leur connaît et qu'ils exercent une certaine influence autour de celui-ci. L’historien Stephan Fichtl émet l'hypothèse que cette action aboutit à une alliance (fœdus) avec les Romains et que c'est à cette occasion que le roi Séquane Catamantaloédis (père de Casticos) est désigné « ami du peuple romain » par le sénat romain en 102 av. J.-C.Stephan Fichtl, Les peuples du Jura à l'époque de César, L'isthme européen Rhin-Saône-Rhône dans la protohistoire. Approches nouvelles en hommage à Jacques-Pierre Millotte, C. Mordant et J.-F. Piningre dir., Presses universitaires de Franche-Comté, 2009..

thumb|Séquane et son carnyx, d'une reconstitution historique de Mandeure. Quelques décennies plus tard, le peuple des Séquanes entre en conflit avec les Éduens voisins. Cette lutte prend sa source dans un différend frontalier, les deux peuples se disputant le contrôle de la vallée de la Saône et de la voie commerciale qu'elle accueille. Le conflit est exacerbé par la compétition politique que se livrent par ailleurs Séquanes et Éduens, les deux peuples cherchant chacun à diriger les autres peuples gaulois. Cet antagonisme finit par se cristalliser sur le champ de bataille. Les Séquanes s'allient aux Arvernes et entrent en guerre contre les Éduens. Outre cette alliance, les Séquanes font appel au roi germain Arioviste et engagent ses troupes Suèves en tant que mercenairesJules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre VI, 12. Ensemble, ils battent les Éduens à plusieurs reprises, et parviennent à leur reprendre le contrôle du cours de la Saône et la plupart des peuples qu'ils avaient en clientèleJules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 31.

Toutefois cela leur coûte cher puisque Arioviste exige comme rétribution une large partie du territoire séquane pour y établir ses hommes. Ce territoire concédé aux Suèves, probablement le Sundgau, pourrait être celui des Rauraques, sur lesquels les Séquanes auraient alors eu une forme de suzerainetéFichtl. À la suite de cette spoliation, les Séquanes se retournent contre leurs anciens alliés, les Suèves, s'allient avec leurs anciens ennemis, les Éduens, et entrent en guerre. Les deux camps s'affrontent lors de la bataille de Magetobriga de 63 av. J.-C., avec une large défaite de la coalition Séquano-Éduenne.

Les Séquanes doivent alors céder une nouvelle fois des terres aux Suèves. Arioviste ne cesse cependant pas de faire pression sur eux pour de nouvelles cessions. C'est ainsi qu'à la veille de la guerre des Gaules, il presse les Séquanes d'accueillir .

La conquête romaine thumb|gauche|Mosaïque romaine « Le triomphe de Neptune » de la domus du collège Lumière de Vesontio (musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon). Dans le même temps, les Helvètes, préparant leur migration en Saintonge, passent des accords diplomatiques et matrimoniaux avec les Séquanes et les Éduens. L'aristocrate helvète Orgétorix négocie alors avec Casticos (fils de l'ancien roi Séquane Catamantaloédis) et le pousse à prendre le pouvoir et ainsi à soutenir sa causeJules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 3. Le but des Helvètes était ainsi d'obtenir l'autorisation de traverser le territoire séquane et de migrer vers l'océan Atlantique, chez les Santons. En 58 av. J.-C., les Helvètes choisissent cependant de demander le passage aux Romains, le trajet par la Gaule transalpine étant plus aisé. Jules César le leur refuse les obligeant à passer par le nord, via le territoire des Séquanes, puis des Éduens. En dépit d'accords et d'un échange d'otages, négociés par l'Éduen Dumnorix<ref>Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 9., ce passage entraîne alors de grands ravages, poussant les Éduens à réclamer l'aide de Jules César, fournissant ainsi à ce dernier un prétexte pour déclencher la guerre des Gaules.

César répond à l'appel des Éduens et des Ambarres qui se plaignent auprès de lui des troubles causés par le passage du peuple helvète en marche. Il affronte les troupes migrantes sur la Saône, qu'il vainc à la bataille de Bibracte de 58 av. J.-C.Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 23.</ref>. Après avoir battu et renvoyé chez eux les Helvètes, il part vers le nord, occupe Besançon puis vainc Arioviste et ses Suèves. Il fait hiverner ses légions chez les Séquanes et renforce le pouvoir des Éduens<ref>Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 54..

Plus tard, les Séquanes fourniront hommes à l'armée de secours de Vercingétorix, lors du siège d'AlésiaJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre VII, 75.. Selon Plutarque et Dion CassiusDion Cassius, Histoire romaine, XL, 39., c'est sur leur territoire que se déroula la bataille de cavalerie préalable au siège d'Alésia en 52 av. J.-C.

L'époque gallo-romaine

thumb|Figurines gallo-romaines en bronze du musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon. Durant la période gallo-romaine, bien que soumise au tribut de l'Empire romainPline L'Ancien ne l'indique ni fédérée (alliée), ni libre (non soumise au tribut. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre IV, 31., les Séquanes restent un peuple important. La Séquanie fait d'abord partie de la province de Gaule belgique, puis, à partir du règne de l'empereur Domitien, de celle de Germanie supérieure. L'archéologie témoigne essentiellement de cette période, avec certains monuments importants, dont la Porte Noire (Besançon) du .

Les Séquanes interviennent au cours des conflits provoqués par l'assassinat de Jules César en 44 av. J.-C. Selon les Périochae, abrégés de l'œuvre de l'historien romain Tite-Live, ils capturent Decimus Junius Brutus Albinus, l'un des assassins de César, alors en fuite, et contactent le consul Marc Antoine qui donne l'ordre de l'exécuterPeriochae de l'Histoire romaine de Tite Live, 120..

À la fin du règne de Néron, le peuple des Séquanes se joint à la rébellion du sénateur gallo-romain Caius Julius Vindex contre l'empereur. Vesontio est alors assiégée par Lucius Verginius Rufus, légat de Germanie (Vindex trouve la mort en voulant secourir la cité séquaneDion Cassius, Histoire Romaine, Tome 9, Livre LXIII, 24. lors de la bataille de Vesontio de 68).

thumb|gauche|Maxima Sequanorum (Grande Séquanaise) de 297. En 69, le chef batave Caius Julius Civilis provoque la révolte des Bataves contre le nouvel empereur Vespasien. Il est rejoint par certains peuples gaulois, les Trévires et les Lingons. Les Séquanes en revanche ne prennent pas parti pour les insurgés et infligent une cuisante défaite à l'armée du chef lingon Julius Sabinus, partisan de Civilis.

Le deux chrétiens Ferréol et Ferjeux de Besançon évangélisent la Séquanie au , et fondent l'archidiocèse de Besançon.

La Tétrarchie en fait le centre d'une province appelée « Grande Séquanaise » () à partir de 297.

À la chute de l'Empire romain d'Occident, en 476, les Séquanes et leur territoire sont annexés au royaume des Burgondes et constituent, pendant son règne, la part du royaume accordée au roi Godégisile. Ils sont ensuite intégrés au royaume de Bourgogne (534-843). Les pagi, qui composent approximativement l'ancienne Séquanie, sont réunis au sein du comté de Bourgogne à partir de 982. L'ensemble devient la province de Franche-Comté à partir de son annexion par la France de Louis XIV en 1674.

Assise territoriale