La Société religieuse des Amis (en anglais Religious Society of Friends) est un mouvement religieux fondé en Angleterre au par des dissidents de l'Église anglicane. Les membres de ce mouvement sont communément connus sous le nom de quakers mais ils se nomment entre eux « Amis » et « Amies ». Le mouvement est souvent nommé simplement Société des Amis. Le surnom de « quaker » apparaît le plus souvent dans la dénomination officielle, sous la forme Société religieuse des Amis (quakers). Les historiens s'accordent à désigner George Fox comme le principal fondateur ou le plus important meneur des débuts du mouvementPar exemple dans , Mekeel approuve l'auteur qui décrit Fox comme du mouvement (anglais : )..
Originaire d'Angleterre, le mouvement s'est d'abord répandu dans les pays de colonisation anglaise. Puis au , des missionnaires quakers ont propagé leur foi en Amérique latine et en Afrique. En 2007, les quakers déclarent être environ dans le mondeVoir Finding Quakers Around the World, FWCC, Carte du monde 2007 de FWCC et Quaker Information Center..
La Société des Amis se différencie de la plupart des autres groupes issus du christianisme par l'absence de credo et de toute structure hiérarchique. Pour les quakers, la croyance religieuse appartient à la sphère personnelle et chacun est libre de ses convictions. Le concept de « lumière intérieure » () est cependant partagé par la plupart d'entre eux, quelle que soit la signification donnée à ces mots. De nombreux quakers reconnaissent le christianisme mais ne ressentent pas leur foi comme entrant dans les catégories chrétiennes traditionnelles.
On trouve aujourd'hui dans la Société des Amis des pratiques très diverses allant, à un extrême, d'un large courant évangélique et, à l'autre, à un courant non théiste.
upright=2|vignette|Pendle Hill en Angleterre, où George Fox aurait eu une vision l'incitant à valoriser la perception immédiate de Dieu, un concept central pour le quakerisme.
Dénominations et statut Appellations Durant les toutes premières années, les quakers se voyaient comme un mouvement de rénovation afin d'établir ce qu'ils considéraient être la vraie Église chrétienne après des siècles d'apostasie. Parmi les noms qu'ils se donnaient à l'époque, on trouve : « saints », « » (Enfants de la Lumière), ou « » (Amis de la Vérité), appellations qui reflétaient l'importance centrale, dans la théologie quaker d'alors, du Christ comme lumière intérieure qui montre aux personnes leur vraie condition.
Le nom de « quaker » (littéralement « trembleur ») fut utilisé pour la première fois en 1650, lorsque George Fox comparut devant un juge sous l'accusation de blasphème. Selon le journal de Fox, Traduction selon Henry van Etten, Le Quakerisme, Paris, 1953 : , citation du Journal de George Fox Chapitre 4. Voir en particulier la note 58 : le terme de « quaker » semblait déjà usité à l'époque à l'adresse des sectes. Ce terme apparaît pour la première fois au Parlement, dans , en 1654., une référence aux Écritures (peut-être Isaïe 66:2, Esdras 9:4). Par ailleurs, lors des réunions de culte, la lumière intérieure se manifestait non seulement par des discours improvisés, mais aussi parfois par des tremblements de ferveur. Entre le jugement ironique et l'expérience vécue, le surnom de « quaker » fut finalement adopté par les adeptes du mouvement.
Le nom « Société religieuse des Amis » vint plus tard, au .
En français, on trouve d'abord la forme « Kouakre » ou « Kouaker ». Le premier livre traitant des quakers en français porte le titre Histoire du […] Kouakerisme, en 1692, puis dans une nouvelle édition La Religion des Kouakres en Angleterre, en 1699. Sur une gravure de 1723 environ, on peut lire : Assemblée des Quaquers à Londres. Quaqueresse qui prêcheVoir la gravure de Bernard Picard.. Voltaire, dans ses Lettres philosophiques (1734), consacre quatre lettres aux « Quakers ». Il précise qu'ils sont aussi appelés et ajoute que .. Dans le Littré (1863-1877), on trouve « quaker » ou « quakre », « quakeresse » et « quakerisme », basés sur les écrits de Voltaire.. L'encyclopédie Larousse propose encore « quakeresse » en 2008, alors que ce terme n'est plus en usage..
Rapport au protestantisme Le quakerisme est souvent désigné comme appartenant au protestantisme car il est une « communauté religieuse pour un retour à la spiritualité et à la simplicité du christianisme primitif »Yves de Gibon, « Quakers », dans Paul Poupard (dir.), Dictionnaire des religions, éditions PUF, 1984, 1838 p.. Les quakers sont aujourd'hui proches des protestants libéraux, certains ont des pasteurs, et une branche numériquement importante est constituée d'évangéliquesWilliam J. Whalen, Les Quakers : nos voisins, les Amis, Paris, 1976, . Original en anglais , Chicago (Illinois), 1966..
Mais, pour une partie des quakers, la Bible n'est pas reconnue comme l'autorité suprême. Dans les premiers temps, le quakerisme était même très éloigné de l'orthodoxie protestante : le théologien quaker Robert Barclay écrit dans son Apologie que Robert Barclay, Apologie de la vraie théologie chrétienne… (première édition en latin en 1676), édition de 1797, Londres, Jaques Phillips et fils, (Proposition X, § 5). et George Fox a pris position contre la doctrine calviniste de la prédestination.
Secte ou religion ? Si le qualificatif de « secte » est communément employé pour les groupes dissidents du , dont les quakers, le terme a pris aujourd'hui un sens polémique dans le langage commun.
Comme le relève Carl Gustav Jung, l'optique confessionnelle des religions incite à parler de sectarisme « dès que quelqu'un prétendra s'en remettre à la perception immédiate qu'il a de la volonté divine ». La confession de foi est pour Jung une « affaire temporelle ». Voir aussi .. Cette attitude est justement centrale dans le message des quakers.
Un rapport fait en 1995 à l'Assemblée nationale française précise que « tous les mouvements spirituels autres que les religions traditionnelles et communément appelés sectes ne sont pas dangereux, comme les baptistes, les quakers ou les mormons. Leur rôle peut même être, parfois, considéré comme très positif ».. Francis Frost, dans le Dictionnaire de la spiritualité ascétique et mystique, affirme d'emblée que la « Société des Amis n'est pas une secte »Dictionnaire de la spiritualité ascétique et mystique, Paris, Beauchêne, , 3, 1986. Article « Quakers (Quakérisme) », signé Francis Frost.. LEncyclopædia Universalis rattache les quakers au thème « sectes protestantes », avec les adventistes, les huttérites, les Frères moraves et quelques autres groupes.
., utilisant ici le mot secte dans un sens « savant », neutre, et désignant des groupes religieux récents et minoritaires. On trouve la même intention dans Le Petit Robert, où les quakers sont membres d'une « secte protestante »Le Petit Robert – Dictionnaire (…) de la langue française, Paul Robert, 1967 (1970)..
Selon les quakers, ce qui les distingue d'une secte, c'est leur fonctionnement décentralisé (pas de leader ni de hiérarchie), l'engagement dans la société (pas d'isolement), la liberté totale laissée aux membres et sympathisants (pas de contrôle), et la transparence des finances (pas de détournement des biens des membres).
Histoire vignette|James Nayler (1618-1660) au pilori. vignette|William Penn (1644-1718), fondateur de la Pennsylvanie.
Débuts La Société des Amis est fondée en Angleterre en 1648 comme étant une dissidence non conformiste au sein du puritanisme. Il s'agissait d'aller plus loin encore en direction du christianisme primitif que les autres mouvements de l'époque, en rejetant même le clergé professionnel et la seule autorité de la Bible. Le mouvement a dû faire face à des persécutions, des quakers ont été emprisonnés et maltraités autant en Grande-Bretagne que dans les colonies britanniques.
En Angleterre, William Penn a été emprisonné plusieurs fois et l'accès au Parlement fut interdit aux quakers de 1698 à 1833. Dans la colonie de la Baie-du-Massachusetts, les quakers étaient bannis, sous peine de mort. Une victime célèbre est Mary Dyer : elle a été pendue à Boston en 1660 ; elle est considérée comme la seule femme exécutée pour la liberté de religion aux États-Unis.
Robert Barclay a posé les bases théologiques du mouvement en 1666 dans son Apologie de la véritable théologie chrétienne ainsi qu'elle est soutenue et prêchée par le Peuple, appelée par mépris, les Trembleurs.
La Pennsylvanie a été fondée en 1682 par William Penn, avec une constitution qui servit de base à celle des États-Unis. Cet État devait être un refuge pour tout monothéiste persécuté. Penn était particulièrement touché par la situation pénible des anabaptistes qui, selon Voltaire, étaient les « pères » des quakers.. Les quakers se firent connaître à cette époque par leur refus de l'esclavage, qui les conduisit individuellement et collectivement à être les précurseurs, puis d'importants soutiens, de l'abolitionnisme..
La Pennsylvanie est surnommée l'« État quaker » (), cependant les quakers n'y sont, depuis longtemps, pas plus nombreux qu'ailleurs.
Expansion
Le mouvement s'est développé essentiellement dans les pays anglophones, dans les Îles Britanniques, aux États-Unis, au Canada et en Australie.
En Europe continentale, les quakers ont formé des assemblées dès la fin du en France (notamment dans le village de Congénies dans le Gard, puis renouveau à la fin du ), au en Norvège et au Danemark, au en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse et en Suède. Ces assemblées sont restées de taille modestePour les dates de création des nouvelles assemblées, voir la chronologie de Henry van Etten, Le Quakerisme, Paris, 1953..
La particularité du foyer quaker français de Congénies est qu'il s'agit d'un développement sui generis, sans lien avec les quakers anglais, peut-être issu des « inspirés » réfugiés dans la région après la fin de la guerre des Cévennes. On désignait à l'origine ces non-conformistes sous les noms occitans de couflaïrès, « inspirés ». ou plus littéralement « gonfleurs », ceux qui se gonflent, ou bien de bouffaïrès, c'est‐à‐dire « souffleurs », par suite des profonds soupirs poussés lors des assemblées par ceux qui « se laissaient remplir de l'esprit saint » (colloque au Centre quaker de Congénies du 18 au 19 octobre 2008).. Reconnue depuis 1788 comme une assemblée quaker, cette communauté prospéra pendant tout le avant de s'étioler au Jeanne Henriette Louis, Les Quakers, éd. Brepols, 2005, p. 36-38.. La maison d'assemblée quaker un temps désaffectée a été rachetée par l'Assemblée de France et est utilisée comme centre de rencontres et d'activités.
À partir du début du , des missionnaires quakers des États-Unis, de tendance évangélique, ont exporté leur religion dans certains pays d'Amérique latine (Bolivie, Costa Rica, Cuba, Guatemala et Pérou) et en Afrique (notamment au Kenya).
Depuis le début du , il y a quelques assemblées en Inde, Chine, Japon et au Proche-Orient.
Schismes vignette|Développement en Amérique du Nord. La Société religieuse des amis a connu de nombreux schismes. Au , James et Jane Wardley fondent en Angleterre une branche dissidente, les shakers ou « shaking quakers », mouvement qui prospérera ensuite aux États-Unis après le départ de plusieurs de ses membres, emmenés par la charismatique Ann Lee. Au , les quakers en Irlande et aux États-Unis vivent aussi plusieurs schismesCourants actuels présentés par FWCC..
Division hicksites-orthodoxes En 1827, les membres de l'Assemblée annuelle de Philadelphie ne purent se mettre d'accord sur le nouveau clerk. Les discours de Elias Hicks, unitarien, furent considérés par certains comme universalistes et contraires à la tradition. Cinq assemblées annuelles se divisèrent alors en ce qu'il fut convenu d'appeler les « hicksites » et les « orthodoxes ». Trois de ces assemblées dupliquées ont dépassé leurs divisions et ont fusionné leurs deux branches dans les années 1950-1960.
Division gurneyites-wilburites