Le Contact Improvisation est une forme de danse improvisée développée internationalement depuis 1972.
D'abord conçu comme un spectacle du danseur et chorégraphe américain Steve Paxton, le Contact Improvisation a évolué pour devenir un sport artistique, oscillant entre différents statuts selon celles et ceux qui le pratiquent : danse expérimentale (pratique de recherche au studio organisée en « laboratoires »), danse scénique (performances improvisées, « conférences-démonstrations »), entraînement régulier des danseurs (pour les danses à deux ou partnering en particulier), danse sociale...
Formellement, le Contact Improvisation est une danse principalement pratiquée en duo qui ressemble à d'autres « formes de duos familières, comme l’étreinte amoureuse, la lutte, les arts martiaux et le jitterbug, comportant une gamme de mouvements qui vont de l’immobilité aux mouvements les plus athlétiques. »
Diverses définitions ont été tentées pour établir ce qui était en jeu dans un duo de Contact Improvisation. Steve Paxton proposait la suivante en 1979 :
Naissance du Contact Improvisation
De Magnesium à You Come and We'll Show You What We Do vignette|Steve Paxton (1939-2024) en 2013. Le Contact Improvisation a été développé aux États-Unis dans le courant des années 1970, par un groupe de danseurs et d'athlètes réunis pour la première fois sous l'impulsion du chorégraphe et danseur Steve Paxton.
En , Steve Paxton est en résidence à Oberlin College à l'occasion d'une tournée du Grand Union, un collectif où il collabore entre autres avec Yvonne Rainer et Trisha Brown. Durant plusieurs semaines, il propose aux étudiants deux séries de pratiques : tous les matins, une exploration qu'il nommera bientôt la Small Dance (« petite danse »), forme de méditation qui se pratique debout, où l'attention est portée sur les ajustements posturaux et les micro-transferts de poids ; et l'après-midi, les répétitions pour une performance qu'il transmet à un groupe de jeunes hommes et dont la partition consiste à explorer roulades, collisions, et sauts en l'air et pour lesquelles Steve Paxton s'appuie sur sa formation en danse moderne (il a dansé dans la compagnie de Merce Cunningham et appartenait au groupe du Judson Dance Theater), en Aïkido et en gymnastique. La rencontre de ces pratiques donne lieu à Magnesium, une pièce longue d'une vingtaine de minutes où les danseurs pratiquent sur des matelas de gymnastique, sautent et se rentrent les uns dans les autres, se manipulent et s'agrippent les uns les autres. Dans cette performance, « les danseurs utilisent généralement leurs corps d'un seul bloc, toutes les parties sont simultanément déséquilibrées ou jetées contre un autre corps ou dans les airs. » Après une quinzaine de minutes, les danseurs s'arrêtent et entament une « petite danse » qui conclut la performance.
Au printemps de la même année, Steve Paxton obtient une bourse qui lui permet d'inviter en résidence une quinzaine de danseurs et de danseuses pour prolonger le travail : il convie certains collègues de l'époque du Judson Dance Theater comme Barbara Dilley et Mary Fulkerson, mais aussi des étudiants rencontrés au cours de ses tournées d'enseignement, parmi lesquels Nancy Stark Smith et Curt Siddall (d'Oberlin College), Danny Lepkoff et David Woodberry (de l'Université de Rochester) et Nita Little (de Bennington College).
À l'issue de cette semaine de résidence, le groupe présente une pièce qu'ils décident d'intituler pour la première fois Contact Improvisations : ils la présentent sous la forme d'une pratique permanente pendant cinq jours, à l'intérieur de la John Weber Gallery à New York, qui présente au même moment un film de George Manupelli, Dr Chicago, et où les spectateurs vont et viennent pendant que la pratique se prolonge.À la suite de cette première performance, un petit nombre de contacteurs se constitue en compagnie et commence à tourner un spectacle intitulé You Come and We'll Show You What We Do (Venez et on vous montrera ce qu'on fait) dans lesquels les danseurs s'efforcent de se montrer au travail, à la recherche de sensations et de mouvements nouveaux en direct et dans une attitude anti-spectaculaire. Cette attitude est en écho avec les thèmes chers au Judson Dance Theater, exprimés notamment dans le « No Manifesto » d'Yvonne Rainer, amie et collègue proche de Steve Paxton (« NON au spectacle non à la virtuosité non aux transformations et au merveilleux et au trompe-l'œilRoselee Goldberg, L'art vivant de 1933 aux années 1970, Thomas & Hudson , Chap 6 / Le Judson Dance Group »). La structure la plus fréquente de ces performances est celle du round-robin, où un duo au centre est soutenu par le cercle des autres danseurs, qui à tout instant peuvent intégrer le duo et remplacer l'un des deux danseurs, et ainsi de suite.
Explorations similaires à la même époque vignette|Floor Of The Forest de Trisha Brown (ici photographié en 2007 à la documenta 12, à Cassel) a été joué pour la première fois en 1970 à New York City. Les danseurs y entrent en suspension dans une sculpture faite de filins et de vêtements dans lesquels ils se glissent. Les explorations envisagées dans les premiers moments du Contact Improvisation ne sont pas propres au collectif mené par Steve Paxton : Simone Forti avait ainsi développé Huddle dans les années 1960 une pièce où six à sept danseurs étaient invités à former ensemble une masse agglutinée de laquelle l'un après l'autre il se détachait pour la réintégrer progressivement, mettant ainsi à l'épreuve les sensations tactiles, olfactives et pondérales :D'une autre manière, Meat Joy (1964) de Carolee Schneeman explorait une forme d'improvisation fondée sur le toucher :
Le développement d'un art-sport
En Amérique du Nord
Les styles gauche|vignette|Contact Improvisation en trio (Florence, 2017) À la suite de la première performance de Contact Improvisations à New York, les danseurs sont disséminés dans différents états des États-Unis mais commencent déjà à enseigner la pratique. Le style syncopé et maladroit des premières performances fait la place assez rapidement à une esthétique du flux, c'est-à-dire de mouvements à transferts de poids continus :Au moment où l'expérience s'est suffisamment accumulée pour rendre le flux maîtrisable dans l'improvisation en contact avec un partenaire, les contacteurs cherchent à trouver de nouvelles manières de se déséquilibrer, comme la musique ou un style volontairement accidenté :
Les débats Support essentiel du raffinement stylistique et des confrontations théoriques et pratiques permanentes entre les contacteurs, la revue Contact Quarterly (fondée en 1975 par Nancy Stark Smith et co-dirigée avec Lisa Nelson jusqu'en 2020) rassemble les différentes réflexions des enseignants et des praticiens et cimente une communauté internationale en la dotant d'un organe de communication.
Si le développement du Contact Improvisation a largement bénéficié du travail éditorial réalisé par Nancy Stark Smith pour soutenir les écrits des danseurs qui découvraient la forme, il doit également beaucoup aux caméras de Steve Christiansen puis de Lisa Nelson, qui accompagnent de nombreux moments du travail en cours et permettent aux contacteurs de s'observer avec minutie :
Les espaces de pratique vignette|Jam de Contact Improvisation (Montpellier, 2004)Vers le milieu des années 1970, le terme de jam fait son apparition dans les pages de Contact Quarterly : il désigne, comme les jams sessions en jazz et comme les milongas dans le tango, un espace-temps de pratique libre où des danseurs qui ne se connaissent pas peuvent se rencontrer et négocier ensemble leur danse ou observer la pratique de leurs partenaires. Dès le milieu des années 1970, outre les jams régulières, aujourd'hui présentes dans la plupart des grandes villes d'Amérique du Nord (New York City, Boston, San Francisco, Montréal...), des structures sur plusieurs jours sont régulièrement proposées pour rassembler praticiens et praticiennes. Il peut s'agir de stages résidentiels guidés par un danseur ou un groupe de danseurs, ou de « conférences » ou « festivals », où les journées alternent entre-temps de pratiques libres, cours par des artistes invités et débats. D'autres espaces moins structurés (aujourd'hui appelés Long Jams, comme la Breitenbush Jam, qui existe depuis 1981) voient le jour dès la fin des années 1970. Le premier du genre a lieu sur l'île de Vancouver en 1979 : Ces événements résidentiels (stages, festivals, longues jams) représentent une économie parallèle qui invite à la création d'espaces de pratique retirés et dédiés, dont le modèle est très tôt fourni par Earthdance, un centre résidentiel construit en 1986 par une communauté bostonienne de danseurs amateurs.
L'université En , un point culminant de la jeune histoire américaine du Contact Improvisation est atteint avec l'organisation d'une conférence de l'American Dance Guild, L'improvisation: la danse considérée comme art-sport, dédiée de manière centrale au Contact Improvisation, qui avait été baptisé « art-sport » quelques années plus tôt par Simone Forti.
Cette conférence introduit le Contact Improvisation dans le milieu universitaire américain, si bien qu'il est aujourd'hui enseigné dans la majorité des universités américaines qui proposent un cursus chorégraphique (New York University, Oberlin College, Bennington College, Smith College, Ohio State University, ...) ainsi que dans de nombreux festivals de danse contemporaine (Jacob's Pillow, Bates Dance Festival...).
En Europe En Europe, le Contact Improvisation a été présenté pour la première fois en 1973 dans une galerie d'art à Rome (). Dans les années 1970 et 1980, Steve Paxton, Nancy Stark Smith, Lisa Nelson sont régulièrement invités au (en Grande-Bretagne) et à la School for New Dance Development d'Amsterdam (Pays-Bas) qui servent de courroies de transmission du Contact Improvisation en Europe.
La danseuse et chorégraphe belge Patricia Kuypers remarque (en 1999) que
En France En 1978 Steve Paxton et Lisa Nelson viennent donner une performance et un stage de Contact Improvisation pendant les Fêtes musicales de la Sainte Baume :Ils organisent alors cours, stages et performances en invitant Steve Paxton, Lisa Nelson, Nancy Stark Smith, et autres professeurs étrangers. Dès 1979 sous le nom d'Atelier Contact, ils enseignent et proposent des performances à Paris et en province. En 1980, ils créent l’association Danse Contact Improvisation à Paris, puis à Nice. l’Atelier organise le festival Avogadro avec des artistes de divers horizons et nationalités (CA, FR, GB, USA). En 1982 ils réunissent la toute première rencontre internationale de Contact Improvisation au centre international de la Sainte-Baume. En 1985, l'association est dissoute. En 1998, à l'occasion des vingt ans de la création de l'Atelier Contact, une fête est organisée à la Ménagerie de Verre (Paris). Les archives et histoire de l’Atelier Contact mises en perspectives par ses acteurs, dont un film sont déposés au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris dans le cadre de l'aide à la recherche et au patrimoine en danse 2019. Le Contact Improvisation est aujourd'hui pratiqué dans la plupart des grandes villes de la métropole française — Paris, Grenoble, Lyon, Marseille, Montpellier, Lille, Rennes ont ainsi toutes au moins une jam hebdomadaire —, et il est enseigné dans de nombreux conservatoires, dont le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.
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