Pierre Dumarchey, dit Pierre Mac Orlan, né le à Péronne. et mort le à Saint-Cyr-sur-Morin, est un écrivain français.
Auteur d'une œuvre abondante et variée, il débuta par l'écriture de contes humoristiques, après avoir en vain tenté une carrière dans la peinture. À la suite de la Première Guerre mondiale, son inspiration se tourna vers le registre fantastique et le roman d'aventures. La dernière partie de sa carrière littéraire fut consacrée à l'écriture de chansons, essais et mémoires.
Au cours de sa jeunesse dans les premières années du , Mac Orlan vécut à Montmartre, où il se lia d'amitié avec Guillaume Apollinaire, Francis Carco ou encore Roland Dorgelès. À la même époque, il séjourna notamment à Rouen, Londres, Palerme, Bruges. Les souvenirs qu'il conserva de cette période, où ses moyens d'existence furent souvent précaires, lui servirent de matériau pour élaborer une œuvre à forte connotation autobiographique, qui influença entre autres André Malraux, Boris Vian et Raymond Queneau.
Témoin attentif de son temps, fasciné par les techniques modernes et les nouveaux moyens de communication, mais se tenant autant que faire se pouvait à distance des vicissitudes de l'histoire, il forgea la notion de « fantastique social » pour définir ce qui lui apparaissait comme étant l'envers trouble et mystérieux de son époque.
Biographie Il n'est pas aisé de reconstituer les années de jeunesse de Pierre Dumarchey, qui s'est montré peu éloquent sur le sujet, et s'est parfois plu à brouiller les pistesIl expliqua par exemple qu'il avait été , voir sur ce sujet .. Qui plus est, un certain nombre de documents ont été détruits, que ce soit par accident (les registres de l'état civil de Péronne, dont l'acte de naissance de Pierre Dumarchey, ont disparu dans le bombardement qui a détruit son hôtel de ville en 1916., les archives de l'École normale contenant son dossier ont été détruites pendant la Seconde Guerre mondiale) ou de volonté délibérée : le père de « Mac Orlan » brûla ainsi divers papiers et documents personnels dans les premières années du , et l'écrivain lui-même devait se livrer vers la fin de sa vie à un autodafé, brûlant dans son jardin une partie de sa correspondance et de ses archives personnelles, afin de ne pas avoir , confia-t-il à un témoin de la scèneIl s'agit de Pierre Guibert, dont le témoignage est rapporté par ..
La connaissance de ces années est cependant décisive pour comprendre la genèse de l'œuvre ultérieure, tant celle-ci puise ses matériaux dans le que fut la jeunesse de son auteur, époque où Pierre Mac Orlan fit sa moisson de souvenirs. S'employant ensuite à les mettre en forme et à les , voire à les exorciser, l'auteur du Quai des Brumes s'appliqua à effacer ses traces de jeunesse pour se construire une biographie pour partie légendaire, et devait gommer jusqu'à son nom d'état civil, au profit , écrit Bernard Baritaud, le principal biographe de Mac Orlan.
Enfance Pierre Dumarchey est le premier fils de Pierre-Edmond Dumarchey (1853-1928) et de Berthe-Clémence-Françoise Artus (1861-1892Elle est morte le 15 février 1892 à , rue de Montmorency, à l’âge de 30 ans. D’après les archives de , 1892, décès, cote V4E 5590, acte , vue 4/31.). Cinq ans après la naissance de leur premier enfant, le couple a un second fils, Jean (1887-1929Il est mort le 13 octobre 1929 à , place du Parvis, demeurant rue de Jarente, dit « artiste peintre », célibataire. D’après les archives de , 1929, décès, cote 4D 268, acte , vue 7/31.). Pierre-Edmond Dumarchey, veuf de Berthe Artus, se remaria treize ans plus tard, en 1905 à Paris, avec Marie Vaudet (1859-1928), sa cousine par la famille Alabrebis..
On suppose que les relations que Pierre entretenait avec son père, militaire à la carrière chaotiqueEngagé volontaire en 1870, il ne cessa de passer entre ce moment et 1898, date où il démissionne définitivement de l'armée ()., furent difficiles, et que le climat familial se détériora à tel point que, à partir de 1889, les deux frères furent confiés, en qualité de pupilles, à la garde d'un oncle maternel, Hippolyte Ferrand, professeur d'histoire devenu inspecteur d'académie à Orléans.
Les relations entre l'oncle et les neveux ne furent pas non plus sans heurts : Jean fut probablement le plus rétif à l'autorité de cet homme austère et consciencieux, qui dut s'en séparerLa date de cette séparation n'est pas connue, mais se situe entre 1893 et 1896. Jean Dumarchey fut sans doute envoyé chez un autre oncle, à Montmartre ().. Dans Au Cadran de mon clocher (chapitre IV), Maurice Genevoix fait allusion à l'élève Pierre Dumarchey, « jeune rétif » confié par son oncle à un directeur d'école de Châteauneuf-sur-Loire, le père Puy.
Toutefois, un demi-siècle plus tard, c'est avec émotion que Mac Orlan évoque cet , dont il se sent enfin proche :
Du lycée d'Orléans à l'École normale de Rouen thumb|Pierre Mac Orlan (alors Pierre Dumarchey) à Orléans en 1897. thumb|Pierre Mac Orlan (ballon en main) à Rouen en 1899. thumb|Camille Pissarro : la rue de l’Épicerie à Rouen (huile sur toile, 1898).
D'après le témoignage de Pierre Mac Orlan, ses années d'études au lycée d'Orléans ne furent guère brillantes raconte-t-il dans un entretien de 1961 avec Thérèse de Saint-Phalle pour le journal Le Monde, cité par .. Il n'est pas douteux toutefois qu'elles furent, associées à l'influence de son tuteur, déterminantes dans la formation de ses goûts littéraires, et que c'est de ce moment que naquit son intérêt pour les « poètes clandestins » de la culture classique, comme Catulle, Martial ou encore l'Apulée des MétamorphosesPierre Mac Orlan, dans Les Bandes (Œuvres complètes, 152.) utilise pour la première fois l'expression de « poésie clandestine des lycées ».. C'est à cette époque également qu'il découvrit une œuvre qui devait le marquer durablement : celle de François Villon, peut-être par l'intermédiaire du futur poète et chansonnier Gaston Couté, qui à cette époque était scolarisé dans le même lycée, et que Pierre Dumarchey connaissait, bien qu'ils ne fussent pas intimes. Mais, plus que la littérature, deux passions dominaient alors l'adolescent : Aristide Bruant et le rugby à XV.
Pierre Dumarchey admirait à ce point le chansonnier réaliste qu'il lui adressa, en 1898, ses premiers poèmes, et qu'il eut la joie de recevoir en réponse une carte postale de son idole, qu'il conserva précieusement toute sa vie. Trois ans plus tard, il rencontre à Montmartre l'homme dont les meilleures chansons, devait-il écrire plus tard, , ainsi qu'à une poésie populaire dont il fait remonter l'origine aux ballades écrites en jargon de François VillonPierre Mac Orlan, « Suite sur la chanson populaire », Les Cahiers Mac Orlan, , La Chanson, ..
Quant au rugby, auquel il consacre un essai dans les dernières années de sa vie« Le Rugby et ses Paysages sentimentaux », dans l'ouvrage collectif Rugby: le match des matches (La Table ronde, 1968), repris dans les Œuvres complètes à la suite de Masques sur mesure I., il tint très vite une place si importante dans l'existence de l'adolescent qu'il devait expliquer près de soixante-dix ans plus tard que, Jusqu'en 1913, il pratiqua ce sport (il officiait au poste de demi d'ouverture), notamment à l'École normale d'instituteurs de Rouen (dont il se vantait d'avoir créé l'équipe.Un des condisciples de Mac Orlan confirma la véracité de ce témoignage rapporte .), puis au Paris Universitaire Club (en compagnie d'Alain-Fournier et de Henri Jeanson). Même s'il a sans doute exagéré la place qu'avait tenu le rugby dans sa jeunessePierre Béarn, qui fut un proche de Mac Orlan, estime que celui-ci ne dut en réalité faire que quelques matches, mais qu'ils (cité par ., Mac Orlan resta toujours attaché à un jeu susceptible d'être pour des jeunes gens trop épris d'aventures un remède possible à la délinquance. En remerciement pour cette fidélité au rugby, il se vit offrir en 1967 un ballon ovale, dédicacé par les joueurs du XV de France« Le rugby et ses paysages sentimentaux », Œuvres complètes de Pierre Mac Orlan, ., ballon avec lequel il fut enterré trois ans plus tard.
En attendant, les médiocres résultats scolaires du jeune Dumarchey au lycée d'Orléans incitèrent son oncle à l'envoyer à Rouen, pour intégrer cette École normale d'instituteurs dont Mac Orlan garda des souvenirs essentiellement sportifs. Il y étudia durant l'année scolaire 1898-1899. Les archives de l'École normale ayant été détruites durant la Seconde Guerre mondiale, peu de choses sont connues sur cette période de la vie de l'écrivain, si ce n'est qu'il ne dépassa pas la première année et que, dès la suivante, il quitta Rouen, alors âgé de dix-sept ans, pour se rendre à Paris.
Bohème à Montmartre et à Rouen Pierre Mac Orlan à Rouen en 1901|thumb|right Pierre Dumarchey arriva à Paris au cours de l'hiver 1899. Il y retrouva son frère Jean, apprenti chez un oncle restaurateur et décorateur de meubles anciens à Montmartre. Livré plus ou moins à lui-même, le jeune homme fréquentait le cabaret Le Zut, très prisé des anarchistes, où il fit sans doute la connaissance de Frédéric Gérard, le futur patron du Lapin Agile. Pierre Dumarchey écrivait alors des poèmes dans la veine post-symbolisteCes textes, non publiés, furent retrouvés après sa mort dans les archives de l'écrivain par Nino Frank ()., et envisageait de devenir peintre, à la manière de Toulouse-Lautrec, qu'il admirait. Mac Orlan donnera dans un essai de 1929 quelques précisions sur cette vocation artistique : Il ajouta :
Il peignit à cette époque quelques tableaux à sujets sportifs, qui depuis ont été perdus, sans parvenir à vivre de son pinceau. Devenu rapidement sans le sou, il s'engagea comme teneur de copie explique . dans une imprimerie parisienne, avant de retourner à Rouen à la fin de 1900, où il exerça la même activité pour le quotidien Le Petit RouennaisLe quotidien prit le nom de La Dépêche de Rouen à partir de 1903. Alain y publia une partie de ses Propos. Mac Orlan laissa entendre qu'il avait corrigé alors les épreuves des articles du philosophe signale ..
Le jeune homme fit à cette époque plusieurs allers et retours entre Paris et Rouen, d'autant plus difficiles à dater que Mac Orlan livrera dans ses récits ultérieurs des versions divergentes sur la chronologie de cette époque de sa vie. Il s'en justifia en expliquant que, de 1900 à 1910 à peu près, les événements furent pour lui , et que Ce qui est certain en revanche c'est que, dans l'une et l'autre de ces deux villes, les premières années du furent pour Pierre Dumarchey une période de vaches maigres.