Louis Aragon, né probablementIl n'existe aucun acte d'état civil de cette période : seul un acte de baptême de complaisance daté du 3 novembre 1897 est consigné au registre des baptêmes de Neuilly-sur-Seine où aucun de ses parents ne résidait. Cet acte de baptême mentionne de Jean Aragon et de Blanche Moulin. le à Paris et mort le dans la même ville, est un poète, romancier et journaliste français.
Avec André Breton, Tristan Tzara, Paul Éluard, Philippe Soupault, il est l'un des animateurs du dadaïsme parisien et du surréalisme. Après sa rupture avec le surréalisme en 1931, il s'engage pleinement dans le Parti communiste français, auquel il avait adhéré en 1927, et dans la doctrine littéraire du réalisme socialiste. La défaite de 1940 marque un tournant dans sa poésie, et Aragon se tourne alors vers une réinterprétation de la tradition poétique et romanesque.
À partir de la fin des années 1950, Léo Ferré et Jean Ferrat mettent en musique ou chantent nombre de ses poèmes, contribuant à faire connaître son œuvre poétique à un large public.
Avec Elsa Triolet, il a formé l'un des couples emblématiques de la littérature française du . Plusieurs recueils d'Aragon lui sont dédiés, et ses œuvres font souvent référence aux œuvres de sa compagne.
Biographie Enfance vignette|gauche|Louis Aragon et sa mère. Fils naturel et adultérin de Louis Andrieux, ex-préfet de police de la ville de Paris devenu député de Forcalquier, ex. franc-maçon et membre de la haute bourgeoisie protestante (par son mariage avec Hélène Koechlin), et de Marguerite Toucas-MassillonFille de l'avocat toulonnais Ferdinand Toucas et de Claire Massillon, son épouse, ainsi que sœur aînée d'Edmond Toucas-Massillon, préfet, selon des sources, ou fille de Ferdinand Toucas, sous-préfet, selon une autre source : ., jeune fille d'une famille de la moyenne bourgeoisie catholique établie à Forcalquier et qui tenait une pension de famille avenue Carnot à Paris, Louis Aragon naît dans un lieu qui n'est pas connu avec certitude : le plus vraisemblablement à ParisSon acte de naissance officiel est établi dans le par un jugement du Tribunal civil de la Seine en date du 13 février 1914. La mention qui en est faite sur les registres à la date du 3 octobre 1897, ainsi que le jugement transcrit le 18 mars 1914 et l'acte de naissance établi le 20 mars suivant sont consultables sur le site des archives de Paris. (sa mère accouche place des Invalides comme il le raconte dans Je n'ai jamais appris à écrire, ou Les incipit), mais peut-être à Neuilly-sur-Seine, cité par certaines sources, ou à Toulon où sa mère s'est retirée enceinte pour Michel Schneider, « Le fils caché », Le Point, 26 avril 1997.. Il est élevé entouré de femmes..
Le nom « Aragon » aurait été choisi par Louis Andrieux en souvenir de l'Aragon, qu'il découvrit lorsqu'il était ambassadeur en Espagne.; mais peut-être aussi Andrieux avait-il ce nom présent à l'esprit du fait que, étant préfet, il avait sous ses ordres le commissaire Aragon. Afin de préserver l'honneur de la famille maternelle, issue des Massillon, et celui du préfet, l'enfant est présenté comme étant à la fois le fils adoptif de sa grand-mère maternelle Claire Toucas, le frère de sa mère et le filleul de son père. L'œuvre de Louis Aragon portera en filigrane la secrète blessure de n'avoir pas été reconnu par son père, de trente-trois ans plus âgé que sa mère. Il évoquera ce qui fut le drame de sa vie, secret partagé avec sa mère qui lui rendit peut-être la paternité et la transmission d'un nom difficile à envisager, Louis Aragon, Domaine privé dans La Diane française, , Éditions Seghers, Paris, 1946., dans un ensemble de trois poèmes intitulé Domaine PrivéLouis Aragon, Domaine privé in La Diane française, , Éditions Seghers, Paris, 1946..
Louis Aragon étudie vers 1907 à l'école Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine (aujourd'hui groupe scolaire La Trinité) où il côtoie Henry de MontherlantCité dans Album Montherlant, La Pléiade, éditions Gallimard, 1979, page 42. et les frères Jacques et Pierre PrévertCité dans Aragon, biographie par Philippe Forest, éditions Gallimard, 2015, page 85. puis poursuit ses études au lycée Carnot.
Il est en deuxième année de médecine avec André Breton au « Quatrième fiévreux » du Val-de-Grâce, le quartier des fous., où les deux carabins se sont liés à Philippe Soupault, quand il est mobilisé, à ce titre, comme brancardier, puis adjudant médecin auxiliaire. C'est à cette occasion que Marguerite Toucas lui révèle le secret de naissance qu'il pressentait.. Il est mobilisé en 1917 et rejoint le front au printemps 1918 comme médecin auxiliaire..
Sur le front, il fait l'expérience des chairs blessées, de la violence extrême de la Première Guerre mondiale, d'une horreur dont on ne revient jamais tout à fait, in Louis Aragon, Aurélien, , Folio, 1976. mais qui réapparaîtra constamment dans son œuvre et qui est à l'origine de son engagement futur pour la paix. Il reçoit la croix de guerre et reste mobilisé jusqu'en en Rhénanie occupée, épisode qui lui inspirera le célèbre poème Bierstube Magie allemande.
Débuts littéraires dans les cercles dada et surréalistes En 1920, Aragon publie son recueil Feu de joie aux éditions Au sans pareil, fondées par René Hilsum, où publient également André Breton et Philippe Soupault. Il écrit régulièrement dans la revue Littérature fondée par Breton et éditée par HilsumNotice de Feu de joie, dans les Œuvres complètes, éditions Galliamrd, coll. "Bibliothèque de la Pléiade, .. En 1921, la NRF publie Anicet ou le Panorama, roman commencé dans les tranchées.
Dans le Paris dandy de l'après-guerre, il se lie avec Pierre Drieu la Rochelle, pour qui le quitte une dessinatrice américaine, Eyre de Lanux.. Il se console auprès de Denise Lévy, qui choisira d'épouser un autre de ses amis, Pierre Naville, tout en commençant la rédaction du Paysan de Paris. L'Œuf dur publie quelques-uns de ses textes.
En 1922, il renonce à devenir médecin, fonde avec Breton et Soupault la revue Littérature et publie Les Aventures de Télémaque. Grâce à Breton, il trouve du travail chez le couturier Jacques Doucet, grand collectionneur de tableaux modernes, mais aussi de manuscrits, dans l'achat desquels il le conseille en tant que secrétaire.
Après avoir illustré le dadaïsme et connu les expériences d'écriture automatique auprès de Robert Desnos, auquel il consacrera des années plus tard l'émouvante Complainte de Robert le DiableLouis Aragon, Les Poètes, , NRF, 1969, réed. revue et corrigée 1976. chantée par Jean Ferrat, il rejoint, en 1924, André Breton, Paul Éluard et Philippe Soupault dans le mouvement surréaliste et cosigne, à l'occasion de l'enterrement d'Anatole France, le scandaleux qui invite à jeter à la Seine toute la littérature passée. Il dévore, comme pour oublier Denise Lévy, les œuvres d'Engels, de Lénine, de Proudhon, de Schelling, de Hegel et de Freud.
vignette|Nancy Cunard, amante de Louis Aragon de 1926 à 1928..
En 1926, démuni, il signe avec Jacques Doucet un contrat par lequel le jeune romancier s'engage à livrer mensuellement sa production au collectionneur en échange d'une rente mensuelle de mille francs. Il écrit ainsi un cycle de mille cinq cents feuillets, La Défense de l'infini. Il devient simultanément l'amant de l'écrivaine anarchiste Nancy Cunard, qui l'emmène à sa suite à travers toute l'Europe. Leur liaison se révèle intense et tumultueuse : elle prend fin après la tentative de suicide qu'Aragon, rongé par la jalousie, commet en 1928 au cours d'un voyage à Venise avec NancyAragon revient brièvement sur cet épisode dans l'ouvrage La Mise à mort, publié en 1965, comme le rappelle Olivier Barbarant dans Le Paris d'Aragon, Éditions Alexandrines, 2016, p. 89. .
vignette|gauche|Elsa Triolet, compagne de Louis Aragon de 1928 à sa mort.
Avec Breton et après Éluard, il adhère en au Parti communiste français. À l'été, il rédige Traité du style, un essai militant pour une littérature engagée dans lequel figure une violente protestation contre l'exécution de Sacco et Vanzetti et qui ne paraîtra que l'année suivante. En novembre, dans un hôtel de la Puerta del Sol à Madrid, Nancy sauve une poignée d'exemplaires de La Défense de l'infini que le poète, dans une crise de rage, a jetés au feu. Cette rupture, qui est aussi une rupture avec l'argent, marque le début d'une remise en cause personnelle profonde dont l'engagement politique sera l'issue.
En , privé du soutien financier de Doucet, il fait paraître, mais anonymement, Le Con d'Irène qui a été sauvé des flammes. La nouvelle est interdite par la police et Aragon nie devant le juge d'instruction en être l'auteur. À Venise en , ruiné par l'échec de l'ouvrage, il découvre la liaison de Nancy avec Henry Crowder et tente de se suicider, épisode à l'origine d'un de ses plus célèbres poèmes, qui sera chanté par Léo Ferré, Il n'aurait falluLouis Aragon, Le Roman inachevé, 1956..
Deux mois plus tard, le , il rencontre à la brasserie La Coupole Elsa Triolet, sœur de Lili Brik — la muse de Vladimir Maïakovski. Elsa « entre dans le poème », Elsa entre dans le poème, dans Les Poètes, , NRF, Paris, 1969. et devient sa muse pour la vie, formant avec le poète un couple mythique dont la célébration, en particulier dans Les Yeux d'Elsa, mêlera à partir des années 1940 l'éros, la philiaLouis Aragon, Le vrai zadjal d'en mourir dans Le Fou d'Elsa. et l'engagement au service d'une cause (la Résistance, le communisme, la décolonisation, le féminisme, la littérature, etc.).
Rupture avec le surréalisme et engagement communiste vignette|gauche|Plaque située au 5 rue Campagne-Première ( arrondissement de Paris), où il vit avec Elsa Triolet de 1929 à 1935. vignette|Plaque 56 rue de Varenne ( arrondissement), où le couple vécut également. En 1929, l'expulsion d'URSS de Trotski fige, au sein du groupe des surréalistes, les querelles de personnes en fractures idéologiques. Aragon s'oppose en particulier à un Breton dictatorial qui récuse la forme romanesque et qui juge la poésie seule apte à exprimer l'inconscient.
En 1930, six mois après le suicide de Maïakovski, Aragon est envoyé avec Georges Sadoul au Congrès des écrivains révolutionnaires de Kharkov représenter un mouvement surréaliste accusé d'anarchisme par la ligne dure du PCF. Aragon se range à cette ligne orthodoxe et publie à son retour Front rouge, un poème sous forme d'ode à l'URSS et au marxisme-léninisme, appelant à diverses actions violentes , dénonçant également l'esthétique surréaliste et les réformistes au cri de , ce qui lui vaut d'être inculpé pour appel au meurtre. La rupture avec Breton, qui, beau joueur, prend tout de même sa défense au cours du procès, est consommée.
Avec Elsa, il part vivre un an en URSS. Il montre sans conteste dans plusieurs textes une approbation de la terreur organisée par le régime stalinien .. Les recueils Persécuté persécuteur (1931) et Hourra l'Oural (1934) traduisent pleinement cet engagement. Le premier contient Front rouge et le second Vive le Guépéou. Selon Lionel Ray, ces deux recueils sont ses moins bonsLionel Ray, Aragon, Paris, Seghers, , 2002, ..
Il épouse Elsa le . Sa poésie est largement inspirée, depuis les années 1940, par l'amour qu'il lui voue (voir Les Yeux d'Elsa)..
Seconde Guerre mondiale Campagne de France Il est mobilisé en comme médecin auxiliaire d'abord au en avant de rejoindre la division légère mécanique. et part pour la frontière belge. Il participe aux combats de la campagne de France au printemps 1940, est évacué vers l'Angleterre depuis Dunkerque, à bord du torpilleur La Flore de la classe La Melpomène, avant d'être débarqué en France, à Brest, depuis Plymouth, pour reprendre le combat.. Il est fait prisonnier par les Allemands à Angoulême mais parvient à s'échapper. La campagne de 1940 lui vaut deux citations, la médaille militaire et la Croix de guerre avec palme, cette dernière pour être allé plusieurs fois rechercher ses camarades blessés à travers les lignes adverses.
Résistance