Le capitalisme d’État est un système économique basé sur le capitalisme dans lequel l'État contrôle une part essentielle, voire totale, du capital, de l'industrie, des entreprises. Le capitalisme d'État est donc un système dirigiste où tout ou partie des moyens de production sont légalement la propriété de l'État ou autrement sous le contrôle d'organismes publics.

La notion peut désigner des systèmes économiques où le capitalisme est intégralement étatique, comme la Russie bolchevique puis l'URSSVictor Serge: totalitarisme et capitalisme d'État, ou par extension d'autres systèmes où le capitalisme privé a une forte dépendance vis-à-vis de l'État.. Dans le second cas, l'expression peut se confondre avec des concepts et des théories plus précises comme le mercantilisme, le protectionnisme ou encore l'interventionnisme. Ce dernier usage, davantage fréquent en anglais qu'en français, sert alors à appuyer l'opposition avec le « laissez-faire » et désigne des politiques économiques telles que le New Deal.

Le capitalisme d'État, parfois aussi nommé capitalisme « public », s'oppose au capitalisme « privé » ou « libéralisme économique » mais également à l'autogestion prônée entre autres par les anarchistes. Les deux formes théoriques de capitalisme, public et privé, sont les deux extrêmes d'une réalité souvent mixte. Elles sont toutes deux fondées sur la propriété ou le contrôle global des moyens ou ressources d'existence par un système de pouvoir, public ou privé. Cette appellation est apparue à la fin du , au sein du mouvement anticapitaliste (marxiste, anarchiste etc.), étant présentée comme une perspective néfaste. Son usage s'est étendu au cours du . Typiquement, les pays de l'ancien bloc de l'Est, dits « communistes », sont parfois considérés, notamment par les conseillistes ("communistes de conseils"), comme ayant été dirigés par un capitalisme d'État. Parfois, les moyens de production se révèlent dans les faits détenus, privés ou contrôlés par une classe privilégiée de la population : celle qui monopolise le pouvoir politique.

Il existe des divergences, notamment en fonction des affinités politiques, quant aux régimes étant ou ayant été capitalistes d'État. Parmi les régimes souvent analysés comme tels, on peut citer : l'Allemagne pendant la Première Guerre mondiale, l'Union soviétique, et actuellement la Chine, Cuba, et l'Algérie depuis Houari Boumédiène, pour plusieurs auteurs cités en bibliographie.

On parle également de ou pour désigner le capital accumulé par l'État.

Historique du concept

Dans la pensée marxiste

Dans la pensée de Marx et Engels vignette|Karl Marx et Friedrich Engels, penseurs du socialisme scientifique, de la conception matérialiste de l'histoire et du dépérissement de l'état. La dette publique, en d'autres termes l'aliénation de l'État, qu'il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l'ère capitaliste. (-Karl Marx, Le Capital)Dans la pensée de Karl Marx et Friedrich Engels, des éléments d'analyse peuvent mettre en avant le rôle de l'Etat au sein du capitalisme, montrant ainsi que la propriété d'Etat peut être également liée au capitalisme et perpétuer l'exploitation des travailleurs. Marx et Engels restaient en faveur d'un communisme qui contribue au dépérissement de l'Etat. Ils étaient également critiques vis-à-vis du concept de « l'Etat libre » porté par certains social-démocrates allemands.

Engels dans l'Anti-Dühring dit ceci : « Mais ni la transformation en sociétés par actions, ni la transformation en propriété d'État ne supprime la qualité de capital des forces productives. Pour les sociétés par actions, cela est évident. Et l'État moderne n'est à son tour que l'organisation que la société bourgeoise se donne pour maintenir les conditions extérieures générales du mode de production capitaliste contre des empiètements venant des ouvriers comme des capitalistes isolés. L'État moderne, quelle qu'en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : l'État des capitalistes, le capitaliste collectif en idée. Plus il fait passer de forces productives dans sa propriété, et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n'est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble. Mais, arrivé à ce comble, il se renverse. La propriété d'État sur les forces productives n'est pas la solution du conflit, mais elle renferme en elle le moyen formel, la façon d'accrocher la solution. »Egalement dans l'Anti-Dühring de Engels :Quoi qu'il en soit, avec trusts ou sans trusts, il faut finalement que le représentant officiel de la société capitaliste, l'État, en prenne la direction. [...] Mais ni la transformation en sociétés par actions, ni la transformation en propriété d'État ne supprime la qualité de capital des forces productives. Pour les sociétés par actions, cela est évident. Et l'État moderne n'est à son tour que l'organisation que la société bourgeoise se donne pour maintenir les conditions extérieures générales du mode de production capitaliste contre des empiètements venant des ouvriers comme des capitalistes isolés. L'État moderne, quelle qu'en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : l'État des capitalistes, le capitaliste collectif en idée. Plus il fait passer de forces productives dans sa propriété, et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n'est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble. Mais, arrivé à ce comble, il se renverse. La propriété d'État sur les forces productives n'est pas la solution du conflit, mais elle renferme en elle le moyen formel, la façon d'accrocher la solution. Friedrich Engels critique également ceux qui défendent un « Socialisme d'Etat », notamment dans une critique qu'il adresse à Jean Jaurès : « Alors, votre cher M. Jaurès, ce professeur doctrinaire, ignorant par-dessus tout en économie politique et doté de talents essentiellement superficiels, abuse de son éloquence pour se mettre en avant et se poser en porte-parole du socialisme, qu'il ne comprend même pas. Autrement, il n'aurait jamais osé défendre le socialisme d'État, qui représente l'une des maladies infantiles du socialisme prolétarien, une maladie dont l'Allemagne a souffert, par exemple, il y a plus d'une douzaine d'années, sous le régime des lois antisocialistes alors seule forme tolérée (et même protégée) par le gouvernement. » (-Lettre de Engels à Paul Lafargue, 6 mars 1894)Egalement, à propos des nationalisations, Engels dit ceci : C’est précisément là que réside le problème ; car tant que les classes possédantes restent aux commandes, la nationalisation n’abolit jamais l’exploitation, mais se contente d’en changer la forme — dans les républiques française, américaine ou suisse tout autant que dans l’Europe centrale monarchiste et l’Europe orientale despotiqueLettre d’Engels à Max Oppenheim, 24 mars 1891. Marx considère également que l'Etat contribue à l'exploitation capitaliste, notamment via l'impôt. Dans Les Luttes de Classes en France : On comprendra quelle fut la situation des paysans français quand la République eut ajouté encore de nouvelles charges aux anciennes. On voit que son exploitation ne se distingue que par la forme de l'exploitation du prolétariat industriel. L'exploiteur est le même : le Capital. Les capitalistes pris isolément exploitent les paysans pris isolément par les hypothèques et l'usure. La classe capitaliste exploite la classe paysanne par l'impôt d'État. Le titre de propriété est le talisman au moyen duquel le capital l'a jusqu'ici ensorcelée, le prétexte sous lequel il l'a excitée contre le prolétariat industriel.Egalement, le cas du communisme "brut" ou "grossier" cité au sein des Manuscrits de 1844 de Karl Marx peut faire écho, d'une certaine manière, au capitalisme d'état : Ce communisme [grossier] - en niant partout la personnalité de l'homme - n'est précisément que l'expression conséquente de la propriété privée, qui est cette négation. L'envie générale et qui se constitue comme puissance est la forme dissimulée que prend la soif de richesse et sous laquelle elle ne fait que se satisfaire d'une autre manière. L'idée de toute propriété privée en tant que telle est tournée tout au moins contre la propriété privée plus riche, sous forme d'envie et de goût de l'égalisation, de sorte que ces derniers constituent l'essence de la concurrence. Le communisme grossier n'est que l'achèvement de cette envie et de ce nivellement en partant de la représentation d'un minimum. Il a une mesure précise, limitée. A quel point cette abolition de la propriété privée est peu une appropriation réelle, la preuve en est précisément faite par la négation abstraite de tout le monde de la culture et de la civilisation, par le retour à la simplicité contraire à la nature de l'homme pauvre et sans besoin, qui non seulement n'a pas dépassé le stade de la propriété privée, mais qui n'y est même pas encore parvenu. Cette communauté ne signifie que communauté du travail et égalité du salaire que paie le capital collectif, la communauté en tant que capitaliste général. Les deux aspects du rapport sont élevés à une généralité figurée, le travail devient la détermination dans laquelle chacun est placé, le capital l'universalité et la puissance reconnues de la communauté.Egalement, dans un écrit de jeunesse de Karl Marx en 1844, sur l'abolition de la forme-politique moderne via le socialisme, montrant que l'Etat (notamment la politique) et le Socialisme sont incompatibles : « La révolution tout court - c'est-à-dire le renversement du pouvoir existant et la désagrégation des anciens rapports sociaux - est un acte politique. Le socialisme ne peut se réaliser sans cette révolution. Il lui faut cet acte politique dans la mesure où il a besoin de détruire et de dissoudre. Mais le socialisme repousse l'enveloppe politique là où commence son activité organisatrice, là où il poursuit son but à lui, là où il est lui-même. »

Les autres marxistes vignette|191x191px|Wilhelm Liebknecht, l'un des premiers militants socialiste et marxiste à utiliser explicitement le terme "capitalisme d'état". L'expression apparaît au moins à partir de 1896 : cette année-là, le marxiste et socialiste Wilhelm Liebknecht déclare : Wilhelm Liebknecht, « Our Recent Congress », Justice, août 1896..

Pour ce qui est des régimes l'ayant exercé, Lénine considérait que l'Allemagne impériale était un capitalisme monopoliste d'État. Lénine considérait et utilisait explicitement le concept de capitalisme d'état, notamment dans une optique politique de transformer les forces productives russes pour arriver ensuite progressivement au socialisme.

L'expression sera massivement employée pour désigner l'URSS, et ensuite pour les autres pays appliquant une gestion totalitaire étatique de l'économie capitaliste (au fur et à mesure de leur apparition : Chine maoïste, Cuba castriste, le bloc dit « communiste » et « soviétique », etc.). Ces régimes ont tous appliqué la mainmise de la bureaucratie d'État sur les outils de production.

La plupart des communistes de conseils (des marxistes parfois appelés également "conseillistes"), analysaient d'une façon critique les régimes marxistes-léninistes comme des régimes économiquement basés sur un capitalisme d'état (et politiquement bureaucratique).

Critique anarchiste et opposition aux marxistes vignette|221x221px|Anton Pannekoek, comme beaucoup de communistes de conseils, a utilisé le terme de capitalisme d'état, pour critiquer les régimes marxiste-léninistes.