Mikhail Georgiyevich Pervoukhine ( Перву́хин) né à Iouriouzan, dans le gouvernement d'Oufa dans l'empire de Russie le et décédé le à Moscou est un responsable soviétique de l'ère Staline et de l'ère Khrouchtchev. Il est premier vice-président du Conseil des ministres, littéralement premier vice-premier ministre de l'Union soviétique, de 1955 à 1957 et l'un des superviseurs du développement de la bombe atomique soviétique.
Jeunesse et carrière Il est né le dans le village de Iouriouzan, gouvernement d'Oufa, Empire russe, dans une famille d'un forgeron. Pervoukhine devient membre du Parti communiste russe en 1919. D'août à , Pervoukhine est membre de la commission municipale de Zlatooust sur la nationalisation des biens appartenant à la bourgeoisie. Il combat aux côtés des bolcheviks lors de la guerre civile russe dans le sud de l'Oural : « Derrière, armés de pelles, grelottants aux morsures de la bise matinale, un cortège livide de gens en melons et en canotiers : les bourgeois mobilisés comme fossoyeurs par le camarade Pervouchine, le « dictateur du choléra ». ».
Diplômé en 1929 du département d'électricité de l'université russe d'économie Plekhanov avec un diplôme d'ingénieur électrique, Pervoukhine travaille chez Mosenergo, la compagnie d'électricité de Moscou ainsi que pour le commissariat du peuple à l'industrie lourde fin 1937. Au cours de la Grande Purge, Pervoukhine est promu chef adjoint du Bureau de l'administration de l'énergie électrique de Moscou, puis chef. Le , il est nommé au poste nouvellement créé de commissaire du peuple aux centrales électriques et obtient un siège au Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique au Congrès du parti.
La Seconde Guerre mondiale et l'ère stalinienne De 1940 à 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, Pervoukhine est vice-président du Conseil des commissaires du peuple (littéralement, vice-premier ministre soviétique) et de 1943 à 1950, il est ministre de l'Industrie chimique. Aux côtés de Boris Vannikov, il est l'adjoint de Viatcheslav Molotov à la commission du Comité d'État à la Défense chargée du développement de la bombe atomique soviétique depuis 1943, responsable du projet uranium de la commission. Il est un des choisi personnellement par Joseph Staline pour superviser le développement de la bombe atomique. Il est également président de la Commission d'État chargée des essais RDS-1 sur le site d'essais nucléaires de Semipalatinsk.
En 1950, Pervouhkine est à nouveau nommé vice-président du Conseil des ministres : « On annonce aujourd'hui à Moscou la nomination de M. Mikhail Pervukhine, au poste de président adjoint du Conseil des ministres. M. Pervukhine, membre du Comité central du Parti communiste soviétique, détenait jusqu'alors le portefeuille de l'industrie chimique. » et en 1952, lors du Congrès du Parti, il est élu membre du Présidium, rebaptisé Politburo. Toujours en 1952, Pervoukhine prononce le discours principal lors de la commémoration du anniversaire de la Révolution d'Octobre : « Au cours d'une grande cérémonie qui a eu lieu au Grand Théâtre de Moscou à l'occasion du anniversaire de la « Révolution d'Octobre » le principal discours a été prononcé par M. Pervoukhine, nouveau membre du Présidium du Soviet suprême. Le discours principal de cette manifestation annuelle a toujours été, ces dernières années, l'une des plus importantes déclarations officielles de politique faites en Union Soviétique. [...] ». Si Staline était absent ou ne pouvait pas exercer ses fonctions de président du Conseil des ministres, les réunions du gouvernement sont présidées tour à tour par Pervoukhine, Lavrenti Beria ou Maksim Saburov.
En 1953, un communiqué après une session du Soviet suprême révèle l'ordre de préséance des dirigeants soviétiques et Pervouhkine est le personnage de l'Etat, après Gueorgui Malenkov, Viatcheslav Molotov, Nikita Khrouchtchev, Kliment Vorochilov, Nikolaï Boulganine, Lazare Kaganovitch, Anastase Mikoïan et Maksim Sabourov : « On ignorait jusqu'ici l'ordre de préséance des dirigeants soviétiques. Un communiqué publié à l'occasion de la cession du Soviet suprême vient de le faire connaître. « Les neuf grands » de la hiérarchie soviétique sont, maintenant, dans l'ordre suivant : MM. Malenkov, Molotov, Khrouchtchev, Vorochilov, Boulganine, Kaganovitch, Mikoïan, Sabourov et Pervoukhine. » puis au rang à la faveur de la disgrâce de Vorochilov : « Ajoutons, à titre de curiosité, que l'ordre des préséances est actuellement le suivant : Malenkov, Molotov, Khrouchtchev, Boulganine, Kaganovitch, Sabourov, Pervoukhine, Ponomarenko. Le fait saillant est la disparition de Vorochilov, l'actuel président du Soviet suprême dont l'intérim est assuré par le vice-président Tarasov. Vorochilov est-il malade ou en congé, ou en disgrâce ? ». thumb|right|200px|Mikhail Pervoukhine signant avec Juho Kusti Paasikivi à l'ambassade de l'Union Soviétique d'Helsinki le 26 janvier 1956 la restitution de Porkkala et de la base navale de Porkkala.
L'ère post-stalinienne Dans le cadre des changements intervenus dans l’ère post-stalinienne, une direction collective est établie, Gueorgui Malenkov et Nikita Khrouchtchev se disputant le contrôle. Au tout début, Pervoukhine, avec Gueorgui Joukov et Maksim Saburov, participent activement à la prise de décision en matière de politique étrangère. Pervoukhine est successivement ministre de l'énergie et de l'industrie électrique, président du Bureau des industries énergétiques, chimiques et forestières, du Conseil des ministres puis nommé premier vice-président du Conseil des ministres le et, du : « On a d’abord vu l’aspect spectaculaire — ou si l’on veut personnel — de la réforme, à savoir le remplacement de M. Sabouroy par M. Pervoukhine à la tête de la commission de planification courante » au : « En décembre dernier, le Comité central du Parti communiste de l'URSS avait du constater que, après une année d'application le plan quinquennal se révélait irréalisable parce que les moyens financiers étaient insuffisants. Son auteur, l'économiste Sabourov, fut destitué et M. Pervoukhine, revêtu de pouvoir quasi dictatoriaux, chargé de procéder à sa révision. Il ne semble pas que cette tentative ait eu les résultats escomptés. [...] Le Comité économique que préside M. Pervoukhine disparaitra - quelques mois après sa formation. », président du Gosplan, nommé par le président du Conseil des ministres Nikolaï Boulganine. Il est ensuite nommé ministre de la construction des machines moyennes pour s'occuper des questions atomiques : « Elimination des technocrates. La principale victime de la réforme est M. Pervoukhine, personnalité la plus représentative de la classe des technocrates. La Commission pour la planification courante, sorte de super ministère économique qu'il dirigeant depuis la fin de l'année dernière, est supprimée purement et simplement. M. Pervoukhine n'est toutefois pas tombé en disgrâce car il a été nommé ministre de la construction des machines moyennes. Ce poste n'est pas du tout négligeable. En effet, les experts des affaires soviétiques, ont établi que ce ministère s'occupe des questions atomiques. ».
Pervoukhine s'oppose à la réforme du Soviet économique régional de Khrouchtchev, dont le principal objectif est de réduire les pouvoirs et les fonctions des ministères centraux. Il déclare à Khrouchtchev et à d'autres membres du Présidium que cette réforme affaiblirait l'administration et que la centralisation et la spécialisation qui avaient été la pierre angulaire du système seraient perdues. Au lieu de cela, il propose de réduire le nombre de ministères centraux et de créer des commissions territoriales pour assurer une « coopération horizontale ». Plus tard, en 1957, Pervoukhine rejoint le groupe anti-parti dans le but de destituer Khrouchtchev de son poste de premier secrétaire du parti communiste de l'Union soviétique.
Ambassadeur en Allemagne de l'Est À la suite de l'échec de la tentative de destitution de Khrouchtchev (affaire du groupe anti-parti), Pervoukhine est rétrogradé au rang de membre sans droit de vote du Præsidium et devient ambassadeur de l'Union soviétique en Allemagne de l'Est en 1958 : « [...] Quand à M. Pervoukhine , seulement rétrogradé au sein du Præsidium du Parti, il garda dans le gouvernement un poste secondaire pour être nommé ensuite ambassadeur de l'URSS à Berlin-Est. ». En tant qu'ambassadeur, il observe que « la présence à Berlin d'une frontière ouverte et essentiellement incontrôlée entre les mondes socialiste et capitaliste incite involontairement la population à faire une comparaison entre les deux parties de la ville, ce qui malheureusement ne se révèle pas toujours en faveur du Berlin démocratique ». Il est resté prudent, jusqu'à sa création, quant à l'établissement d'une barrière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest ; il pensait que la création d'une barrière augmenterait les sympathies antisoviétiques non seulement à Berlin mais aussi en Allemagne. Au lieu de cela, il a proposé trois options : 1) « introduire des mesures restrictives » pour que les Allemands de l'Est puissent entrer à la fois à Berlin-Est et à Berlin-Ouest ; 2) renforcer la sécurité des frontières ; 3) arrêter la libre circulation entre les deux villes. Il a toutefois admis que la fermeture des frontières était une possibilité, affirmant que si la situation politique se dégradait, le régime est-allemand et les Soviétiques n’auraient pas d’autre choix.
Lors du Congrès du Parti en 1961, Pervoukhine perd son siège au Comité central. Piotr Abrasimov lui succède à son poste d'ambassadeur soviétique en Allemagne de l'Est à la fin de 1962 : « [...] la nomination au milieu de décembre de M. Abrassimov comme ambassadeur, en remplacement de M. Pervoukhine. Dénoncé comme membre de la fraction « antiparti », contraint de faire son autocritique au vingt et unième congrès, ce dernier n’avait été laissé au poste de Berlin-Est qu’en fonction de la crise de Berlin » : « Moscou, décembre. - M. Piotr Andréevitch Abrassimov a été nommé vendredi ambassadeur de l'U.R.S.S. en République démocratique allemande, en remplacement de M. Mikhail Pervoukhine, qui sera affecté à d'autres fonctions. ».
Poursuite du développement de l'industrie nucléaire en URSS Ensuite il poursuit son activité en lien avec le développement de l'industrie nucléaire en étant, de 1963 à 1965, responsable du département de l'énergie et de l'électrification du Conseil suprême de l'économie nationale, et, à partir de 1965, responsable du département de l'aménagement du territoire et des sites de production. Pervoukhine est membre du conseil d'administration du Comité national de planification de l'URSS, et participe aux commissions d'acceptation de nouvelles centrales nucléaires (dont la Centrale nucléaire d'Obninsk) et travaille en étroite collaboration avec le ministère de l'ingénierie moyenne de l'URSS, et également avec l'Institut Kourtchatov et son directeur Anatoli Aleksandrov.
Pervoukhine est décédé le et est enterré au cimetière de Novodievitchi, à Moscou.
Une plaque commémorative est apposée sur l'immeuble où il vivait, 3 passage Romanov (anciennement rue Granovsky), dans le quartier Arbat à Moscou.
Grade, décorations et récompenses 20px| Héros du travail socialiste (1949) 20px|20px|20px|20px|20px| Cinq ordres de Lénine (à l'occasion de l'attribution de l'Ordre de Lénine à Pervoukhine le lors de son cinquantième anniversaire, le New York Times le décrit comme l'un des neuf organisateurs industriels les plus remarquables de l'URSS.) 20px| Ordre de la Révolution d'Octobre 20px| Ordre du Drapeau Rouge du Travail 20px| Son grade est lieutenant-général (1944).
Notes et références
Voir aussi Projet de bombe atomique soviétique et industrie nucléaire en URSS
Bibliographie
Liens externes
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