Le séisme de 1906 à San Francisco a touché principalement cette ville californienne, au matin du mercredi . Il a été estimé à une magnitude d'environ 7,9 sur l'échelle de Richter, et son épicentre se situait à à l'ouest de San Francisco sur le système de faille se trouvant au large des côtesA. Lomax, « A Reanalysis of the Hypocentral Location and Related Observations for the Great 1906 California Earthquake », Bull. Seism. Soc. Am., , 2005, .. Le séisme principal eut lieu à du matin le long de la faille de San Andreas et les secousses furent ressenties de l'Oregon à Los Angeles, et à l'intérieur des terres jusqu'au centre du Nevada. Le tremblement de terre et l'incendie qui en résulta restent à ce jour parmi les plus grandes catastrophes naturelles ayant touché une grande ville américaine.

La situation avant le séisme Avant la catastrophe, San Francisco était la neuvième plus grande ville américaine, et la plus grande sur la côte occidentale, avec une population de près de Carl Nolte, « The Great Quake: 1906-2006. Days before the disaster », San Francisco Chronicle, 4 septembre 2006.. La ruée vers l'or de 1849 avait attiré des milliers d’émigrants et la famine en Chine avait poussé de nombreux Chinois à s’y installer.

Pendant quelque six décennies, la ville fut le centre financier, commercial et culturel de l'Ouest américain ; elle accueillait le plus gros port de la côte occidentale et était considérée comme la « porte du Pacifique », par laquelle transitait la grandissante puissance économique et militaire américaine vers l'Asie et l'océan Pacifique. L’entrée d’Hawaï dans l’Union et la guerre contre l’Espagne en 1898 avaient accru son importance. Quarante-deux banques étaient installées dans la ville.

La vie culturelle était dynamique grâce aux cinq quotidiens, aux restaurants français, aux théâtres et à l’opéra situé sur Mission Street. L’Orpheum O’Farrell pouvait accueillir personnes. D’un point de vue architectural, la ville était la plus belle de l’Ouest américain. Les magnats du chemin de fer et des mines se firent construire de magnifiques demeures sur Nob Hill.

Même si la sismologie en était à ses débuts, les experts savaient que San Francisco était située sur une ligne de faille : les séismes les plus importants dans la baie de San Francisco furent relevés en 1836, 1868, 1892 et en 1905. Certains secteurs de la faille de San Andreas furent identifiés et reconnus comme potentiellement dangereux dès 1893. thumb|600px|center|Panorama de San Francisco après le séisme.

Témoignage

Le : a les yeux rivés au plafond. Le vieil astronome vient d'être réveillé par une violente secousse. Un séisme. Sans attendre, il commence le décompte des secondes, sort du lit, lorgne l'horloge, atteint le bureau et note, avec un détachement déroutant : (en) Simon Winchester, A Crack in the Edge of the World, Harper Collins Publishers, 2005.

Le grand incendie droite|vignette|250px|En rouge, zone détruite par l'incendie, dont le quartier français. gauche|vignette|250px|Les ruines encore fumantes de San Francisco, vues de la tour du Ferry Building sur Market Street. Malgré les dégâts importants causés par le séisme et ses répliques, ce sont les incendies qui en résultèrent et durèrent trois jours entiers qui détruisirent le plus de bâtiments. Ceux-ci se déclarèrent à plusieurs endroits de la ville, certains causés initialement par les ruptures de conduites de gaz naturelSéisme de San Francisco - Quand l'incendie succède au séisme.. D'autres incendies furent la conséquence de feux de bois allumés par des réfugiés, et d'autres encore furent démarrés intentionnellement, puisque certains propriétaires mirent le feu à leurs propres immeubles afin de toucher l'indemnité d'assurance-incendie, ayant été informés que leur police d'assurance ne couvrirait pas les dégâts causés par le séisme seul.

Bien que les réservoirs continssent d'eau, les bouches d'incendie ne furent d'aucune utilité pour les pompiers municipaux puisque les conduites qui les alimentaient étaient hors-service depuis le séisme, les soldats du feu avaient donc peu de ressources à leur disposition pour combattre le sinistre. Plusieurs feux dans le centre-ville convergèrent pour former une fournaise gigantesque. L'incendie détruisit plus de de maisons de Van Ness Avenue près du centre jusqu'aux quais bordant la baie.

Le général Frederick Funston tenta de contrôler l'expansion de l'incendie en faisant exploser des pâtés de maisons autour des foyers, afin d'aménager des zones coupe-feux, avec un succès mitigé, mais qui semble avoir permis d'épargner l'ouest de la ville.

Le maire Eugene Schmitz et le général Funston ne déclarèrent pas la loi martiale. En revanche, Schmitz signa un arrêté permettant à la police, aux patrouilles de milices et aux militaires de tirer sur les pilleurs, et quelque furent tuées ou blessées.

Bilan humain vignette|250px|Hôtel de ville de San Francisco, 20 avril 1906. thumb|250px|Maisons endommagées par le séisme. On compta à l'époque 478 morts, mais il apparaît aujourd'hui que ce chiffre, publié par les autorités de l'époque, sous-estimait l'impact réel de la catastrophe, notamment parmi la population chinoise. Le bilan a depuis été revu à la hausse, et le nombre généralement accepté est d'au moins morts. La plupart des décès eurent lieu à San Francisco même, mais on compta 189 morts ailleurs dans la région de la baie. D'autres villes subirent des dégâts importants, notamment Santa Rosa, San José, ainsi que l'université Stanford.

Entre se retrouvèrent sans toit sur environ . Environ la moitié se réfugièrent de l'autre côté de la baie à Oakland. Les journaux de l'époque décrivent comment le Golden Gate Park, le quartier voisin du et les plages entre et North Beach se retrouvèrent couverts de tentes improvisées.

Conséquences matérielles et économiques thumb|Vue de Grant Avenue après le séisme. vignette|Tremblement de terre de 1906 à San Francisco.

Le séisme et l'incendie eurent un impact durable sur le développement économique de la Californie. Ils détruisirent plus de 80 % de la ville. Les bâtiments en briques, tels que l'hôtel de ville, ne résistèrent pas aux secousses. Le tremblement de terre réduisit à néant le réseau téléphonique, le Cable Cars et les systèmes de communication. Dans la région de la baie, l'université Stanford fut en partie endommagée. Les villes de San José, Hollister, Bolinas et Santa Rosa furent également touchées.

Ce séisme provoqua une prise de conscience du danger sismique en Californie et la sismologie connut une période florissante. Ainsi, quelques jours après la catastrophe, le gouverneur de l'État George Cooper Pardee réunit les plus grands scientifiques pour amorcer un programme de recherches sur les séismes. Sous la direction du géologue Andrew C. Lawson de l'université de Berkeley, l'équipe de vingt géologues, astronomes, physiciens () et ingénieurs étudia et cartographia la faille de San Andreas. Ils rédigèrent un rapport qui fut publié en 1908 et fit avancer la connaissance des phénomènes sismiques.

Même si San Francisco fut rapidement reconstruite, le désastre redirigea et relocalisa commerces, industries et population vers le sud, à Los Angeles, qui au cours du devint la métropole la plus importante de l'Ouest des États-Unis, bien que le rapport Lawson démontrât que la même faille de San Andreas qui avait causé le séisme était également proche de Los Angeles.

La catastrophe, dont le coût fut estimé à l'époque à au moins de dollars, eut des répercussions sur l'ensemble de l'économie américaine, le premier secteur touché fut l'assurance, qui connut une quarantaine de faillite de sociétés. La destruction de la ville causa un mouvement de capitaux de New York vers la côte ouest pour financer les travaux de reconstruction Kerry A. Odell et Marc D. Weidenmier, « Real Shock, Monetary Aftershock: The 1906 San Francisco Earthquake and the Panic of 1907 » (« Séisme et réplique monétaire, le tremblement de terre de San Francisco en 1906 et la panique de 1907 »), The Journal of Economic History, , 2004, , doi = 10.1017/S0022050704043062.. Ce mouvement de capitaux fut une des circonstances qui contribuèrent au déclenchement de la panique bancaire américaine de 1907, lorsque les banques new-yorkaises ne purent trouver les .

Le tremblement de terre de 1906 fut le premier de cette magnitude à être documenté par des photographies et des films cinématographiques.

Relocalisation et hébergement des réfugiés thumb|Personnes déplacées après le séisme de 1906, devant des tentes provisoires. L'armée de terre américaine construisit maisons provisoires en pin pour héberger réfugiés. Ces structures furent conçues par John McLare, et regroupées en onze campements. Elles étaient construites les unes contre les autres et louées pour deux dollars par mois à leurs occupants en attendant la fin de la reconstruction. Elles étaient peintes en vert olive, en partie pour mieux s'intégrer au site, mais surtout parce que l'armée disposait de grandes quantités de peinture de cette couleur. La population des camps culmina à réfugiés, mais dès 1907 la plupart d'entre eux avaient déjà quitté les lieux. Les camps furent par la suite reconvertis en garages, entrepôts ou boutiques.

La reconstruction Des plans pour la réaménagement et la reconstruction de la ville furent élaborés dès le jour même du séisme. L'un des plus ambitieux était celui du célèbre urbaniste Daniel Burnham, dont la vision inspirée par Haussmann prévoyait des avenues et boulevards rayonnant à travers la ville, un complexe civique gigantesque à l'architecture classique, un jardin public qui aurait alors été le plus grand du monde, s'étendant de Twin Peaks au lac Merced, et de nombreux autres projets.

Le plan, jugé peu réaliste et peu pratique autant par les critiques de l'époque que par les architectes contemporains, fut pour l’essentiel ignoré. Il était également vu d'un mauvais œil par les promoteurs immobiliers qui auraient été contraints de vendre nombre de leurs terrains à la municipalité.

Le tracé des rues existant subsista, mais certains des projets chers à Burnham virent le jour par la suite, notamment le civic center avec son hôtel de ville, des avenues plus larges, un métro sous Market Street, un Fisherman's Wharf à échelle humaine et un monument dominant la ville sur Telegraph Hill, Coit Tower.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Listes de séismes San Francisco, film musical sorti en 1936.

Liens externes

Le tremblement de terre de San Francisco. Le grand tremblement de terre et incendie de 1906, sur le site du musée de la Ville de San Francisco. Le grand tremblement de terre de 1906 Un témoignage. Photos du tremblement de terre de 1906. USGS 1906 Ground Motion Simulations. (Bull. Seism. Soc. Am., 83, 981-1019, 1993).

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