Canal 10 est le nom de code d'un projet de chaîne de télévision nationale commerciale et privée française, déclinaison de Télé Monte-Carlo, développé à partir de 1965 et devant être lancé en France, au début de la décennie 1970. L'entreprise est développée et pilotée par Jean Frydman et soutenue par Marcel Bleustein-Blanchet de Publicis et Sylvain Floirat dirigeant d'Europe 1, à travers la chaîne de télévision monégasque Télé Monte-Carlo.
Contexte historique vignette|redresse|gauche|Télé Monte-Carlo en 1954. En 1952, plusieurs chaînes de télévision privées régionales francophones se préparent à naître; à la principauté d'Andorre (projet abandonné en 1953), à Sarrebruck en Allemagne de l'Ouest avec Télé-Sarre (autre nom d'« Europe 1 Télévision »), à la principauté de Monaco pour Télé Monte-Carlo et au Grand-Duché de Luxembourg pour Télé Luxembourg (future RTL Télévision), financées par des entreprises privées ou mixtes comme notamment la Sofirad et devant exploiter la publicitéhttps://www.lemonde.fr/archives/article/1954/10/07/iii-un-reseau-prive-pret-a-naitre-a-nos-frontieres_2015708_1819218.html Michel Droit : « Un réseau privé prêt à naître à nos frontières ». Le Monde. Publié le 07 octobre 1954 consulté le 14 mai 2024.. Dans son ensemble, la presse écrite déclare craindre l'arrivée de la télévision commerciale et des décisions de la société mixte Sofirad, redoutant qu'elle entame une bonne partie du gâteau publicitaire, une préoccupation relayée par certains députés à l'Assemblée nationalehttps://www.lemonde.fr/archives/article/1952/10/23/la-commission-de-la-presse-s-inquiete-de-la-creation-d-emetteurs-de-television-a-andorre-a-monte-carlo-et-a-sarrebruck_1995826_1819218.html « La Commission de la Presse s'inquiète de la création d'émetteurs de télévision à Andorre, à Monte-Carlo et à Sarrebruck ». Le Monde. Publié le 23 octobre 1952, consulté le 14 mai 2024..
À la fin de la décennie 1950, lors de la mise en chantier de la deuxième chaîne nationale française RTF Télévision 2, plusieurs questions se posent simultanément et notamment, d'ordre technique. En premier lieu, il est nécessaire de choisir son format et ainsi, anticiper son passage à la télédiffusion en couleur; soit utiliser le même format à haute définition 819 lignes noir et blanc que la première chaîne française, soit enfin, adopter le format européen à 625 lignes. En 1958, pour préparer la création de la deuxième chaîne, les techniciens de la RTF procèdent à des télédiffusions expérimentales à haute définition 819 lignes en noir et blanc et au standard couleur français SÉCAM, avec sous-porteuse à la fréquence 7,25 Mhz, utilisant la bande IV de la gamme UHF, car les canaux de la bande VHF sont déjà saturés par les émetteurs de la première chaîne; non seulement les résultats en réception sont décevants mais surtout, l'exploitation du spectre de canaux supérieurs à pour chaque chaîne en 819 lignes restreint considérablement l'utilisation de fréquences simultanées en UHF, un problème essentiel pour la couverture de tout le territoirehttps://www.academia.edu/35230296/Chap_I_SECAM Philippe Levrier : « Une histoire de la télévision : Rêve d'ingénieurs et jouet des politiques ». Éditions L'Harmattan, 2 mai 2018, 372 pages. Pages 147 à 149. . Au cours de l'année 1960, à la suite de ces différents tests et des décisions des pouvoirs publics, l'ingénieur Henri de France abandonne ses développements pour adapter son système SECAM à la haute définition 819 lignes, alors que la deuxième chaîne nationale française adopte officiellement la norme européenne à 625 lignes. En plus des considérations techniques, le statut de la deuxième chaîne est soulevé mais rapidement tranché par les pouvoirs publics; la deuxième chaîne sera publique et sans recours à la publicité de marques. En , bien avant que la deuxième chaîne de l'ORTF n'adopte la couleur, la chaîne privée Télé Monte-Carlo annonce procèder à des expérimentations au standard SÉCAM en 625 lignes depuis Monaco« Essais du système de télévision en couleurs SECAM à Télé Monte-Carlo ». Le Monde. Publié le 03 octobre 1964, consulté le 14 mai 2024.
En soit deux ans après la création de la Deuxième chaîne de l'ORTF, le projet d'une troisième chaîne nationale française est étudié. À nouveau, la question de son statut privé ou public ainsi que le financement par la publicité sont débattus tant par le secteur professionnel et les responsables politiques, que par les pouvoirs publics. Certains s'opposent farouchement à ces projets, notamment les dirigeants de presse écrite. Le directeur de l'ORTF évoque la possibilité d'une troisième chaîne à vocation éducative, destinée à certaines minorités comme les étudiants, les syndicats ou les agriculteurshttps://www.lemonde.fr/archives/article/1965/04/06/il-faut-repondre-au-gout-du-public-sans-aller-jusqu-a-l-extreme-facilite-declare-m-j-b-dupont_2181746_1819218.html M. M. : « "Il faut répondre au goût du public sans aller jusqu'à l'extrême facilité" déclare M. J.-B. Dupont ». Le Monde, publié le 6 avril 1965, consulté le 14 mai 2024.
vignette|redresse|Le site principal de télédiffusion au Mont Agel, à proximité de Monte-Carlo. À la même période, Télé Monte-Carlo lance une campagne de promotion dans le Sud-Est de la France et implante des studios et bureaux à Marseille, après avoir optimisé ses émetteurs 819 lignes pour tenter de couvrir la deuxième ville de France et sa direction a même étudié l'emploi d'un ré-émetteur « offshore » complémentaire, installé en mer hors des eaux territoriales sur un navire, en face de la rade phocéenne, projet rapidement abandonnéhttps://www.lemonde.fr/archives/article/1965/06/26/iv-au-midi-tele-monte-carlo-veut-conquerir-marseille_2177579_1819218.html « Maurice Denuzière : Au midi : Télé-Monte-Carlo veut conquérir Marseille ». Publié le 26 juin 1965. Le Monde. Consulté le 14 mai 2024..
Depuis , un débat national concernant la publicité à la télévision s'est engagéhttps://www.lemonde.fr/archives/article/1965/01/25/un-debat-sur-la-publicite-a-la-television_2188725_1819218.html « Un débat sur la publicité à la télévision ». Le Monde. Publié le 25 janvier 1965, consulté le 14 mai 2024. Une certaine opposition du milieu politique et de la presse écrite se fait jour pour empêcher l'arrivée de la publicité de marque à la télévision publique françaisehttps://www.lemonde.fr/archives/article/1965/03/20/v-un-epouvantail-l-o-r-t-f-avec-ses-actualites-regionales-et-l-eventualite-d-un-recours-a-la-publicite-sur-les-chaines-de-television_2172917_1819218.html Jean Couvreur : Un épouvantail : l'O. R. T. F. avec ses actualités régionales et l'éventualité d'un recours à la publicité sur les chaînes de télévision. Le Monde. Publié le 20 mars 1965, consulté le 14 mai 2024.. À cette période, la France ne comprend que deux chaînes de télévision nationales dont la seconde n'est reçue que par environ 20% de la population et de télévision régionales publiques réparties sur tout l'Hexagone sous l'égide de l'ORTF dont les émissions sont reprises par les deux chaînes nationalesLuc Bernard: Europe 1 La grande histoire dans une grande radio, Éditions Centurion, janvier 1990, 755 pages, page : 307. .
Le , la presse évoque une première tentative pour écorner le monopole de l'ORTF en télévision. Conçu pour créer une chaîne privée, ce projet devrait associer notamment Télé Luxembourg et Télé Monte-Carlo ainsi que deux émetteurs supplémentaires installés sur le sol français pour couvrir les deux tiers de l'Hexagone et bénéficier de la publicité de marques. À l'initiative d'Europe 1, la société Pro-TV est constituée pour gérer l'espace publicitaire de la deuxième chaîne publique et proposer à l'ORTF, divers films et émissions clés en main. Ainsi, en , à l'initiative de l'ancien ministre Michel Maurice-Bokanowski et avec le soutien du député Robert-André Vivien, la société Pro-TV est constitée avec dans son capital, différents représentants de l'industrie électronique et d'agences de publicité; cet organisme privé est censé gérer les contrats publicitaires télévisuels avec les marques alors que la deuxième chaîne de l'ORTF prend son essor grâce à sa diffusion en couleurJean-Jacques Ledos, Jean-Pierre Jézéquel, Pierre Régnier : « Le gâchis audiovisuel : histoire mouvementée d'un service public ». Éditions Atelier, février 1989, 228 pages, page 180. . L'entreprise Pro-TV pourrait aussi fournir aux chaînes de l'ORTF, diverses émissions et films de cinémahttps://www.lemonde.fr/archives/article/1967/01/06/une-societe-commerciale-demanderait-qu-on-lui-confie-les-programmes-et-la-publicite-de-la-seconde-chaine_2610309_1819218.html Claude Durrieux : « Une société commerciale demanderait qu'on lui confie les programmes et la publicité de la seconde chaîne ». Le Monde. Publié le 06 janvier 1967, consulté le 14 mai 2024. En 1967, les dirigeants de Pro-TV vont plus loin encore et ils étudient la création d'une troisième chaîne de télévision de statut privé ou mixte et financée par la publicité de marques. L'initiative est soutenue par les fabricants de téléviseurs qui souhaitent ainsi dynamiser la vente des récepteurs couleurshttps://www.lemonde.fr/archives/article/1967/05/11/la-creation-d-une-troisieme-chaine-de-television-est-a-l-etude-elle-serait-financee-par-de-la-publicite-de-marques_3111966_1819218.html Alphone Thélier : « La création d'une troisième chaîne de télévision est à l'étude. Elle serait financée par de la publicité de marques et serait diffusée en couleur à partir de 1969 ». Le Monde. Publié le 11 mai 1967, consulté le 14 mai 2024..
En , la presse révèle le détail d’un projet de télévision privée dont le nom de code est « Canal 10 » et dont les responsables sont pratiquement les mêmes que la société Pro-TV créée en 1967https://books.openedition.org/pressesmines/1823 Jérôme Bourdon : « Histoire de la télévision sous de Gaulle Chapitre 10. La crise et après, menaces et promesses (mai 1968 - octobre 1969) » pages 285-314. Édition Presses des Mines. 2014. 356 pages. .
Une chaîne privée nationale