Usinor-Montataire est une usine sidérurgique, située en Picardie dans l'agglomération de Creil-Montataire, sur une chute de la rivière Thérain, dans le département de l'Oise. Née dès le puis très active dès le début du siècle suivant, elle a employé plusieurs milliers d'ouvriers sur plus d'un kilomètre carré, avec après la seconde guerre mondiale de grands investissements qui lui ont permis de jouer un rôle central pour compléter les produites de l'usine sidérurgique de Denain dans l'approvisionnement en acier des usines automobiles de la région parisienne et de la Seine-Maritime, grâce à la création du groupe Usinor en 1948 et les investissements américains du Plan Marshall après-guerre en France.

Histoire

L’origine industrielle du site où va plus tard prospérer l'usine sidérurgique qui sera rebaptisée en 1948 Usinor-Montataire remonte au . L'industriel anglais Taylor établit dans l'ancien moulin à blé Daden, au bord de la rivière Thérain, quelques années avant 1789, une poterie puis en 1791, une papeterie y est à son tour installée. Le chimiste Weyland-Stahl fait agrandir, près de l’embouchure du Thérain, le même moulin dans lequel il produit de la poudre de à "Le Grand Creillois industriel. Architecture et patrimoine. L’usine de sidérurgie Arcelor-Mittal (Montataire)", par Clarisse Lorieux aux Editions L'Inventaire.

Malgré un net "éloignement du minerai de fer" et l'absence de hauts fourneaux, le site est "devenu un centre métallurgique réunissant des fonderies des forges et des constructions métalliques et mécaniques" dès le .

L'usine comptera parmi ses débouchés connus "les ponts Mirabeau et de Tolbiac" à Paris, ou encore le pont-canal de Briare et en Indochine le pont Doumer sur le fleuve Rouge, et aussi des hall pour les grandes gares des chemins de fer français, comme à Bordeaux. Années 1800 et 1810: création d'une tréfilerie puis d'un laminoir à tôles Les établissements Gindre-Duchavany, également implantés à Lyon et connues pour leurs tréfilerie d'or et d'argent, ont en 1807 transformé le site de Montataire en tréfilerie, mais "sans succès". En 1810, c'est le rachat par Praire, père et fils, pour créer une usine de fer et aciers en barresUsine de Montataire (Oise / France), sur le site de " L'histoire industrielle du Luxembourg, et au-delà" , grâce à deux roues hydrauliques verticales que font tourner une chute d'eau sur le Thérain suffisamment importante, obtenue en modifiant le cours de la rivière, puis en 1813 par les frères Bernard et Louis Mertian, deux négociants parisiens, qui installent un laminoir à tôles, connu pour ses "tuiles" de Montataire en tôle de fer blanc ondulée, Georges Dufaud, directeur de l’usine, utilisant de vieux fers provenant de Paris et de Belgique.

Années 1820: traitement du minerai de fer des forêts voisines En 1823, la fabrique de tôles et fers blancs laminés est convertie en fonderie et forge de fer et de cuivre, afin de "traiter le minerai de fer des forêts voisines", en recourant à une puissance hydraulique augmentée. Pendant un siècle, l'usine affiche ensuite une production "en progression continue".

Années 1840: arrivée du chemin de fer Si les Forges de Montataire et la faïencerie de Creil "grandirent dès le début du ", c'est seulement à partir de l'apparition du chemin de fer de Paris à Lille en 1846 que se sont "multipliées les usines de Montataire Creil et Nogent-sur-Oise", qui ont "occupé des terrains plats autour de la gare et le long des voies ferrées".

La raccordement des ateliers à la voie ferrée "épargne un déchargement et un rechargement" et donc des frais de manutention et des détériorations". Même si Creil-Montataire est "sur une des plus belles voies navigables de France" le train est "lui plus économique""Le centre industriel de Creil" par Michel. Courtemanche,dans la revue Annales de géographie en 1923 .

La voie fluviale menant à l'Oise est ensuite peu utilisée par les usines locales seules les Forges de Montataire reçoivent par elle environ un tiers de leurs matières premières.

Années 1880: la grande grève Un premier four Martin, four à réverbère doté de récupérateurs de chaleur pour la fusion de ferrailles de recyclage et pour l'affinage de la fonte brute, voit en 1880 le jour sur le site, qui bénéficie "d'importantes commandes d'acier" par la Marine nationale jusqu’en 1900.

À l’usine sidérurgique de Montataire, le personnel comprenait plus de en 1884 mais il a été réduit de moitié dans les qui ont suivi, sur fond de crise causée par le Krach boursier de 1882 dû à l'effondrement de la banque Union générale.

L'année 1887 voit une "crise sociale" importante aux Forges de Montataire causée par le mécontentement accumulé. En , la direction avait décidé de réduire les salaires d'une moyenne de 9 à 10 %. Et en , une grève de tous les ateliers dure deux semaines mais "sans violence, sans désordre manifeste", grâce à l’existence des « institutions patronales » : économat, logements ouvriers, location de parcelles de terre. Le , les ouvriers de l’atelier de tôlerie de Montataire, le plus affecté par les périodes de chômage depuis trois ans, ont déclenché cette grève, ayant appris que des commandes importantes et livrables à bref délai créaient une occasion favorable pour eux de réclamer une augmentation de salaire"La grève de Montataire, ses causes, son caractère et ses suites" par William Berthault, ancien directeur des forges de Montataire, aux Presses des Mines en 1887 .

vignette|alt=photo en noir et blanc, vue de machines avec des ouvriers en casquette à côté|Centrale d'énergie électrique des Forges de Montataire, au début du . Première Guerre mondiale La croissance se poursuit jusqu’à la Première Guerre mondiale, qui la voit réquisitionnée pour un "massif effort de guerre", la production de projectiles et de bombes. C'est pendant cette même guerre de 1914/1918 que la première gare de triage du Petit Therain fut érigée par le génie militaire, afin de dégager la gare de Creil et faire transiter le ravitaillement en vivres de la armée.

Une liaison directe à simple voie entre la gare de triage du Petit Thérain et celle de Montataire fut réalisée en pour trier les cercueil qui repartaient du front vers les différents cimetières, mais aussi acheminer directement les vivres militaires, comme pain de l'Oise, venant de Montières et Rochy-Condé.

Années 1920 Dans les années 1920, l'usine subit une nouvelle mutation causée par la fin de ce "massif effort de guerre". Le dernier four Martin et les trains à fer marchands sont arrêtés en 1922, laissant place à la fabrication de fûts de fer.

Dans les années 1920, le professeur observe que "les forges et fonderies de Montataire, de réputation ancienne, fabriquent des aciers des tôles galvanisées et ondulées". La voie ferrée occupe à elle seule environ 1500 salariés dans le bassin industriel local en 1920, dont plus de 900 au dépôt de machines de chemin de fer tout proche, à Nogent-sur-Oise. Le trafic ferroviaire est élevé en 1920, avec pour la gare de Creil seule 344 675 tonnes aux arrivages en petite vitesse et 203080 tonnes aux expéditions Plus de 250 salariés travaillent alors à l'usine de wagons Brissonneau, débouché naturel des produits d'acier de Montataire.

L’usine se modernise lors de sa fusion de 1929 avec un concurrent du département du Nord, qui donne naissance à la SA des Hauts fourneaux et laminoirs de la Sambre. Pour accompagner la croissance de la capacité de production, une centrale électrique thermique à charbon, alimentée par la Compagnie des mines de Lens est construite la même année sur le site.

Années 1930 Le krach de 1929 puis la guerre de 1939-1945 privent le site d'investissement important. Alors que l'effort de guerre avait été massif à Montataire en 1914-1918, ce n'est pas le cas en 1939-1945. L'outil de production a vieilli et rendu les conditions de travail difficiles et peu productives car "c’était impossible humainement de travailler sans arrêt pendant huit heures, notamment du fait de la chaleur". Les ouvriers "sortaient les tôles avec des pinces", pour certains "torse nu", avec derrière "un gars qui les aspergeait parce qu’autrement, ils n’auraient pas pu résister" aux températures ambiantes.

Années 1940 Projet initial Le lancement dès 1948 du nouveau laminoir de Montataire et de celui de Denain, qui ne sera achevé qu'un peu plus tard"Usinor – de Wendel. Une course fratricide durant les Trente Glorieuses ?", par Éric Godelier aux Presses universitaires de Provence , marque "un transfert du centre de gravité de la France sidérurgique de l'est vers le nord" de la France. Il est réalisé grâce à l'appoint des dollars Marshall et Le Monde estime qu'il "faut battre le fer quand il est chaud !".

La décision définitive concernant ce double investissement est selon Philippe Mioche, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Provence, "bien prise avant" la mise en place le de la commission de la sidérurgie du Plan Monnet, animée par Jean Monnet premier commissaire au Plan de 1946 à 1952. Rôle du Plan Marshall Le dossier financier des investissements nécessaires, y compris les achats de matériel à United engineering et Westinghouse aux États-Unis, est bouclé en 1946, soit avant le Plan Marshall, mais sous forme de projet.

Usinor a bénéficié par la suite de ce Plan Marshall, car le montant prévu a doublé pour accompagner la hausse des prix, et obtient une rallonge de 6,1 millions de dollars en 1949 et 1950"Le Plan Marshall et la sidérurgie française" par Philippe Mioche, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Provence, président de l'Association Mémoire Industrie Patrimoine en Provence. Comité pour l’histoire économique et financière de la France .

Le devis initial des deux investissements, Denain et Montataire est évalué à de dollars, consacrée à des équipements venant des deux entreprises américaines.

L'État français accorde une garantie de change, pour acheter les approvisionnements américains, sur la base de pour un dollar. Compte tenu des tensions monétaires de l'hiver 1947-1948, elle "devient un joli cadeau" de près de 900 millions de francs pour l'année 1948, qui voit d'emblée Robert Schuman dévaluer de 44,4 % le franc le 25 janvier, puis encore plus tard.. Rivalité avec la Lorraine Cette dévaluation propulse le dollar à , quand ces approvisionnements américains sont encore nécessaires. Une augmentation de capital importante, d'un milliard de francs, est prévue, complétée par deux emprunts à moyen terme.

De son côté, la sidérurgie Lorraine est tout d'abord "frappée d’une injuste suspicion de collaboration" pendant la guerre, puis associée aussi les membres de la Commission de modernisation de la sidérurgie insistant sur la nécessité d’installer un second train à Hayange mais en ce dossier est bloqué du fait de l’opposition de François de Wendel, qui indigne contre ses collègues de la commission, Henri Malcor en particulier, qu’il soupçonne dans son carnet personnel "de brader les intérêts de sa firme". Résultat, en est vantée une solution sous la forme d'une coopérative de transformation des produits d'acier dominée par les de Wendel, à qui tous livreront une quantité fixée de demi-produits.

Ainsi émerge le « Groupement pour le train à bandes de l’Est » qui dépose une demande officielle le . Le gouvernement, lui, craint que cette formule "ne permette aux sidérurgistes de maintenir en activité leurs vieilles tôleries", sapant la rentabilité du nouveau train à bandes et refuse d’accorder aux lorrains une garantie de change. Finalement, le , ce projet lorrain bénéficie de l'arbitrage positif rendu par le ministre Robert Lacoste et Paul Reynaud, l'administration ayant même dû renoncer à la présence d’un représentant de l’État à la future Sollac.