Le Congrès social de Liège de 1886 traite de la question sociale se dressant devant toutes les nations civilisées. Le gouvernement belge se met à l'étude des questions économiques en se plaçant au point de vue des lois qu'il pourrait modifier ou édicter. Ayant longtemps été négligés, les principales revendications visent à donner à la classe ouvrière des moyens de vie décent.

Introduction Dans les années 1880 la législation belge n'avantage point la société (plus précisément la classe ouvrière). Le gouvernement en place est alors libéral la Belgique était marquée par un mécontentement croissant parmi les travailleurs en raison de salaires insuffisants, de conditions de travail pénibles, d'une baisse de l'emploi et de problèmes de logement. Cette frustration a conduit à une série de grèves et de manifestations. En mars et , des émeutes violentes ont éclaté à Liège et à Charleroi, Flémalle jusqu’à Verviers résultant en une répression sévère et la mort d'environ trente mille personnes. Ces événements ont exacerbé les tensions sociales et ont contribué à la montée du mouvement ouvrier en Belgique. Des dizaines de milliers de citoyens vont rejoindre le rassemblement organisé pour célébrer le anniversaire, le de la Commune de Paris, ce grand moment d’espérance écrasé dans le sang : la proclamation d’un gouvernement ouvrier qui dura deux mois avant que l’armée n’y mette fin en massacrant à la mitrailleuse.

Le congrès social de Liège de 1886 est un événement traduisant une révolte socio-économique en Belgique des ouvriers composant une classe sociale défavorisée. Le droit de vote restant sous le système de suffrage censitaire ne permet pas de faire entendre la voix des ouvriers qui ne peuvent pas payer le cens. La classe ouvrière qui se trouve dans une situation de précarité au vu des conditions de vie des travailleurs. En effet les travailleurs majoritairement, mineurs, carriers, verriers ont manifesté pour avoir plus de droits. Leurs conditions sociales et économiques ne leur conviennent pas.

En l’occurrence le contrat de travail n’est pas consacré dans la législation. Ce qui ne permet aucune assurance et sécurité financière aux travailleurs. Ainsi pas de droit social. L’article 1710 de l’Ancien Code civil dispose que : « un contrat par lequel une partie s’engage à faire quelque chose pour l’autre moyennant un prix convenu entre elles ». C’est une définition trop succincte en comparaison au droit du travail actuel (Loi du concernant la protection de la rémunération des travailleurs). Un autre article, abrogé seulement en 1883, affirmait par ailleurs que « le maître est cru sur son affirmation pour la quotité des gages, pour le paiement des salaires de l’année échue et pour les acomptes donnés pour l’année courante » (l’ancien article 1781 du Code civil). Cet article avait pour but de prévenir les potentielles révoltes des ouvriers sur le salaire réellement payé. Cela laissait une liberté excessive aux patrons qui ne se privaient pas de faire usage de cette disposition. Les patrons pouvaient alors rémunérer les ouvriers comme ils le souhaitaient et selon les conditions voulues.

Les conditions du contrat étaient alors entièrement laissées à la volonté des parties, avec pour seule restriction le fait que les services ne pouvaient être engagés que pour une durée déterminée ou pour un projet spécifique. Les employeurs étaient libres de fixer les termes du travail et les ouvriers pouvaient accepter ou refuser. Aucune autre régulation légale ne limitait le pouvoir des parties contractantes à débattre et à convenir des conditions du travail. Le problème dans cette relation contractuelle d’employeur-employé se dessine sur le désavantage que représente ce système pour les employés. En effet, on constate une rémunération aux employés assez particulière.

Truck-system

Le terme truck-system provient de l’anglais. Il désigne le fait de rémunérer un employé d’un salaire en argent pour une partie et l’autre en denrée alimentaire. L’employé peut aussi exiger de faire ses achats dans un magasin désigné.

Rapport fait pour la Commission du Travail, Charles Morisseaux

« 1° Le patron paie tout ou partie du salaire en marchandises, en cotant celles-ci à un prix plus élevé que celui pratiqué dans les boutiques libres. L’obligation d’accepter ce mode de paiement fait partie du contrat de travail. […]

2° Le patron paie ou est censé payer en espèces. Mais il tient une boutique où les ouvriers sont virtuellement tenus de s’approvisionner. […]

3° La boutique n’est pas tenue par le patron mais par un de ses parents, ou simplement par une personne qu’il protège, et les ouvriers doivent s’y approvisionner s’ils veulent avoir du travail. […]

4° Le patron ne fait ni directement, ni indirectement aucune retenue sur les salaires : il paie en espèces et ne tient pas de boutique. Mais un contre-maître ou un employé tient une boutique ou un cabaret et fait en sorte d’exclure de l’usine l’ouvrier qui ne fréquente pas la boutique ou le cabaret. […]

5° L’ouvrier est payé par un intermédiaire, chef de trait, chef de bande, courtier, sous entrepreneur, etc., etc. Ce dernier tient un cabaret où l’ouvrier est obligé de consommer. »

Les employés ne sont alors pas traités sur un pied d’égalité, ce qui dégrade leurs conditions de vie par rapport au cout moyen de la vie qui est très bas. Ils sont alors obligés de dépenser l'argent gagné par leur travail dans les boutiques que leur ont assignées les patrons. Voici le témoignage d’un groupe d’ouvriers qui rapporte la réalité quotidienne de la crise économique en l’état :

Lettre d’un groupe d’ouvriers de Zele

En travaillant toute la semaine, nous gagnons une douzaine de francs ; mais nous devons les accepter en marchandises de la boutique, et de cette façon, nos douze francs n’en valent pas dix, car nous payons dans cette boutique 50 centimes de plus par sac de charbon et 6 centimes de plus par pain que dans les autres boutiques. Nous souffrons de la faim, oui, Monsieur, et cela nous ferait si grand bien si vous pouviez obtenir qu’on nous paye notre travail en argent, car maintenant nous ne recevons pas d’argent, mais du pain, du beurre, etc. Les salaires en argent ne sont pas en usage chez nous. Ayez, Monsieur, la bonté d’en parler. Pour notre travail, nous ne demandons ni pain, ni beurre, mais de l’argent.

[…]

On nous paye nos salaires dans les cabarets ; on nous fait même alors attendre longtemps afin de nous forcer à consommer. Et ainsi nous buvons et nous dépensons parfois des de salaire que nous recevons. Celui qui ne consomme pas ne reçoit plus de travail. On devrait défendre aux patrons la vente des boissons.

À Turnhout, le rapport des maîtres ouvriers et des premiers ouvriers de la ville s’exprime ainsi

"Chez les maçons, charpentiers, statuaires, tisserands, forgerons, les payements se font partiellement en nature et, chez quelques-uns, entièrement en nature.

Le payement en nature est établi par l’obligation imposée à l’ouvrier de se fournir au magasin du patron ou dans le magasin indiqué par le patron pour le beurre, le pain, le riz, le lard, le café, la chicorée, tous les légumes et les aunages.

On paye 2 centimes en plus pour le pain avec les bons du patron que lorsqu’on paye le boulanger argent comptant ; de cette manière, le patron tire son profit de chaque bouchée de pain qui entre dans la bouche de l’ouvrier et, souvent, la qualité du pain laisse à désirer.

Le beurre se vend quelquefois 40 centimes plus cher par demi-kilogramme dans le magasin obligatoire, et le beurre soi-disant de première qualité est de la dernière qualité, ce qui fait encore une différence de 10 à 12 centimes ; par conséquent, une différence de 50 à 60 centimes par livre de beurre".

M. Eugène Breuer, fabricant d’armes à Liège, déclare. :

"La plupart des fabricants payent en argent. Certains d’entre eux imposent aux ouvriers une partie du payement en marchandises et donnent la préférence aux ouvriers qui acceptent ce mode de payement. Toujours l’ouvrier paye plus cher les objets qu’il achète chez le fabricant ; celui-ci se contente souvent du bénéfice qu’il fait sur les marchandises vendues à l’ouvrier ; et il vend les armes à des conditions de bon marché telles, que les autres fabricants ne peuvent concourir."

Il y a alors un climat de tension dans le chef des employés par rapport à leurs conditions de travail et leur rémunération quelque peu discutable. La rémunération suivant le truck-system avantage majoritairement les employeurs aux employés en leur accordant plus de privilèges au détriment des employés qui souffrent en silence. Mais ce silence n'a pas duré éternellement.

Déroulement En , la Belgique fut le théâtre de violentes agitations qui débutèrent à Liège pour ensuite se propager à Charleroi et d'autres régions du pays. Cette période tumultueuse fut en grande partie alimentée par la crise économique qui sévissait alors, caractérisée par une baisse des salaires et une augmentation du chômage due à l'introduction de nouvelles techniques (en raison de la révolution industrielle et alors la montée du capitalisme dans les usines, réduisant ainsi la demande de main-d'œuvre.  

À Liège, le , un groupe anarchiste organisa un rassemblement sur la place Saint-Lambert pour célébrer le quinzième anniversaire de la Commune de Paris.  

Ce rassemblement dégénéra en émeutes, avec des destructions de biens publics et privés, et des affrontements violents avec les forces de l'ordre. Les troubles se propagèrent rapidement à d'autres régions, notamment à Jemeppe et Gilly où des mouvements de grève éclatèrent, les travailleurs réclamant une augmentation de leur salaire.  

La répression gouvernementale s'intensifia avec l'arrivée de renforts militaires et de la garde civique, craignant une escalade vers Liège. Des affrontements meurtriers eurent lieu, faisant plusieurs victimes parmi les manifestants.. Les émeutiers criaient alors : « Vive l'anarchie ! » répondent les vociférations : « Massacre, massacre ! Révolution ! », « A bas la propriété ! », « A bas les riches ! », « A bas les capitalistes ! », et le traditionnel « A bas la calotte ! ». Les volets des commerces s'abattent à grands fracas, tandis que des vitrines, déjà, volent en éclats. La Place du Théâtre et bientôt, la Place du Marché et les environs de l'Hôtel de Ville sont envahis par la meute hurlante : « A manger ! À manger ! Du pain ! ». Une boulangerie est défoncée, les pains roulent. Le torrent populaire traverse la Meuse(hyp), déferle en Outre-Meuse, jusqu'à la place Delcour(hyp) où l'arrière salle du Café national, lieu du meeting, est déjà comble..

Le , à Gilly, de nouveaux mouvements de grève secouèrent les charbonnages environnants, s'étendant rapidement aux villes de Châtelet, Montigny-sur-Sambre et Couillet. Les autorités, tirant parti de leur expérience antérieure, parvinrent à rétablir l'ordre plus rapidement cette fois-ci. Cependant, la situation se détériora encore le lendemain, le , lorsque les grèves se généralisèrent dans la région de Charleroi, touchant désormais non seulement les charbonnages mais également d'autres secteurs industriels tels que les fonderies et les verreries. Les manifestations se transformèrent rapidement en émeutes, avec des attaques violentes contre les entreprises. L'une des industries les plus touchées fut la verrerie d'Eugène Baudoux, dont les nouveaux fours moins avaient conduit à la mise à pied de nombreux travailleurs qualifiés à la préférence de travailleurs moins qualifiés qui demandent alors moins de rémunération.