En sociolinguistique, une variété est, dans une langue donnée, une ramification qui constitue un système linguistique spécifique et cohérent, utilisé par une catégorie de locuteurs délimitée selon certains critères extra-linguistiquesBussmann 1998, .Bidu-Vrănceanu 1997, .. Dans la sociolinguistique américaine, le terme lecte (du grec lektos « choisi ; mot, expression »), introduit pour dénommer la variété de langue, est également employé comme élément second de composition dans la dénomination de divers types de variétés : idiolecte (variété individuelle) ; « régiolecte », « géolecte », « topolecte »Moreau 1997, . (variété régionale) ; sociolecte (variété sociale)Bussmann 1998, . ; « ethnolecte » (variété parlée par une ethnie)Clyne 2000. ; « chronolecte » (variété temporelle et générationnelle) ; « technolecte » (langage ou jargon de spécialité)Grutman 2019..
Surtout en sociolinguistique américaine, le terme « dialecte » est employé avec le sens général de variété de langue, y compris dans des syntagmes comme « dialecte individuel », « dialecte régional », « dialecte social », etc.Bidu-Vrănceanu 1997, . On trouve ce dernier syntagme dans la linguistique française aussiDubois 2002, ., mais dans d’autres linguistiques, comme l’allemandeBussmann 1998, ., la roumaineBidu-Vrănceanu 1997, . ou la hongroiseKálmán et Trón 2007, ., « dialecte » tout court dénomme la variété régionale.
Types de variétés Idiolecte Un idiolecte est la somme des faits de langue qui caractérisent l’utilisation de celle-ci par un individu dans une certaine étape de sa vie. Par conséquent, une personne emploie successivement plusieurs idiolectes. L’idiolecte est la seule réalité linguistique qui puisse être consignée par les enquêtes dialectales et sociolinguistiques. D’autres variétés de langue sont en fait des abstractions qui résultent de l’analyse d’un grand nombre d’idiolectesDubois 2002, .Crystal 2008, .Bidu-Vrănceanu 1997, ..
Le caractère individuel des idiolectes est perceptible notamment dans les écrits littéraires, où ils apparaissent en tant que styles personnels des auteurs.
Variété régionale
Une variété régionale (un dialecte dans le sens traditionnel et courant du terme) est une variété de langue établie selon un critère géographique, elle est donc territorialeConstantinescu-Dobridor 1998, article dialect..
En général, la variété régionale est considérée comme faisant partie d’une série hiérarchique, ayant pour supraordonnée la langue. Selon certains linguistes, le dialecte en tant que variété régionale a comme subordonné immédiat le sous-dialecte, parlé sur un territoire plus restreint que celui du dialecte dont il fait partie. Un dialecte ou un sous-dialecte peut à son tour subordonner des variétés appelées « parlers », existant sur un territoire plus restreint. Un parler peut être limité même à une vallée ou à un villageDubois 2002, .Bidu-Vrănceanu 1997, ..
Sociolecte
Un sociolecte est une variété autre qu’individuelle ou régionale. Les définitions données au sociolecte diffèrent en fonction des catégories de locuteurs considérées. Certains linguistes la limitent aux classes sociales (élite, classe moyenne, classe ouvrière, etc.)Bussmann 1998, .Crystal 2008, 144Eifring et Theil 2005, chap. 7, .. Chez d’autres linguistes, ce terme devient conventionnel, puisqu’il se réfère également à d’autres types de catégories de locuteurs : occupationnelles, professionnelles et d’âgeDubois 2002, .A. Jászó 2007, .Bokor 2007, .Zsemlyei 2009, .. Il y a plusieurs types de sociolectes.
Registres de langue
Les registres ou niveaux de langue sont des variétés possédées par les locuteurs en fonction de leur niveau d’instruction qui dépend dans une certaine mesure de la catégorie sociale dont ils font partie. Dans la linguistique française, par exemple, on distingue le registre courant et le registre soutenu, qui font partie de la variété standard, apprise dans le système scolaire ; le registre populaire, de ceux qui n’ont pas le niveau scolaire nécessaire pour avoir acquis au moins le registre courant ; le registre familier, utilisé dans certaines situations par ceux qui possèdent au moins le registre courant aussiStourdzé 1971..
Langages de spécialité On entend en général par langages de spécialité ceux des domaines scientifiques, techniques, économiques, politiques, etc., différents de la langue commune par leurs terminologies, mais qui ont le système grammatical et discursif de la variété standard, avec certaines spécificitésBussmann 1998, .Bidu-Vrănceanu 1997, .Szabó 1997, ..
Argot, slang et jargon
Les termes français « argot » et « jargon », ainsi que le terme anglais slang sont empruntés par les linguistiques de diverses langues. Ils dénomment des types de sociolectes qui ont pour traits communs d’être non standard, d’être utilisés par une certaine catégorie de locuteurs et de ne pas être compris en dehors de cette catégorie. En les considérant par deux, il y a aussi d’autres interférences entre eux, c’est pourquoi il y a des différences importantes entre linguistes quant à leur définition et caractérisation. Certains considèrent les trois termes comme des synonymesCf. Tender 1997, , qui ne nomme pas de linguistes., d’autres deux d’entre eux, par exemple « argot » et slang, se référant à leur utilisation avec le même sens en français et en anglaisBussmann 1998, ., d’autres encore, dans la linguistique russe, par exemple, appellent « jargon » ce qui est caractérisé par d’autres comme argot ou comme slangIartseva 1990, article Жарго́н « jargon »..
Dans les linguistiques française et roumaine, on n’emploie pas le terme slang. Dans la seconde, Bidu-Vrănceanu 1997 voit la différence entre argot et jargon en ceci : les utilisateurs d’un argot s’opposent aux convenances par leur langage, cherchent à se délimiter avec son aide, et ceux de certains groupes l’utilisent pour ne pas être compris de ceux qui n’appartiennent pas à leur groupeBidu-Vrănceanu 1997, ., alors que le jargon n’est pas un langage secret ni non conformiste, bien que certains groupes l’utilisent pour se délimiter des non-initiés, mais d’autres n’ont pas une telle intentionBidu-Vrănceanu 1997, ..
Dans d’autres linguistiques, certains auteurs utilisent les trois termes et délimitent le slang de l’argot. Ainsi, l’argot serait seulement le langage des délinquants et le slang le registre familier des habitants des grandes villes, qui contient du vocabulaire argotique devenu ainsi non confidentiel. Dans le même temps, ils entendent par jargon tout langage par lequel ceux qui l’utilisent veulent se distinguer de ceux qui n’apartiennent pas à leur groupe, ils considèrent donc l’argot et le slang comme des types de jargons. Certains auteurs ajoutent en tant que trait du slang une fonction expressive, affectiveKálmán et Trón 2007, ..
Les catégories de locuteurs qui utilisent une telle variété sont très diverses. Dans les linguistiques tchèque et slovaque, par exemple, il y a des recherches concernant les variétés de langue de 68 catégories de locuteurs : délinquants, détenus (catégories sociales marginales) ; jeunes (catégorie d’âge) ; élèves, étudiants (catégories d’âge et d’occupation) ; pharmaciens, médecins (professions non manuelles) ; potiers, boulangers (métiers manuels) ; artistes plastiques, musiciens (arts) ; ouvriers des brasseries, postiers (occupations) ; joueurs de cartes, chasseurs (loisirs), etc. Dans ces linguistiques, toutes ces variétés sont appelées slangsKlimeš 1997, .. Dans la linguistique française, certains les appellent toutes « argots »Par exemple Dubois 2002 () ou Grevisse et Goosse 2007 ()., d’autres appellent « jargons » les variétés spécifiques à des professions ou occupationsPar exemple Turpin 2002.. Par contre, dans la linguistique russe, certains les appellent toutes « jargons ».
Ethnolectes Certains linguistes incluent parmi les sociolectes ce qu’on appelle des « ethnolectes »Par exemple Clyne 2000., utilisés par des groupes ethniques, comme les variétés groupés sous le nom de Black English « anglais noir », parlées en Amérique du Nord par les descendants des esclaves d’origine africaineBussmann 1998, ..
Jargon et style dans les langages professionnels Au sein des langages de spécialité, on distingue souvent plusieurs dimensions : le jargon (ensemble de termes propres à une profession), la technicité (précision conceptuelle nécessaire) et le style (choix syntaxiques et rhétoriques spécifiques). Ces éléments peuvent coexister, mais n’ont pas le même impact sur la lisibilité.
Le langage juridique, par exemple, est souvent cité pour son jargon spécifique (astreinte, obligation in solidum, obligation de moyens), mais aussi pour un style distinctif : emploi de phrases longues, subordonnées enchâssées, voix passive, nominalisations, absence d’agent ou de contexte explicite. Ce style n’est pas dicté uniquement par la nécessité juridique, mais résulte aussi de conventions historiques et institutionnelles.
Des chercheurs comme Martínez et al.Martínez et al. 2022. ont démontré que ces choix stylistiques sont au moins aussi responsables de la difficulté de lecture que le vocabulaire technique lui-même. D’autres études, comme celles de BencherifBencherif 2025. ou ChibisovaChibisova 2018., insistent sur le rôle de la syntaxe et de la densité informationnelle dans l’opacité des textes juridiques.
Cette distinction permet de mieux comprendre pourquoi certains langages professionnels sont perçus comme plus ou moins accessibles : ce n’est pas uniquement une question de lexique, mais aussi de conception linguistique plus large, dans laquelle le style joue un rôle crucial.
Rapports entre variétés Toutes les variétés d’une langue constituent un continuum, il n’y a donc pas de frontières nettes entre elles. Elles ont des rapports complexes, qu’on peut considérer de deux points de vue. L’un concerne leurs traits linguistiques, l’autre tient de leur emploi.
Rapports linguistiques Toutes les variétés ont en commun les traits principaux de la langue en cause. À côté de ceux-ci, les variétés présentent d’autres interférences plus ou moins importantes entre deux ou plusieurs du même type ou de types différents, ainsi que des influences réciproques ou non réciproques.
Il y a des interférences entre registres de langues et d’autres sociolectes. Ainsi, les principaux traits grammaticaux des langages de spécialité standard sont ceux des registres courant ou soutenuBidu-Vrănceanu 1997, .Zsemlyei 2009, ., alors que les argots, slangs ou jargons mentionnées plus haut ont le système grammatical des registres populaire ou familierDubois 2002, .Grevisse et Goosse 2007, p. 24..
Les variétés régionales forment en général une chaîne, faisant partie d’un continuum dialectal géographique, avec une zone de transition entre deux dialectes voisinsCrystal 2008, .Bidu-Vrănceanu 1997, ..
Dans le cas des langues qui ont une variété standard, considérée elle aussi comme un sociolecte, celle-ci s’est formée d’ordinaire sur la base d’une variété régionale, avec des apports des autres variétés régionalesLeclerc 2017, chapitre 3 et chapitre 5.. Celles-ci influencent la variété standard par certains mots des premiers qui entrent dans la dernière, mais l’impact du standard sur les variétés régionales est beaucoup plus grand. Elles ont tendance à perdre leurs spécificités et à se rapprocher du standard. Il se forme ainsi des variétés intermédiaires orales entre variétés régionales et variété standardBidu-Vrănceanu 1997, .Kiss 2006, ..
La langue de la littérature artistique étant très variée, elle adopte, dans un but stylistique, des régionalismes, lorsque des écrivains veulent donner de la couleur locale à certaines œuvresThibault 2014, semaine 6, et semaine 7, ., ainsi que des mots d’argot, aussi bien en prose, qu’en poésie et au théâtre, surtout pour refléter des milieux où l’on parle des argotsFrançois 1975..