vignette|Miniature du fort Prince George avec des troupes françaises qui s'approchent. On peut voir l'enseigne Ward (en rouge) parler au capitaine Mercier, accompagné d'un interprète et de deux joueurs de tambour. Diorama du , Pittsburgh.|300px Le fort Prince George (parfois appelé fort Trent) est un fort inachevé situé sur le site actuel de Pittsburgh, au confluent des rivières Allegheny et Monongahela, dans le comté d'Allegheny, en Pennsylvanie. Le plan d'occupation des fourches stratégiques est élaboré par le lieutenant-gouverneur de Virginie Robert Dinwiddie, sur les conseils du major George Washington, que Dinwiddie avait envoyé en mission pour avertir les commandants français qu'ils se trouvaient en territoire anglais à la fin de l'année 1753, et qui avait réalisé une évaluation militaire et une carte du site. Le fort est encore en construction lorsqu'il est découvert par les Français, qui envoient des troupes pour s'en emparer. Les Français construisent alors le fort Duquesne sur le site. vignette|Carte de 1754 de George Washington du confluent des rivières Monongahela et Allegheny, montrant l'endroit qu'il considérait comme idéal pour construire un fort. La plantation de Fraser se trouve juste au sud des fourches, sur Turtle Creek.|220px
Contexte En 1749, la Couronne britannique accorde à lOhio Company une concession de dans la région de l'Ohio, entre les rivières Monongahela et Kanawha, à condition que la compagnie installe 100 familles dans un délai de sept ans.. La Compagnie de l'Ohio est également tenue de construire un fort et de fournir une garnison pour protéger la colonie à ses propres frais.. Le avait pour but d'ouvrir des terres à la colonisation afin que la Compagnie de l'Ohio puisse respecter le délai de sept ans, et d'obtenir l'autorisation explicite de construire un fortKenneth P. Bailey, The Ohio Company of Virginia and the Westward Movement, 1748-1792 : A chapter in the History of the Colonial Frontier, University of California at Los Angeles. The Arthur H. Clark Co., Glendale, California, 1939..
Le , lors d'une réunion du conseil à Logstown entre George Croghan, et des représentants des Six Nations, Croghan rapporte la déclaration suivante de l'orateur iroquois Toanahiso :
Le gouverneur Hamilton se sert de cette déclaration pour prouver au qu'il doit payer pour la construction d'un fort sur un site choisi par les sachems à Logstown, arguant que si le fort n'est pas construit, les Anglais risquent de perdre non seulement le soutien des Indiens, mais aussi le contrôle du commerce des fourrures dans l'OhioWainwright, Nicholas B. "An Indian Trade Failure: The Story of the Hockley, Trent and Croghan Company, 1748-1752." The Pennsylvania Magazine of History and Biography, vol. 72, no. 4 (1948): 343-75.. Cependant, le Conseil provincial décide de ne pas financer la construction d'un fort, estimant que des transactions équitables et des cadeaux occasionnels permettraient aux Indiens de devenir des alliés. Lors du traité de Logstown en , Tanaghrisson accepte la construction d'un fort en amont de Logstown, et la Compagnie de l'Ohio en Virginie entreprend la construction d'une route de Will's Creek à la rivière Monongahela, où elle construit un entrepôt à l'embouchure de Redstone CreekCherry, Jason A. Pittsburgh's Lost Outpost: Captain Trent's Fort. Charleston, SC: HISTORY Press, 2019... Lors d'une réunion à Winchester en Virginie en , les chefs amérindiens expriment leur volonté de coopérer avec les Britanniques et réitèrent leur demande de construction d'un fort sur l'OhioDoug MacGregor, "The Shot Not Heard Around the World: Trent's Fort and the Opening of the War for Empire." Pennsylvania History: A Journal of Mid-Atlantic Studies, Summer 2007, Vol. 74, No. 3, State College: Penn State University Press pp. 354-373.. L'été suivant, la Compagnie de l'Ohio obtient la permission des Six Nations de construire le fort Prince George.
Voyage de Washington Le gouverneur Dinwiddie décide d'avertir les Français qu'ils occupent des terres revendiquées par les Britanniques. Il charge le major George Washington, âgé de 21 ans, de transmettre le message au commandant français Jacques Legardeur de Saint-Pierre, au Fort Le Boeuf. Washington quitte Williamsburg en Virginie le . En route pour Logstown afin de rencontrer des alliés amérindiens, il s'arrête au confluent des rivières Allegheny et Monongahela, et note : « J'ai passé un certain temps à observer les rivières et les terres de la fourche, qui me semblent extrêmement bien situées pour un fort, car elles ont le contrôle absolu des deux rivières »Hunter, William Albert. Forts on the Pennsylvania Frontier: 1753–1758, (Classic Reprint). Fb&c Limited, 2018; pp 313-19.. Washington rencontre le commandant français, qui refuse de reconnaître que les Britanniques ont des droits sur la vallée de l'Ohio. Le , près de Will's Creek, alors que Washington est en route pour Williamsburg, il rencontre « 17 chevaux chargés de matériel et de provisions pour un fort à la Fourche de l'Ohio ». Ces fournitures sont destinées au fort Prince George.
Ordres de Trent Le , le gouverneur Dinwiddie accorde une commission de capitaine dans la milice de Virginie au commerçant de fourrures , avec l'ordre de lever cent hommes qui « garderaient la possession des terres de Sa Majesté sur l'Ohio, et de leurs eaux, et de déloger et chasser, et […] de tuer et détruire, ou de faire prisonniers, toutes les personnes, quelles qu'elles soient, qui ne sont pas des sujets du roi de Grande-Bretagne, qui sont maintenant, ou viendront plus tard s'installer, et prendre possession de toutes les terres sur ledit Ohio ». Une seconde lettre informe Trent qu'il doit se rendre sur la rivière Ohio pour participer à la construction d'un fort et le défendre contre toute action française. George Washington reçoit l'ordre de lever cent hommes supplémentaires pour assurer la garnison du fort.
Construction vignette|Carte de l'ouest de la Pennsylvanie établie par le capitaine Snow, montrant le site du fort Prince George, avec la mention « Trent chassé par les Français en 1754. » Selon la déposition de 1756 de l'enseigne Edward Ward, le , Trent rencontre Christopher Gist et le chef des Sénécas, Tanacharison, et ses partisans, à la Fourche de l'Ohio. Après avoir défriché le terrain, Tanaghrisson « pose le premier rondin et dit que le fort appartient aux Anglais & à eux et que quiconque se propose d'en empêcher la construction, eux, les Indiens, leur feront la guerre ». La construction est lancée par 33 miliciens de Virginie, dont 8 commerçants de fourrures et trappeurs recrutés par Trent avec l'aide de son ami, le commerçant indien , à qui Trent a donné une commission de lieutenant. Trente accepte à condition d'être autorisé à rester dans sa plantation, où il pratique le commerce des fourrures, et de ne venir au fort qu'une fois par semaine ou en cas de besoinClark, Howard Glenn. "John Fraser, Western Pennsylvania Frontiersman, Parts 1 & 2" Western Pennsylvania History Magazine, Vol. 38, No 3-4, Fall-Winter 1955; pp 83-93.. En l'espace de dix jours, ils ont « terminé un magasin, et une grande quantité de bois a été sciée, des planches ont été sciées et des bardeaux ont été fabriqués ». Le fort est appelé « fort de Trent », et le nom de fort Prince George (nommé en l'honneur du prince héritier et futur roi George III) n'est attribué au fort qu'en , lorsque le gouverneur Dinwiddie le propose dans une lettre à ses supérieurs londoniens"Fort Prince George," historical marker placed May 8, 1959, explorepahistory.com.Spencer Tucker, The Encyclopedia of North American Colonial Conflicts to 1775: A-K, ABC-CLIO, 2008...
Capture Le , un détachement français sous les ordres de Michel Maray de La Chauvignerie découvre le fort en construction. La Chauvignerie fait immédiatement rapport à Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur à VenangoPAPIERS CONTRECOEUR Le Conflit Angelo - Francias Sur L' Ohio De 1745 a 1756. English translation of documents in the Quebec Seminary by Donald Kent, 1952.Henry Wilson Temple, "Logstown," The Western Pennsylvania Historical Magazine, vol. 1, no. 1, Historical Society of Western Pennsylvania., 1918. Pp 248-258., l'informant que « les éclaireurs […] ont remarqué [un] poste avancé presque construit, qui doit servir de poudrière, mais à cause de la distance, ils ne pouvaient pas savoir de quelle manière ils construisaient leur fort, puisqu'il n'était encore que délimité »Cherry, Jason A. Pittsburgh's Lost Outpost: Captain Trent's Fort. Charleston, SC: HISTORY Press, 2019.. Le gouverneur général Duquesne écrit immédiatement à Contrecœur : « D'après la lettre du sieur La Chauvignerie du , il paraît que les Anglais ont l'intention de s'établir à l'embouchure [de la rivière Allegheny], puisqu'il y a déjà un entrepôt qui y est construit. Il faut se hâter, Monsieur, d'interrompre et même de détruire leurs travaux dès le commencement, car leur consolidation nous conduirait à un siège […] qu'il serait sage d'éviter, vu le mauvais état des finances du Roi ».
À ce moment-là, seul un entrepôt avait été construit, car les hommes de Trent étaient encore en train de défricher le terrain et de préparer les pieux pour la palissade. Ils subsistent grâce à la farine et au maïs qu'ils ont apportés avec eux, ainsi qu'à la viande que leur ont vendue les Amérindiens de Logstown, mais leurs réserves commencent à s'épuiser. Ils attendaient l'arrivée du lieutenant-colonel Washington et de ses troupes, mais le , Trent décide de se rendre à pour se ravitailler, laissant le commandement à l'enseigne Edward Ward, le lieutenant Fraser se trouvant dans sa propre plantation à pour s'occuper d'affaires personnelles.
Le , l'enseigne Ward apprend qu'une force militaire française est en train de descendre l'Allegheny et qu'elle arrivera dans les jours suivants. Alarmé, il va informer le lieutenant Fraser, mais ils ne peuvent rien faire d'autre que d'abandonner le fort, en violation de leurs ordres. Fraser refuse de retourner au fort, laissant Ward affronter les Français. Ward retourne au chantier et demande à ses hommes d'ériger un mur de palissade autour de l'entrepôt, qu'ils terminent le . Ward est déterminé à « tenir jusqu'à la dernière extrémité avant que l'on puisse dire que les Anglais ont battu en retraite comme des lâches devant l'apparition des forces françaises », car cela « donnerait aux Indiens une opinion très négative des Anglais pour toujours ». Dans sa déposition du , l'enseigne Ward rapporte « qu'il n'y avait pas de fort, mais quelques palissades qu'il avait ordonné de couper et d'ériger quatre jours avant que les Français ne descendent ».
En avril, une force de plus de 600 hommes sous le commandement du capitaine Contrecœur descendent en pirogues et en bateaux la rivière Allegheny depuis Venango, débarquant à "From Benjamin Franklin to Richard Partridge, 8 May 1754," Founders Online, National Archives,The Papers of Benjamin Franklin, vol. 5, July 1, 1753, through March 31, 1755, ed. Leonard W. Labaree. New Haven: Yale University Press, 1962, pp. 272–275... Le , le commandant français envoie le capitaine François Le Mercier, deux tambours et un interprète pour présenter à l'enseigne Ward une déclaration indiquant que l'armée française a l'intention d'assiéger le fort, et ordonne à Ward de « se retirer pacifiquement avec ses troupes » et de « ne pas revenir ». Ward et ses hommes ont une heure pour partir. Ward, sur les conseils de Tanacharison, qui est présent, demande aux Français d'attendre le retour du commandant, le capitaine Trent, mais Contrecœur refuse. Ward demande alors si les Britanniques peuvent attendre le lendemain pour partir, ce que Contrecœur accepte. Il invite alors Ward à dîner avec lui, ce que ce dernier accepte. Lors du dîner, Ward refuse poliment de discuter de questions militaires ou politiques et décline l'offre de Contrecœur d'acheter les outils de menuiserie de Ward.