Le socialisme cybernétique (ou cyber-socialisme) est un courant de pensée se centrant sur le lien possible entre la cybernétique et la pensée socialiste. Ce courant du socialisme s'intéresse ainsi aux questions liées à la planification et à la coordination, à la distribution, à la décision et à la communication des différents acteurs au sein d'une économie socialiste. Il étudie et réfléchit au rôle des intermédiaires dans le fonctionnement du système économique.. Le cyber-socialisme souhaite ainsi contribuer à l'idée du socialisme souhaitant émanciper les individus au sein d'un système permettant la coordination consciente et volontaire des aspirations sociales, et d'une orientation économique basée sur la demande et les besoins.
La cybernétique, selon Anton Brender, peut être définie ainsi : il s'agit d'une théorie des mécanismes de communication et de contrôle ; elle analyse les dispositifs par lesquels la réception d’une information (d’un « signal ») contrôle (« commande ») le régime d’une action et a un effet sur elle. La cybernétique économique, plus particulièrement, est « l’étude des dispositifs par lesquels est quotidiennement guidé le mouvement productif » ; son objet est l’analyse des mécanismes routiniers d’information et de décision qui interviennent chaque jour, et de façon apparemment automatique, dans une économie concrète..
La cybernétique s'articule aussi autour du concept clé de la (boucle de) rétroaction (feedback en anglais).
Le socialisme cybernétique examine la possibilité de s'affranchir de l'économie de marché via l'ajout révolutionnaire, dans les rapports sociaux de production et les forces productives, d'outils et de techniques liés à la cybernétique, d'un nouveau type de planification et d'une réflexion sur la participation démocratique. Les questions et réponses autour du niveau de participation démocratique, de la centralisation ou de la décentralisation dans l'appareil cybernétique socialiste, de l'État et de la monnaie, varient selon les auteurs.
La réflexion autour d'une alliance possible entre cybernétique et anticapitalisme peut toucher un nombre varié de penseurs, de courants et d'acteurs politiques au sein de la gauche radicale : des penseurs anarchistes, marxistes, léninistes etc...
Origines de la réflexion d'un cyber-socialisme
Karl Marx et les prémisses d'une analyse "cybernétique" du capitalisme
Egalement, comme origines d'une réflexion cybernétique combinée au socialisme, l'économiste Anton Brender considère que Karl Marx a permis une entrée et une ouverture autour de cette réflexion, notamment dans son analyse du capitalisme. Bien que Karl Marx n'ait pas fondé le cyber-socialisme ou la "cybernétique", selon l'économiste Anton Brender, Marx aurait commencé à analyser dans sa théorie les fondements de l’activité quotidienne d’information et de décision au sein d'une économie de marché :Il convient à présent de répondre à une question qui pour être essentielle n’en a pas moins été laissée jusqu’ici dans l’ombre : à quoi sert l’appareil [cybernétique] dont on vient d’analyser la structure ? La réponse à cette question nous paraît pouvoir être trouvée dans le cadre de la théorie de K. Marx, et dans ce cadre seulement. Les analyses de Marx en effet, parce qu’elles constituent non une théorie de l’économie mais une théorie de ses fondements, permettent en particulier d’établir la nécessité et d’identifier les conditions de possibilité d’une activité cybernétique en économie de marché. Pour K. Marx, l’ensemble de l’activité économique ne se réduit pas à des actes d’échange : une activité de production existe distincte de l’échange. Et c’est entre la production et l’échange que l’intervention d’un appareil cybernétique, qui guide la production en vue de l’échange, trouve naturellement sa place : cet appareil est le dispositif concret par lequel se réalisent les lois de la concurrence et de l’accumulation.
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Le rôle de l’appareil cybernétique. Aussi, là où les lois du marché semblent garantir l’harmonie des décisions des unités autonomes, Marx constate-t-il au contraire que « l’organisme social de la production dont les membres disjoints naissent de la division du travail porte l’empreinte de la spontanéité et du hasard ». L’opposition s’explique aisément : là où l’on envisage une loi abstraite d’allocation des ressources, Marx observe les mécanismes concrets par lesquels s’effectue cette allocation. Sur ce point, il apparaît bien que le problème central auquel est confronté le capitaliste provient, comme on l’a dit, de ce que la production est nécessairement antérieure à l’échange : ce n’est qu’en fonction de cette antériorité que peut être pensée l’activité d’information et de décision des unités économiques et donc le fonctionnement de l’appareil cybernétique.
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Que le socialisme doive conduire à la disparition du système d’aliénations sur lequel reposent les sociétés capitalistes, et en particulier le fonctionnement de leur appareil cybernétique, n’en dispense pas pour autant — le reste de cette étude le montrera — une économie de propriété collective de se doter d’un tel appareil. Or, si les travaux de Marx offrent, on l’a vu, un cadre à l’intérieur duquel il est possible d’analyse l’activité d’un appareil cybernétique, ils ne contiennent pas la théorie de cet appareil.
Alexandre Bogdanov et son roman L'Etoile rouge
Parmi les premières sources de réflexions d'une forme de « cyber-socialisme », nous avons l'exemple, en 1908, d'Alexandre Bogdanov publiant un roman de science-fiction intitulé L’Étoile rouge. Ce roman raconte l'histoire d'une révolution socialiste réalisée sur une planète extra-terrestre. Le personnage principal explore cette planète où le socialisme est finalement atteint. Ce système est un gouvernement conscient de la société, automatisé grâce à la technologie. L'auteur décrit les éléments de ce système. Tout d'abord, il décrit un système d'information au sein de cette société ainsi : « L'institut des calculs a des agences partout, qui surveillent le mouvement des produits dans les stocks, la production des établissements et les fluctuations dans le personnel ouvrier. » Quant à la production, « on arrive à définir la quantité de travail et la qualité de ce qui va être produit de même que le nombre d'heures nécessaires à sa production ». Enfin, Bogdanov décrit un système où les citoyens peuvent agir volontairement : « L'institut calcule également la différence existant dans chaque branche du travail, entre ce qui est et ce qui devrait être produit ; cette différence, il la transmet partout. L'affluence des volontaires instaure l'équilibre. »Ce système indique aux travailleurs, notamment via de grands panneaux lumineux, où il est primordial d'aller pour produire ce qui est nécessaire. Nous avons donc ici une grande transparence dans les rapports de production, et une politique basée sur les besoins. Cette société cybernétique n'utilise donc pas vraiment une forme de planification, puisqu'elle est surtout basée sur un système en temps réel qui a des ajustements rapides..
Début des réflexions cybernétiques en URSS En 1939, le mathématicien russe Leonid Kantorovich a cherché un moyen d’améliorer la production soviétique dans une usine de contreplaqué. Il a ainsi conçu un algorithme mathématique permettant de faire ce que l'économiste libéral Ludwig von Mises pensait ne pas être possible : calculer exactement la manière la plus efficace de produire précisément les sorties souhaitées à partir des entrées disponibles, sans l’intervention de l’argent et du marché. Le mathématicien américano-néerlandais Tjalling Koopmans a, par la suite, mais indépendamment de Kantorovich, découvert un algorithme similaire.. Viktor Glouchkov a aussi participé à ces réflexions sur le lien possible entre la cybernétique et la planification socialiste via le projet OGAS. Les différentes idées et courants au sein du cyber-socialisme
La pensée cyber-socialiste de Paul Cockshott Dans un ouvrage paru en 1993 sous le nom de Towards a New Socialism (intitulé Vers un Cyber-communisme en français), les universitaires anglais Paul Cockshott et Allin Cottrell proposent un système économique socialiste basé sur un appareil de planification cybernétique. L’ouvrage devait originellement aider les planificateurs de l'URSS à faire face aux problèmes économiques de plus en plus importants. Les deux universitaires argumentent notamment sur le fait que les ordinateurs d’aujourd’hui ont une puissance de calcul bien plus élevée que ceux des années 60. Paul Cockshott et Allin Cottrell tentent aussi de décrire des algorithmes réduisant la puissance de calcul requise pour une planification. Ce système cyber-socialiste doit également être basé sur une planification par la demande, et intégrer des éléments de démocraties afin que le peuple puisse participer aux décisions, tels que l'usage de référendums et d'autres outils liés à la démocratie participative. Les auteurs réfléchissent également au rôle de l'État, et à une nouvelle forme de monnaie abolissant la monnaie capitaliste traditionnelle en la remplaçant par des « bons de travail ». L'ouvrage explique d'ailleurs qu'il n'est plus nécessaire aujourd'hui d'imaginer ce mode de paiement via des certificats ou des bons en papier : il est possible d'imaginer l'usage d'une sorte de carte de crédit de travail enregistrant la quantité de travail effectué.. Les travailleurs seraient ainsi rémunérés selon leur temps de travail, et les biens produits seraient achetables selon le temps de travail nécessaire pour produire ces derniers. Il s'agit ici de répondre à une ancienne problématique du mouvement socialiste, celle du ; les auteurs considèrent que la théorie de la valeur-travail, à condition qu'il y ait eu l'abolition de l'exploitation capitaliste et de la sur-valeur, peut être utile pour instaurer une économie plus rationnelle, et une meilleure justice sociale.. La puissance de la technologie informatique et des algorithmes mathématiques peut résoudre ce problème sur le calcul économique en économie socialiste, et par là même la question de la planification, selon Paul Cockshott.
Socialisme et cybernétique de Anton Brender