Le site néolithique du Montgué est situé dans la commune d'Asnan, dans la Nièvre, en Bourgogne-Franche-Comté, à une altitude comprise entre .

Situation Le site du Montgué se situe à l'extrémité sud d'un plateau culminant à . Son point culminant se trouve en sous-bois, au lieu-dit du Bois des Menées. Le site domine la vallée de l'Yonne et fait face à la bordure occidentale du Morvan.

Historique Le site et ses alentours font l'objet de premières prospections au début du , avant d'être fouillés au début des années 1970. Ces travaux mettent au jour des structures et du mobilier lithique caractérisant un éperon barré néolithique d'environ , muni d'un rempart adossé à un fossé.

Les découvertes du début du Les premiers vestiges archéologiques de la commune sont découverts grâce aux prospections de préhistoriens amateurs de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts. En 1925, le docteur Jules Subert effectue une prospection de surface sur une station préhistorique près d'Asnan. Il y met au jour des silex taillés attribués au Paléolithique (possiblement du Moustérien et du Magdalénien). Il fait don d'une partie de sa collection à la Société nivernaise, qui publie la présentation de sa découverte en 1926. Jules Subert est ainsi considéré comme l'inventeur du site archéologique d'Asnan.

En 1937, lors de recherches sur les anciens lieux à signaux de la Nièvre (de l'époque gauloise au télégraphe Chappe), Jules Subert identifie la « montagne » surplombant Asnan comme un potentiel poste de signal à feu. Il y signale la présence d'une concentration de silex en un endroit restreint, sans préciser l'époque ni le contexte archéologique.

Selon Henri Coqblin, les pentes et le pied du Montgué ont livré du mobilier lithique antérieurement aux fouilles des années 1970. Ces découvertes comprennent notamment des nucléus, des grattoirs, des burins, des armatures de flèches et des haches polies.

Les fouilles archéologiques des années 1970 Le site néolithique d'Asnan fait l'objet de sondages puis de fouilles sur trois espaces distincts. Ces travaux archéologiques sont menés par le Groupe Nivernais de Recherches archéologiques (Préhistoire), sous la direction d'Henri Coqblin, de 1970 à 1971. Les rapports sont publiés dans les bulletins de 1972 et 1978 du Groupe Nivernais, ainsi que dans les Annales des Pays Nivernais en 1973.

Description Le point culminant du plateau () Des sondages et forages réalisés sur ce secteur mettent au jour des silex très peu retouchés, sans aucun débris de taille de pierre.

La zone de ravinement du calvaire (370 à ) La prospection effectuée au pied du calvaire révèle que la matière première locale en silex est de qualité médiocre, comme l'indiquent les petits nucléus et les éclats irréguliers retrouvés sur place. L'industrie lithique se caractérise par la production d'éclats lamellaires plutôt que de véritables lamelles. L'outillage mis au jour comprend des racloirs, trois grattoirs, des perçoirs ainsi que quatorze burins robustes (dont un biface). Selon Jean Arnoux, la forte proportion de ces burins suggère l'existence d'une activité liée au travail du bois à l'époque préhistorique.

L'éperon barré et son rempart (355 à ) Les fouilles de 1971 se concentrent sur le rempart de et son fossé, qui barrent l'éperon rocheux d'est en ouest pour former un camp retranché à son extrémité sud. La zone de fouille couvre , sur une profondeur de 0,90 à . L'aménagement se divise en trois ensembles : l'intérieur du camp, le rempart et le fossé.

L'intérieur du camp L'intérieur de l'enceinte livre des ossements d'animaux calcinés mêlés à des pierres brûlées. Le mobilier lithique y est très rare (un éclat retouché, un grattoir, un fragment de lame). Pour Henri Coqblin, cette rareté suggère que le camp retranché du Montgué n'était pas occupé en permanence, mais servait de refuge temporaire en cas de menace extérieure.

La structure du rempart La fouille de la moitié est du rempart révèle une largeur de . Cinq trous de poteaux, calés par de grosses pierres, sont identifiés dans le sol primitif. Cette disposition laisse supposer que la masse de terre et de pierres constituant le rempart était initialement maintenue par un clayonnage.

Le fossé défensif Le fond du fossé abrite, entre deux rangées de pierres, des tessons de céramique rouge ou noire associés à de multiples fragments d'ossements humains calcinés. La répartition des restes, notamment du crâne, suggère une orientation du corps vers l'ouest. Les archéologues ont également identifié des racines dentaires et une vertèbre intacte, dont des prélèvements ont été transmis pour une datation au carbone 14.

Chronologie du site

Préhistoire

Contexte : l'émergence des éperons barrés en Bourgogne

L'occupation néolithique de la Bourgogne est attestée dès 5400 avant notre ère. Cependant, les populations locales demeurent très dépendantes de la chasse et des ressources forestières jusqu'au Néolithique moyen, vers 4600 avant notre ère. C'est aux alentours de 4500 avant notre ère que les premiers camps et éperons barrés commencent à apparaître sur le territoire français.

Ces structures fortifiées se multiplient particulièrement en Bourgogne au cours du Néolithique moyen. C'est à cette période qu'est érigé l’éperon barré du Montgué. Ces établissements sont généralement occupés durant environ cinq siècles avant d’être abandonnés à la fin du millénaire avant notre ère.

Topographie et système défensif de l'éperon barré Le site du Montgué se situe à l'extrémité sud de l'un des principaux plateaux calcaires de la Nièvre, dominant la moyenne vallée de l'Yonne. À proximité immédiate coule une source alimentant le ruisseau d'Asnan, qui présentait alors un régime torrentielGérard Taverdet, professeur à l'Université de Dijon, Les noms de lieux de la Nièvre, centre de documentation pédagogique de l'académie de Dijon, A.B.D.O., 1987.

L'éperon est naturellement défendu par son relief : il présente un dénivelé de plus de sur une distance de , soit une pente d'environ 30 %. L'accès à cette pointe depuis le plateau est barré par un rempart de de long, précédé d'un fossé en V. Les relevés archéologiques indiquent que ce fossé mesurait initialement de profondeur pour de largeur. L'ensemble délimite un espace intérieur d'environ , pour un périmètre estimé à .

Le rempart, conservé sur une hauteur d'un mètre, était renforcé par des poteaux dont les trous ont été retrouvés espacés de . Cette structure suggère la présence originelle d'un clayonnage visant à maintenir l'élévation de terre et de pierres.

À l'instar de nombreux éperons barrés, l'intérieur de l'enceinte du Montgué a livré très peu de traces d'habitat sédentaire. La fonction de ce type d'aménagement massif au Néolithique moyen fait l'objet de plusieurs hypothèses : protection du bétail ou des récoltes, refuge en cas de conflit territorial, ou encore espace de rassemblement occasionnel pour la communauté.

Structures de combustion et aménagement de l'espace À l'intérieur de l'enceinte de Montgué, entre le rempart et une seconde levée de terre aujourd'hui partiellement aplanie, une zone bien délimitée a été mise au jour. Elle a probablement été aménagée en partie avec les déblais issus du creusement du fossé défensif. Une fouille de y a révélé une concentration de pierres brûlées couvrant près de , avec une densité atteignant 50 % par endroits. Des ossements d'animaux calcinés ont également été découverts parmi ces pierres.

La présence de ces vestiges suggère l'existence d'une aire domestique dédiée à la cuisson. Ce type d'aménagement, souvent comparé à la technique du « four polynésien » (cuisson à l'étouffée sous des pierres préalablement chauffées), est attesté au Néolithique pour la préparation de grandes quantités de nourriture, qu'il s'agisse de viande ou de céréales. Ce dispositif pouvait également servir à griller des récoltes ou à fumer la viande afin d'en prolonger la conservation.

Dans les sociétés néolithiques, ces structures de combustion massives sont parfois interprétées par les archéologues comme le témoignage de repas communautaires ou de banquets à dimension sociale. Ces rassemblements auraient pu jouer un rôle dans la cohésion de la communauté ou dans la réaffirmation du statut des figures d'autorité locales.

Hache polie

Parmi le mobilier lithique mis au jour sur le site figure le fragment d'une hache polie néolithique.

Cet artefact a été découvert à au sud du rempart, à la limite de la zone de fouille, à une profondeur de . Dans les relevés de fouille (secteur C6, légendé « Industrie lithique »), la hache était associée à six pierres de même nature, un silex, un fossile d’ammonite, ainsi que trois tessons de poterie et un clou d'époque médiévale.

L'objet nous est parvenu à l'état fragmentaire, le manche (qui était vraisemblablement en bois ou en bois de cervidé) ayant disparu avec le temps. De la lame en pierre, seul le tranchant, parfaitement symétrique, a été conservé, le talon et le corps de la hache étant absents. L'une des deux faces présente un polissage soigné, tandis que l'autre est altérée par l'érosion naturelle.

Le fragment conservé mesure sur . L'analyse archéologique menée par le Groupe Nivernais de Recherches Archéologiques n'a pas permis de déterminer avec certitude la nature pétrographique de la roche utilisée, qui présente une teinte beige-gris. L'absence de la partie postérieure de l'objet et du manche empêche de préciser sa typologie exacte (emmanchement direct ou indirect) ou son usage spécifique à l'époque de son occupation.

Le matériel archéologique provenant du ravinement du Calvaire au Montgué Éclats de débitage et petit outillage

Les fouilles menées par le Groupe Nivernais de Recherche Archéologique ont mis au jour une grande quantité d'éclats de silex. Il s'agit du matériel lithique le plus abondant recensé sur le site. Ces éclats présentent une typologie variée : si beaucoup constituent de simples débris ou déchets de taille, d'autres ont été débités volontairement pour être utilisés bruts pour leur tranchant, ou réaménagés.

L'étude des nucléus du Montgué a révélé une matière première difficile à tailler. Les blocs de silex locaux présentaient en effet de nombreuses microfractures qui arrêtaient brutalement la progression des ondes de choc lors de la frappe. Face à cette contrainte technique, les artisans néolithiques ont dû adapter leur production : ils conservaient les éclats les mieux venus pour les retoucher minutieusement, façonnant ainsi un petit outillage adapté à leurs besoins, composé de mini-grattoirs, de racloirs, de denticulés et de petites coches.

Éclat à front convexe unifacial vignette|Éclat à front convexe d'Asnan exposé au musée de la Tour des Barons à Luzy.

Parmi le matériel lithique mis au jour, un éclat spécifique, archivé lors des fouilles de 1969, mesure de longueur pour de largeur au niveau du talon.

Il présente une forme générale arrondie, caractérisée par une base plane et un dos courbe ayant conservé le cortex naturel du silex. L'outil a été aménagé à l’avant par des retouches formant un tranchant abrasif, appelé « front », tandis que le dos cortical, plus épais et brut, offre une zone de préhension naturelle.

Cet éclat est de type unifacial : seule la face supérieure (le recto) a été retouchée pour créer le bord actif. La face inférieure (le verso) est restée lisse et plane, telle qu'elle a été obtenue lors du détachement initial de l'éclat. Cette conception, simple et rapide à mettre en œuvre, offre une face plane pouvant être plaquée fermement contre un support. Si cette morphologie est typiquement adaptée aux travaux de raclage (décharnage des peaux ou travail des végétaux), seule une étude tracéologique menée spécifiquement sur cet artefact permettrait d'en confirmer l'usage exact.

Les lamelles ou éclats lamellaires