Le conflit Iran-Israël de 2024-2026 est une série d'escalades militaires entre Israël et l'Iran, la première intervenant en et la deuxième de juillet à . La troisième, en date du , se transforme en guerre ouverte entre les deux pays. La quatrième a lieu à partir du lors du bombardement de l'Iran par les forces israéliennes dans l' et américaines dans l' ; elle est la plus forte intervention militaire et mène à la mort de l'ayatollah Khamenei.
Le , Israël bombarde une annexe du consulat iranien à Damas, en Syrie, tuant plusieurs hauts responsables iraniens.. L’Iran riposte avec des frappes en Israël appelées opération Promesse honnête le .. Israël mène ensuite des frappes de représailles limitées en Iran le ..
Le , à la suite notamment de l'assassinat du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et de l'invasion du Liban, l'Iran tire près de 200 missiles contre Israël.
Le , Israël bombarde massivement l'Iran, ces « frappes préventives » selon Tel-Aviv, visant le programme nucléaire iranien, les infrastructures énergétiques du pays, des usines de missiles balistiques, des points précis de la capitale Téhéran ainsi que des hauts-gradés des gardiens de la révolution islamique et des forces armées iraniennes. En riposte, l'Iran procède à des bombardements contre Israël. Les deux pays procèdent par la suite à des attaques répétées de drones et de missiles, visant des cibles militaires comme civiles.
Le , lors d'une opération militaire conjointe, les États-Unis et Israël bombardent plusieurs villes importantes en Iran. Peu auparavant le président Donald Trump avait alerté sur une possible reprise du programme nucléaire iranien. Rapidement, l'Iran répond par plusieurs envois de missiles sur des bases militaires américaines en Arabie saoudite, à Oman, au Koweït, en Irak, en Syrie, en Israël, à Chypre en Jordanie, au Qatar et aux Émirats arabes unis. Ali Khamenei meurt le et un conseil provisoire garde le contrôle du pays. Le , Oman est également visé par des frappes iraniennes. Le 2 mars, l'organisation islamiste Hezbollah au Liban attaque Israël, qui réplique, le lendemain, l'État hébreu pénètre par voie terrestre dans le sud du Liban.
La spirale d'opérations militaires d'intensité croissante entre 2024 et 2026, consécutive à l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, a bouleversé les rapports de force géopolitiques au Moyen-Orient. En conséquence, début 2026, les principales composantes de l'« Axe de la résistance » édifié par l'Iran sont soit très affaiblies (Hamas et Hezbollah) soit éliminées (régime Assad en Syrie). Israël adopte une posture stratégique offensive tout azimut qui réinstalle sa domination militaire mais éloigne les perspectives de règlement pacifique du conflit israélo-palestinien et de rapprochement avec les États arabes du Golfe. Il s'engage dans un conflit direct avec l'Iran qui répond, au moins pour une grande part, à son refus que l'Iran puisse se doter de l'arme nucléaire dont il le menace depuis 1979 en vue de son éradication du globe.
Ces épisodes militaires successifs contribuent au recul de l' fondé sur des règles au profit des seuls rapports de puissance et démontrent, s'il en est besoin, la vulnérabilité du commerce maritime et partant de l'économie globalisée aux risques géopolitiques dans la région.
Contexte
En 1979, la république islamique est proclamée. Alors que l'Iran du Shah et Israël étaient alliés, les deux pays deviennent d'irréductibles ennemis. Dès sa prise du pouvoir en Iran, l'ayatollah Khomeini désigne Israël comme le « petit Satan », une « tumeur cancéreuse » qu'il faut « rayer de la carte ». Les gouvernants suivants de la République islamique d'Iran appellent également à la destruction de l'État d'Israël.
Durant les dix premières années du régime islamique, l'hostilité entre les deux États est plus idéologique que concrète. La guerre contre l'Irak accapare l'Iran qui commence toutefois à s'ériger en soutien de la cause palestinienne et en leader de la résistance à Israël. L'Iran favorise la création de l'organisation chiite Hezbollah et soutient d'autres mouvements dont les organisations islamistes Hamas et Djihad islamique palestinien. En Iran comme en Israël, ériger l'autre pays comme le principal ennemi est mobilisateur. Au début des années 1990, le Hezbollah monte en puissance et, surtout, Israël commence à s'inquiéter du programme nucléaire iranien, d'autant que le guide suprême Ali Khamenei répète dès sa prise de pouvoir en 1989 que la « promesse divine d’éliminer l’entité sioniste » se réalisera. Les deux pays s'engagent dans un conflit par procuration qui conduit à des affrontements périodiques entre Israël et les composantes de l'Axe de la résistance présentes à ses frontières, y compris ses supplétifs au Liban comme le Hezbollah et dans la bande de Gaza comme le Hamas.
La guerre d'Irak menée en 2003 par les États-Unis élimine le régime baasiste de Saddam Hussein, principal ennemi de l'Iran, et persuade Téhéran que se doter de l'arme nucléaire est nécessaire pour assurer la survie du régime. Dès lors s'engagent d'importants efforts diplomatiques pour mettre sous contrôle le programme nucléaire iranien.. Entre 2007 et 2014, les preuves s'accumulent, collectées notamment par l'AIEA, que l'Iran avance dans l'enrichissement de l'uranium au-delà des besoins d'un programme nucléaire civil. Des sanctions contre l'Iran sont votées par le Conseil de sécurité de l'ONU. Benjamin Netanyahou déclare en 2012 que la poursuite de l'enrichissement au-delà des besoins du centre de recherche nucléaire de Téhéran constitue une ligne rouge. Le conflit entre Israël et l'Iran se durcit à la fin des années 2000 avec l'assassinat de scientifiques iraniens impliqués dans le programme de développement nucléaire de leur pays et de militaires iraniens déployés en Syrie ou au Liban. L'Iran ne riposte pas aux assassinats de ses scientifiques et officiers, craignant alors une guerre avec Israël et les États-Unis..
Un accord sur le nucléaire iranien, le JCPoA, est finalement trouvé en 2015. Bien que cet accord soit respecté par toutes les parties, Donald Trump le dénonce en 2018 et les États-Unis réimposent des sanctions contre l'Iran qui reprend ses activités d'enrichissement de l'uranium pour son programme nucléaire. Les négociations menées avec l'Iran depuis le début des années 2020, notamment à l'initiative des Européens, n'aboutissent pas. Israël affirme publiquement se préparer à conduire des opérations en Iran contre les installations nucléaires du pays.
Dès les années 1990, Benyamin Netanyahou définit l’Iran comme la principale menace existentielle pour l’Etat d’Israël. Il identifie trois risques principaux : le programme nucléaire militaire, les missiles balistiques et le financement des « proxies », les alliés du régime au Liban, à Gaza, en Irak et au Yémen, constitutifs de l'Axe de la Résistance. Depuis l'attaque du 7 octobre 2023 lancée par le Hamas sur le territoire israélien, Israël passe d'une posture défensive à une stratégie offensive. Netanyahou déclare en : .
En s'engageant en avril 2024 dans une confrontation directe ouverte, l'Iran et Israël franchissent une ligne rouge qui ne l'avait pas été en 45 ans d'hostilité.
Chronologie thumb|Localisation de l'Iran et d'Israël au Moyen-Orient. Première crise après le début de la guerre à Gaza (avril 2024) Décembre 2023-janvier 2024 Le conflit entre l'Iran et Israël connaît une première escalade entre et . Le , le général Razi Moussavi, des Gardiens de la révolution islamique, est tué en Syrie dans une attaque israélienne ; le , une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth tue Saleh al-Arouri, n° 2 du Hamas et fomentateur de plusieurs attentats islamistes. ; le , les attentats de Kerman, dans le sud-est de l'Iran, lors d'une commémoration du quatrième anniversaire de la mort du général iranien Qassem Soleimani, font plusieurs centaines de morts et blessés. L'Iran les attribue à Israël bien que les attentats soient revendiqués par l'organisation État islamique. Dans la nuit du 15 au , un tir de missiles frappe Erbil au Kurdistan irakien, faisant quatre morts, dont l'homme d'affaires Peshraw Dizayi, son épouse et sa fille, et six blessés, tous civils : cette action est revendiquée par les Gardiens de la révolution iranienne qui disent avoir visé une base du Mossad, ce que les autorités irakiennes démentent.... L'Irak dépose une plainte contre l'Iran auprès du Conseil de sécurité des Nations unies..
Bombardement israélien contre l'ambassade iranienne
Le , un bombardement israélien frappe l'ambassade iranienne à Damas, en Syrie. L'attaque tue seize personnes ; l’Observatoire syrien des droits de l'homme fait état de onze morts dont huit Iraniens, deux Syriens et un Libanais, tous des militaires. Mohammad Reza Zahedi, le commandant de la force iranienne Al-Qods, est tué dans ce bombardement..
Arraisonnement du MSC Aries (13 avril) Le , l’Iran prend le contrôle du porte-conteneurs MSC Aries appartenant à Gortal Shipping et loué à Mediterranean Shipping Company (MSC). Gortal Shipping est affilié à Zodiac Maritime, a indiqué la société, détenue en partie par l'homme d'affaires israélien Eyal Ofer.. Le navire a été arraisonné par des commandos iraniens dans le détroit d'Ormuz, dans les eaux internationales au large des Émirats arabes unis. Il a ensuite été emmené en Iran.. À la suite de l’incident, Israël appelle l’Union européenne à sanctionner le Corps des gardiens de la révolution islamique.
Frappes iraniennes contre Israël (13 avril – 14 avril) thumb|Localisation des départs de missiles iraniens et yéménites en avril 2024. En réponse au bombardement de son consulat en Syrie, l'Iran déclenche dans la nuit du 13 au l' avec une salve de trois cents drones et missiles sur Israël. Les Houthis lancent également quelques drones contre Israël.. La plupart sont interceptés par la défense antiaérienne israélienne, avec l'aide des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni et de la JordanieLa France, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Jordanie ont aidé Israël à se défendre contre l'attaque de l'Iran, A&C. L'attaque endommage toutefois les bases aériennes de Nevatim et de Ramon.. Afin d'éviter toute escalade, la riposte a été annoncée plusieurs heures avant son déclenchement, la diplomatie iranienne ayant prévenu les États-Unis et, par conséquent, Israël. L'opération n'a pas visé de centres urbains ou économiques. Les Iraniens signifiaient ainsi qu'ils ne souhaitaient pas faire de victimes civiles, et que .
Frappes israéliennes contre l'Iran
Dans la matinée du , Israël attaque trois cibles à l'intérieur ou à proximité de l'aéroport international d'Ispahan, dont une base militaire. L’Iran affirme que sa défense aérienne a abattu tous les projectiles israéliens et que les explosions provenaient de la défense aérienne, mais les images satellite montrent une batterie de défense aérienne détruite et un système radar endommagé.. Israël ne fait aucun commentaire ni revendique la responsabilité d'une quelconque attaque. Dans le sud de la Syrie, les bases de l’armée arabe syrienne sont visées et des dégâts matériels sont constatés.. Des explosions et des avions de combat sont également entendus en Irak, et des débris d'un missile israélien sont découverts dans le centre de l'Irak, ce qui suggère qu'Israël a tiré à partir de là..
Deuxième phase (juillet-octobre 2024) thumb|Funérailles d'Ismaël Haniyeh à l'université de Téhéran en présence d'Ali Khamenei. Assassinat d'Ismaël Haniyeh Le dirigeant du Hamas et ex-Premier ministre palestinien Ismaël Haniyeh est assassiné le à Téhéran, où il se trouvait pour assister à l'investiture du nouveau président iranien Massoud Pezechkian, alors qu'il vivait habituellement au Qatar. Un agent de sécurité iranien est également tué dans l'attaque.
Assassinats d'Hassan Nasrallah et d'Abbas Nilforoushan