Le dragonnier des Canaries (Dracaena draco), ou dragonnier commun, est une espèce de plantes à fleurs monocotylédones de la famille des Liliaceae (ou Dracaenaceae) selon la classification classique, ou des Asparagaceae (ou Ruscaceae) selon la classification phylogénétique. C'est une plante arborescente.
Le dragonnier des Canaries a l'allure d'un grand parasol qui lorsqu'il est âgé, peut atteindre plus de de hauteur, avec un large pied évasé portant un houppier très touffu, en forme de calotte sphérique d'une vingtaine de mètres de diamètre, soutenu par un réseau dense de branches entrelacées.
De toute blessure ou incision, s'écoule une résine rouge, connue sous le nom de sang-dragon. Utilisée comme matière médicale et tinctoriale depuis l'Antiquité, elle était très prisée et vendue très cher. La source canarienne s'est tarie au .
Les populations sauvages sont en déclin depuis longtemps, l'espèce est sur la liste rouge IUCN des espèces en danger de disparition.
Étymologie et histoire de la nomenclature Le nom de genre Dracaena dérive du grec , « dragon femelle p. anal. fouet », et l'épithète spécifique en latin vient du grec , « dragon, serpent. ». Cette appellation, basée sur , date de Dioscoride au (voir section Utilisation). gauche|vignette|Estampe par Martin Schongauer, vers 1470-1475 La première description du dragonnier des Canaries se trouve dans le récit de Histoire de la première descouverte et conqueste des Canaries, faite dès l'an par messire Jean de Béthencourt et traicté de la navigation... où des explorateurs français visitent les îles de La Palma et de Tenerife, garnies disent-ils, de , troquent du dans un port de Grande Canarie. À Tenerife, ils observent « le plus étrange arbre » appelé Dragon par les habitants, aux branches entrelacées et dont le bois contient une (Béthencourt, Traicté de la navigation et des voyages, p. 247-248)..
1576, un médecin botaniste flamand pré-linnéen, Charles de l'Écluse (dit Carolus Clusius) en donne une description et illustration (ci-contre), dans une flore d'Espagne. Il nomme l'arbre Draco arbor et la résine qu'on en tire Sanguis Draconis.
En 1762, Linné dénomme d'abord l'espèce Asparagus draco dans Species plantarum, classée dans les Hexandria (6 étamines libres) Monogynia (1 pistil)Species plantarum page 450.
Puis en 1767, ce même Linné crée le genre Dracaena dans Systema Naturae, ed.12, 2:246, et il prend comme espèce type Asparagus draco qu'il renomme Dracaena dracoSystema naturae page 246.
Pour les rangs taxinomiques supérieurs, Lamarck classe le taxon Dracaena draco en 1783 (dans Encyclopédie méthodique Botanique) dans la famille des Asperges, les Asparagaceae.
Dans la classification classique de Cronquist (1981), le genre Dracaena est classé dans la famille des Liliaceae.
Alors qu'il se retrouve dans les Asparagaceae dans la classification phylogénétique APG III (2009).
Description Morphologie Le dragonnier des Canaries est une plante monocotylédone et à ce titre n'a pas un tronc d'arbre véritable mais une grosse tige herbacée (nommée stipe), rendue rigide et épaisse par un nombre très élevé de faisceauxChez les végétaux ligneux dicotylédones, la croissance du tronc des arbres se fait par l'intermédiaire du cambium. Cette mince couche cylindrique produit vers l'intérieur du xylème secondaire (ou bois) et vers l'extérieur du phloème secondaire (ou liber). La sève brute (venant des racines) circule dans le xylème et la sève élaborée (venant des feuilles) dans le phloème. Les monocotylédones n'ayant pas ce type de cambium, l'accroissement de l'appareil conducteur se réalise par la formation continuelle de faisceaux secondaires supplémentaires, produit par un cambium monocot.
Fig. 1. Dragonnier d'une vingtaine d'années dans la région de Valence. Fig. 2. Jeune Dracaena dracoL'ordre 1 est issu de la germination. Fig. 3. Première réitération (Lanzarote)L'ordre 2 est porté par l'ordre 1. Fig. 4. Deuxième réitération (Tenerife)L'ordre 3 porté par l'ordre 2.
Il possède une croissance particulière, opérant par réitération d'un même schéma de production. La jeune plante est faite d'une seule tige non ramifiée (que nous appellerons « tronc » dans le sens commun), avec une touffe de feuilles à l'extrémité (). Au bout d'une dizaine d'années, la plante produit une inflorescence terminale, portant de nombreuses petites fleurs blanc verdâtre, qui donnent des fruits rouges. Leur maturation achevée, une couronne de bourgeons axillaires apparaissent qui se développent en un groupe sympodial de branches. Durant une nouvelle décennie, ces branches de second ordre se développent (), puis fleurissent et fructifient. La réitération du processus tous les 10 à 15 ans, aboutit à la production d'un houppier massif, ayant la forme d'une calotte sphérique plus ou moins plate.
thumb|upright=0.7|Fig. 5. Infrutescence terminale d'un dragonnier des Canaries (Madère).
Toutefois, les floraisons ne sont pas synchrones, aussi ne voit-on qu'un petit nombre de touffes de feuilles produire une inflorescence chaque année. De plus, divers incidents (comme des tempêtes, des incendies, du froid, des attaques d'insectes) peuvent produire quelques irrégularités perturbant momentanément le schéma de croissance.
Un processus original de croissance de racines aériennes à la base des nouvelles tiges permet de renforcer le tronc. On peut observer sur la figure 7, à la base des premières branches, quelques grosses racines aériennes. En croissant, elles s'accolent fortement au tronc et descendent jusqu'au sol ; elles renforcent ainsi considérablement la rigidité de l'axe vertical. À la base des branches d'ordre supérieur, des racines aériennes peuvent aussi apparaître. Dans les régions humides du Cap Vert, de nombreuses fines racines aériennes ciliées couvrent les branches comme une barbe, tandis que dans les régions sèches, celles-ci sont moins nombreuses, plus grosses et proviennent principalement des points de branchement des branches. Il a été observé qu'en réponse à un stress local ou à une blessure, le dragonnier peut faire apparaitre des racines sur la zone concernée. Enfin, une branche avec ses racines atteignant le sol se comporte potentiellement comme un arbre indépendant.
Le Dracaena draco se construit suivant le modèle d'édification de Leeuwenberg fait d'un axe se terminant par une inflorescence à ramification subapicale : à chaque itération, un axe est remplacé par un axe avec des ramifications terminales subapicales, la règle ne s'appliquant qu'aux derniers axes d'ordre supérieur.
Le légendaire El drago de Icod de los Vinos (Tenerife) est actuellement le dragonnier le plus vieux et le plus grand encore en vie (cf. photo en tête de l'article et fig. 7). Sa première mention historique date de 1503. Il atteint de haut, avec un étalement aussi large du houppier. Peut être encore plus célèbre est le dragonnier de La Orotava, décrit par des équipiers de l'explorateur Béthencourt en 1402, puis par le naturaliste Humboldt en 1799 qui lui trouva une circonférence de 24 m près du sol. Un jour de 1819, une tempête abattit un tiers de sa masse rameuse. Il fut dessiné par S. Berthelot en 1838 à la casa de Franchy, avec une porte dans le tronc. Le colosse fut finalement détruit en 1868.
L'inflorescence terminale porte des fleurs très parfumées. Elles sont composées d'un périanthe à six lobes, de couleur blanc verdâtre. La floraison se situe entre juin et la mi-août aux Canaries.
Les fruits sont des baies rouge orangé. Les floraisons et fructifications sont en général faibles et irrégulières.
Sécrétion de résine La résine qui s'écoule des blessures prend en séchant une couleur rougeâtre, ce qui lui a valu le nom de sang-dragon (ou sang du dragon) depuis le pharmacologue grec Dioscoride et l'encyclopédiste Pline (). Sécrétion Le Dracaena draco n'a pas de structure sécrétoire spécialisée. La production de sang-dragon se fait par des cellules parenchymateuses entourant les faisceaux vasculaires primaires et secondaires. Ce n'est donc ni de la sève brute, ni de la sève élaborée. Sa formation est induite par un traumatisme mécanique, une attaque d'insectes, ou une infection de pathogènes. Elle peut résulter aussi d'une blessure naturelle à la suite d'une chute de feuille ou de la formation de lenticelles. À la suite d'une agression ou d'une contamination, la résine est produite et s'accumule autour de la zone concernée et prévient l'extension de la contamination. C'est un mécanisme de protection de la plante. Composition de la résine La résine est formée de composés phénoliques flavonoïdes: flavanols, méthylflavanes, flavanones, homoisoflavanes, chalcones.
Le colorant rouge principal a été identifié comme le 7,4'-dihydroxy-5-méthoxyflavylium, et nommé dracoflavylium. La couleur rouge est due à une base quinoïde stable A, qui est l'espèce principale à pH 4-7 acide.
Distribution Dracaena draco est originaire des îles Canaries (Tenerife, Grande Canarie), du Cap Vert, de Madère et du Maroc.
C'est une espèce emblématique des îles Canaries où elle a presque disparu des milieux naturels. L'espèce cependant se perpétue grâce à l'horticulture. Elle est largement cultivée dans les jardins.
On avait longtemps pensé qu'elle était endémique de la Macaronésie, jusqu'à la découverte en 1996 d'une petite population sauvage dans la partie occidentale de l'Anti-Atlas marocain, près de Tiznit, considérée aujourd'hui comme la sous-espèce Dracaena draco subsp. ajgal (Benabid & Cuzin, 1997).
Le dragonnier des Canaries est une espèce en danger critique d'extinction parce que ses populations comportent peu d'individus et sont très fragmentées. D'après un recensement, il n'y aurait plus que 697 individus sauvages dans les Canaries en 2004. Il souffre aussi de l'extension des zones habitées, de la pression du pâturage et des prélèvements intempestifs de graines et de jeunes plantes. Il se cantonne donc dans les zones inaccessibles, des ravins et falaises de Tenerife. On ne sait pas pourquoi il n'y a que quelques individus sauvages dans la Grande Canarie et pourquoi il est absent à l'état naturel dans les îles de La Gomera et de La Palma. Toutefois, on se souvient que l'expédition de Béthencourt de 1402 avait vu des à l'Isle de Palme. La surexploitation du sang-dragon, vendu très cher, serait-elle la cause de la disparition des dragonniers ? À Madère, moins de 300 individus sont connus, dont un seul serait natif.
La culture des dragonniers n'a débuté qu'à la fin les années 1960, avec le développement du tourisme. Les dragonniers de plus de ont été pillés dans leurs sites naturels pour agrémenter les jardins des hôtels et des particuliers. Pratiquement tous les hôtels ont des dragonniers dans leurs jardins.
Utilisations
Utilisation pharmacologique du sang-dragon
La couleur rouge s'est imposée dès l'Antiquité gréco-romaine parce qu'elle renvoie au sang et au feu. Des substances d'origine minérale (comme le cinabre), végétales (comme la garance ou la résine de dragonnier) ou animale (comme la cochenille) fournissaient des pigments colorés et des matières médicales.
La pharmacopée gréco-latine utilisait ces substances. Bien que nous disposions de sources textuelles anciennes assez abondantes, leur interprétation doit être faite avec précaution car les termes ont acquis de nouvelles acceptions au cours du temps.
Dans son livre Des Pierres, le naturaliste grec Théophraste (-371, -288) décrit sans ambiguïté une espèce minérale composée de sulfure de mercure (HgS), le cinabre, sous le nom de . Plus tard, Galien (+129, +216) continuera à désigner dans ses écrits pharmacologiques le cinabre par .